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Vincent SAGE (1879-1917)

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    Mgr Vincent-François Sage est né à Bourg-Argental, département de la Loire. Il appar-tenait donc à cette partie du diocèse de Lyon, qui a fourni tant de prêtres aux diverses Sociétés et Congrégations, chargées de porter la bonne parole aux peuples encore plongés dans les ténèbres du paganisme. Il quitta la France au mois de juillet 1903, et arriva en Mandchourie méridionale à l’automne de la même année.

    Son premier poste fut Yangkoan, qui, à cause de sa situation non loin de la procure et de son climat relativement tempéré, est pour ainsi dire réservé aux nouveaux missionnaires. Le titulaire du district, à cette époque, résidant le plus souvent à Notre-Dame des Neiges, le P. Sage, tout en étudiant la langue, devait dans les cas de nécessité, administrer les sacrements à Yangkoan et dans les stations voisines.

    En 1904, la guerre éclata entre la Russie et le Japon et quoique la Chine gardât sa neutralité, la Mandchourie, province chinoise, devint le théâtre des hostilités. M. Sage fut le premier membre de la mission à en souffrir. Des soldats russes s’installèrent dans sa résidence et le surveillèrent si soigneusement, qu’il ne pouvait faire un pas au dehors sans être accom-pagné par un ou deux cosaques, le fusil sur l’épaule. Ennuyé de cette compagnie, le Père vint à la procure, exposa sa situation et de retour chez lui, comme ses hôtes ne manifestaient aucune envie de partir, il leur abandonna sa demeure et alla rejoindre son confrère à Notre-Dame des Neiges.

    Pendant ce temps, les Japonais avançaient, l’armée de Kuroki, débouchant de la Corée, culbutait les Russes sur le Yalou ; Nozu débarquait sur les côtes de la presqu’île du Leaotoung et repoussait les Russes vers le nord. Au mois de juillet, ceux-ci avaient évacué Yangkoan et ses environs, et les Japonais occupaient le pays. Quelques soldats ne tardèrent pas à découvrir la résidence du missionnaire. La prirent-ils pour une habitation russe, ou voulurent-ils se venger des secours que la France fournissait à ses alliés ? Toujours est-il qu’ils pillèrent le presbytère, brisèrent les meubles, brûlèrent les livres et emportèrent ce qui pouvait leur être utile.

    En 1909, M. Sage fut désigné pour aller prendre la place de M. Saffroy dans le district de Koangning. La ville de Koangning ne comptait pas beaucoup de chrétiens, mais elle était au centre des nombreuses stations qui forment ce district. Le missionnaire fut chargé d’y bâtir une résidence en 1906 et une église, l’année suivante. Ces deux constructions, menées de front avec l’administration des chrétiens, exigèrent une somme de travail peu ordinaire, et mirent en évidence ses talents d’organisation et son esprit d’ordre. En 1907, Mgr Choulet ayant appris que le missionnaire souffrait d’un commencement de maladie de cœur, et que les voyages à cheval le fatiguaient beaucoup, l’appela à la procure, lui confiant en outre pendant quelque temps l’administration de la chrétienté de Newchwang. Dans ce poste de confiance, le nouveau titulaire sut se faire aimer et estimer de tous.

    Aussi lorsque Mgr Choulet désira un coadjuteur, le choix des confrères se porta sur M. Sage.

    La dépêche qui annonçait son élévation à cette dignité, arriva à Moukden le 27 juillet 1914 et fut communiquée le lendemain à l’intéressé. Celui-ci partit aussitôt à Moukden pour s’entendre avec Mgr Choulet, et profitant de son passage en cette ville pour y saluer le représentant de la France, il se rendit au consulat le 3 août dans la matinée. Notre consul, M. Berteaux, tout ému par les nouvelles qu’il venait de recevoir, lui communiqua l’ordre de mobilisation, qui l’appelait à rejoindre son régiment à Saint-Etienne. Mgr Sage regagna la procure, mit ordre à ses affaires, et revint à Moukden prendre les instructions de notre consul et faire signer son livret militaire. Mais au lieu d’aller rejoindre leur régiment respectif en France, tous les mobilisés de Chine étaient versés au 16e colonial à Tientsin. Le 13 août Mgr Sage se préparait donc à se rendre dans cette ville, lorsque de Pékin lui arriva une réponse favorable à sa demande de sursis. Il continua de gérer la procure jusqu’à l’arrivée de M. Blois, son remplaçant. Il prit alors la route de Moukden pour aider Mgr Choulet à administrer ce district.

    Ses brefs étant arrivés dans le courant du mois de décembre, il fut décidé que sa consécration épiscopale serait un peu retardée à cause des rigueurs de l’hiver et aurait lieu le 7 mars. L’élu mit ce temps à profit en allant faire une retraite à Hokien.

    Enfin, le jour du sacre arriva. Nosseigneurs Mutel, de Séoul, Lalouyer, de la Mandchourie septentrionale, et Demange, de Taïkou, avaient répondu à l’invitation du nouveau prélat. M. Corbel excepté, tous les membres de la mission, prêtres européens et indigènes, étaient venus apporter leurs vœux à leur jeune supérieur et prendre part à la cérémonie. Une importante délégation de la mission du nord s’était jointe à eux. La consécration fut faite le 7 mars 1915 par Mgr Choulet, assité de Mgr Mutel et de Mgr Lalouyer.

    La mobilisation et la maladie avaient causé de grands vides parmi les missionnaires. Aussi Mgr Sage se mit-il immédiatement au travail ; il alla d’abord à Newchwang, puis à Notre-Dame des Neiges où il remplit les fonctions de missionnaire pendant plusieurs mois, ensuite à Yangkoan. Après la saison des pluies, il visita les districts de l’ouest, et revint à Moukden dans le courant de décembre.

    Depuis de longues années, le désir des missionnaires était de voir s’ouvrir une école où les jeunes chrétiens pourraient se perfectionner dans leurs études, sans courir le danger de perdre leur âme. Faute de maîtres pour la diriger, cette école était restée à l’état de projet. Jugeant que le mieux est souvent l’ennemi du bien, Mgr Sage était d’avis de travailler sans retard à cette fondation avec les éléments dont il disposait. Mgr Choulet, habitué au régime d’évangélisation d’une époque où l’instruction ne prenait qu’une place secondaire, gêné d’ailleurs par le manque de missionnaires, se montrait peu enthousiaste pour créer de nouvelles œuvres. N’osant cependant prendre sur lui la responsabilité d’un refus absolu, il finit par donner carte blanche à son coadjuteur. L’année 1916, sauf quelques jours consacrés à une tournée de confirmations dans les districts de Chaling et de Santaitse et une quinzaine de jours passés au chevet de M. Lecouflet à Taolou, fut presque entièrement employée par Mgr Sage à préparer son école. Le terrain fut choisi, les matériaux achetés et quand les beaux jours arrivèrent, les ouvriers se mirent au travail. Monseigneur ne manquait pas d’aller chaque jour les stimuler et s’assurer que les plans étaient bien exécutés. Quand l’hiver arriva, l’établis-sement était à peu près terminé. Par une lettre-circulaire, il en donna avis aux prêtres de la mission, et fixa la rentrée au 15 du premier mois de l’année chinoise. A sa grande satisfaction, on répondit à son appel, et bientôt toutes les places dispo­nibles furent remplies.

    Désormais, cette école, dont il avait dû garder la direction, prendra la plus grande partie de son temps et deviendra l’objet de ses soins les plus assidus. Au mois de juin 1917, il s’échappa cependant quelques jours pour aller visiter les districts de Kaochantoun et de Fakoumen et y administrer la confirmation ; ce fut sa dernière sortie.

    Pendant les vacances, il réunit quelques confrères des deux vicariats de Mandchourie, pour étudier avec eux les moyens propres à organiser le mouvement scolaire catholique.

    Vers la mi-août, les élèves revinrent à leur école, mais un certain nombre manquaient à l’appel, retenus les uns par le mauvais état des routes, les autres par la maladie. Peu après, le typhus se déclara et enleva un de nos écoliers dont les funérailles eurent lieu le 2 septembre. Monseigneur passa la journée sans donner aucun signe de fatigue ; après dîner, il fit encore sa visite habituelle à l’école. Le lendemain, il était pris d’une crise de dysenterie et ne put célébrer la messe. Malgré l’abattement qu’il fit paraître dès le début, Mgr Choulet, seul alors avec lui, ne s’en émut pas. Il avait eu lui-même à lutter pendant des années contre cette même  maladie, et ne pensait pas qu’elle pût avoir une issue fatale. Un médecin fut prié de venir voir le malade et ne trouva rien d’anormal dans son état. Les remèdes qu’il prescrivit appor­tèrent quelque soulagement, mais le mieux ne dura pas. De nouveau, on appela le médecin. Mlle Ursule Yuasa, infirmière-major à l’ambulance que le Japon a envoyée en France, remplissait, en ce moment, les mêmes fonctions à l’hôpital de la Croix-Rouge japonaise à Moukden ; elle nous apporta la réponse du docteur en chef de l’hôpital. Celui-ci faisait dire à Monseigneur que s’il ne lui répugnait pas de se faire transporter dans son établissement, il serait heureux de l’y recevoir et y suivrait plus facilement le cours de la maladie. Mlle Yuasa ajoutait qu’une chambre était prête. Monseigneur accepta la proposition. Jusqu’au 19 septembre, veille de sa mort, son état n’inspira aucune inquiétude ni à Mgr Choulet, qui le visitait tous les jours, ni aux infirmières qui le soignaient. A la suite de plusieurs injections d’émétine, la dysenterie avait même diminué, si bien que le 17, Mgr Choulet annonçait aux confrères qu’un mieux très sensible s’était produit. Le 19 au matin, le malade pria Mgr Choulet de venir le voir. Il paraissait plus abattu que la veille. Le soir du même jour, il demanda lui-même à se confesser. Au moment où Mgr Choulet se retirait, une infirmière lui présenta le diagramme de la fièvre, la température avait dépassé 40º ; le pouls battait de 140 à 150 pulsations à la minute. La faiblesse, causée par la dysenterie, avait développé sa maladie de cœur, et une issue fatale était à craindre. Son frère, mobilisé à Shanhaikoan, et les confrères de la procure furent immédiatement prévenus. Le lendemain matin, Mgr Choulet administra à son cher coadjuteur qui le remercia avec effusion, les derniers sacrements. « Je vais célébrer la messe à votre intention », lui dit le bon vieil évêque. La messe terminée, Mgr Choulet retournait à l’hôpital, lorsqu’il rencontra sur sa route un domestique venant lui annoncer que Mgr sage avait rendu le dernier soupir.

    Le vénéré défunt ne fut mis en bière que le vendredi matin, après l’arrivée de son frère Joseph. Les funérailles furent fixées au lundi suivant pour permettre à Mgr Mutel, à Mgr Lalouyer, à la plupart des missionnaires du vicariat et à de nombreux missionnaires de la Mandchourie septentrionale d’y être présents. Les consuls de France, d’Angleterre, de Russie se firent un devoir d’y assister.

    Mgr Sage repose dans la cathédrale de Moukden. Il a disparu à l’âge de 38 ans, quand nous espérions le voir à notre tête pendant de longues années. Quam incomprehensibilia sunt Dei judicia.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2705
    • Pays : Chine
    • Année : 1903