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Marie SAGARD (1894-1946)

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    En mars dernier, alors que semblait close la longue liste des deuils de la guerre, parvenait en France l’annonce inattendue de la mort de M. Sagard, prêtre de la Société des Missions-Étrangères de Paris, originaire du diocèse de Saint-Dié. Tous ceux qui l’avaient connu et aimé — et ils sont nombreux ont été vivement impressionnés par cette triste nouvelle, venue d’Extrême-Orient. Beaucoup de prêtres vosgiens ont aussi réalisé que, désormais, il manquerait quelqu’un dans leur vie apostolique, parce que celui qui, par vocation travaillait en leur nom sur la terre d’Asie, n’était plus.

     

    Né le 11 août 1894, à Ménil-sur-Belvitte, Marie-Lucien-André Sagard fit ses études dans les séminaires de Mattaincourt et de Saint-Dié. C’est là, qu’après une éducation familiale très chrétienne, il fut enrichi par des prêtres foncièrement surnaturels de ce capital sacerdotal et missionnaire que, plus tard, il devait en Mandchourie si heureusement gérer et faire fructifier.

     

    Ordonné prêtre le 16 juillet 1922, il fit ensuite une année de vicariat à Thaon. Ceux qui l’ont alors connu savent de quelles promesses étaient riches son ardente nature et son âme sacerdotale. Cependant, depuis longtemps, il pensait à l’apostolat lointain : il lui semblait qu’il y trouverait plus d’occasions d’y exercer l’abnégation totale ; il entrevoyait aussi dans le sacrifice plus complet de la famille et du pays natal, une source d’actes de charité pour les âmes.

     

    Il sollicita et obtint de S. Exc. Mgr Foucault la permission d’entrer dans la Société des Missions-Étrangères de Paris. Il choisit cette Société parce que ses Missions sont toutes en Extrême-Orient et qu’il savait cet immense réservoir d’hommes proportionnellement moins pourvu d’apôtres que d’autres continents. Par ailleurs cette Société s’offrait à lui, la seule exclusivement missionnaire. Il savait aussi, que dans son esprit traditionnel, cette Société se considère comme un Corps séculier de l’Eglise de France, délégué par le Saint-Siège pour fonder des églises en Extrême-Orient.

     

    Après un an au Séminaire de la rue du Bac, M. Sagard reçut sa destination pour le Vicariat (aujourd’hui diocèse) de Kirin en Mandchourie. Le 22 septembre 1924, après les adieux à ses parents et à ses nombreux amis, il partit. A Kirin, il étudie d’abord la langue chinoise auprès de son évêque, Mgr Gaspais. Bientôt, il est envoyé dans le district de Fou-Yu, sur les confins de la Mongolie. Là, il se donne résolument à la formation des chrétiens et à la conversion des païens. Il est tout à tous, employant son temps, ses forces, au service des âmes. Vrai lorrain, de caractère très énergique, il est dur pour lui-même, mais, dans ses relations il s’efforce d’être doux et indulgent. Méthodique, il réagit instinctivement devant le désordre et il en souffre. Si parfois il lui arrive de se souvenir qu’en 1918, il a été lieutenant, il sent vite la peine que son ton un peu trop impératif a pu causer : à force de délicates prévenances, sans rien relâcher des principes, il réussit toujours à guérir la plaie qu’il a involontairement ouverte.

     

    Mgr Gaspais ne tarde pas à découvrir le talent caché dans cette jeune recrue. Il l’envoie au petit séminaire de Kirin pour s’y occuper de l’économat, tâche ingrate entre toutes en pays de mission. C’est une première étape nécessaire. Deux ans après, en 1929, il est appelé à l’administration des biens matériels du Vicariat. Dans cette charge de Procureur, il donne toute sa mesure, il remplit un ministère de charité envers les confrères de passage, surtout s’ils

    arrivent malades ou fatigués. Il créa en 1931, pour les missionnaires, le « Trait-d’union », bulletin semeur d’optimisme qui parut chaque mois, assez régulièrement, jusqu’au début de la guerre.

     

    En 1932, après deux années de fatigues et de soucis, il achevait, à Changchun, la construction de l’église Ste-Thérèse, une des plus belles du Vicariat. Plus tard, voyant les jeunes employées chrétiennes venues de la campagne en danger de se perdre dans la capitale du Mandchoukouo, il leur ménageait quelques chambres à l’école de filles et s’occupait de leur formation spirituelle. Enfin, grâce à de généreuses aumônes, il bâtit non sans grandes difficultés, par suite de la hausse constante du coût de la vie, le spacieux pensionnat Sainte-Thérèse, dont il confia la direction à une religieuse chinoise.

     

    En plus de son travail de procureur, M. Sagard s’occupait de la maison confiée aux Sœurs  Franciscaines Missionnaires de Marie qui comprend une école secondaire pour jeunes filles russes-orthodoxes, une école primaire pour les chinoises, un orphelinat et un hospice de vieillards. Chaque jour, il y allait à bicyclette pour remplir son ministère et, chaque semaine, il y faisait une conférence avec projections.

     

    À ces emplois déjà nombreux, Mgr Gaspais lui ajouta, en 1935, la lourde charge de vicaire délégué et provicaire du Vicariat. Il lui confia enfin le supériorat des deux couvents indigènes du Saint-Cœur de Marie. Il apparaissait, chaque année davantage, comme le rouage indispensable de l’administration et du progrès de la Mission. Il s’acquittait avec zèle de toutes ses fonctions, en savourait en silence les croix qu’elles lui apportaient et, tout en désirant d’en être déchargé et envoyé en brousse, il attendait avec un constant sourire l’heure de la Providence.

     

    Cette heure sonna au début de février 1946 : ce fut celle d’un départ qu’il n’avait peut-être pas prévu pour sitôt... L’hiver 1945-46 fut très rude, puis survinrent la défaite japonaise et l’occupation russe occasionnant de grandes misères. Le typhus emportait des milliers de victimes. Avec quelques orphelines japonaises, recueillies par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, la maladie avait pénétré chez les religieuses ; plusieurs furent atteintes et une succomba. C’est très probablement là que M. Sagard contracta lui-même le mal. Il essaya de résister, mais il dut s’avouer vaincu et s’aliter. Son état empirait de jour en jour. Pressentant la gravité de son cas, il écrivit ses dernières volontés. Après cinq jours de soins, le médecin s’avouait impuissant. M. Sagard reçut alors les derniers sacrements ; ensuite, il ne sembla plus avoir de lucidité que par intervalles. Tout le monde priait pour la guérison du missionnaire très aimé ; mais la Sainte Vierge montra qu’elle aussi le voulait et le 11 février, au soir de la fête de Notre-Dame de Lourdes, notre cher confrère rendait sa belle âme au Maître des Apôtres. Le lendemain une lettre arrivait, la première depuis plusieurs années : elle annonçait la mort de sa mère. Le 15, les funérailles eurent lieu dans l’église de Sainte-Thérèse. La guerre civile ne permit qu’à quelques prêtres du Vicariat de se joindre au clergé de Changchun. Après l’absoute, donnée par Mgr Gaspais, le corps fut conduit au cimetière de la ville, où il repose au milieu de ses confrères défunts.

     

     

    • Numéro : 3258
    • Pays : Chine
    • Année : 1924