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Jean-Marie SABY (1844-1901)

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    M. Jean-Marie Saby naquit à Saint-Maurice-de-Roche, canton de Vorey (Haute-Loire), le 26 septembre 1844.

     

    Parti de Marseille le 17 juillet 1872, il arriva au Kouy-tcheou au mois de décembre de la même année. Après six mois d’étude de la langue, il fur envoyé en district. Il y avait, alors, dans la région sud-est du Vicariat, un missionnaire que Dieu, nous l’espérons, conservera longtemps encore à notre affection : je veux parler de M.Esslinger. Il avait planté le drapeau de la religion catholique dans une foule de stations dépendant de Tou-yun-fou, Tou-chan, Tin-fan, et autres sous-préfectures. Les chrétiens baptisés par lui et les catéchumènes étaient nombreux ; il était impossible de suffire au travail. Toujours en courses et mal logé, il n’avait d’autre nourriture que celle des indigènes. La fatigue, les privations, les fièvres et les soucis du ministère avaient déjà ébranlé sa santé. Il tenait bon quand même ; mais il lui fallait une aide de la même trempe que lui. Mgr . Lions jeta les yeux sur M.Saby ; et, en vérité, le choix ne pouvait être plus heureux. Doué d’une robuste constitution, comme presque tous les enfants du plateau central de la France, notre cher confrère était l’homme de la situation. Ce ne fut pas sans ressentir un brin de jalousie au fond du cœur que certain missionnaire, ancien condisciple et compagnon de voyage de M.Saby, le vit appelé à faire ses premières armes sous un maître tel que M .Esslinger.

    A son école, M.Saby fut vite formé ; au bout d’un an ou deux , le disciple était devenu une copie fidèle du maître : il parlait le chinois à sa manière, enseignait d’après sa méthode et traitait les chrétiens selon les conseils qu’il en avait reçus. Le langage de M.Saby était clair, posé et fortement accentué ; son enseignement était méthodique, détaillé et souvent répété. Il interrogeait minutieusement chaque adorateur, et ne l’admettait au baptême qu’après une longue épreuve et une formation sérieuse. Il ajournait, jusqu’à complète correction, ceux qui ne présentaient pas les garanties voulues au point de vue de l’honnêteté naturelle.

     

    Dans toute chrétienté naissante, il importe d’avoir un noyau de néophytes instruits et fidèles, capables de donner aux païens une haute idée de la sainteté de notre religion ; c’est ce que M.Saby s’efforçait d’obtenir partout. Ce n’est pas de lui, certes, qu’on aurait pu dire : « Diminutae sunt veritas… » son enseignement était intégral, et il voulait que ses chrétiens fussent exacts à remplir leurs devoirs. Ils savaient que le Père ne transigeait jamais là-dessus ; aussi ceux qu’il a formés avec tant de soin sont-ils excellents. L’opium même, cet affreux poison, qui fait tant de ravages au Kouy-tcheou, était à peu près banni des stations de son ressort. Notre cher confrère avait su inspirer à tous une horreur salutaire de ce narcotique qu’on dirait inventé par l’enfer.

     

    M.Esslinger ayant été appelé à Kouy-yang en 1875, M.Saby se trouva chargé de tout le district. L’année suivante, un autre missionnaire étant retourné en France pour cause de maladie, les fidèles du territoire de Pin-yue, Ou-gan et Long-ly furent confiés également aux soins de M.Saby. C’est alors que notre confrère se surpassa en quelque sorte lui-même. Presque toujours en courses pour visiter les stations ou administrer les malades, il fit à lui seul le travail qui est partagé actuellement entre quatre missionnaires. D’une robuste santé et d’un zèle admirable, on le voyait partout alerte et gai, semant avec profusion la bonne nouvelle dans les cœurs bien disposés, et distribuant à tous les enfants de Dieu la manne des divins sacrements. Quel bien ne réalise pas un homme apostolique de la trempe de M.Saby, qui sait se dépenser jour et nuit pour Dieu et les âmes ? Quels miracles de régénération, de sanctification et de résurrection n’opère-t-il pas à chaque instant ! Les anges seul savent compter et Dieu seul peut récompenser les mérites de cet apôtre.

     

    Le bon Maître accorda à M.Saby de bien douces consolations. Au sud de Tou-chan-tcheou, sur les confins du Kouang-si, une peuplade indigène se convertit presque toute entière. A cette époque, de pareilles conversions étaient rares. Le missionnaire prit grand soin de ces intéressants néophytes ; et maintenant encore, malgré les persécutions qu’ils ont subies à plusieurs reprises, ils sont fermement attachés aux pratiques religieuses. La station la plus importante des hommes de cette tribu est Pin-fa, où M.Saby a construit une église qui est un véritable chef-d’œuvre pour notre Mission.

    Notre regretté confrère avait fait de fortes études théologiques. Pendant dix-sept ans il s’appliqua à enseigner les vérités de la foi à ses chrétiens et à leur faire observer les préceptes de la morale évangélique. Sa science de la vie spirituelle était à la hauteur de ses connaissances théologiques. Plusieurs confrères se souviennent encore des méditations ou lectures pieuses commentées par lui. Invité à prêcher, il ne refusait jamais ce service, et chacun pouvait admirer, dans ces occasions, la piété du prédicateur et la facilité avec laquelle il savait tirer du sujet de son discours des enseignements éminemment pratiques.

     

    Le vicaire apostolique, frappé des aptitudes de M.Saby, le plaça comme professeur au grand Séminaire en 1890. Il enseigna la philosophie et la théologie aux jeunes lévites pendant deux ans ; mais il regrettait la vie du district, qu’il reprit dans le courant de 1892 pour ne plus la quitter.

     

    Déjà, depuis 1898, sa santé n’était plus si robuste ; il se sentait vieillir. Bientôt la maladie vint le visiter, et les confrères voisins durent le soigner à plusieurs reprises. Il se relevait de ses indispositions, mais retombait au bout de quelques mois. Cependant, comme il conservait toutes les apparences de la santé, personne ne le croyait en danger : lui seul comprenait que sa fin était proche. Au mois de décembre 1900, il fut atteint de la dysenterie, suite de la faiblesse de son estomac.

    Malgré cette infirmité, il continua à visiter les chrétiens du district de Pin-fa. Vers le milieu de février, le mal s’aggrava. Mgr Guichard lui ordonna de venir à Kouy-yang, pour y recevoir les soins que réclamait son état. Sa Grandeur le déchargeait en même temps de tout travail, et confiait le district à un autre confrère. Le cher Père, tranquille de ce côté, nous arriva ici au mois de mars. Dès que nous le vîmes, nous fûmes effrayés de le trouver si faible et si décharné. Il n’était plus que l’ombre de lui-même, et quelques semaines avaient suffi pour le conduire si bas. On usa de tous les remèdes pour lui redonner des forces. Lui-même, heureux d’être au milieu de nous, s’efforça de réagir contre la maladie. Il eut une ou deux semaines de mieux apparent ; mais la maladie poursuivait son œuvre. Bientôt il comprit qu’il ne guérirait pas. La perspective d’une mort plus ou moins prochaine n’effrayait point notre confrère ; il était résigné et même joyeux. Il allait recevoir la récompense de vingt-neuf ans de travaux ; et quels travaux ! Sans rien retrancher aux mérites des autres missionnaires, on peut dire en toute vérité qu’il est un de ceux qui ont le plus souffert , travaillé et lutté. N’ayant plus d’espoir de vivre, il se prépara à paraître devant Dieu, et le fit de la manière la plus édifiante.

     

    Le cher malade baissait sensiblement ; néanmoins, il célébra encore la sainte messe pendant la première moitié su mois de mai. Quelques jours seulement avant sa mort, il récitait encore son bréviaire et accomplissait tous ses exercices de piété. Soudain il fut pris d’une syncope. Les confrères présents lui administrèrent l’extrême-onction. Le jour suivant, il reçut le saint viatique, et Mgr Guichard lui appliqua l’indulgence du Jubilé. Il était là, sur son lit, calme et résigné . Jamais malade ne fut plus facile à soigner ; il était toujours content. Il conserva sa pleine connaissance jusqu’au moment de l’agonie, qui commença le 6 juin, à 9 heures du soir, et se prolongea jusqu’au 7, à 1 heure du matin. Notre cher confrère a été assisté à la mort par Mgr Guichard et plusieurs confrères.

     

    Le 10 juin, nous l’avons accompagné à sa dernière demeure.

    • Numéro : 1139
    • Pays : Chine
    • Année : 1872