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François SABOT (1879-1914)

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    François Sabot était  un enfant du Forez. Il naquit à Unieux (Lyon, Loire), le 16 octobre 1879, d’une famille foncièrement chrétienne. Entouré des soins d’une mère très pieuse, et de la tendresse de trois sœurs et de deux frères, dont il était le benjamin, l’enfant grandit en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Lorsque tout petit encore il fréquentait l’école des Frères Maristes, il disait : « Moi je veux être frère. » Il commença l’étude du latin à l’école cléricale de sa paroisse. Sa mère et ses sœurs aimaient à le voir s’acquitter à l’église de ses fonctions d’enfant de chœur, avec piété et gravité. Pendant son séjour au petit séminaire de Verrières, il sut mériter l’estime de ses maîtres et l’amitié de ses condisciples.

    Il voulait être prêtre, mais prêtre missionnaire. Avec quel plaisir il lisait, en rhétorique, les lettres pleines d’enthousiasme et de zèle ardent qu’écrivaient les anciens élèves de Verrières, déjà missionnaires ! Sa vocation s’affermissait ainsi de plus en plus ; mais, sur le conseil de son directeur, il attendit la fin de sa philosophie pour répondre à l’appel divin. Après avoir obtenu l’agrément de ses parents, il entra au Sémi­naire des Missions-Etrangères le 10 septembre 1900. Pendant les deux ans qu’il y passa, il se montra régulier et laborieux. Il reçut l’onction sacerdotale le 21 juin 1903, et fut destiné à la mission du Coïmbatour,

    Avant de partir, il alla faire ses adieux à sa famille : « Pourquoi ne veux-tu pas rester en « France, lui dirent ses frères et soeurs ? — « Qu’im­porte la séparation ? répondit-il. Elle se « fera toujours un peu plus tôt, un peu plus tard. Si Dieu me rappelait à Lui maintenant, il fau­drait bien que je vous quitte. Nous nous retrouverons au ciel. » Là-dessus, toute la famille tomba à genoux pour recevoir sa bénédiction.

    Sur le bateau qui l’emmenait loin des siens, il leur écrivait : « Je n’aperçois presque plus la terre de France ; seule, Notre-Dame de la Garde, qui domine Marseille, fixe mes regards. Le cœur bat bien un peu fort ; c’est fini, adieu, ou plutôt, au revoir au ciel!»

    Parti de Paris le 22 juillet 1903 le jeune missionnaire arriva à Coïm­batore le 26 août suivant. Cette année-là, la mission était en deuil : Mgr Bardou était mort en février, et Mgr Peyramale, évêque élu, mou­rait lui-même avant d’avoir reçu la consécration épiscopale.

    M. Sabot fut en mission ce qu’il avait été au séminaire de Paris : un homme de la règle et du devoir. Il étudia l’anglais et le tamoul à Coïm­batore pendant quelques mois, au bout desquels il fut envoyé comme vicaire à la paroisse Sainte-Marie d’Ootacamund. Il était au comble de la joie, car il voyait un vaste champ s’ouvrir à son zèle. Un peu timide par nature, il évitait plutôt la rencontre des Anglais, mais avec les Indiens il était à l’aise. On le voyait se faire tout à tous et se dépenser sans me­sure ; il faisait le catéchisme, visitait les écoles, parcourait dans tous les sens la paroisse Sainte-Marie pour porter aux malades les secours de notre sainte religion ou rechercher les brebis égarées.

    Au mois de septembre 1906, l’évêque le nomma titulaire de Naglur. Cette paroisse est particulièrement difficile à administrer à cause de son annexe, Michael-palayam, village composé de nouveaux chrétiens, que la mission a établis en leur donnant une maison et des terres à cultiver. Le curé de Naglur édifia bientôt tout le monde par son zèle, sa patience et sa charité à l’égard de chrétiens, qui n’étaient pas toujours très aima­bles. Il avait la main ferme et ses paroissiens le trouvaient quelquefois un peu sévère ; mais ils avaient pour lui un véritable attachement. Ils regrettent profondément aujourd’hui leur curé, qui se montra si bon envers eux, pendant près de neuf ans.

    Survint la guerre, cette terrible guerre qui ensanglante l’Europe. Au mois de novembre 1914, M. Sabot reçut l’ordre de se présenter devant un major anglais ou le docteur français de Pondichéry pour passer une visite médicale. Répondant à cette invitation, notre confrère arriva à Coïmbatore le samedi 28 novembre. Il était en bonne santé, et pourtant il avait déjà dans le sang les germes de la fièvre typhoïde. Le lundi, il ressentit un peu de fièvre ; le mardi, à la fièvre se joignit un violent mal de tête qui ne fit qu’augmenter les jours suivants. Le lundi 7 décembre, M. Rondy, vicaire général, proposa au malade d’aller à Bangalore, à l’hôpital Sainte-Marthe, où il serait soigné par un excellent docteur et des gardes-malades de profession. M. Sabot accepta tout de suite, et il partait le soir même accompagné par le vicaire général. Tous les mis­sionnaires présents à Coïmbatore lui dirent au revoir à la gare, hélas ! aucun de nous ne se doutait que nous lui disions adieu et que nous ne le verrions plus revenir.

    Après deux jours d’observation, le docteur diagnostiqua une fièvre typhoïde, à laquelle vint bientôt s’ajouter la jaunisse. Cette complica­tion devait être fatale au malade. La faiblesse ayant augmenté, il devint inconscient, ne reprenant connaissance que par intervalles. À Coïm­batore, nous espérions toujours recevoir de meilleures nouvelles, lors­que, le 27 décembre au matin, un télégramme de Bangalore nous an­nonça la mort de ce cher confrère, qui s’était éteint tout doucement, sans secousse, assisté à ses derniers moments par M. Teissier, vicaire général de Mysore.

    Homme d’une grande modestie et d’un excellent cœur, M. Sabot ne comptait que des amis. Sa carrière apostolique a été courte, mais bien remplie. Ce bon missionnaire nous a été ravi très jeune encore ; il est allé recevoir au ciel la récompense promise au « bon et fidèle serviteur ».

     

     

    • Numéro : 2721
    • Pays : Inde
    • Année : 1903