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Pierre QUIOC (1873-1945)

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    M. QUIOC (Pierre-Sébastien) né le 23 octobre 1873 à Lapte, diocèse du Puy (Haute-Loire). Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 8 septembre 1892. Prêtre le 27 juin 1897. Parti pour le Haut-Tonkin le 28 juillet 1897. Mort à Phu-Tho le 18 novembre 1945.

     

    C’est à Lapte, petit village de la paroisse de Verne dans la Haute-Loire, que naquit Pierre-Sébastien Quioc, le 23 octobre 1873. Il n’avait pas encore huit ans, que déjà il servait la messe, l’église était cependant assez éloignée et en hiver le froid se faisait rudement sentir le long du chemin souvent couvert de neige. Après avoir pris le frugal repas que lui présentait sa mère, l’enfant de chœur arrivait à l’heure pour la messe, puis se rendait aussitôt à l’école communale. Le curé de la paroisse s’intéressa à cet enfant, lui donna des leçons qui permirent son entrée en quatrième au petit séminaire de Monistrol, comme demi-pensionnaire. Tous les quinze jours ses parents venaient le voir et lui apportaient les provisions nécessaires. Ceux-ci cultivaient une ferme assez vaste, mais de faible rendement. Le terrain était pauvre, le blé n’y poussait guère, et ce n’est qu’au prix d’un dur labeur que la famille arrivait à se suffire. « Tu as vu ce pays, disait un soldat en manœuvres, les rats descendent du grenier en pleurant... » Aussi quand les vacances ramenaient le séminariste au milieu des siens, le travail manuel ne lui manquait pas.

    La rhétorique achevée, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères à Bièvres où il dut interrompre ses études pour accomplir une année de service militaire. Ordonné prêtre le 27 juin 1897, il reçut sa destination pour le Haut-Tonkin, aujourd’hui Hunghoa, qui venait d’être détaché deux ans auparavant de la Mission de Hanoi, et dont le Vicaire apostolique, Mgr Ramond, ne devait mourir que quelques mois avant M. Quioc. Après sa première messe, le jeune partant alla faire ses adieux à sa famille qu’il ne reverrait plus sur cette terre, car il devait passer quarante-huit ans au Tonkin sans revoir la France. Les jours de vacances écoulés, M. Quioc revint à Paris pour se préparer au départ fixé au 28 juillet 1897. La veille de son arrivée à Hongkong, il fut atteint d’un érésypèle qui l’obligea à séjourner au sanatorium de Béthanie pendant trois semaines. Il lui tardait de rejoindre sa Mission, et c’est sur ses instances que le supérieur de l’établissement l’autorisa à s’embarquer pour Haiphong. Avant de monter à bord, il eut un scrupule : « Si je fais une rechute, se dit-il, ne serais-je pas responsable pour avoir ainsi forcé la décision de mon supérieur ? » et des larmes perlèrent à ses yeux. Heureusement, il fit bon voyage, et quelques jours plus tard, il était accueilli à Hunghoa par son évêque. Il se mit immédiatement à l’étude de la langue, et huit mois plus tard, il était à Ha-Thach. Là, sous la direction de M. Granger, chargé de cette importante paroisse, il se formait aux us et coutumes du pays et commençait à aider son curé.

    Un an s’était à peine écoulé, qu’il était à Laokay pour remplacer M. Méchet, appelé à Ha-Thach pour y construire la chapelle du petit séminaire. A Laokay, en 1899, il n’y avait que quelques chrétiens viêtnamiens, mais il y avait une garnison de soldats français et une ambulance. La ville et ses environs étaient malsains et le paludisme y faisait de nombreuses victimes ; M. Quioc lui-même ne tarda pas à avoir de fréquents accès de fièvre qui duraient plusieurs heures. Vers sept ou huit heures du soir, la fièvre tombait et il prenait son frugal repas. Il se levait de bonne heure, visitait l’ambulance et sa porte était toujours ouverte aux militaires. Miné par la fièvre, il était maigre et avait le teint jaunâtre. Un jour, il reçut la visite de M. Lavest qui venait de Chine et devait plus tard devenir Vicaire apostolique du Kouangsi. « Pour un indigène, vous parlez bien français, » lui dit le futur évêque. — « Comment ! Mais je suis Français comme vous, du diocèse du Puy... »

    Huit mois plus tard c’était l’époque de la retraite des missionnaires à Hunghoa. Quoique M. Quioc ne fût pas prévenu officiellement, il se décida à se joindre aux confrères. Après la retraite, Monseigneur l’envoya à Sontay pour se soigner. Peu à peu les accès de paludisme s’espacèrent, devinrent moins violents et au mois d’août 1900, à la rentrée des classes, M. Quioc fut nommé professeur au petit séminaire de Ha-Thach, Plein de respect et d’estime pour le supérieur, il s’efforça de mettre à profit ses sages conseils et sa prudente direction. A la mort de M. Bessières, en juin 1906, M. Quioc devint supérieur du petit séminaire, charge qu’il devait exercer jusqu’en juin 1939.

    Pendant ses six ans de professorat et ses trente-trois ans de supé­riorat, il vécut pour ses élèves, au milieu d’eux, prenant souvent part à leurs jeux, et s’efforçant d’être toujours pour eux un exemple de tous les instants, il les aimait comme un père aime ses enfants, et si parfois il dut être sévère avec quelques récalcitrants, il lui était très pénible de les punir. Pendant l’année scolaire il s’absentait peu. Si le devoir l’appelait près de son évêque ou ailleurs, il revenait sans s’attarder à son poste. Ne pouvant plus se consacrer à l’évangélisation, il s’unissait par la prière aux confrères qui se dépensaient à ce dur ministère, et s’il avait quelque argent, il était heureux de l’offrir à ces combattants de première ligne. Il recevait volontiers de leurs nouvelles, s’intéressait à leurs travaux, surtout à ceux de ses anciens élèves.

    Pendant les vacances il leur rendait visite et partageait leur vie. Les premières années il voyageait à pied sans chaussures, accompagné par un coolie qui portait le bagage nécessaire. Il passait deux jours ici, trois jours là, et les missionnaires se mettaient en frais pour recevoir leur aimable et noble visiteur. C’était la joie des frères qui se retrouvent, joie chantée par le psalmiste : « Quam bonum et jucundum habitare fratres in unum. ». M. Quioc était ainsi arrivé à connaître toutes les résidences de ses confrères du Vicariat. Quant à peine une fois l’an il se rendait à Hanoi pour affaires, il visitait les petit et grand séminaires de Hanoi, Hoang-Nguyên et Ké-so. Ce furent les seules sorties qu’il se permit en dehors du Vicariat pendant les quarante-huit ans qu’il y vécut. Il ne pensa jamais à un retour en France. Il n’oubliait cependant pas ses chers parents. Il en parlait volontiers, revivait ses années passées sous le toit familial. Jusqu’à ses dernières années il aimait recevoir des nouvelles des deux frères qui lui restaient. Depuis 1940 les correspondances étaient interrompues : il en souffrait beaucoup et, quelques jours avant de mourir, il manifestait le désir de savoir s’ils vivaient encore.

    De haute taille, M. Quioc n’avait cependant pas une constitution robuste. Sur la fin de sa vie il eut plusieurs congestions pulmonaires dont il guérit heureusement, mais l’ouïe et la vue baissaient sensiblement. C’est alors qu’il demanda à son Vicaire apostolique que la direction du petit séminaire fût confiée à un jeune supérieur ; mais Mgr Ramond n’acquiesça pas au désir de son missionnaire qui, par obéissance recommença une nouvelle année scolaire.

    Quand en septembre 1938 Mgr Vandaele prit l’administration de la Mission, M. Quioc obtint d’être déchargé du supériorat et M. Mazé lui succéda. Ce ne fut cependant pas pour lui une retraite, car Monseigneur le chargea de la nouvelle chrétienté de Phu-Tho, à trois kilomètres en amont du Fleuve Rouge. Quelques familles de fonctionnaires français y résidaient ; une dizaine de familles viêtnamiennes chrétiennes y étaient à demeure fixe. D’autres y séjournaient temporairement, en quête de travail. Une belle et vaste église surmontée d’une flèche bretonne venait d’être achevée aux frais de M. Fleury. M. Quioc en devenait le premier curé. Le dimanche, de nombreux chrétiens des villages voisins se joignaient à ceux de la ville et emplissaient l’église. Les jours de grandes fêtes un professeur du grand séminaire venait l’aider à entendre les confessions. M. Quioc était heureux. Mais à ses infirmités de la vue, de l’ouïe s’ajoutait la faiblesse des jambes. En mars 1945, une forte diarrhée acheva de lui enlever ses dernières forces, puis ce fut une congestion pulmonaire. Pendant quelques semaines, M. Fleury, en résidence forcée au presbytère, se dévoua auprès de lui. Mais les Japonais autorisèrent M. Fleurv à retourner à Hunghoa, et notre malade se trouva seul. Bien que Mgr Mazé et M. Guidon ne fussent qu’à trois kilomètres, ils ne purent cependant lui rendre que de rares visites, plus ou moins clandestines. M. Quioc sentant ses forces décroître rapidement demanda à recevoir les derniers sacrements ; c’est M. Khan, le bon et dévoué curé de Ha-Thach qui les lui administra.

    Après la capitulation japonaise, le parti viêtminh s’étant emparé du pouvoir obligea Mgr Mazé et M. Guidon à quitter le petit séminaire et à résider à Phu-Tho ; ce fut pour le malade une grande consolation. La maladie progressait rapidement et la fin était proche. M. Quioc remercia Monseigneur de l’avoir averti du danger grave où il se trouvait. Le soir du 18 novembre, après s’être entretenu comme de coutume avec Mgr Mazé et M. Guidon, il se retira dans sa chambre. Tandis que Monseigneur et son compagnon se promenaient sous la véranda, ils remarquèrent que M. Quioc toussait beaucoup ; ils entrèrent dans la chambre du malade qui vomissait le sang. Monseigneur comprit que c’était la fin ; il lui administra l’extrême-onction et notre cher confrère rendit son âme à Dieu.

    Le lendemain matin, les chrétiens consternés vinrent nombreux prier auprès du défunt. L’autorité viêtnamienne autorisa le transfert du corps au cimetière du petit séminaire de Ha-Thach ; Monseigneur Mazé et M. Guidon, une dizaine de prêtres, tous ses anciens élèves, la paroisse de Ha-Thach, les élèves du petit séminaire lui firent un beau cortège et prièrent pour celui qui leur avait consacré toute sa vie. Que le bon et saint missionnaire protège son séminaire qui a couru et court encore tant de dangers !

     

    • Numéro : 2282
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1897