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Victor QUINTON (1866-1924)

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    Mgr QUINTON ( Victor-Charles ), né à Carelles ( Laval, Mayenne ), le 4 novembre 1866. Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères, le 15 septembre 1885. Prêtre le 21 septembre 1889. Parti pour la Cochinchine Occidentale le 23 décembre 1889. Sacré à Saïgon, le 15 avril 1913, évêque de Laranda. Préconisé le 28 mai 1914. Mort au Séminaire de l’Immaculée-Conception, à Bièvres, le 4 octobre 1924.

     

    Victor-Charles Quinton naquit à Carelles, au hameau de la Cointerie, doyenné de Gorron, diocèse de Laval, le 4 novembre 1866. Il fut baptisé le lendemain et reçut les noms de Victor-Charles, ce dernier en mémoire du saint dont la fête marquait le jour de sa naissance, comme cela se pratiquait alors communément dans les chrétiennes régions de la Mayenne. Plus tard, à Saïgon, le missionnaire choisira, pour sa fête, ce jour de saint Charles Borromée.

    Victor était le quatrième enfant de Joseph Quinton et de Victoire Garnier, simples cultivateurs, mais riches de foi, d’honneur et de vertus chrétiennes. L’une de ses sœurs, Léonie, de deux ans plus âgée que lui, religieuse de la Charité d’Evron, mourut en prédestinée à la Maison-Mère le 1er juillet 1884 ; elle avait été la confidente des projets d’avenir du futur missionnaire.

    Dès l’âge de trois ans, le petit Victor savait toute sa prière ; sa marraine et cousine (aujourd’hui Sœur Honorine Quinton de la Charité d’Evron ) élevée à la maison, de dix ans plus âgée, était souvent chargée de la lui faire réciter, et il arrivait parfois    que la prière se terminait trop joyeusement : alors marraine et filleul recevaient une bonne admonestation de la chrétienne mère de famille : « Tout cela est fort laid pour un  futur abbé », ajoutait celle-ci ; car déjà il parlait d’être prêtre et appelait « sa soutane », sa petite robe d’enfant.

    À l’âge de cinq ans, il perdit son père. Ce fut pour la famille une douleur cruelle que Victor n’oublia jamais ; il en fera le sujet d’un premier essai poétique au petit séminaire de Mayenne : À genoux sur la tombe d’un père. Ce douloureux souvenir perce encore dans quelques autres poésies où il chante gracieusement les jours de son enfance.

    Restée seule avec ses cinq enfants, Mme Quinton fut secondée par son aîné, Joseph, qui fut particulièrement chargé d’aider le petit Victor dans ses premières études, celle du catéchisme surtout. La mémoire heureuse de l’enfant lui permettait d’apprendre facilement. Il s’y fiait un peu trop et attendait à la veille pour  étudier les leçons du lendemain. Son frère n’était pas satisfait de cet arrangement ; il n’acceptait pas de leçons à moitié apprises et de temps en temps sévissait contre le petit paresseux. Un jour que Joseph se plaignait de son élève au vicaire de la paroisse : « Laissez-le tranquille, reprit celui-ci ; je n’en ai pas un seul à répondre si juste aux explications que je demande. »

    Arrivé à l’époque de sa première communion, l’enfant répondit pleinement aux soins des dignes prêtres de la paroisse, comme à ceux de sa pieuse mère et de son frère aîné. Il se prépara à ce grand acte avec une ferveur toujours croissante et écrivit son bonheur à sa marraine, déjà religieuse d’Evron. A partir de  ce jour inoubliable pour lui, Victor sentit grandir en son âme, l’attrait du sacerdoce. Le 8 septembre 1877, année de sa première communion, le bon M. Arnoul, curé de Carelles, qui depuis longtemps surveillait cet enfant, le prit chez lui, avec l’assentiment de son heureuse mère, et lui fit commencer le latin. Cette date du 8 septembre restera pour lui mémorable : devenu missionnaire, il écrira un jour à sa marraine et cousine, celle qui avait le secret de lui faire paraître les prières moins longues, quand il était tout petit enfant : « Quand tu iras à La Cointerie, tu auras soin de te rappeler une promenade que tu y fis en 1877, un dimanche après vêpres. Vous aviez conspiré tous les deux,  M. Arnoul et toi … Donc, M. le Curé s’y trouva aussi et me demanda si je voulais étudier le latin. Je n’avais dit à personne qu’au bon Dieu et à la Sainte Vierge que je voulais être prêtre. Comment le sûtes-vous ? Je n’en sais encore trop rien … »

    C’est ici la place de dire un mot de la dévotion de Victor Quinton enfant à la  Sainte Vierge. Dès ses plus jeunes années, il avait manifesté un tendre amour pour cette Reine des Anges. Il avait élevé à la Cointerie un petit autel en son honneur ; fleurs et bougies ornaient la statuette devant laquelle il allait s’agenouiller le soir et le matin ; c’est là encore qu’enfant il s’exerçait à célébrer la sainte messe. Plus tard, sous les tropiques, durant les insomnies des longues nuits, il rêvera en poète à ces souvenirs de la Cointerie.

     

    Haute de trois pouces à peine

    Ma madone de porcelaine

    Me paraissait belle comme une reine

    Sur son trône entouré d’azur

    Très pur.

     

    Mais revenons au presbytère de Carelles. L’enfant commença donc ses études de latin sous la protection de la Sainte Vierge, mais pendant deux années elles n’avançèrent pas beaucoup ; M. le Curé, trop occupé par son ministère avait confié son élève à deux vicaires qui ne firent que passer. Ce fut seulement quand M. l’abbé Millet fut envoyé à Carelles que Victor se mit sérieusement à l’œuvre. M. Millet, actuellement retiré à Mayenne, voyant en son jeune écolier une intelligence précoce, mais peu habituée au travail se garda bien de la laisser dormir sur ses livres. Il lui donnait chaque jour presque plus de leçons et de devoirs que sa santé ne semblait le permettre ; la nuit, il n’en dormait pas. La pauvre mère inquiète dut intervenir ; le maître, tout en ayant égard aux recommandations maternelles, n’arrêta pas pour cela les études si bien commencées. Nous avons un aperçu de cette vie d’écolier au presbytère de Carelles, dans une lettre du missionnaire à son ancien maître qui lui avait envoyé sa photographie : « Votre photo m’a rappelé quantité de souvenirs : vos leçons de latin à Carelles avec les petites histoires de cette époque de ma vie et, vous le savez comme moi, il y en quelques-unes de drôles ! … Nos sorties à Martigné ; les crêpes de Mme M…, ce garnement de Marcel M … ; ce petit saint homme de Marcel G…; les melons cantalous ; les dragées que Mme Millet me vendait pour rien … Vous faites toujours le « petit œil avec lequel vous me regardiez quand je commençais à dérailler en expliquant le « De viris » … ou bien pendant que je lisais cette fameuse version latine au Pasteur, le bon Père Arnoul, qui mangeait sa soupe en me regardant par-dessus ses lunettes bleues … Vous m’en fîtes passer un petit drôle de quart d’heure, ce jour-là. Mais n’ayez crainte, je ne vous en veux pas du tout. Au contraire, je vous en suis très reconnaissant et chaque fois que je parle à nos jeunes gens de leurs devoirs envers leurs enfants, je leur cite l’exemple d’un mioche qui serait certainement devenu voyou s’il n’avait été vertement corrigé par sa mère et son Maître. Merci donc, encore une fois. »

    Après deux ans de cette forte discipline chez l’abbé Millet, Victor Quinton entrait en quatrième au Petit-Séminaire de Mayenne. Nous n’avons pas de détails sur la genèse de sa vocation apostolique ; il semble bien que c’est au Petit Séminaire qu’elle prit racines et bientôt ses aspirations se manifestèrent au grand jour. « Aux vacances, écrit un de ses anciens condisciples avec lequel il resta toujours lié d’amitié, il vint dans ma famille. J’étais presque conquis à ses idées ; cependant,  je ne sentais pas le feu sacré qui l’enflammait. Malgré cela ma mère en fut très tourmentée : Victor lui avait parlé de nos projets – plutôt des siens. – Bref, Victor, bon camarade, pieux, apôtre jusqu’aux os, s’en fut au Séminaire des Missions-Étrangères – et moi à  Laval. »

    Le départ pour le Séminaire de la rue du Bac était, à cette époque, l’adieu presque définitif à la famille. Avant de suivre le jeune aspirant dans la voie qui l’éloigne des êtres toujours aimés, nous voulons citer encore cette lettre qu’il écrira de Mission à Sœur Honorine ; elle montre que, pour le missionnaire, séparation ne signifie pas abandon et oubli : « Quand tu iras à la Cointerie, tu salueras pour moi tous ces recoins qui me sont chers. Tu salueras les morts que j’aimais, d’un Pater et d’un Ave, à ma place – entends-tu ? – sur leur tombe : tu leur diras que celui-là ne compte pas pour toi mais pour moi qui ne puis pas venir parce que je suis trop loin. Salue aussi les vivants pour moi Je pense aux morts tout d’abord, parce qu’ils me paraissent comme plus près de nous que les vivants eux-mêmes. »

    Le nouvel aspirant n’avait que dix-huit ans quand il entra au Séminaire des Missions-Étrangères, le 15 septembre 1885. Une figure presque d’ascète qu’accentuait une calvitie prématurée, une certaine retenue qui n’était que timidité naturelle, l’appréhension ou la compréhension, peut-être exagérée, de son nouveau genre de vie au « Séminaire des Martyrs », voilèrent d’abord les trésors d’amabilité et de franche gaîté que nous venons de constater dans le petit séminariste et l’écolier. Mais ce voile fut bientôt déchiré.

    Heureux jours du Séminaire ! Sur le soir de la vie, combien leur souvenir est doux ! Les soucis n’étaient autres que ceux de l’avenir, allégés de leur réalité ; la gaîté s’alimentait avec les petits riens de la vie fraternelle de communauté. Aux jours de promenade ou pendant les vacances prises en commun, on fêtait souvent la saint Victor, et quelquefois avec apparat de fleurs, discours ou poésies. Souvent ? Oui ; toutes les fois que dans le martyrologe on lisait au réfectoire : « Victor migravit in cœlum. » Cette gaîté saine, qui dissipe les neurasthénies les plus opiniâtres, ne dépassait jamais les frontières du bon aloi. M. Quinton était un boute-en-train et, à son exemple, ses confrères étaient aussi à leur tour patients bénévoles de ses réparties. Dans cette complexité de caractères si divers que comporte une communauté, nous ne croyons pas qu’il ait éprouvé une vraie antipathie pour quelqu’un de ses confrères ou qu’un de ceux-ci ait jamais voulu lui faire quelque peine. Il était aimé et estimé de tous, et n’est-ce pas le plus bel éloge qu’on puisse faire de lui ?

    Si la tristesse était bannie de notre vie d’aspirants missionnaires, aux heures d’études et de prière, le travail n’en était pas moins sérieux et intense. On en jugera par les notes intimes de Mgr Quinton que la mort survenue en France, lui a fait oublier à Saïgon. Nous laissons la plume à un missionnaire qui nous donne ces détails :

     

    « À en juger par les nombreuses notes manuscrites que j’ai sous les yeux, une grande vertu et un léger défaut ont caché au public les véritables qualités de Mgr Quinton ; et moi-même qui ai vécu longtemps dans son intimité, je ne l’ai pas connu, mais je voudrais le faire connaître tel qu’il se révèle dans ces notes. Humble, il avait assez du bon plaisir de Dieu et de l’approbation de sa conscience. Timide, il ne manifestait pas toujours au dehors les bonnes intentions qui l’animaient au dedans. C’était d’ailleurs une résolution prise par lui au Séminaire de Paris en 1888 : « Mortuus sum et vita mea est abscondita cum Christo in Deo. »

    « Sa résolution de retraite à Mayenne, en 1884, a été le mobile de sa vie entière :   « Volo esse sanctus, et magnus, et cito. » L’année suivante, il termine sa consécration à « Marie, Vierge Immaculée » par une résolution héroïque : « Pati pro Christo, et mori cum Illo. » Au Séminaire de Paris, le 19 mars 1888, après la mort de « sa bien-aimée mère » : J’ai besoin d’un cœur dans lequel je puisse verser mes ennuis, mes peines et mes joies…, il me faut un cœur de Mère. Ce cœur, ô Marie, sera le vôtre, si vous ne refusez pas d’accepter pour enfant un misérable pécheur tel que   moi. Oui, Marie, vous êtes ma Mère et moi je suis votre enfant pour toujours, pour toujours !!! » – Et il signe sa consécration de son sang.

    « Le 21 septembre de la même année, veille de son sous-diaconat, il se livre tout entier à Jésus par Marie, et de nouveau, il se consacre à cette bonne Mère « pour être toujours son esclave, sa propriété. »

    « Deux ans après son arrivée en Mission, le 6 octobre 1891, il promet d’offrir tous « les samedis le Saint Sacrifice en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie, pour « remercier Dieu des grâces dont Il l’a comblé » Il fait cession entre ses mains de tous ses « pauvres mérites afin qu’elle en dispose suivant son bon plaisir, pour ce et pour qui elle voudra : Depositum custodi : scio cui credidi. Il la supplie de lui accorder toutes les grâces nécessaires pour faire le plus de bien possible aux âmes qui lui sont et qui lui seront confiées. » Ce dévouement aux âmes lui suggèrera plus tard sa devise épiscopale : « Ut vitam habeant. »

    « M. Victor Quinton gagna la Mission de Saïgon en janvier 1890 ; il ne devait la quitter que pour aller mourir en France le 4 octobre 1924. Après un séjour à Baria, où il apprit rapidement l’annamite sous la direction de M. Combalbert, il fut placé au Séminaire de Saïgon par Mgr Colombert. En 1896, Mgr Dépierre détacha le Petit Séminaire du Grand et chargea M. Quinton, tout naturellement désigné pour cette œuvre, de fonder un nouvel établissement à Anduc, dans les environs de Mytho. Quelques années plus tard, l’insalubrité du lieu força M. Quinton de transférer ses séminaristes ailleurs. A Tandinh, où il vint s’établir dans un magnifique enclos aménagé par lui, il était l’homme le plus heureux du monde, aimant ses élèves  comme un père dévoué, les instruisant et les dirigeant comme un maître accompli, aimé des séminaristes et des confrères, qui se faisaient un plaisir de partager sa joie. Comme toutes choses en ce monde, ce bonheur ne dura guère. En 1902, le Petit Séminaire fut de nouveau réuni au Grand, et M. Quinton le suivit à Saïgon, où il demeura jusqu’en 1909, époque à laquelle Mgr Mossard le nomma Curé de Thala.

    « M. Quinton aimait ardemment la jeunesse : il se consacre à elle, en instruisant les séminaristes comme professeur, en les dirigeant comme directeur, et en les intéressant par son savoir-faire et sa bonne humeur. On a remarqué surtout le côté pratique de son enseignement. Sa direction aussi était simple et basée sur la pratique des vertus naturelles : honnêteté, franchise … et sur l’esprit de sacrifice par l’obéissance.

    « Tout en faisant son cours de philosophie, M. Quinton remplit les fonctions de procureur ; et à ce titre il s’occupa spécialement de l’infirmerie des Pères. Il soigna, avec un dévouement inlassable, les nombreux confrères qui, pendant surtout une période de quatre à cinq ans, y vinrent terminer leur carrière. Sa charité se traduisait par une serviabilité peu ordinaire : il était un homme d’action plus que de sentiment. Cette qualité, avec l’assiduité au travail a été la note dominante de toute sa vie.

    « A Thala, comme partout ailleurs, M. Quinton, sans négliger le reste, prit un soin tout particulier des jeunes gens. Là aussi, comme trait distinctif de son apostolat, il aimait et il savait se faire aimer. Il donnait aux pauvres de sa paroisse tout ce qu’il avait. C’est d’ailleurs la ligne de conduite qu’il a tenue toute sa vie. Au Séminaire et à l’Evêché, tant par principe que par vertu, il ne possédait rien en propre que le strict nécessaire.

    « En 1912, le Saint Siège nomma Mgr Quinton, évêque de Laranda et coadjuteur de Mgr Mossard. » Nous devons intercaler ici une lettre du nouvel élu à Sœur Honorine, la confidente de ses joies et de ses peines, de ses craintes et de ses espoirs :

     

    « Ma chère Cousine

    « La mère d’un missionnaire lui écrivait à peu près ceci : Mon fils, tant que tu étais simple missionnaire, j’étais tranquille sur son compte ; je n’avais pas peur pour ton salut éternel. Maintenant, te voilà nommé évêque, je suis moins tranquille ; j’ai peur pour ton âme ; je crains que cette dignité ne nuise à ta sanctification.

    « Toi aussi, ma chère Cousine, sois moins tranquille maintenant, car ton pauvre filleul est nommé évêque. Je t’en prie, ne le dis à personne, on le saura toujours assez tôt. Je te l’écris à toi, parce que j’ai absolument besoin du secours de tes prières. Il faut que tu pries encore beaucoup plus que par le passé pour ton pauvre filleul.

    « Tout mon espoir est dans l’infinie miséricorde du bon Dieu. Je suis comme serré dans un étau : D’un côté, je n’ai rien de ce qu’il faudrait pour faire un évêque ; de l’autre, résister est inutile ; il faudra accepter ensuite. Et puis, résister, j’ai peur que ce soit résister au bon Dieu. Car si Dieu n’est pas l’auteur de tout cela, je ne vois pas qui en est l’auteur ; en tout cas, ce n’est pas moi sûrement.

    « Depuis le 19 décembre, jour où cette nouvelle m’est parvenue, je suis tout bouleversé. J’ai eu peur d’en perdre la tête. Je me sens parfois pris d’une tristesse si grande, que j’ai peur que ce soit manque de confiance en Dieu. J’ai beau vouloir réagir, je n’y parviens guère et cette tristesse revient toujours.

    « Monseigneur m’a appelé à Saïgon pour voir les confrères. J’y suis venu ; mais je me trouve tout drôle dans ma chambre à l’évêché. Je pense que j’aurai bien du mal à oublier ma chère brousse de Thala.

    « Prie pour moi de toutes tes forces. Demande pour moi au Cœur de Jésus et à la Sainte Vierge une grande humilité. L’humilité et la confiance en Dieu, c’est la grande ressource des incapables pour se tirer d’affaire …

    « Une chose qui me console un peu, c’est que je suis pas destiné à être immédiatement Vicaire Apostolique ; je suis le coadjuteur de Mgr Mossard. Comme, Dieu merci, Monseigneur est en assez bonne santé, j’espère bien n’avoir pas à assumer tout seul la respon-sabilité de toute la Mission. Prie pour que Monseigneur vive assez longtemps, afin que je sois toujours coadjuteur … Je t’aime encore plus que d’habitude, parce que, cette fois, tu vas prier pour moi de toutes tes forces.

    « Ton filleul qui a grand besoin des prières et des bonnes œuvres de sa marraine. »

     

    « Mgr Quinton vécut et travailla de concert avec Mgr Mossard jusqu’en 1920. Durant ce laps de temps, il élabora les projets qu’il devait s’efforcer de réaliser plus tard. En 1920, il devient Vicaire Apostolique de Saïgon.

    « Travailleur acharné, Mgr Quinton passait tout son temps, en dehors de ses exercices de piété qu’il accomplissait comme au temps du séminaire, à lire, à écrire, à réfléchir et à diriger ses subordonnés dans l’emploi des moyens qu’il jugeait les plus propres au développement numérique et moral des chrétiens de sa Mission. Il propagea, autant qu’il le put, la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, par l’Intronisation de ce divin Cœur dans les foyers. Dans ses mandements de Carême, il revenait souvent sur les devoirs des parents envers leurs enfants ; dans ses visites pastorales et dans ses tournées de confirmation, il voulait se rendre compte par lui-même de tout ce qui intéresse l’entretien tant matériel que spirituel de chaque chrétienté.

    « Pour atteindre ce but, il avait et il recommandait une prédilection spéciale pour les enfants des écoles. Il avait vivement à cœur de développer le niveau intellectuel, en même temps que le niveau moral de la jeunesse, et il donna aux chefs de paroisse une direction très détaillée sur ce double objet. Il fit en France des démarches nombreuses et pressantes pour obtenir des Maîtres capables de fonder ici des écoles d’enseignement supérieur. L’impos-sibilité de se procurer actuellement de tels Maîtres et une mort prématurée n’ont pas permis à Mgr Quinton d’exécuter ce dernier projet, au sujet duquel il a laissé de longues instructions et dont la réalisation incombe à son successeur.

    « Mgr Quinton, évêque, est toujours resté l’aimable confrère, tel que nous l’avons connu quand il était simple missionnaire. Succombant à une maladie qui le minait depuis longtemps, il dut s’aliter au mois d’avril de cette année 1924.  Après un mois de séjour à la clinique du Docteur Angier, sur l’ordre des médecins, il s’embarqua pour la France à la fin de mai. Malgré toutes nos prières pour le rétablissement de  notre regretté Pasteur, Dieu a jugé à propos de le rappeler à Lui… »

     

    Dès son arrivée en France, Mgr Quinton entra à la clinique Saint-Michel à Paris. Il la quitta le 2 août pour se rendre au Séminaire de Bièvres attendre une convalescence qu’il espérait encore mais qui ne vint pas. Voici quelques extraits d’une relation de  M. Parmentier, Directeur de la Section de Bièvres, sur les derniers jours de Monseigneur :

    « … Vers le 25 septembre, la faiblesse s’est tellement accentuée que le vénéré malade ne peut plus quitter le lit … Le médecin nous avertit qu’un accident, embolie, hémorragie, peut emporter brusquement le malade. Dans ces conditions, je n’hésite pas à proposer les derniers sacrements. Monseigneur accepte bien volontiers. C’était le lundi 29 septembre, fête de saint Michel. Avant de recevoir la Sainte Communion en viatique, Monseigneur veut faire la profession de foi de Pie IV. A genoux devant  le Saint Sacrement, j’en fais la lecture ; mais Monseigneur veut dire lui-même la conclusion : « Ego Victor Carolus Quinton spondeo voveo ac juro … » Sa Grandeur, à la fin de la cérémonie, remercie tous les assistants et ajoute : « Si j’ai offensé quelqu’un ou fait de la peine, qu’on veuille bien me pardonner. » Enfin, sur ma demande, Monseigneur bénit les présents et les absents, sa Mission, sa chère    Mission !…

    Le lendemain, vers deux heures après midi, Monseigneur exprime le désir d’entendre les prières de la recommandation de l’âme. « Je sens, dit-il, que ma tête a des moments de trouble ; je voudrais m’unir aux prières en pleine connaissance. » Nous récitons donc ces prières. Tous les Pères du Séminaire sont présents et aussi des aspirants, autant que la chambre peut contenir. Puis Monseigneur remercie et recommande de prier pour lui après sa mort. « Oui, Monseigneur, nous le promettons ; mais vous-même, quand vous serez au ciel, intercédez pour nous. » –     « Oui, oui, je le ferai. »

    « Un peu avant six heures et demie, l’infirmier m’avertit que le malade va très mal, j’accours aussitôt. Monseigneur respire difficilement, les yeux sont grand ouvert et fixes ; je l’exhorte : « Mon Jésus, miséricorde, Jésus, Marie, Joseph, je remets mon âme entre vos mains. – Monseigneur, je vous renouvelle l’absolution. » A peine ai-je fini la formule que du sang apparaît sur ses lèvres, un léger soupir et c’est fini. »

    • Numéro : 1880
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1889