Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Alain QUENNOUELLE (1929-2003)

Add this

    L'enfant est le père de l'homme, dit un proverbe japonais. Dès sa petite enfance Alain Quennouelle a été profondément marqué par la foi de ses parents, qui étaient l'un et l'autre de fervents chrétiens, et par la suite, dans son âge mûr,  il ne s'est jamais départi de la foi simple qu'il avait héritée d'eux. Comme tout un chacun mais peut-être plus que d'autres, il gardait les traces de l'éducation reçue dans sa famille. Né dans un milieu privilégié à bien des égards, milieu bourgeois fortuné dans lequel on n'a pas d'ordinaire beaucoup de sympathie pour  les idées révolutionnaires, Alain Quennouelle ne reniait pas ses origines. Il n'aimait pas la contestation dans l'Église. et n'était pas toujours très tolérant  pour ceux  qui n'avaient pas la même façon que lui de concevoir l'orthodoxie. Son désir d'être fidèle en tout à l'enseignement de l'Église et son incompréhension pour les critiques fondées ou non dont celle-ci est souvent la cible aujourd'hui   étaient  dus  sans doute pour une bonne part aux influences reçues dans sa jeunesse, passée dans le 16° arrondissement à Paris. Mais, à l'école de ses parents il avait aussi appris à respecter autrui, et que les dons reçus à la naissance créent des obligations. Son père et sa mère étaient tertiaires franciscains et savaient donner avec générosité. Ils  eurent neuf enfants, sept garçons et deux filles, Alain  étant l'avant dernier. Un de ses frères devint moine bénédictin, à l'abbaye de Fontgombault, un autre missionnaire d'Afrique. Alain était très attaché à eux, en particulier à son frère  Père blanc en mission au Congo, avec lequel il correspondait fréquemment.

    Est-ce seulement pour se distinguer de ses frères qu'Alain demanda son admission aux Missions Étrangères de Paris? Il semble en tout cas que son choix n'était pas encore fait quand il entra au séminaire. Après avoir terminé  ses études secondaires à l'école Sainte Marie de Monceau, et  après avoir fait son service militaire,  au lieu  d'entrer au séminaire de Paris,  il s'inscrivit en première année de philosophie  au séminaire français de Rome, sans doute  pour se donner le temps de voir plus clairement quelle était sa vocation. Il n'a pas fait de confidences sur ce point. Toujours est-il que c'est à Rome qu'il entra en relations avec un petit groupe d'aspirants et de prêtres étudiants des Missions Étrangères, dont le futur évêque d'Andong, René Dupont, et le futur vicaire apostolique de Phnom Penh, Yves Ramousse. À leur contact il apprit à connaître la Société, et c'est de Rome qu'il écrivit au supérieur général pour demander à être reçu lui-même comme aspirant. Il fut alors décidé qu'il irait continuer ses études de théologie au séminaire de la rue du Bac, où il entra le 20 septembre 1953. Plus tard il devait parler volontiers de ses années romaines mais davantage pour évoquer les beautés de la Ville éternelle ou le souvenir des amis rencontrés au séminaire que par nostalgie de études à l'université grégorienne.   Les cours magistraux en latin dispensés à la Grégorienne pas plus que les manuels dans la même langue alors utilisés n'étaient  faits pour rendre attrayants les rudiments de philosophie scolastique qu'il fallait ingurgiter pour se présenter aux examens. Alain Quennouelle, qui avait par ailleurs beaucoup de qualités, n'était pas particulièrement doué pour ce genre d'études. Il fut probablement heureux de la proposition qu'on lui fit de regagner Paris pour poursuivre sa formation au séminaire de la rue du Bac. C'est à Paris qu'après avoir reçu de Mgr Lemaire sa destination pour le Japon il fut ordonné prêtre, le 22 avril 1956, et c'est de là qu'il partit le 28 septembre de la même année pour prendre  à Marseille le bateau des Messageries Maritimes, et  arriver  le 30 octobre à Yokohama.

    À cette époque les missionnaires nouvellement arrivés  au Japon  étudiaient le japonais à Tôkyô. Ils étaient  les hôtes du Père Flaujac, dans une maison de l'oeuvre de Béthanie fondée par ce dernier, qu'il avait  mise à la disposition de la Société. C'est là qu'Alain Quennouelle résida d'abord pendant trois mois  avec un groupe d'une dizaine de confrères. Ensuite, en janvier 1957, il fut possible d'emménager dans une nouvelle maison plus spacieuse et plus confortable que le supérieur régional, le P. Delbos, venait de faire construire à Oimatsuchô. Les étudiants devaient passer là en principe deux ans, sous la houlette du P. Deyrat, venu de Kobé pour leur servir de Mentor. Ils  se rendaient tous les jours à l'école de Roppongi, tenue par les pères franciscains, où des professeurs compétents les initiaient aux mystères de la langue. Alain  Quennouelle était destiné à la mission de Hakodaté,  dans le Hokkaidô, où les  besoins en personnel étaient particulièrement urgents. Le P. Maugenre, curé de la paroisse centrale de la ville de Hakodaté, Miyamaechô, étant tombé malade, n'était plus en mesure d'assurer le service de la paroisse. Il fallait  quelqu'un pour lui venir en aide. Alain Quennouelle fut désigné pour ce faire et se trouva ainsi obligé d'écourter son stage d'étude de langue à Tôkyô, qui ne dura guère plus d'un an et quelques mois. Plus tard il devait regretter de n'avoir pu consacrer davantage de temps à l'étude des caractères et il souffrit de ne pas pouvoir lire facilement le japonais écrit. Très vite il fut accaparé par son travail au service des chrétiens de Miyamaechô et, dès qu'il en fut capable, par l'enseignement qu'il fallait donner aux catéchumènes, alors encore relativement nombreux. C'est à Miyamaechô, sur le terrain, bien plus qu'à Roppongi qu'il fit  peu à peu l'apprentissage du japonais.

    Après la mort du  P. Maugenre, survenue peu de temps  après, il devint à son tour curé de la paroisse. Parmi les paroissiens les plus anciens gardaient le souvenir des missionnaires du début du siècle dont ils avaient admiré le zèle. Ils attendaient du jeune curé dont ils avaient hérité qu'il se montre digne de  ses devanciers en faisant preuve du même  dévouement à l'apostolat. Curieuse coïncidence il se trouvait qu'un parent d'Alain Quennouelle, un oncle ou un grand oncle, missionnaire franciscain, avait autrefois prêché  l'évangile dans le Hokkaidô, non loin de là. Alain Quennouelle aimait dire qu'il voyait là un signe donné par la   Providence, comme une invitation  à se donner sans compter à son travail. Il se sentait bien un peu surveillé par certains, membres de la vieille garde désireuse avant tout  de préserver l'héritage,  mais il appréciait aussi la bienveillance dont il était l'objet et l'indulgence que tous lui témoignaient quand par inexpérience il se trompait. Il s'attacha  bientôt aux paroissiens de Miyamaechô, dont il vantait les qualités encore longtemps après les avoir quittés, et il garda jusqu'à la fin de sa vie des relations avec certains d'entre eux. Plus tard il devait répéter souvent que c'étaient les chrétiens, et plus particulièrement les vieilles femmes  dont il avait admiré la foi ardente qui lui avaient fait comprendre ce que devait être son ministère de prêtre. Il fit son possible pour répondre aux besoins : prédication, administration des sacrements, visites aux malades, animation des différents groupes, JOC, Légion de Marie, etc...  Et il dut bientôt s'atteler à une tâche qu'il n'avait pas prévue au départ. Les bâtiments, tant le presbytère que l'église, étaient en mauvais état, L'église surtout était devenue trop petite. Il fallut songer à reconstruire. Les paroissiens étaient disposés à se cotiser mais on ne pourrait rien faire sans l'appoint d'une aide extérieure. Alain Quennouelle dut se transformer  en quémandeur. Il se rendit en France à plusieurs reprises, en 1960, 1966 et 1967, pour recueillir des fonds. Grâce à la générosité de sa famille et de ses relations, il parvint à  collecter la somme nécessaire pour commencer les travaux, une somme considérable pour l'époque. Il tint à confier la  réalisation du projet de construction à un architecte  qui ne copierait pas servilement les modèles importés d'occident. Alain Quennouelle était fier à juste titre de l'église  que ce dernier réalisa, selon la tradition japonaise, amie du  dépouillement et de la simplicité,  sans utiliser d' autre matériau que le bois, matériau noble par excellence,   sans autre ornement que la couleur de ce bois, dans le goût des anciens sanctuaires des religions du pays. Le but recherché était atteint puisque les gens qui visitaient cette église se sentaient invités à la prière. Le P. Quennouelle n'était pas à homme à disserter savamment en faisant des théories sur l'inculturation, mais il la pratiquait à sa manière. Dans la suite il eut  à plusieurs reprises à s'occuper de constructions. On sentait qu'en ce domaine les choix qu'il faisait  étaient inspirés par le respect qu'il éprouvait pour la sensibilité esthétique  des Japonais.

    En 1967, au retour d'un congé en France, pris après neuf ans de ministère à Miyamaechô,  Alain Quennouelle fut nommé au poste de Yakumo, petite ville à quelque soixante kilomètres de Hakodaté. Il trouvait là une paroisse bien différente de celle qu'il quittait.  Alors qu'à Miyamaechô  les chrétiens étaient plusieurs centaines. la communauté catholique de Yakumo  ne comptait que quelques dizaines de membres, et il y avait peu d'espoir de la voir se développer rapidement. Le milieu ambiant, prisonnier des traditions du bouddhisme, semblait particulièrement imperméable. Les rares conversions au christianisme étaient le plus souvent le fait de gens venus d'ailleurs, qui ne restaient que peu de temps sur place.   Le P. Quennouelle fit comme les missionnaires qui l'avaient précédé dans le poste, essayant  d'entrer en contact avec les habitants et de leur rendre service grâce à des jardins d'enfants,  établis en ville et dans les environs, mais les résultats visibles de ce travail étaient bien minces. Pas question en tout cas de les évaluer  en nombre de baptêmes  administrés.

    En 1968, après un an passé à Yakumo, Alain Quennouelle il fut nommé supérieur local, responsable de la communauté  des confrères MEP travaillant dans le district de Hakodaté. Il  choisit alors d'aller résider dans la maison achetée par la Société près de Goryôkaku dans la ville de Hakodate.  Il  demeura  là  jusqu'au terme de son mandat  en 1974,  avec la charge  de coordonner les activités dans le district et de transmettre les directives de l'évêque. Mgr Tomizawa n'abusait pas  du droit qu'il avait de donner des consignes. Il  faisait confiance aux missionnaires et était toujours prêt à soutenir leurs initiatives.  En ces années post-conciliaires  on s'efforçait à pratiquer l'aggiornamento voulu par Vatican II. Une des fonctions du supérieur local  est d'animer la réflexion commune.  Alain Quennouelle  fit de son mieux pour promouvoir les échanges entre confrères  sur leur activité pastorale. Outre les communautés religieuses et les écoles catholiques de la ville, école de garçons et école de filles, dans la marche desquelles le responsable de groupe  n'avait pas à intervenir,  et outre les  cinq paroisses, il y avait plusieurs jardins d'enfants et aussi une oeuvre fondée dans l'immédiat après-guerre dans un quartier populaire de Motomachi pour recueillir des enfants handicapés ou de famille en difficulté.. Le supérieur local  devait contrôler le  fonctionnement de cet ensemble. Il était aussi régulièrement  invité à donner des causeries aux parents et aux professeurs, dont beaucoup n'étaient pas chrétiens, et devait courir pour ce faire aux quatre coins du district. Alain Quennouelle était souvent sur les routes au volant de sa voiture  Par ailleurs, en ces années là les finances et la comptabilité n'étaient encore pas partout parfaitement en ordre.  Il fallait  parfois discuter pour obtenir des améliorations et une harmonisation des pratiques. Bien que n'ayant pas de responsabilité paroissiale directe pendant toute cette période, le responsable du groupe ne manquait pas de travail.

    Après un congé pris en France en 1974,  Alain Quennouelle fut nommé, en 1975, curé d'une paroisse en fondation dans la banlieue de Sapporo,  à Eniwa. Depuis leur retour au Hokkaidô dans les années qui suivirent la fin de la guerre, après une longue absence, les missionnaires MEP n'avaient pas travaillé hors du district de Hakodaté.  Cette nomination à Sapporo marquait un changement de la pratique récente. Elle répondait à un désir des responsables de la Société, et d'abord de l'intéressé, qui  souhaitaient  multiplier les occasions de contact et de travail en commun avec les prêtres japonais, pour la plupart en activité  dans la ville épiscopale. Alain Quennouelle fut donc heureux de se rendre à Eniwa.  Et il fut heureux  aussi  d'avoir son mot à dire pour l'aménagement intérieur et  la décoration de la  petite église  où il allait rassembler les  paroissiens pour célébrer la liturgie.  Là encore il sut imprimer sa marque et obtenir qu'on respecte les canons de l'esthétique_ japonaise en réglant l'éclairage donné par les fenêtres et en  choisissant les statues et le mobilier.  En y entrant on était saisi par l'atmosphère de recueillement qui régnait dans cette église.

    En réalité Alain Quennouelle ne pensait pas pouvoir rester longtemps à Eniwa. En 1974, pendant son congé en France, il avait fait une rencontre qui devait avoir une influence déterminante sur la suite de son ministère. Sur le conseil d'un ami il avait fait au mois d'août de cette année une retraite au Foyer de charité de Châteauneuf de Galaure  au cours de laquelle il eut plusieurs entrevues avec Marthe Robin. Profondément impressionné par le message de Châteauneuf et les encouragements que lui donna Marthe Robin, il se sentit appelé à se consacrer lui-même à l'apostolat des retraites spirituelles dans le cadre des Foyers de charité. Il devait parler par la suite de la certitude qu'il éprouva alors que Dieu l'appelait comme d'une nouvelle vocation à l'intérieur de sa vocation missionnaire, à laquelle il n'avait pas le droit de résister. Dès ce moment il résolut de tout faire pour parvenir à fonder un Foyer au Japon, et d'entreprendre les démarches nécessaires auprès de ses supérieurs pour être autorisé à mener ce projet à bien. A Châteauneuf,  il avait fait la connaissance d'une Japonaise, Mademoiselle Murakami, venue là tout exprès du Japon  pour  faire retraite, attirée par la réputation de Marthe Robin.  Mademoiselle Murakami  lui avait promis sa collaboration pour mettre en route et animer un Foyer  dès que lui même  pourrait se libérer pour en  construire un au Japon.

    À Eniwa,  et plus généralement dans le diocèse de Sapporo, les conditions ne se prêtaient guère à une fondation de ce genre.  Très vite Alain Quennouelle  se rendit compte que pour une première implantation ll avait besoin de l'appui d'un  évêque et  d'un diocèse où la population chrétienne soit  plus nombreuse qu'à Sapporo.  Aussi fut-il heureux quand l'occasion se présenta  d'aller dans le centre du Japon en acceptant la proposition  que lui fit le supérieur régional d'aller  rendre service au diocèse d'Osaka et de devenir curé de la paroisse de Nakayamaté à Kobé. Là il se trouverait  en position favorable pour  prospecter.  C'est apparemment sans hésitation qu'il quitta le Hokkaidô où il avait travaillé pendant vingt ans  et où il avait beaucoup de relations pour se rendre à Kobé. Il devait rester curé de Nakayamaté pendant deux ans, d'avril 1976 à Pâques 1978. Là,  sans négliger pour autant les devoirs de sa charge de curé, il  se consacra sans relâche  aux  préparatifs de ce qui allait être la grande oeuvre de sa vie. Et d'abord, soucieux d'avoir l'appui de l'archevêque d'Osaka, il  conduisit le cardinal Taguchi  à Châteauneuf  pour qu'il se rende compte de visu de ce qu'est un Foyer de charité.  Ce dernier fut, semble-t-il, bien impressionné. Il  encouragea  Alain Quennouelle à aller de l'avant  et le mit en contact   avec des personnes susceptibles de lui venir en aide. Ces encouragements étaient précieux  mais ils ne  supprimaient pas les difficultés  qui étaient en travers de la route.  Il fallait  recruter et former des personnes qui deviendraient membres du Foyer et accueilleraient les retraitants, il fallait trouver un emplacement convenable, il fallait  collecter les fonds nécessaires à l'achat d'un  terrain et à la construction d'une maison.   Alain Quennouelle   ne se laissa pas impressionner  par  le scepticisme de quelques uns  qui ne voyaient pas dès l'abord  la nécessité  de l'entreprise. Convaincu de faire l'oeuvre de Dieu, il fit face avec détermination à toutes ces difficultés  et parvint à les surmonter  une à une. Très vite,  avant même d'avoir résolu toutes les questions en suspens, il commença à prêcher des  retraites, au Japon et à Châteauneuf, où il conduisit à plusieurs reprises des groupes de  Japonais.  Puis vint  le temps où il ne lui fut plus possible de mener de front  ses activités à Nakayamaté et  les préparatifs immédiats de la fondation du Foyer. À l'automne 1978, relevé de sa charge de curé, il alla prendre pension chez  soeurs de l'Assomption  à Mino, non loin de  Sendaiji, le lieu  où  il avait  l'intention de construire.

    Le choix de Sendaiji, à quelques kilomètres du centre d'Osaka, avait été favorisé par tout un concours de circonstances  auquel Alain Quennouelle attachait beaucoup d'importance. Le Foyer serait bâti au milieu d'un village dont les habitants étaient des descendants  de chrétiens  contraints à l'exil et réfugiés là à l'époque des persécutions. On trouve encore dans les environs des objets ayant appartenu à ces chrétiens et des souvenirs attestant leur présence. Le fondateur du Foyer voyait  là  un signe : les retraitants se sentiraient appelés  à retrouver la ferveur du temps des martyrs. Il  s'agissait pour lui de faire oeuvre d'Eglise  et cette oeuvre devait être un chaînon dans l'histoire de l'évangélisation au Japon, C"est pourquoi aussi dès le début il chercha à nouer des liens avec le diocèse de Nagasaki par où le christianisme a pénétré au Japon au temps de saint François Xavier. Et il caressa longtemps le rêve de pouvoir  plus tard faire une autre fondation à Nagasaki même.

    L'inauguration du Foyer put enfin avoir lieu  le 22 août 1980.  Désormais le Père Quennouelle  pouvait  prêcher dans ses murs. Il le fit pendant vingt-deux ans  au rythme de cinq retraites de six jours par an et  en donnant presque chaque fin de semaine des récollections  ou des sessions de préparation au mariage.  Il tenait beaucoup à ces récollections  pour les fiancés, dont beaucoup étaient des non-chrétiens  désirant se marier à l'église catholique. Et il disait son admiration pour l'écoute attentive de ces fiancés dont c'était souvent le premier contact avec l'Eglise. Il cherchait à rester proche des non-chrétiens et des catéchumènes.  Il disait souvent être particulièrement heureux  de pouvoir ainsi par le ministère des récollections participer à l'initiation des catéchumènes. Après  sa mort les membres du Foyer ont reçu de retraitants venus au Foyer plusieurs témoignages attestant  l'influence   que sa prédication et  les conseils reçus de lui ont eu sur  leur cheminement et sur leur  décision de demander le baptême.

    Alain Quennouelle ne se contenta pas  de son ministère à Sendaiji, déjà très prenant. Il prêcha aussi à plusieurs reprises  à la demande des évêques des retraites  de prêtres,  en 1981 à Nagasaki, puis  en 1982  à Osaka même.  Brûlant du désir de faire connaître et de développer l'oeuvre des Foyers, en 1981  il se rendit à Taiwan sur l'invitation de  Mgr Kia, archevêque de Taïpeï  pour  y donner  plusieurs causeries,  posant ainsi les  jalons d'une fondation  qui fut réalisée plus tard.  En 1984  il fit un voyage à Hongkong et à Macao pour y  rencontrer les évêques et étudier avec eux la possibilité d'une fondation. Élu membre du conseil central des Foyers de charité en 1989,  il  dut se rendre chaque année en France  pour prendre part aux  Assemblées générales.  Et on sentait qu'il  portait dans son coeur le souci   de tous les Foyers  implantés un peu partout dans le monde.

    Alain Quennouelle  était exigeant  pour lui même comme pour les autres, et  intransigeant en matière de doctrine, mais il  voulait avant tout  être  le témoin de l'Amour miséricordieux.  Fervent adepte de la Consécration Mariale selon saint Louis Grignion de Montfort,  il avait une grande dévotion envers la Sainte Vierge  qu'il cherchait  à  faire partager à tous. Il aura consacré toutes ses forces  à la prédication du Règne de Dieu  avec une constance que tous admiraient, rêvant d'un avenir lumineux pour l'Église du Japon et voyant déjà les grands temples bouddhistes de Kyôto transformés en églises où le Saint Sacrement serait adoré en permanence.  Ses confrères souriaient parfois  de  cet optimisme  mais  ils appréciaient le caractère revigorant  des conversations avec lui, parce qu'on le savait  homme de prière habité par le désir de faire connaître Jésus. Malgré les conseils de son entourage, il ne prenait pas suffisamment soin de sa santé. Il ne se plaignait pas  mais  depuis un an ou deux  il paraissait parfois fatigué. Au mois de février  2003 la fatigue devint soudain accablante, et il s'interrogeait sur les causes de cette aggravation quand  le médecin  diagnostiqua un cancer du foie en phase terminale et lui annonça qu'il n'avait plus que quelques semaines à peine à  vivre. Hospitalisé d'urgence le 5 mars à l'hôpital  Gratia de Mino, alors qu'il  était complètement  épuisé, il trouva  encore la force  d'évangéliser les infirmières et le médecin qui le soignaient. Ce dernier devait dire plus tard  que l'attitude  du Père Quennouelle devant la mort et sa sereine acceptation l'ont conduit à remettre en cause les préjugés qu'il avait contre le christianisme et à réorienter sa vie. Au  responsable de l'ensemble des Foyers, le P. Michon, accouru d'urgence depuis Châteauneuf  pour être  à son chevet, le malade put redire qu'il faisait offrande se sa vie et de sa mort pour  l'oeuvre des Foyers , et il trouva la force de parler avec lui des mesures à prendre pour assurer la survie de celui de  Sendaiji. Il  devait décéder le 17 mars, après quarante-sept ans de vie missionnaire au Japon, dont vingt-sept ans dans le diocèse d'Osaka. La très nombreuse assistance qui se pressait  à la cathédrale le surlendemain  pour ses obsèques, certaines personnes étant venues du lointain Hokkaidô, a montré, s'il en était besoin, combien  son ministère  a été estimé et ressenti  comme une grâce par ceux et celles qui en ont bénéficié.

    • Numéro : 4040
    • Pays : Japon
    • Année : 1956