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Jean OXARANGO (1913-2003)

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    Jean Oxarango, fils de Dominique et de Mariena Etcheverry, naquit le 24 mai 1913, au lieu dit Iribarnia, sur le territoire de la commune de Macaye, canton de Hasparren, dans l'actuel département des Pyrénées Atlantiques, dit autrefois des "Basses Pyrénées". Il appartenait à une famille de cultivateurs basques à la foi profonde, aux fortes vertus chrétiennes, et riche en valeurs humaines. Celle-ci comptait huit enfants dont trois filles et cinq garçons, dont l'un, semble-t-il, décéda en bas âge. Jean fut baptisé le jour même de sa naissance, en l'église paroissiale de Macaye, diocèse de Bayonne. Quelques années plus tard, alors qu'il était élève au petit séminaire d'Ustaritz, il fut confirmé à Bayonne, le 15 mai 1925.

    C'est à Hasparren, le chef-lieu de canton, que Jean fit ses études primaires; celles-ci achevées, il entra au petit séminaire d'Ustaritz, en octobre 1924. Il y parcourut tout le cycle ordinaire des études secondaires jusqu'en juillet 1930. Celles-ci furent couronnées par l'obtention des diplômes du Brevet Élémentaire puis du Baccalauréat complet. En octobre 1930, M. Jean Oxarango se dirigea vers le grand séminaire de Bayonne pour sa formation sacerdotale et ses études ecclésiastiques, interrompues en 1931 par l'appel sous les drapeaux. Affecté à Versailles, il fut ensuite envoyé à la caserne Cafarelli, à Nancy, pour y suivre un stage de formation militaire. Rendu à la vie civile, il rejoignit le grand séminaire de Bayonne. Diacre le 6 juillet 1936, il fut ordonné prêtre le 4 juillet 1937, par Mgr. Henri-Jean Houbaut, évêque de Bayonne.

    En octobre 1936, alors qu'il n'était encore que diacre, M. Jean Oxarango fut envoyé au Petit Séminaire Saint François-Xavier à Ustaritz, comme professeur. Pendant deux ans, avec ardeur, et en attendant de pouvoir réaliser son désir de faire partie d'un Institut missionnaire, il se dévoua au service des petits séminaristes du diocèse de Bayonne  jusqu'en juillet 1938.

    Au terme de l'année scolaire 1937-38, et un an après son ordination sacerdotale, M. Jean Oxarango adressait, depuis le petit séminaire d'Ustaritz, à la date du 5 juillet 1938, au Supérieur Général de la Société des Missions Étrangères, une lettre de demande d'admission dans la Société. Il écrivait :.." J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance la faveur de m'admettre dans votre Société. Ce faisant, je crois répondre à l'appel de Dieu qui se fait entendre à moi, depuis plus de dix ans. Une santé longtemps chétive, l'opposition temporaire de l'autorité diocésaine telles sont les causes qui ont retardé la réalisation de mon dessein. Désormais la route est libre : au bout de deux ans de professorat au P. Séminaire d'Ustaritz, je viens, après une nouvelle requête, de recevoir l'autorisation épiscopale d'engager les démarches nécessaires à mon admission dans votre Société. Tout heureux de cette nouvelle, je me hâte de vous adresser la présente supplique…"

    Cette demande présentée par M. Jean Oxarango était appuyée, à la date du 9 juillet 1938, par le témoignage suivant fourni par le Supérieur du Petit Séminaire, et adressé au Supérieur Général de la Société : .."Vous désirez des renseignements sur Mr. L'abbé J. Oxarango, notre confrère qui demande à être admis aux M.E.

    Je suis heureux de ne pouvoir vous en fournir que d'excellents à tous points de vue. Santé bonne, esprit intelligent et cultivé, conduite irréprochable, caractère très sympathique qui ne demande qu'à servir et à faire plaisir. Ce qui est mieux encore, il fait preuve des plus précieuses vertus sacerdotales, esprit surnaturel, dévouement, activité, zèle . C'est donc un sujet de premier choix que le P.S. d'Ustaritz et le diocèse de Bayonne envoient aux M.E. et vous n'aurez qu'à vous en féliciter. Nous regrettons vivement ce cher confrère qui en nous quittant laissera un vide sensible au P.S. Pour atténuer mes regrets, il ne faut rien moins que la conviction que M. l'abbé Oxarango est destiné et décidé à faire beaucoup de bien dans une partie du champ plus déshéritée que la nôtre…"

    Le 12 juillet 1938, M. Jean Oxarango recevait une réponse positive à sa demande ; il se présentait au séminaire de la rue du Bac, le 17 septembre 1938. Pendant son année de probation au séminaire de Paris, prévue par le règlement de la Société, ses supérieurs lui demandèrent de préparer à la Sorbonne, une licence ès Lettres classiques. Le 3 septembre 1939, débutait la seconde guerre mondiale. Il fut alors mobilisé, mais après l'effondrement de l'armée française et l'armistice qui rentrait en vigueur le 25 juin 1940, il fut renvoyé dans ses foyers. Cela lui permit de terminer sa licence ès Lettres classiques en 1941. Agrégé à la Société des Missions Étrangères, le 15 septembre 1941, il reçut sa destination pour le service du vicariat apostolique de Hué. La guerre ne lui permettant pas de rejoindre sa mission, il regagna son diocèse de Bayonne et, dans l'attente du bateau et la venue de jours meilleurs, il retrouva le petit séminaire d'Ustaritz où il reprit sa chaire de professeur.

    En 1945, alors que les hostilités se terminaient en Europe, et que le Japon capitulait le 15 août 1945, venait de commencer le conflit franco-indochinois, parfois appelé "Première Guerre d'Indochine". Celle-ci devait s'achever par le désastre français de Diên-Bien-Phu au Tonkin, le 8 mai 1954, suivi des accords de Genève du 20 juillet 1954, entraînant la partition du Viêtnam en deux États séparés par une zone démilitarisée à la hauteur du 17ème parallèle.

    Mais en 1945, voulant rétablir son autorité en Indochine, la France mit sur pied le Corps Expéditionnaire Français d'Extrême-Orient (CEFEO). Des aumôniers militaires bénévoles furent adjoints à l'aumônerie militaire pour le service de ces troupes se rendant en Indochine. En un temps où il était difficile d'obtenir des passages sur des navires, dans l'immédiat, c'était un moyen possible pour plusieurs jeunes missionnaires de rejoindre l'Extrême Orient, et le vicariat apostolique auquel ils étaient envoyés et où ils étaient attendus. M. Jean Oxanrango fut de ce nombre, ayant accepté cette proposition qui lui avait été faite par ses supérieurs. Mais, peut être plus tard, comme il sera rappelé au jour de ses funérailles :.." ce fut là une nouvelle source de contrariétés et d'épreuves, non pas à cause des dangers encourus, il fut en effet gravement blessé, mais parce qu'il ne pouvait pas  approuver une politique de guerre menée par la France dans un pays où il était envoyé pour annoncer l'Évangile…" Il exerça cette charge d'aumônier militaire bénévole auprès des troupes coloniales au Nord Viêtnam, où il servit du 9 septembre 1945 au 8 octobre 1948, date de sa démobilisation.

    Rendu à la vie civile, il rejoignit le vicariat apostolique de Hué, au Centre Viêtnam, auquel il avait été destiné. Au moment où M. Jean Oxarango y arrivait, en octobre 1948, il y était accueilli par un compatriote basque Mgr. Jean-Baptiste Urrutia, qui venait de recevoir la consécration épiscopale, le 27 mai 1948. Mais le vicariat traversait des épreuves douloureuses. Il y avait eu les évènements de 1945 : coup de force japonais du 9 mars, puis le 2 septembre, prise du pouvoir et proclamation de l'Indépendance par le Viêtminh. La ville de Hué avait subi un siège sérieux de décembre 1946 à février 1947 ; la procure de la mission avait été incendiée. Et les hostilités continuaient.

    Le 6 juillet 1946, s'étaient ouverts à Fontainebleau entre les représentants du Gouvernement Révolutionnaire Viêtminh et une délégation française, des pourparlers sur la situation et l'avenir de l'Indochine, mais sans grands résultats. En août 1946, les discussions avaient repris à Dalat. Le 14 septembre 1946, les deux parties en étaient arrivées à la conclusion d' un "modus vivendi". Cette convention signée, on voulut croire au retour de la paix. Confiants, plusieurs missionnaires munis des autorisations nécessaires délivrées par les autorités viêtminh, retournèrent dans leurs postes respectifs. Mais quelques jours après les attaques viêtminh du 19 décembre 1946, sept missionnaires de Hué se trouvant en zone contrôlée par les autorités révolutionnaires étaient arrêtés, et emmenés prisonniers à Vinh. Captivité qui dura jusqu' au 3 juin 1953.

    Le 12 janvier 1949, M. Joseph Grall, un jeune missionnaire qui arrivait de France, rejoignait sa mission de Hué à laquelle il était destiné. Le train qui l'emmenait de Tourane à Hué tomba dans une embuscade, près du village de Langco. Emmené dans la montagne avec les autres voyageurs, il ne donnera jamais plus signe de vie .

    Malgré cette situation difficile, M. Jean Oxarango se mit avec courage à l'apprentissage de la langue vietnamienne. Il logeait à l'Institut de la Providence. C'est dans cette maison qu'il passera tout le temps de son séjour au Viêtnam. Le récit de cette période de sa vie au Viêtnam est fortement lié à l'histoire de cette maison et à celle de son corps professoral. Mais, bien que n'étant encore qu'étudiant en langue, il rendait déjà quelques services dans la paroisse de Hué. En effet, il se trouvait dans cette ville, capitale impériale, un certain nombre de familles francophones, militaires ou civiles.

    L'Institut de la Providence avait été fondé, en 1933, par M. François Lemasle, nommé vicaire apostolique de Hué, le 4 février 1937. Au témoignage de M. Georges Lefas, un "pilier" de la maison :.."Ce collège catholique était largement ouvert au milieu vietnamien, sans distinction d'appartenance religieuse ou sociale..". Cette maison jouissait déjà d'une réputation bien établie pour le sérieux des études et la formation morale et spirituelle des jeunes gens dans le respect des consciences. Ainsi en 1943-44, le succès au baccalauréat avait été de 80%. Par la suite, beaucoup de bacheliers continuaient leurs études en Université ; un certain nombre s'en allaient les poursuivre à l'étranger. Cet établissement d'enseignement secondaire avec programmes français avait alors un grand rayonnement tant auprès des familles françaises que vietnamiennes de Hué et même de l'Indochine.

    Les évènements qui secouèrent l'Indochine en 1945 amenèrent, pour un temps, la fermeture de l'établissement. Sous l'occupation japonaise et pendant le siège de Hué de décembre 1946 à février 1947, il servit de refuge pour 400 familles. Ensuite, une partie des bâtiments fut réquisitionnée par l'armée. Malgré l'état de guerre, à la demande des parents, le Collège rouvrit ses portes, à la rentrée de septembre 1947, sous la responsabilité de M. Georges Lefas qui venait de rentrer d'un congé en France. Celui-ci réunit autour de lui quelques professeurs laïques de bonne volonté. Vite, selon les traditions de la maison, la vie y redevint studieuse, paisible et familiale. En septembre 1948, 250 élèves étaient inscrits, se répartissant entre la huitième et la classe de Philo-Maths.

    Les évènements politiques et les troubles des années passées avaient crée une situation nouvelle au Viêtnam. En raison de cela, au plan pédagogique, il fallait alors repartir avec de nouvelles méthodes d'enseignement, revoir et adapter les programmes. L'enseignement du latin fut sauvegardé car les élèves du petit séminaire venaient vivre et suivre des cours avec leurs camarades qui se préparaient à des carrières laïques. Le corps professoral compétent formait une équipe jeune, solide, unie, communicante, stable, consciente de ses devoirs d'éducateurs. Des prêtres vietnamiens diplômés faisaient partie de cette équipe d'enseignants. Ils étaient associés à la marche de cette maison dont ils seraient appelés à prendre la direction dans peu d'années.

    C'est dans ce corps professoral, à l'Institut de la Providence, où il gardera toujours son pied-à-terre, puis à l'Université d'État de Hué, que M. Jean Oxarango allait prendre place et vivre, en plusieurs étapes, toute sa vie missionnaire en tant que prêtre enseignant auprès des jeunes étudiants au Viêtnam.

    Selon M. Georges Lefas,son confrère et ami, la période 1945-1954, pour le Collège de la Providence, fut "le rayon de soleil dans la tempête". M. Jean Oxarango se consacra tout entier à sa tâche d'enseignant avec toutes les obligations qu'elle comportait. Il fallait faire face au manque de professeurs qualifiés, et prendre sur soi l'enseignement de telle discipline hors de sa spécialité. Il fallait être polyvalent. De ce fait, il était nécessaire de travailler en équipe, d'encourager, de diriger et de suivre le travail des élèves, de rester en relation avec les familles. Celles-ci vivaient un temps de mutation du fait des évènements qui secouaient le pays. La guerre imposait aussi son rythme de violence, de brutalité, de corruption, d'insécurité, de désordre, d'incertitude. Les divisions et les pressions politiques ainsi que l'idéologie tout cela avait une répercussion sur les élèves. Et selon le témoignage d'un ancien élève, en ces temps troublés, il a fallu à ce corps professoral "beaucoup de délicatesse, de prudence, de sens de l'autre pour accomplir sans heurt leur travail de chaque jour."

    Et pourtant cette période se révéla être l'une des plus fécondes en grâces. Le témoignage donné par les prêtres enseignants portait ses fruits. En 1951, le collège fut amené d'abord à donner l'hospitalité à 70 élèves du petit séminaire diocésain d'An-ninh accompagnés de l'un de leurs professeurs. En effet, dans cette région régnait une certaine insécurité nuisible aux études. Puis au cours de l'année 1951, trois élèves reçurent le baptême et plusieurs autres demandèrent à s'y préparer. Sans doute, avaient ils bénéficié d'une ambiance concrète de vie chrétienne au sein même du Collège. Pour clôturer cette année scolaire, l'un des premiers anciens élèves de la Providence, le P. Alexis Lôc, était ordonné prêtre pour le service du vicariat apostolique de Kontum. Il revenait dire sa reconnaissance au Seigneur et aux maîtres qui l'avaient guidé.

    M. Jean Oxarango dans la mesure du possible, était heureux de prêter main forte à ses confrères qui travaillaient dans le ministère paroissial. Ainsi, à l'occasion des fêtes de Pâques 1950, pendant deux jours, il s'en alla en visite pastorale dans différents postes militaires répartis dans la province. Il en revint content de l'accueil qu'il avait reçu, et heureux d'avoir permis à de nombreux chrétiens dispersés de célébrer la fête de la Résurrection.

    Pendant les vacances d'été, en 1953, libéré de ses cours, il alla passer un mois de repos à Hong-Kong. Mais il partagea la joie de ses confrères et de tout un peuple, lorsque le 11 juin 1953, on apprit la libération des missionnaires retenus prisonniers à Vinh depuis 1946. Après huit nuits de navigation en sampan sur la rivière Sông-Gianh, un petit bâtiment de la marine française amarré à Thanhkhê, avait recueilli les captifs libérés. Après une étape à Dong-Hoi, ceux-ci furent accueillis, à l'aérodrome de Phu-bai, par Mgr. Urrutia vicaire apostolique de Hué, et par Mgr. Pierre Ngô-dinh-Thuc, de passage dans sa ville natale. Huit d'entre les "rendus à la liberté" appartenaient au vicariat apostolique de Vinh, un à celui de Thakhek, six à celui de Hué. Huit étaient décédés en captivité à Vinh. Deux étaient encore retenus par les Vietminh, sans savoir en quel lieu ils avaient été emmenés.

    L'année 1954 était une année mariale. Bien que l'insécurité ne permit pas les grands rassemblements traditionnels de fidèles, au sanctuaire même de Notre Dame de Lavang, cher au cœur des chrétiens de Hué, les communautés chrétiennes organisèrent les 16-18 juin 1954, des triduums en l'honneur de la Vierge. Un effort intéressant fut accompli par les chrétientés pour décorer et illuminer le parcours de la procession, grâce à l'aide experte et au savoir faire de M. Jean Oxarango qui était aussi cinéaste. Pendant les grandes vacances de 1954, il revint à Hong-Kong et passa la fête de l'Assomption dans la paroisse chinoise de Taikoulao confiée aux Missions Étrangères. Comme intermède "documentaire" lors de la veillée mariale, il projeta un film en couleur, du "qui bouge", qu'il avait réalisé l'année précédente, durant son séjour à Hong-Kong. Ce fut un succès.

    1954 ! Elle fut aussi une année difficile à vivre, "horribilis", en raison de la dégradation progressive de la situation politique et militaire au Viêtnam et de ses répercussions dans le monde étudiant. La chute du camp retranché de Dien-Bien-Phu (7 mai 1954), la conclusion des "accords de Genève" (20 juillet 1954), entraîna la création d'une zone démilitarisée, à la hauteur du 17ème parallèle. Le Viêtnam se trouvait divisé en deux Etats, deux "républiques", chacune se réclamant d'un système politique différent. Cette ligne de démarcation coupait en deux le vicariat apostolique de Hué, avec comme conséquence un déplacement important de population, vers le sud, pour fuir le régime communiste.

    C'est dans ce contexte que l'Institut de la Providence fêtait son vingtième anniversaire. Le Supérieur, M. Jean-Marie Viry choisit de solenniser la distribution des prix le 11 juin 1954, terme de cette année scolaire. Un bon nombre de personnalités officielles, de parents d'élèves et tout le corps professoral étaient présents. Il fut rappelé que les vicissitudes des dix dernières années n'avaient pas arrêté l'essor du Collège. Mais chacun était bien conscient que venait de commencer une nouvelle étape que M. Georges Lefas qualifie de : "Élargissement et ouverture (1954-1969)".

    Dans cette perspective d'avenir, et pour s'y préparer, M. Jean Oxarango avait demandé à prendre un peu de ministère paroissial, comme vicaire de M. Pierre Richard, curé de la paroisse Saint François-Xavier à Hué. Il pouvait ainsi continuer à perfectionner ses connaissances et pratiquer la langue vietnamienne. Le magnétophone, rare et nouveau à l'époque, était son outil de travail. En outre, en raison de la situation politique, et d'un avenir incertain au Viêtnam, les militaires et bon nombre de civils français s'apprêtaient à quitter Hué et le Viêtnam.

    Lors de la rentrée de l'année scolaire 1954-55, M. Jean Oxarango, tout en résidant à la Providence où il donnait probablement quelques cours, mit ses talents de professeur, au service des élèves du petit séminaire diocésain à An-ninh . Plusieurs succès au Brevet d'Études du Premier Cycle (B.E.P.C.) et au Baccalauréat récompensèrent son travail et ses efforts. Et cela, malgré les difficultés et la confusion politique où se trouvait plongé alors le Viêtnam, entre autres : Mise en application des accords de Genève, déplacements massifs de population, favorisant une infiltration discrète de quelques éléments communistes, réimplantation de réfugiés fuyant le régime politique du Nord, rapatriement des familles civiles et militaires françaises, renversement de l'empereur Bao-Dai, avènement d'un chef d'État catholique, originaire de Hué, M. Ngô-dinh-Diêm qui se fit proclamer Président de la "République du Viêtnam", réactions bouddhistes, début d'engagement des Usa au Viêtnam etc.

    À l'Institut de la Providence, à la rentrée de septembre 1954, le nombre des élèves atteignit le chiffre de 480, un effectif des plus élevé depuis la fondation du Collège. Mais les élèves se montèrent sensibles aux évènements politiques que vivait le Viêtnam en 1955. Pour la première fois depuis l'ouverture de l'Institut, se manifesta un mauvais esprit passager, suscité en grande partie par des éléments du dehors. M. Jean-Marie Viry, supérieur de la maison, sut ramener le calme, et mena à terme l'année scolaire. Après dix années de supériorat, il demanda et il fut autorisé à prendre un congé en France en juin 1955. Il remit alors la direction de la Providence entre les mains du P. Simon-Hoà Nguyên-van-Hiên. Mais celui-ci n'exerça cette charge que durant quelques mois. Car, peu après, il était nommé, par le Saint Siège, vicaire apostolique de Saïgon, devenue capitale du Sud Viêtnam. ; il reçut la consécration épiscopale le 30 novembre 1955, des mains de son compatriote, Mgr. Pierre Ngô-dinh-Thuc, en la cathédrale de Saïgon. Il succédait sur ce siège à Mgr. Jean Cassaigne, retiré à la léproserie de Djiring qu'il avait fondée,vers 1927.

    Le P. Tran-huu-Ton, provicaire du vicariat apostolique de Hué, fut alors appelé à prendre la direction de l'Institut de la Providence. M. Jean Oxarango et le corps professoral continuèrent leur enseignement ordinaire, dans des classes à effectif parfois nombreux. En 1957, bien que de nombreux élèves aient exprimé le désir de continuer à conduire jusqu'à leur terme leurs études selon les programmes de l'enseignement français, on commença à orienter les élèves des petites classes vers les programmes nationaux de l'enseignement vietnamien. Le passage d'un système à l'autre se fit progressivement, étalé dans le temps. Durant quelques années encore, M. Jean Oxarango et le corps professoral missionnaire pouvait envisager de continuer leur enseignement à la Providence.

    Mais dans le même temps, naissait le projet de l'ouverture à Hué d'une Université d'État, succursale de celle de Saigon. Cette décision voulait endiguer l'exode des jeunes étudiants vers la capitale du Sud Viêtnam. Elle permettait également de maintenir un contingent suffisant d'élèves à Hué. Cette Université ouvrit ses portes en novembre 1957. Quelques sept cents étudiants se pressaient pour suivre les cours des années préparatoires des Sciences, des Lettres, et surtout du Droit. On sollicita le concours de nos confrères ayant les diplômes qualifiés. Laissons la parole à M. Georges Lefas :.." Le fondateur de l'Université de Hué demanda à plusieurs d'entre nous d'entrer dans le corps professoral de cette Institution d'État. Nous y retrouvions nos anciens élèves, restés très confiants et ouverts ; nous prenions également contact avec d'autres étudiants, non moins ouverts en général, ce qui élargissait le champ de notre témoignage, plutôt vital que magistral…" Tout en enseignant au Collège de la Providence, M. Jean Oxarango accepta la chaire universitaire qui lui était proposée. Le 3 juin 1958, il arrivait en France pour prendre son congé régulier et repartait pour Hué, le 30 décembre 1958.

    Durant la période de 1955 à 1975 on ne peut que mentionner certains évènements les plus importants parfois heureux, quelquefois douloureux qui marquèrent la vie de M. Jean Oxarango, à Hué.

    Le 8 décembre 1960, deux nouvelles intéressant tout le pays parvenaient à Saigon : Le Saint Père venait d'établir la Hiérarchie ecclésiastique dans l'Église du Viêtnam il créait trois archidiocèses, (Saïgon, Hué, Hanoï) et nommait quatre nouveaux évêques. Et tout cela coïncidait avec le jubilé sacerdotal de son Exc. Mgr. Simon-Hoà Nguyên-van-Hiên, évêque de Saigon, originaire de Hué et ancien supérieur de l'Institut de la Providence. Hué promu au rang d'archevêché, était confié à Mgr. Pierre Ngô-dinh-Thuc, frère du Président de la République, originaire de Hué, et ancien professeur à la Providence. Voilà pourquoi, le 12 avril 1961, en présence de son Exc. Mgr. Le Délégué Apostolique, de 12 évêques, de 200 prêtres et d'une foule de fidèles, Son Exc. Mgr. Pierre Ngô-dinh-Thuc prenait officiellement possession de son siège archiépiscopal de Hué.

    À son arrivée, le nouvel archevêque qui participait au Second Concile du Vatican, disposait de 122 prêtres viêtnamiens, de12 prêtres des Missions Etrangères, d'une vingtaine de religieux Rédemptoristes canadiens, de 7 sulpiciens, 2 Jésuites, 60 bénédictins, de deux congrégations de frères enseignants, de cinq congrégations de religieuses. Les prêtres de St. Sulpice, dans leur maison installée à Hué, formaient une centaine de grands séminaristes appartenant aux diocèses de Hué, Kontum, Quinhon, Nhatrang. Les Jésuites avaient ouvert un foyer d'étudiant pour les universitaires.

    Le nouvel archevêque avait exprimé son désir au Supérieur Général de la Société des Missions Etrangères, en visite à Hué, de voir arriver d'autres missionnaires notamment pour l'enseignement à l'Institut de la Providence. Il confiait alors à ce corps professoral la formation intellectuelle de tous les petits séminaristes de son archidiocèse. Dans ce but, et à leur intention, il fit construire un nouveau bâtiment contigu à ceux du Collège, permettant ainsi les mêmes cours communs avec les autres élèves se préparant à des carrières laïques.

    En plus de son enseignement à la Providence, dont l'effectif atteignait le chiffre de deux cents élèves, M. Jean Oxarango continuait ses cours à l'Université d'État, fréquentée par quelques 1.700 étudiants dont 150 catholiques en 1961. En 1962, cette Université d'État comptait 2.400 étudiants et ses effectifs allaient grossir d'année en année.

    Vers la mi-juillet 1963, les bouddhistes organisèrent à Saigon et au Centre Viêtnam des manifestations antigouvernementales, violemment réprimées. Des bonzes se firent brûler vifs. Il s'en suivit rapidement des troubles militaires et politiques. Puis, avec les encouragements des autorités américaines à Saigon, dans la nuit du 1er au 2 novembre une junte militaire prit le pouvoir dans la capitale et mit fin au régime instauré par le Président Ngo-Dinh-Diêm depuis le 7 juillet 1954. Celui-ci et deux autres de ses frères y perdirent la vie d'une manière violente. L'archevêque était à Rome où il prenait part au Concile. Dès lors, il lui devenait impossible de rentrer au Viêtnam.

    Précédemment, il y avait eu déjà deux tentatives de coup d'état. L'une le 11 novembre 1960, l'autre le 27 février 1962 où deux avions de chasse avaient attaqué le palais présidentiel à Saigon. Elles avaient échoué. Mais le coup d'état du 1er novembre 1963, amena au pouvoir une junte militaire dirigée par le général Duong-van-Minh. Il s'en suivit une période de grande confusion politique et militaire. Cet évènement eût une influence importante sur la vie de l'Église, chacune des factions politiques cherchant appui qui sur les catholiques, qui sur les bouddhistes, qui sur les étudiants. Ceux-ci inquiets pour leur avenir, manifestaient leur mécontentement contre cette guerre qui n'en finissait pas, contre la présence américaine et la conduite de leur politique. Favorisée sous le régime du Président Diêm, l'Église avait vu venir à elle de nombreux catéchumènes. Il y eut alors des abandons. Dans le diocèse de Hué, ces évènements politiques eurent des répercussions dans l'apostolat missionnaire se manifestant par des pressions sur les chrétiens, sur les catéchumènes, sur les élèves fréquentant les écoles catholiques Il eut des fidélités héroïques, mais aussi plusieurs enlèvements, même des assassinats, et un arrêt des mouvements de conversion qui avaient apparu depuis quelques années.

    Le 1er juillet 1964, l'archidiocèse de Hué était confié à Mgr.Nguyên-kim-Diên avec le titre d'administrateur apostolique. Il arrivait de Cantho, au Sud Viêtnam, et appartenait à l'Institut des Petits Frères de Foucauld. Dans les premiers mois de 1965, les Viêtcong déclenchèrent une offensive militaire généralisée, pas entièrement réussie ; le terrorisme dans les campagnes amena un exode important de la population rurale vers les villes. Mais, à l'Université, M. Jean Oxarango entretenait des contacts sympathiques avec les étudiants.

    L'année 1966 fut dramatique. Elle fut marquée par des accrochages violents, et des opérations militaires dites "de nettoyage". Le 20 février 1966, M. Louis Valour, ancien professeur à l'Institut de la Providence, confrère et ami de M. Jean Oxarango, puis fondateur de la paroisse de Dong-Ha et de nombreuses annexes, trouva la mort alors qu'il allait célébrer une messe dans une paroisse de néophytes. Sa jeep ayant sauté sur une mine,il fut tué sur le coup avec ses deux petits servants de messe. Quelques années plus tard, le 31 mars 1972, un autre confrère, M.Guy Audigou, ancien professeur à la Providence, retenu prisonnier à Vinh de 1946 à 1953, directeur au grand séminaire de Saigon, ancien supérieur régional, ancien supérieur du Séminaire Mep à Bièvres, revenu à Hué et curé de Camlô depuis 1969, mourrait de mort violente. Alors qu'il conduisait un blessé à l'hôpital, une grenade fut jetée dans sa voiture.

    Au début du mois de mars 1966, et pendant trois mois, un mouvement contestataire principalement d'origine bouddhiste éclatait à Danang, gagnait Hué, puis Saigon. Les étudiants de l'Université de Hué se mirent en grève durant quatre mois. La situation étant redevenue relativement calme, M. Jean Oxarango reprit son enseignement. Cette même année, l'Institut de la Providence accueillait dans ses murs les élèves des classes de seconde et de première du petit séminaire de Nhatrang ainsi que deux de leurs professeurs.

    En 1968, au début de la nouvelle année lunaire, dénommée " Mâu-Thân", alors que la ville de Hué était assiégée par les troupes nord-viêtnamiennes, M. Pierre Poncet, qui se trouvait à Hué, accompagnait M. Marie-Georges Cressonnier au faubourg de Phu-Cam. Il était onze heures du matin. La fusillade s'était presque arrêtée, on disait ce secteur "libéré". Les deux Pères allaient rendre visite à une religieuse âgée. Ne la trouvant pas chez elle, car elle avait été évacuée, ils remarquèrent que le Saint Sacrement était resté dans la chapelle. N'ayant pas trouvé la clé du tabernacle, M.Pierre Poncet prit celui-ci dans ses bras pour le mettre en lieu sûr. Alors qu'ils s'en retournaient, tous deux furent abattus par une rafale de mitraillette, tirée par derrière. C'était le 13 février 1968.

    Au jour des funérailles de M. Jean Oxarango, il sera fait allusion à ces moments tragiques :..."Nos quatre confrères professeurs à la Providence, dont le P. Oxarango, connurent aussi leur part d'émotion. Ils étaient déjà alignés contre un mur, pour y être fusillés, quand ils furent reconnus par un ancien élève qui, pour une fois, se trouvait du bon côté. Et, puisque j'ai commencé à parler des confrères Mep tués lors de ces évènements, autant compléter le tableau en vous disant qu'entre 1966 et 1972, sur douze membres que comptait notre groupe, quatre furent tués, et un autre, grièvement blessé, dût être rapatrié…"

    Ces violents combats de 1968 livrés dans la région de Hué et sa province firent de nombreuses victimes, au nombre desquelles on comptait sept prêtres, quatre frères et deux séminaristes. Les troupes Nord vietnamiennes ayant été repoussées, on découvrit des charniers, et des fosses communes contenant plusieurs milliers de cadavres.

    À la fin de l'année scolaire 1968, à l'Institut de la Providence, les cours de programmes français prirent fin. Le corps professoral missionnaire qui les assurait cessa donc ses activités directes d'enseignant dans le Collège. Cependant, MM. Georges Lefas et Jean Oxarango y gardèrent leur chambre, continuant ainsi à témoigner par leur présence et leur enseignement à l'Université.

    1975 ! 24 mars, les troupes du Nord Viêtnam attaquaient et bombardaient sérieusement la ville de Hué. Celle-ci pourrait elle être défendue par l'armée nationale vietnamienne ? Grande incertitude. De ce fait, la population civile de Hué commença à fuir vers Danang.. Du 18 au 24 mars 1975, la ville de Hué se vida de 80% de ses habitants. Pour subvenir aux besoins vitaux des réfugiés, des déplacés, une équipe sanitaire bénévole composée en majorité de prêtres, religieux et religieuses, décida de rester à Hué. M. Jean Oxarango et ses confrères de la Providence en faisaient partie. Le 31 mars 1975, malgré une résistance courageuse de l'armée nationale, Hué et Danang passaient sous contrôle viêtcong. Un nouveau régime allait se mettre en place.

    Malgré une relative assurance donnée par les nouveaux maîtres accédant au pouvoir, pour M.Jean Oxarango, ses confrères missionnaires, et tous les étrangers, l'heure de "l'éloignement du Viêtnam" était très proche. Voici dans son intégralité le récit qui en est fait dans le N° 90 des "Échos de la Rue du Bac", novembre 1975…" Hué . le 4 septembre [1975], les Pères Duval, Oxarango et PetitJean, ainsi qu'un Père jésuite espagnol et deux assistantes sociales, respectivement belge et libanaise, ont été convoqués par le maire de la ville pour être informés que "le gouvernement avait pris la décision de les faire partir". Ayant deux jours pour préparer leur départ, nos confrères en profitèrent pour distribuer leurs biens, régler quelques affaires et passer la dernière soirée à l'évêché. Le lendemain matin de très bonne heure, ils se retrouvaient tous ensemble autour de leur évêque pour célébrer une dernière fois l'Eucharistie. À 5 heures 30 du matin, un car les attendait pour les conduire vers Saigon, escortés par quatre policiers. Au soir du premier jour, ils firent escale à Nhatrang. Ils arrivèrent le lendemain soir, vers 18 heures, à Saigon. Ils furent logés à l'Hôtel Majestic, avec interdiction -de principe- de contacter qui que ce soit à Saigon. C'est là que devait les rejoindre quelques heures plus tard un deuxième groupe de missionnaires…" Le 11 septembre 1975, M. Jean Oxarango arrivait à Paris.

    De retour en France, il se rendit dans sa famille à Macaye, et retrouva le pays basque. Le Supérieur Général ne tarda pas à lui présenter quelques propositions en vue d'un nouveau départ possible en mission. Non sans un serrement de cœur, dans une lettre écrite à Macaye, à la date du 15 octobre 1975, il donne une réponse négative aux propositions formulées et expose ses motivations. Il écrit :. "…J'avais été "embauché" par le P; Destombes en 1938, comme professeur à la Providence à Hué. J'y ai travaillé pendant trente années et j'y serais mort si les évènements et Dieu n'en avaient décidé autrement ; s'il s'était trouvé dans la Société comme autrefois un poste de professeur de Lettres, j'y aurais accouru. Maintenant à 63 ans, je ne me sens pas le courage de me lancer dans le ministère pastoral en mission. Je serais heureux si je pouvais m'adapter suffisamment aux nouvelles méthodes d'apostolat pour rendre quelques menus services à mon diocèse d'origine"…

    "Rendre quelques menus services", l'occasion ne tarda pas à se présenter. Le curé de Macaye ayant été rappelé à Dieu, M. Jean Oxarango fut appelé à assurer l'intérim à la tête de sa paroisse natale. Dans une lettre du 7 janvier 1976, il écrit :…" Le curé de Macaye n'attendait que mon retour au village pour trépasser et aller voir le Père, me laissant la paroisse sur les bras. Ainsi, la Providence a résolu les problèmes qui se posaient à l'Évêché et à moi-même. J'ai dû du jour au lendemain me jeter à l'eau, et la même Providence s'est chargée de me pourvoir d'une bonne provende d'occupations ministérielles (enterrements, mariage, baptême, cérémonies de Noël) tout s'est succédé sans désemparer; et puis il a fallu me remettre au Basque…et au catéchisme, ce qui n'est pas une mince affaire dans la confusion actuelle. Je crois que le plus dur est fait, mais que l'apprentissage sera assez long, vu la vieillesse de mes cellules cérébrales…"

    Malgré ces difficultés, il trouva et fit preuve de toute l'énergie nécessaire pour se réadapter à ce pays basque qu'il avait toujours aimé mais qui avait bien changé depuis son départ en mission en 1945, pour reprendre l'usage de sa langue maternelle qui avait évolué, et pour s'insérer dans une pastorale d'ensemble bien différente de celle qu'il avait connue au temps de sa jeunesse.

    En avril 1976, Mgr. l'Évêque de Bayonne, à son tour, par l'intermédiaire de son vicaire général, présenta à M. Jean Oxarango, une proposition de service pastoral dans les paroisses de Saint Martin d'Arbéroue et Saint Esteben. M.Jean Oxarango, écrit le vicaire général, ..".semble tout à fait satisfait de la proposition qui lui est faite.. .La situation à laquelle nous avons abouti me parait présenter de grands avantages pour le P. Oxarango. Les deux paroisses, distantes seulement de 2 kms, comptent encore parmi les meilleures, avec une pratique religieuse quasi-unanime. Le nouveau curé trouvera par ailleurs à St.Martin d'Arbéroue un presbytère tout récemment restauré.. Autre avantage matériel :le presbytère est à peu près entièrement meublé et équipé ….Les circonstances l'ayant conduit à faire pendant 6 mois un apprentissage du ministère dans son village d'origine, il aborde la nouvelle étape avec plus de confiance en ses capacités d'adaptation….

    M. Jean Oxarango quitta le service paroissial vers juillet-août 1988, et devint aumônier du Centre chirurgico-médical de Beaulieu, à Cambo-les-Bains. Il garda cette charge jusqu' à la fin de Septembre 1999.

    Du 16 septembre au 2 octobre 1989, il participa au pèlerinage en Terre Sainte organisé par la Société, et soigneusement préparé par quelques conférences et des temps de prière. Une trentaine de confrères s'en allèrent en pèlerins au pays de Jésus, sous la conduite de M. J.B. Etcharren. Le programme comportait deux jours dans le Néguev, sept à Jérusalem,. et quatre en Galilée. M. Jean Oxarango en donna un long et intéressant compte-rendu dans la revue "Les Échos de la Rue du Bac" N°246-247 de février et mars 1990. Il ouvrait la relation quotidienne de ces journées de pèlerinage par la citation du Ps.121 : "Quelle joie quand on m'a dit: Nous irons à la maison du Seigneur !."

    Le 1er Novembre 1998, fatigué par les fêtes de la Toussaint, un moment d'inattention lui valut d'être victime d'un grave accident de voiture. Il s'en sortit avec un genou broyé. Après trois mois d'hôpital, deux interventions chirurgicales, son genou broyé ne posant plus trop de problèmes, il reprit son travail d'aumônier au Centre chirurgico-médical à Beaulieu.

    Le 1er octobre 1999, il résigna sa charge d'aumônier à Beaulieu, et avec l'autorisation de son évêque, se retira à la maison de retraite d'Arditeya de Cambo-les-bains. " ..Suite à l'accident de voiture de la Toussaint 98, écrit il, et à la longue hospitalisation que l'état de mon genou a nécessitée, je suis resté diminué. Mes genoux se sont affaissés, j'ai dû renoncer à la voiture et mes forces ont quelque peu décliné…". C'est dans cette maison de retraite qu'il décéda le 20 août 2003

    M. Jean Oxarango, avait consacré au professorat une grande partie de son existence, en France d'abord, puis particulièrement au Viêtnam où il avait espéré travailler jusqu'au terme de ses jours. Il y trouva de grandes joies, malgré les épreuves diverses qu'il lui fut donné de vivre. Cela fut évoque au jour de ses funérailles: .." Pour le temps qu'il a vécu au Viêtnam, comme professeur au Collège de la Providence et à l'Université de Hué, je crois pouvoir affirmer qu'il a été heureux. Il y a reçu beaucoup tout en donnant beaucoup de lui-même. Professeur compétent, en Lettres comme en Sciences Physiques, pétillant d'esprit, vif et inventif, renouvelant volontiers ses méthodes et les moyens pédagogiques, il a été apprécié et aimé de générations d'élèves dont beaucoup aiment encore rappeler les souvenirs de cette époque…"

    Et fut également cité le témoignage d'un vietnamien, un ancien élève du Collège de la Providence, aujourd'hui brillant professeur dans les universités du Canada et des États-unis, témoignage publié dans la revue "La Rivière des Parfums" :

    "…Mes années d'élève à la Providence ont, dans une très grande mesure, contribué à me rendre apte à avancer plus tard, sans difficulté et d'un pas ferme, dans les études que j'allais entreprendre et sur le chemin de la vie…Les fondateurs de l'Institut de la Providence eurent une vision très large ; c'est pourquoi l'influence que l'école allait exercer fut très grande…Pendant toute la durée de mes études à la Providence, je n'ai jamais subi, ni directement ni indirectement, la moindre pression tendant à m'amener à recevoir le baptême ou à suivre les français. C'était un grand établissement, doté d'un corps enseignant digne de respect….Bien que l'école accueillit en même temps des élèves français et des élèves vietnamiens, je n'ai jamais ressenti la moindre discrimination par rapport aux élèves français. Les professeurs et les pères faisaient preuve d'une parfaite équité à l'égard des uns et des autres. Peut être avaient ils tendance à prendre la défense des élèves vietnamiens….Les enseignants français comme vietnamiens avaient une grande compétence et enseignaient avec conscience et attention, tout en étant sévères, exigeant de leurs élèves un grand effort.."

    M. Jean Oxarango, unissant harmonieusement vocation missionnaire et professorat, "était destiné et décidé à faire beaucoup de bien ", comme en 1938, l'écrivait le Supérieur du Petit Séminaire d'Ustaritz. Il a ainsi contribué, en des temps difficiles, à la formation humaine et spirituelle d'une jeunesse vietnamienne ardente et avide de savoir. Au Collège de la Providence, par son témoignage de prêtre professeur, et la qualité de son enseignement, il a aussi donné à de nombreux séminaristes les premières bases de leur formation sacerdotale pour le service de l'Église au Viêtnam.

    • Numéro : 3643
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1945