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Julien OUVRARD (1836-1886)

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    Né à Nantes, M. Julien-Honoré Ouvrard fut élevé chez sa grand'mère qui habitait Angers. C'est à Nantes toutefois, qu'il acheva ses études classiques et théologiques. Il était diacre quand il entra, le 25 juillet 1860, au Séminaire des Missions-Étrangères. Ordonné prêtre l'année suivante, sa santé le força de renoncer tem­porairement à suivre sa vocation, et, il retourna dans son diocèse. Pendant cinq ans, il fut placé comme vicaire dans une paroisse où son zèle et sa vertu lui conquirent des sympathies qui le suivront plus tard pendant toute sa vie de missionnaire. Sa santé s'étant raffermie, il jugea le moment venu de répondre à l'appel de Dieu. Il passa quelques mois seulement au Séminaire de Paris; il en partit le 15 janvier 1868, destiné à la mission du Su-Tchuen oriental.

    « Après avoir appris la langue à Kiu-Hien, écrit M. Gourdon, son confrère, M. Ouvrard fut chargé de visiter Kouy-Fou, et plus tard Tchang-Cheou, puis Liang-Chan. Il vint au collège en 1873; c'est depuis cette époque que je l'ai connu. Homme grave et réglé, la vie du collège lui convenait; aussi était-il très estimé et aussi générale­ment aimé, malgré sa nature parfois un peu raide. Il était studieux, travaillait beaucoup; personne n'a fait un cours de théologie plus consciencieusement que lui. On peut dire qu'il a compulsé tous les livres qu'il a pu avoir sous la main; il s'était fait à lui-même une vraie théologie avec les nombreuses notes qu'il ne cessait de prendre. Chantre émérite et possédant une voix magnifique, il a su dresser nos enfants à chanter le plain-chant; ceux qui connaissent les Chi­nois savent que c'est là un travail de patience et de persévérance qui a bien son mérite. Nous avions un harmonium; avec le même esprit de patience, il est parvenu à former plusieurs enfants non-seulement à accompagner le plain-chant, mais encore à jouer passablement des morceaux de musique assez difficiles. »

    Depuis plus de dix ans, c'est à ces travaux multiples que notre confrère était occupé. Il souffrait généralement beaucoup des cha­leurs de l'été; mais cette année, il se trouvait encore plus fatigué quand survinrent les évènements de Tchong-Kin. Comme nous l'avons dit plus haut, le collège menacé dut entretenir des patrouilles jour et nuit. « Au milieu du branle-bas général, continue M. Gour­don, le P. Ouvrard ne pouvait dormir, si bien qu'au bout de quelques jours, il n'avait plus la force de se tenir sur ses jambes. Il demanda alors à Monseigneur de vouloir bien lui procurer une petite solitude, pour pouvoir s'y guérir ou pour mourir en paix. Tout le pays étant en feu, un voyage n'était guère prudent; cependant Mgr Coupat le laissa libre. Il se détermina alors à rester avec nous.

    « Les derniers jours de notre séjour à Pee-Ko-Chou, il allait un peu mieux, il pouvait marcher quelque peu. Le 25 juillet, lorsqu'il s'agit de partir, nous lui cherchâmes une chaise, mais les porteurs après avoir reçu quelques sapèques, se sauvèrent. Le P. Ouvrard dut donc partir à pied comme tout le monde. Pendant une lieue environ il put soutenir la fatigue, mais ensuite il fallut le traîner. Il me suivait, appuyé ou plutôt couché sur mon épaule, soutenu par derrière par notre centurion; nous fÐmes ainsi près de deux lieues, cherchant partout une chaise et n'en trouvant jamais. Enfin épuisé, notre pauvre confrère s'affaisse sur la route, ne pouvant plus parler. Je lui dis quelques paroles d'exhortation et lui donne l'absolution. Mais il faut partir, le temps presse, et pourtant je ne puis laisser mon confrère ainsi sur la route, Enfin, pour deus ligatures, nous parve-

    nons à embaucher quatre hommes pour le porter, non pas en chaise, mais sur un brancard improvisé. On le place donc sur quelques planches agencées en civière et l'on se remet en marche.

    « Pour comble de malheur, avant notre arrivée au marché, nous eûmes à subir une pluie torrentielle qui nous inonda tous jusqu'aux os, et le pauvre P. Ouvrard tout aussi bien que nous. Arrivés à l'auberge, nos habits de rechange étaient tout aussi trempés que ceux que nous avions sur le dos: il fallut donc se résigner à passer ainsi la nuit. Notre cher confrère fut étendu sur un lit, nous cherchâmes à lui faire prendre quelque médecine, mais il paraissait sans connaissance, et, bientôt je désespérai de le voir se remettre. C'est vers le milieu de la nuit qu'il rendit son âme à Dieu. Depuis longtemps éprouvé par de nombreuses infirmités, il était bien préparé à la mort; il en parlait souvent. Il est mort à la peine, mort en vrai missionnaire, mort en martyr: Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus. »

     

    • Numéro : 961
    • Pays : Chine
    • Année : 1868