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Paul OUDOT (1865-1913)

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    M. Oudot fut un missionnaire bon et simple, aimé de ses confrères, apprécié de ses chrétiens ; un prêtre pieux et édifiant, qui fit, pendant vingt-cinq ans, l’œuvre de Dieu là où l’obéissance l’avait placé, sans jamais se plaindre ni craindre sa peine. Jusqu’à sa mort, il a donné l’exemple de la vraie vertu, humble et modeste, presque ignorée des autres et s’ignorant elle-même. C’est le charme propre de l’enfance, dit-on souvent, de s’ignorer ; jusqu’à sa mort, notre confrère partagea ce privilège des amis de Dieu, de faire le bien, beaucoup de bien, sans paraître s’en douter.

    Gustave-Jules-Paul Oudot naquit à Mancenans (Besançon, Doubs), le 8 avril 1865, de parents foncièrement chrétiens. Après des études fort sérieuses, où il se distingua dans le latin et les sciences, M. Oudot entra au grand séminaire de Besançon, d’où il partit pour les Missions-Étrangères.

    Ordonné prêtre le 22 septembre 1888, il reçut d’abord sa destination pour le collège général de la Société à Pulo-Pinang. Mais sa santé ne put s’accommoder du climat des pays chauds ; il contracta une diarrhée tenace, et, sur l’avis des docteurs qui demandaient pour lui un pays plus tempéré, ses supérieurs l’envoyèrent en Corée.

    Ouen-simi, Tcha-tol-paki et Fousan furent les premières étapes de sa vie apostolique. En 1898, il fut envoyé dans le Hoang-hai-to, à Mai-hoa-tong, district d’An-ak. Il vécut là au milieu de chrétiens de vieille date, pieux et fervents, qui surent bien vite apprécier son zèle. Maintenant que son action parmi eux a reçu la consécration du temps, ils aiment à raconter une foule de traits de sa patience, de sa bonté et de sa prudence.

    Avec leur concours, M. Oudot a doté son district d’une nouvelle église, d’une résidence convenable pour le missionnaire, et d’une école de filles. Cette dernière fondation a été l’une de ses œuvres principales. Il avait, quand il le fallait, le courage des initiatives hardies, et une école de filles, dans un village coréen, c’était une de ces initiatives, à l’époque où il la fonda. La direction sage et pratique qu’il sut imprimer à cet établissement, lui valut, après les défiances et les critiques inévitables du début, la pleine confiance des familles, tant païennes que chrétiennes. Sous la conduite des religieuses coréennes de Saint-Paul de Chartres, les enfants apprenaient, en même temps que la lecture, l’écriture et le calcul, la tenue d’un ménage, les travaux de couture et l’élevage des vers à soie. Ce n’était pas tout à fait conforme aux programmes de l’instruction publique, mais les élèves sortaient de là, bonnes ménagères et meilleures chrétiennes, et c’était tout le but du missionnaire : « Mon but, répondait-il un jour au préfet de An-ak, n’est pas de former des femmes savantes, mais de bonnes mères de famille. »

    Lorsque la mort l’a frappé, il était occupé à reconstruire, sur un plan plus vaste, son école et la maison des religieuses. Il est difficile de se faire une idée de la douleur des sœurs et des enfants, quand elles se virent subitement privées de leur conseiller, du guide sage et prudent, qui savait leur venir en aide au temporel comme au spirituel ; qui connaissait, aussi bien et mieux qu’elles, ce qu’il fallait de sacs de haricots pour la provision annuelle de saumure, et de charges de choux, pour les salaisons d’automne.

    M. Oudot eut-il le pressentiment de sa mort ? On serait porté à le croire. Depuis quelque temps, il se sentait moins robuste, et avait même parlé d’aller se reposer un peu à Séoul. Il prolongeait ses prières et ses actions de grâces. Trois jours avant sa mort, étant allé donner une extrême-onction à quatre lieues de sa résidence, il éprouva une très grande fatigue, et, durant le trajet de retour, il se vit forcé de s’asseoir à deux reprises sur le bord du chemin, pour laisser passer des éblouissements, dont il ne comprenait pas la cause. Le soir même, il écrivit au confrère voisin, M. Mélizan, pour le prier de venir le voir. Les deux missionnaires passèrent gaiement les journées du 29 et du 30 octobre. Avant de se quitter, M. Oudot pria M. Mélizan d’entendre sa confession. Il se confessait ainsi pour la dernière fois, six heures avant sa mort.

    Après avoir soupa de bon appétit, sans manifester le moindre malaise il régla quelques affaires avec son maître d’école, puis rentra dans sa chambre pour se coucher. Déjà, le domestique avait étendu matelas et couverture sur le parquet, lorsque, soudain, le Père s’affaissa sans connaissance sur son lit. C’était l’apoplexie qui le frappait comme un coup de foudre. Un médecin japonais, ami de notre confrère, fut appelé en toute hâte. Il ne put que constater le mal, et déclara qu’il n’y avait plus aucun espoir. Le 31 octobre, à 4 heures du matin, M. Oudot expirait sous les yeux de ses chrétiens consternés. Dieu réalisait ainsi le rêve que ce grand ami du silence et de la simplicité avait souvent formulé : mourir rapidement, et sans déranger personne.

    La cérémonie des obsèques eut lieu le 2 novembre, en présence de cinq missionnaires et de nombreux chrétiens en deuil. M. Oudot repose maintenant sur une colline, non loin de la résidence. Il laisse à ceux qui l’ont connu le souvenir d’un ouvrier patient, qui a travaillé avec zèle et succès : Opera eorum sequuntur illos.

    • Numéro : 1814
    • Pays : Malaisie Corée
    • Année : 1888