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Mathias OSTER (1845-1914)

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    M. Mathias Oster naquit le 17 janvier 1845 à Haspescheid (Metz, Moselle), à quelques lieues du Palatinat. Son père, homme de bien, jouissait de l’estime universelle. Il élevait sa nombreuse famille en exerçant le métier de tailleur. L’ange tutélaire du foyer était la mère, femme active, énergique et, surtout, foncièrement chrétienne. C’est à l’éducation maternelle que furent redevables de leur vocation Jean l’aîné, mort chanoine de la cathédrale de Metz, et Mathias le cadet, missionnaire au Yunnan.

    Ce dernier, il est vrai, ne fut promu au sacerdoce qu’à l’âge de trente ans ; mais son instruction tardive et laborieuse témoigne d’une volonté tenace, au service d’une vocation à toute épreuve.

    Ses classes élémentaires achevées, le petit Mathias aborda l’étude du latin, sous la direction du vicaire de la paroisse, avec l’intention bien arrêtée de parcourir en entier le cycle de l’enseignement ecclésiastique. Malheureusement, les frais scolaires de son aîné au collège de Fénétrange absorbant, et au delà, les minces économies du foyer paternel, il dut, bien à contre-cœur, troquer le rudiment contre l’aiguille et le passe-carreau. Néanmoins, ni l’apprentissage, ni le titre de maître tailleur, ni le tour de France consacré par l’usage, n’atténuèrent ses aspirations au sacerdoce. Il comptait dix-huit printemps, lorsque Jean, devenu vicaire, put enfin lui rapprendre la règle du « que retranché ».

    À vingt ans, admis en quatrième au petit séminaire de Montigny, le latiniste dut se remémorer plus d’une fois les tribulations de saint Ignace étudiant la grammaire à Barcelone. Sa haute stature, sa charpente athlétique, son attitude posée détonnaient singulièrement sur le milieu espiègle et turbulent dans lequel il se trouvait. Puis, pour comble de malchance, chaque concours littéraire lui assurait invariablement la dernière place parmi ses camarades de classe. Sans doute, sous le rapport de la piété, de l’assiduité à l’étude, de l’obéissance à la règle, Mathias était hors de pair ; mais son instruction préparatoire laissait réellement trop à désirer. Aussi à la fin de la première année, en dépit du prix de sagesse que lui décernait l’estime de ses maîtres et de ses condisciples, fit-il ses adieux au professeur, en déplorent avec larmes son manque de progrès. « Comment ! pas de progrès, s’écria celui-ci : mais vous en avez fait « d’énormes !... A la rentrée, on eût aisément placé trente-six élèves entre vous et l’avant-« dernier ; maintenant vous êtes simplement le dernier. Ayez bon courage ! je réponds du « succès. »

    Réconforté par ces bonnes paroles, Mathias continua ses études et, deux ans plus tard, le « dernier de quatrième » avait conquis un rang assez honorable en seconde. Une fois de plus, se vérifiait l’adage : labor improbus omnia vincit.

    Au commencement de 1873, nous retrouvons M. Oster à la rue du Bac. Ordonné prêtre le 10 octobre 1875, il partit le 16 décembre suivant pour le Yun-nan.

    Arrivé en avril 1876 à Long-Ky, près de Mgr Ponsot, le vénéré fondateur de notre mission, il aborda résolument l’étude de la langue.

    Doué d’une constitution robuste, d’un estomac d’autruche, le nouveau venu aurait traversé en se jouant la période de l’acclimatation, n’eût été la longueur extraordinaire de ses pieds. Ancrés dans leur routine, les cordonniers chinois raccourcissaient obstinément les mesures invraisemblables qui leur étaient fournies ; et le missionnaire dut porter des chaussures qui lui déformèrent les orteils. Il en souffrit toute sa vie. Les pieds de M. Oster et sa bonne humeur sont restés légendaires au Yun-nan.

    La région de Ku-tsin, fraîchement ouverte à l’évangile, donnait alors les plus belles espérances : Chinois et Lo-los sollicitaient à l’envi leur admission au catéchuménat ; de nombreux villages brisaient leurs idoles et affichaient la tablette chrétienne. L’instigateur du mouvement, Mgr Fenouil, alors provicaire, demandait du renfort. En septembre 1876 M. Oster était désigné pour Ku-tsin. Il établit sa résidence à Pe-che-gai, centre d’une population presque exclusivement aborigène. Logé provisoirement dans une pauvre ferme, il eut bientôt sa chapelle, son presbytère et ses deux écoles. Pendant dix-sept ans, il s’employa avec zèle à la formation de ses ouailles. Prônes, catéchismes, exhortations incessantes, fréquentes excursions dans les villages convertis, rien n’était négligé. Vivent à la fortune du pot, dormant dans des greniers ou des étables, toujours gai et content, il semait en patience sans se décourager jamais.

    Pourquoi ce labeur persévérant n’a-t-il pas obtenu un plein succès ? Le missionnaire jouissait d’une grande popularité ; son apparition mettait les bourgades en fête. Mais s’astreindre à l’étude du catéchisme, observer les fêtes de précepte, prier régulièrement, surtout renoncer sincèrement aux superstitions et se réformer sa conduite est une tâche bien ardue peur des âmes versatiles, enlisées dans la matière. Les résultats obtenus dans la région de Ku-tsin ne répondirent pas aux sacrifices consentis, aux efforts tentés. Hélas ! ces déconvenues ne sont pas rares en mission.

     

    Quoi qu’il en soit, à la fin de 1892, M. Oster, profondément anémié et menacé de perdre la vue, dut se rendre au sanatorium de Béthanie pour y prendre du repos et suivre un traitement méthodique. L’art médical, en atténuant son ophtalmie, lui permit de reprendre la récitation du bréviaire, mais il lui laissa la gastrite, cette infirmité douloureuse qui devait le conduire au tombeau.

    Rentré au Yun-nan au mois de juin 1893, il dut s’astreindre à un régime sévère et modérer son ardeur. Il administra successivement les districts de Long-mey-y, de San-pe-fou, de Tong-tchouan et de Long-Ky, sans éprouver aucune amélioration. Débilité par l’insomnie, épuisé par des indigestions fréquentes et une diarrhée chronique, il remplissait de son mieux les fonctions curiales ; mais ce n’était plus l’homme d’antan.

    Le climat humide de Long-ky faillit même lui être fatal et, plus d’une fois, il crut sa dernière heure arrivée. La position devenant intenable, il fut transféré à Pin-y, sur les frontières du Kouy-tchéou. C’est là que le surprit, sans l’émouvoir, la tourmente de 1900. Tandis que la plupart des missionnaires cherchaient un refuge hors de la province, M. Oster resta tranquillement à son poste : il avait essuyé bien d’autres tempêtes. Les sympathies qu’il s’était acquises dans la population, lui permirent de traverser sans trop d’alarmes cette période de troubles. Mais la gastrite, moins clémente que la révolution, le conduisit derechef aux portes de la mort. Après avoir reçu l’extrême-onction, il triomphe encore une fois du mal.

    Cette dernière crise ayant prouvé qu’avec sa santé délabrée M. Oster n’était plus apte au ministère actif, le supérieur de la mission lui confia la direction de la procure. Pendant sept ans, il remplit avec zèle les fonctions aussi délicates qu’assujettissantes de procureur. Sa vieille gaieté elle-même reparut, et son état général devint meilleur.

    Peu de temps après son sacre, Mgr de Gorostarzu, qui l’affectionnait beaucoup, le nomma curé de la cathédrale. Ce témoignage d’estime couronnait à propos trente-cinq ans de bons et loyaux services ; mais le nouveau curé, se reconnaissant inférieur à son rôle à cause de sa santé, résilia ses fonctions au bout de quelques mois.

    Il fut alors chargé d’ouvrir une chrétienté à Y-leang, sous-préfecture voisine de Yunnansen, ce fut sa dernière étape.

    Le 2 octobre dernier, la maladie, qui devait nous la ravir, fondit inopinément sur lui. Il fut saisi de violentes douleurs et de vomissements. Soupçonnant la gravité du mal, il prit le lendemain le premier train pour Yunnansen. Le docteur accourut et diagnostiqua une occlusion intestinale. Durant 10 jours, le cher malade fut sur la croix. La souffrance lui arrachait des cris. Sa gorge était brûlante ; une soif ardente le dévorait. M. Lépice, consul de France, lui procura de la glace ; et ce fut pour notre pauvre confrère un grand soulagement.

    Cependant le docteur Vadon multipliait ses visites, n’épargnant ni son temps ni sa peine, prodiguant ses soins au malade avec d’autant plus de dévouement qu’il lui avait voué une véritable amitié.

    Mais les forces s’en allaient peu à peu. Le 12 octobre, il fallut se rendre à l’évidence ; le malade ne passerait vraisemblablement pas la journée. Etendu sur son lit, le corps immobile, son crucifix dans les mains, il tenait les yeux fermés. Il n’exhalait aucune plainte et conservait toute sa connaissance. A 7 heures du soir, il parut ne plus se rendre compte de ce qui se passait autour de lui. La respiration se fit de plus en plus lente. Enfin, à 9 heures, il rendait paisiblement son âme à son Créateur.

    Mgr de Gorostarzu n’avait pas attendu la fin pour lui administrer les derniers sacrements. Notre vénéré doyen d’âge avait reçu l’extrême-onction dans les sentiments de la foi la plus vive. Il ne redoutait pas la mort ; il la désirait plutôt. Une intermittence dans les vomissements lui avait permis de recevoir le saint viatique.

    Le corps fut exposé dans une salle de l’évêché transformée en chapelle ardente, où les chrétiens, selon la coutume, se succédèrent peur chanter les prières des morts.

    Le 14 eut lieu l’inhumation. M. Oster repose maintenant avec Mgr Fenouil et les autres confrères décédés à Yunnansen, dans le cimetière attenant au séminaire de Pe-long-tan.

    La mort de M. Oster prive la mission d’un bon ouvrier et met tous ses confrères en deuil. Cependant, on se prend à envier la fin si édifiante qui couronna sa longue et belle carrière. Trente-neuf ans de lutte sans défaillance constituent un beau titre à l’indulgence du Maître qui a dit : Qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit.

     

    • Numéro : 1280
    • Pays : Chine
    • Année : 1875