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Jean Marie OLLIVIER (1929-2004)

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    Jean-Marie, Yves OLLIVIER, fils premier né de François Marie et de Suzanne Marie Guéguen, son épouse, vint au monde le deux janvier 1929, au lieu dit Lestevennoc, situé dans la commune de Plouider, canton de Lesneven, dans le département du Finistère. Le 3 janvier 1929, il fut baptisé dans l'église paroissiale de Plouider, diocèse de Quimper et de Léon. Cette famille chrétienne de cultivateurs courageux comptait quatorze enfants dont dix garçons et quatre filles. Il semble que deux d'entre eux soient décédés encore jeunes. En effet, en 1947, lorsque Jean-Marie fera sa demande d'entrée au séminaire des Missions Etrangères, il écrira :.."Je suis le fils aîné d'une famille de douze enfants, huit frères et trois sœurs dont deux se destinent à la vie religieuse.." Deux de ses tantes étaient déjà religieuses.

    Jean Marie fit ses études primaires à Plouider. En octobre 1941, il entra en classe de sixième à l'Institution Saint François à Lesneven (Finistère). Dans cet établissement, il parcourut tout le cycle de l'enseignement secondaire jusqu'en classe de Première A, qu'il termina en Juin 1947. Alors qu'il était élève en classes de cinquième, quatrième et troisième, il connut des épreuves sérieuses de santé, ce qui à chaque trimestre, lui imposait plusieurs semaines d'absence, et l'obligeait à pendre un temps de repos. En raison de ces absences multiples et prolongées, les résultats scolaires s'en ressentaient. Mais à partir de la classe de seconde, son état de santé s'améliora et s'affermit et en première, il put suivre les cours durant toute l'année.

    Le 30 juin 1947, alors qu'il venait de terminer son année scolaire à Lesneven, M. Jean Marie Ollivier présentait, depuis Plouider, une demande écrite au Supérieur des Missions Etrangères de Paris "pour être admis dans votre séminaire". Il la formulait ainsi :…"Je suis dans ma dix-neuvième année et j'ai fait mes études secondaires au Collège Saint François de Lesneven. Je fus attiré vers les Missions lors de la conférence du Révérend Père Le Du, qui nous avait représenté sur l'écran la vie du bienheureux Théophane Vénard. Ce jour fut pour moi comme une révélation ; aussi rien ne put me détourner de cette résolution et je remercie le Maître de m'avoir appelé à une si belle vocation.

    J'ai encore un compatriote aux Missions Etrangères, Monsieur l'abbé Yves Sparfel, que j'ai rencontré ce matin en revenant de la Messe.."

    Quant à son Supérieur de l'Institution Saint François de Lesneven, consulté suite à la demande de son élève, il portait sur ce dernier le témoignage suivant, dans sa lettre du 2 août 1947 qu'il adressait au Supérieur des Missions Etrangères : Jean-Marie, écrivait il, …" a toutes les qualités voulues pour devenir un excellent prêtre.  Une piété profonde et régulière ; un grand esprit de foi ; un vif désir d'apostolat, qui s'est manifesté dès le Collège ; un caractère heureux et de la volonté. Cette volonté s'est manifestée spécialement dans l'énergie qu'il a mise à poursuivre ses études, malgré l'obstacle que lui opposa longtemps son état de santé. Sa conduite au Collège fut toujours exemplaire.."

    Réponse positive ayant été donnée à sa demande, M. Jean-Marie Ollivier, entra laïque au séminaire de Bièvres, où il arriva le 29 septembre 1947. Tonsuré le 17 décembre 1949, il reçut les premiers ordres mineurs, le 28 mai 1950. En tant que fils ainé d'une famille nombreuse, il fut dispensé de satisfaire à ses obligations militaires. Ainsi, pour lui, il n'y eut pas d'interruption dans la période consacrée à sa formation sacerdotale et missionnaire. Le 1er juin 1951, à titre temporaire, il était agrégé à la Société des Missions Etrangères, et, le 3 juin 1951, il recevait les seconds ordres mineurs. Agrégé définitivement à la Société, le 30 mai 1952, en même temps que 17 autres confrères, il était ordonné sous-diacre le 1er juin 1952. Diacre le 20 septembre 1952, il était l'un des quatorze prêtres qui reçurent l'onction sacerdotale, le 31 mai 1953, dimanche de la fête de la Ste Trinité. Le 14 juin 1953, Monseigneur Charles Lemaire, Supérieur Général donnait leur destination à 18 nouveaux missionnaires. Quatre d'entre eux étaient envoyés en Corée du Sud ; ils étaient mis au service de la Préfecture Apostolique de Taitjen, (Taijon/ Daijeon/ Taejon): c'était MM. Jean Marie Ollivier, Robert Jézégou, Marcel Pelisse, et René Dupont.

    L'annonce de ces destinations occasionna grande joie chez les confrères de Taejon. On les espérait depuis tellement de temps. Le chroniqueur de la Mission ne manqua pas de le rappeler :.." Lors de l'érection de la mission en 1948, Mgr. Larribeau, après avoir assigné à chacun son poste, disait : "Tenez bon jusqu'aux prochains renforts…." Et de renforts, point. On nous enlevait même notre plus brillant sujet en la personne du P. Haller, devenu assistant de Mgr. le Supérieur Général et supérieur du séminaire de Paris ; puis survint l'invasion communiste qui faucha d'un seul coup douze missionnaires, soit la moitié de notre effectif. Fallait-il désespérer et rendre les armes ? Nenni ! Mais simplement patienter cinq années de plus. Enfin, Mgr. Mousset nous apprenait l'arrivée prochaine de quatre nouveaux missionnaires…Soyez donc les bienvenus… Il y a si longtemps qu'on vous attendait : 17 ans !.."

    Sans tarder, les trois premiers de ces quatre partants envoyés en Corée, rejoignaient leur mission. Ils s'embarquaient à Marseille à bord du paquebot "la Marseillaise", le 15 septembre 1953. Pour accueillir ces nouveaux arrivants au débarcadère de Yokohama, et les amener sains et saufs au pays du Matin Calme, qui sortait de trois ans de guerre civile, Mgr. Germain Jean Mousset, supérieur régional de Corée, avait envoyé au Japon, M. Pierre Chizallet, un ancien riche d'expérience. Le 28 octobre 1953, un avion les déposa à Pusan, et le lendemain, ils prirent le train pour Séoul où ils débarquèrent et de là gagnèrent Taitjen, leur mission. Ils s'installèrent dans la maison commune rénovée.

    Cette maison rénovée, le chroniqueur de la Mission nous la décrit ainsi : …"On vient de remettre en état les huit chambres d'étage du nouveau bâtiment qui flanque à l'ouest l'ancien séminaire. Et on a réparé la chapelle. Les tôles de la toiture, criblées de balles ou d'éclats d'obus, ont reçu une doublure ; la voûte est d'une blancheur immaculée ; le plancher, encaustiqué ; les pièces de l'autel en marbre, réajustées, et, à la place des anciens vitraux en grisailles, on a mis des fenêtres en verre granulé…"

    Un conflit fratricide entre les deux Corée (Nord-Sud), déclenchée le 24 juin 1950, venait de prendre fin avec la signature de l'armistice du 27 juillet 1953 ; les forces en présence restaient sur l'ancienne ligne de combat qui à l'endroit le plus rapproché n'était guère qu'à 40 ou 50 kms de Séoul, la capitale de la Corée du Sud. La guerre était passée par là; elle avait causé de nombreuses destructions, mais surtout avait fait de nombreuses victimes. A l'arrêt des hostilités, 12 confrères des Missions Etrangères manquaient à l'appel ; les bâtiments de la mission avaient subi aussi des dégâts matériels importants. Il fallait relever les chrétientés dispersées ou détruites.

    Après un premier contact chaleureux avec les confrères les jeunes missionnaires redevinrent étudiants ; pour ne pas "être obligés de rester sourds et muets" mais afin d'acquérir une sérieuse connaissance de la langue coréenne, de s'adapter au style de vie, à la culture et au mode de pensée du pays d'accueil, on les envoya à Séoul. Le temps des vacances leur permettait de compléter dans le concret leur première formation missionnaire. Ainsi, à Noël 1953, le bataillon belge stationné en Corée, avait invité Mgr. Mousset à venir célébrer cette fête chez eux. Ce dernier amena avec lui deux compagnons MM. Jean-Marie Ollivier et Marcel Pélisse fort heureux d'avoir passé quelques heures sur le territoire de la Corée du Nord. En effet, ils avaient franchi la ligne de démarcation du 38ème parallèle.

    Les aumôniers militaires débordés faisaient appel à leurs services, le dimanche particulièrement. Joignant l'utile à l'agréable, nos étudiants en langue, étaient invités, à tour de rôle, à célébrer la messe – on se servait encore du latin – dans une unité américaine implantée à Kanghoa, à environ 75 kms de Séoul. On venait les prendre et on les ramenait en jeep. Un dimanche, une panne de voiture conduisit MM. Jean-Marie Ollivier et Robert Jézégou chez les "Marines" où on leur fit fête. Ils y rencontrèrent un commandant dont le frère était trappiste, et un autre officier dont le frère était "Monsignor" en Amérique. A Pâques 1954, M. Jean-Marie Ollivier s'en alla prêter main forte à M. Singer, dans son district de Nonsan.

    En 1954, du 3 au 9 mai, eût lieu la retraite spirituelle annuelle des missionnaires. A l'issue de celle-ci, il fut décidé que les trois nouveaux iraient faire un stage de quelques mois en province. Ils allaient se familiariser concrètement avec les us et coutumes du pays, expérimenter la vie en district, se former à la pastorale tout en continuant leurs études de langue. M. Jean Marie Ollivier reçut sa feuille de route pour Yésan, auprès de M. Emile Beaudevin, chef de ce district. Durant son stage, il eût la joie de conférer 37 baptêmes d'adultes dans l'après-midi de la fête de l'Assomption.

    En mai 1955, M. Jean-Marie Ollivier, jeune confrère déjà aguerri, était capable d'entendre les confessions et de visiter les chrétientés situées au fin fond des montagnes. A l'issue de la retraite annuelle, il fut nommé vicaire à Kongtjou, auprès de M. Eugène Augustin Paillet, curé du lieu et chef de ce district. Son territoire comptait quinze chrétientés avec 2.550 chrétiens, dont 156 adultes baptisés en 1955 et 200 catéchumènes ; 4 ou 5 nouvelles chapelles avaient été construites. Mais outre ses écoles normales, Kongtjou, ancienne capitale provinciale, était une paroisse fervente. Un visiteur de passage nous rapporte qu' à l'école de catéchisme, il y a 170 enfants dont une centaine assiste tous les jours à la messe. "Tous les matins, de 150 à 200 enfants, en majorité païens, assistent à la messe avant d'aller en classe, et il faut les entendre chanter sous la direction experte de leur curé ! Le soir, après la classe, réunion par groupes d'une dizaine sous les ombrages de la colline pour l'étude des prières et du catéchisme ; à 6 heures, réunion de tout le monde dans la salle de l'école enfantine pour la séance de projections d'images catéchistiques…"

    Auprès de M. Eugène Paillet et sous sa direction, M. Jean-Marie Olllivier compléta sa formation apostolique et linguistique. Jeune, ayant bon pied et bon œil, il était tout désigné pour les randonnées par monts et par vaux. Son curé lui confia donc l'administration des stations du district. En effet, selon une tradition plus que séculaire, pour faciliter la réception des sacrements, compléter l'instruction des fidèles et des catéchumènes, donner à la jeunesse un coup de collier pour l'examen de catéchisme, et surtout pour garder un contact avec le Père, deux fois par an, au printemps et en automne, le missionnaire s'en allait visiter ces petites communautés chrétiennes éloignées et isolées mais rattachées au centre du district. Ces tournées fatigantes duraient plus ou moins longtemps, en fonction de l'importance des districts et du nombre de stations.

    En 1958, du 15 au 20 mai, la retraite annuelle des missionnaires se déroula à la maison commune de Ryongsan. Elle regroupa les confrères des missions de Taitjen et de Taikou, tous heureux de cette rencontre fraternelle. A cette occasion, Mgr. Adrien Larribeau nomma M. Jean Marie Ollivier, le doyen des jeunes, curé de Sésan. Il était envoyé dans une vaste sous-préfecture, un grand district à l'extrémité nord-ouest de la mission aux nombreux caps et presqu'îles qui s'étirent dans la Mer de Chine comme des pattes de crabe, le Finistère de la Mission. Son district comptait plus de 3.000 chrétiens, répartis en 26 chrétientés d'accès difficile et des non chrétiens par dizaines de milliers.

    Installé à Sésan, centre de son nouveau champ d'apostolat, M. Jean-Marie Ollivier, entama, dès la mi-octobre 1958, la première visite pastorale des 26 stations de son territoire. Son vaste district faisait partie maintenant du Vicariat Apostolique de Daijeon, (ex Taitjen), orthographe choisie par Rome lors de cette érection. En effet, le 23 juin 1958, le Saint siège avait élevé la Préfecture Apostolique de Taitjen au rang de Vicariat Apostolique constitué par la province civile de Chung-Chong Nam-Do, et détachée du Vicariat Apostolique de Séoul. Mgr. Adrien Larribeau était nommé vicaire apostolique de cette nouvelle mission, le 4 juillet 1958.

    Nous sommes à la mi-octobre 1958, en route donc pour la visite des stations du district. M. Jean Marie Ollivier commença par la grande île d'Anminto, très étroite et qui s'étire en longueur sur quarante kms. Alors qu'il était vicaire à Kongju, il avait fait l'administration des chrétientés de ce district. Tout s'était bien passé. Les enfants savaient leur catéchisme et récitaient leurs prières. Il avait expérimenté le rude effort que le missionnaire doit fournir lors de ces visites.

    Mais, la situation dans la grande île d'Anminto était bien différente. Le chroniqueur de la Mission raconte. …"Il la parcourut à pied pour atteindre sa plus grande chrétienté située à l'extrême sud ; quatorze côtes à grimper à l'aller et autant au retour. Il espérait être favorisé par le beau temps du royal automne coréen : mais la pluie fut sa compagne fidèle. Et il continue depuis des semaines, ne revenant au centre que le dimanche pour assurer les messes. Comme il le dit lui-même, il est en passe de devenir le meilleur marcheur de la mission. Il a bien une bicyclette et même une moto dont il pourrait se servir suivant les cas. S'il ne l'a pas fait, ne croyez pas qu'il boude le progrès. Mais avant une épreuve de cyclocross ou de Motocross, il est indispensable de connaître le circuit et d'acquérir une expérience concrète de la topographie des lieux. Il marche donc accompagné de son servant et d'un portefaix envoyé par la station suivante. Celui-ci porte sur son "tjiké" (sorte de hotte coréenne), la valise diplomatique du Bon Dieu, en l'espèce deux grands paniers d'osier qui s'emboîtent et contiennent le nécessaire pour la messe et l'administration des sacrements, le status animarum, quelques livres et objets de piété à l'usage des chrétiens, un peu de linge de rechange et quelques affaires personnelles…Il fut un peu dérouté par l'ignorance qu'il rencontra un peu partout. Le district avait besoin d'être remis entre des mains fermes. Si l'on en croit la rumeur, catéchistes, parents et enfants ont été réveillés de leur torpeur par des accents dignes de la prédication de Jean-Baptiste..."

    Cette visite pastorale achevée, M. Jean-Marie Ollivier de retour dans sa résidence centrale, prépara les fêtes de Noël, et termina ses constructions en cours : nouveau presbytère et salle de réunion à Sésan même, et la chapelle de Taian, un gros bourg à 20 kms à l'ouest. Vers juin 1959, un vicaire lui fut donné en la personne de M. Armand Martin. Celui-ci venait aussi compléter auprès de lui, sa formation pastorale et linguistique, car son curé possédait bien le coréen et pouvait l'aider efficacement dans le maquis des règles de grammaire et des exceptions. En 1962, M. Jean Marie Ollivier partit en congé en France où il arriva le 9 février, il confia son vaste district à M. Armand Martin son vicaire, aidé du P. Philippe Kim, nouveau prêtre. A son retour, en août 1962, il retrouva sa paroisse, reprit la barre d'une main ferme.

    De 1953 à 1963, en dix ans la chrétienté sud coréenne avait grandi d'une manière remarquable. L'heure était donc venue d'établir la hiérarchie ecclésiastique en Corée du Sud. Le 25 mars 1962, le Saint Siège officiellement érigeait trois archevêchés dont deux étaient confiés à des archevêques coréens, et neuf évêchés dont trois étaient remis aux soins de trois évêques coréens.

    En 1963, Mgr. Adrien Larribeau, premier vicaire apostolique puis premier évêque titulaire du diocèse de Taejon, sentant le poids de l'âge, donna sa démission. M. Emile Beaudevin devint Administrateur Apostolique du diocèse. Après quatorze mois de vacance du siège épiscopal, arriva l'annonce d'une bonne nouvelle tant attendue : le Saint Siège venait de confier à un évêque coréen la direction du diocèse. Mgr. Pierre Hoang Min-Syong était promu évêque de Daejon. Le 31 mai 1965, en la cathédrale de Daegjon, il reçut la consécration épiscopale des mains de Mgr. Antoine Del Giudice, internonce, assisté de NN.SS. Paul Ro, archevêque de Séoul, et Pierre Han, évêque de Chongju. Le nouvel évêque né le 1er août 1923 avait fait une partie de ses études théologiques à Paris, au séminaire de Saint Sulpice, puis au séminaire des Carmes. Il avait fait une année de solitude à Issy-les-Moulineaux sous la direction des "Messieurs de Saint Sulpice". Licencié en théologie, docteur en philosophie avec une thèse sur "la vérité selon Saint Thomas d'Aquin", il avait été nommé, à son retour en Corée du Sud, professeur puis supérieur du grand séminaire de Séoul et enfin curé de la cathédrale de Séoul. A présent, il devenait le pasteur du diocèse de Daejon.

    En mars 1966, M. Jean Marie Ollivier quitta la paroisse de Sosan où il s'était dépensé pendant huit ans. Son évêque le nommait curé de Kyu-Am et administrateur de la paroisse voisine Keumsari dont il fut déchargé l'année suivante. Mais cela lui faisait 26 stations secondaires à visiter. A Kyu-Am, il avait plus de 2000 catholiques, et pas encore d'église digne de ce nom.

    En 1968, les confrères choisirent M. Jean Marie Ollivier pour être leur délégué à l'assemblée générale de la Société qui se tint à Bièvres du 17 juillet au 12 septembre 1968. Quelques années plus tard, le 17 avril 1973, il sera nommé conseiller régional, et reconduit dans cette charge en avril 1985. Pendant son absence, M. Eugène Paillet dont il avait été le vicaire, assura l'intérim. A son retour, en février 1969, il s'apprêtait à réaliser son projet de reconstruction de l'hôpital de grande renommée établi sur sa paroisse. Puis, à partir du mois d'avril, à son travail pastoral ordinaire, il ajoutait le service, en semaine, de la paroisse de Keumonsari. Mais l'homme propose et Dieu dispose.

    À la suite du décès de M. François Haller, le 31 mai 1969, et de la nomination de M. Robert Jézégou comme nouveau Supérieur Régional, le 22 juillet 1969, l'évêque fit appel à M. Jean Marie Ollivier, le 1er septembre 1969, et lui confia la direction de la jeune paroisse de Songnamdong. Celle-ci, située dans la banlieue nord de la ville de Daejon, avait été détachée du territoire de celle de Yésan, et érigée en 1966. M. François Haller en avait été le premier curé. Elle comptait environ 1.400 chrétiens et parmi eux de fort bons éléments. On estimait à environ 40.000 le nombre total des habitants vivant dans ce quartier périphérique où le travail ne manquait pas. Mais bon nombre d'entre eux vivaient fort modestement dans "des planche–villages". Mais le ministère apostolique restait cependant difficile auprès de cette population instable. M. Jean-Marie Ollivier était le sixième prêtre à prendre soin de cette paroisse depuis sa fondation. Il s'y inséra et y travailla pendant huit ans.

    En 1977, Mgr.Pierre Hoang, son évêque le nomma curé de Non-san au sud-ouest de Taejon, et lui confia le district de Nonsan –Puchangdong qui comptait alors 2691 chrétiens. Il y insuffla un nouveau dynamisme. Il travailla dans ce vaste secteur pendant cinq ans, jusqu'en octobre 1982. En effet, la coutume de changer de poste tous les cinq ans s'était établie peu à peu dans le diocèse.

    En octobre 1982, M. Jean Marie Ollivier fut rappelé à Daejon, centre du diocèse, et, à son corps défendant, il fut nommé curé de la cathédrale. Il obéit. Mais comme on peut le penser, cette nomination ne fut pas sans poser quelques problèmes. Souhaitée par l'évêque et son conseil, plusieurs prêtres coréens par contre pensaient que ce poste important ne pouvait être confié qu'à un prêtre diocésain. M. Jean Marie Ollivier avait bien conscience qu'il venait d'accepter une mission délicate dans un diocèse où les Mep étaient une faible minorité. Après quelques mois de travail pastoral, il présenta sa démission que l'évêque accepta.

    En 1983. il fut alors nommé curé de Hong-Seong, une ville de 35.000 habitants. La paroisse datait de 40 ans, mais le nombre de chrétiens ne dépassait pas 600 fidèles. C'était un piètre résultat par rapport aux autres régions du diocèse. La ville non plus ne s'était guère développée pour plusieurs raisons. Il lui avait manqué d'avoir un homme politique influent originaire de l'endroit. Ce retard était aussi dû à un certain chauvinisme de la part de la population et à sa méfiance traditionnelle à l'égard de ce qui venait de l'extérieur. Ce manque d'ouverture se faisait sentir même dans l'église. C'était un handicap pour former une communauté unie. Par trois fois, des religieuses avaient essayé d'implanter une petite communauté dans cette paroisse, mais elles avaient du partir à cause de l'ostracisme dont elles étaient victimes. M. Jean Marie Ollivier ne se découragea pas et à son travail pastoral ordinaire, il ajouta celui de visiteur auprès des pensionnaires de la prison.

    Deux évènements importants marquèrent l'année 1984. En février 1984, Mgr. Pierre Hoang décéda. Il avait été évêque de Daejon pendant près de 20 ans, au cours desquels le nombre des paroisses avait plus que doublé, celui des chrétiens et des prêtres locaux avait considérablement progressé. Son successeur, Mgr. Joseph Kyeong Kap Ryong arrivait de Séoul, où, pendant sept ans, il avait été l'auxiliaire de l'archevêque.

    L'Église de Corée célébrait, cette année là, le bicentenaire de sa naissance. Au mois de mai 1984, elle recevait la visite du Pape Jean-Paul II, venu canoniser le 6 mai, 103 de ses martyrs. En octobre 1984, plus d'un millier de coréens firent le voyage de Rome pour la première fête des saints martyrs. Ils allèrent aussi visiter les diocèses de France d'où étaient originaires les nouveaux saints français. Partout, ils reçurent un accueil chaleureux, et participèrent aux cérémonies liturgiques.

    En 1987, M. Jean Marie Ollivier quittait la paroisse Hong-Seong, et devenait curé à Taechon, une ville proche des rivages de la mer de Chine. En août 1991, il partait en congé dans sa Bretagne natale, attendant une nouvelle nomination. À son retour en Corée, son évêque lui confia la paroisse de Teoksan. En novembre 1995, Mgr. René Dupont alors Supérieur Régional lui rendit visite dans son poste. Il écrit :.."Je suis chez Jean Ollivier…Jean a deux sœurs qui sont religieuses : elles sont passées ici dernièrement et elles ont été ravies !..A vol d'oiseau , on est ici à 25 kms de la mer du côté Ouest ; autrefois ce n'était que la campagne : culture du riz, vergers de pommes, élevage, tabac, cacahuètes…mais on a découvert des sources d'eau chaude et quoique Teoksan (car tel est le nom de l'agglomération) soit situé en dehors des grands axes de communication, le pays est en passe de devenir une ville d'eaux thermales. 4.500 habitants seulement, mais déjà 118 restaurants. Quant aux hôtels, ils sortent de terre comme des champignons. Même si vous n'êtes pas un spécialiste de pastorale, vous devinerez aisément que cela pose des problèmes, celui de l'assistance à la Messe du dimanche par exemple: 250 personnes en tout aux Messes du samedi et du dimanche, mais ce sont de plus en plus, des gens de l'extérieur car les gens du pays eux, sont justement de plus en plus pris le samedi et le dimanche. Il y a aussi 3 dessertes avec un total de 150 présences le dimanche. Le doyenné comprend 7 paroisses dont 2 sont confiées à des Mep…"

    En plus de son travail pastoral quotidien, tous les quinze jours, M. Jean Marie Ollivier se rendait régulièrement à Taejon, centre du diocèse, pour exercer sa charge de confesseur des moniales du Carmel. On faisait aussi appel à lui pour assurer des conférences aux sessions du Cursillo, et, vu l'état de son dictionnaire fatigué de tant de manipulations pour consultations, il continuait, avec persévérance, l'étude du coréen qu'il avait pourtant la réputation de bien posséder.

    En février 1998, M. Jean Marie Ollivier en raison de son âge se trouvant "en retraite de paroisse"quitta Teoksan ; Il devint alors aumônier d'une maison d'handicapés profonds, qui comptait quatre vingt pensionnaires. C'était "le village de la Sainte Mère" situé en pleine campagne, à une quarantaine de kms de Taejon. Cet établissement était tenu par la Congrégation des "Sœurs des chevaliers de Notre Dame", fondée à Nagasaki indirectement par Saint Maximilien Kolbé, et qui avait ouvert une maison en Corée. Trois sœurs japonaises, deux coréennes et une polonaise y résidaient aidées par quatre coréennes dont deux novices et deux postulantes. Le personnel se composait d'une quarantaine de personnes ; parmi elles, on comptait une quinzaine de catholiques. Des bénévoles apportaient aussi leur aide. L'aumônier assurait la catéchèse des employés de la maison et préparait au baptême un petit groupe de catéchumènes.

    Les "Sœurs de la Charité de Seton Hill" (Seton Caritas) avaient ouvert une maison de retraite, à dix minutes en voiture depuis le "Village de la Sainte Mère". Pour la célébration de l'Eucharistie et pour les confessions, elles faisaient souvent appel à M. Jean Marie Ollivier. Celui-ci, chaque mois se rendait également au Carmel de Daejon pour y exercer le même ministère. Le dimanche, il assurait l'Eucharistie dans les dessertes des environs. Il trouvait encore du temps libre. Il se levait à quatre heures du matin. Ses journées étaient bien remplies. Il mettait sur ordinateur des lettres des anciens missionnaires, transcrivait en coréen les textes latins des vieux registres de catholicité.

    En 2001, il devait prendre soin de sa santé, surveiller son cœur. Une prothèse des hanches le faisait souffrir. Pour les petits déplacement, en terrain plat, pas de problème, mais descendre des marches lui était parfois fort pénible. Il faut dire qu'il avait une carrure de paysan breton et dépassait les cent kilos !..

    M. Jean Marie Yves Ollivier, missionnaire, domicilié à Nonsan, Chungnam (Corée), St Mary's village, Taechon-Ri, Sangwol-Myun, s'en retournait dans la maison du Père, le vingt-huit juin deux mille quatre à quatorze heures trente sept minutes à Daejon (Corée), Hôpital St Mary.

     

     

     

    • Numéro : 3966
    • Pays : Corée
    • Année : 1953