Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Robert OGENT (1908-1982)

Add this

    OGENT Robert

    Né le 7 janvier 1908 à Caen, diocèse de Bayeux, Calvados

    Entré aux Missions Etrangères le 18 septembre 1925

    Prêtre le 19 décembre 1931

    Destination pour Rangoon (Birmanie)

    Parti pour Rangoon le 22 avril 1932

    En mission :

    Etude de la langue à Rangoon : 1932

    Thonzé de janvier à novembre 1933

    Zaungdan de novembre 1933 à avril 1946.

    Myaungmya d’avril 1946 à mai 1947.

    Congé en France de mai 1947 à janvier  1948

    Maryland de février 1948 à octobre 1953

    Supérieur régional : Plusieurs mandats : octobre 1953 à mai 1982.

    Il exerçait en même temps la fonction de curé de la paroisse St-John Cantonnent à Rangoon.

    Décédé à Rangoon le 11 mai 1982.

    Enfance et jeunesse

    Robert Ogent naquit à Caen le 7janvier 1908. Ses études primaires achevées, il entra au petit séminaire de Caen où il accomplit le cycle de ses études secondaires de 1919 à 1925. C’est pendant les vacances scolaires de cette année-là qu’il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères. Mais il était déjà en relation avec le P. Depierre depuis quelques années. Dans sa demande il fait remarquer que l’évêque de Bayeux s’oppose à l’entrée de ses petits séminaristes dans les Instituts missionnaires. Il a confiance cependant qu’il sera admis. Il faut croire que les difficultés s’aplanirent, car Robert Ogent fut admis le 17 août 1925 et entra à Bièvres le 18 septembre, pour commencer ses études ecclésiastiques. Il n’avait pas encore 18 ans ! Ses deux années de philosophie terminées, il devança l’appel et accomplit son service militaire de mai 1927 à mai 1928. Après quoi, il entra au séminaire et y continua normalement ses études. Ordonné prêtre le 19 décembre 1931, il reçut quelques semaines plus tard, le 11 février 1932, sa destination pour la mission de Rangoon, dans la Birmanie du sud. Parti pour Rangoon le 22 avril 1932, il arriva dans sa mission le 23 mai.

     

    En mission (1932-1982)

    Le missionnaire

     

    1. Il s’agissait maintenant pour le P. Ogent de forger l’instrument indispensable pour tout apostolat, c’est-à-dire l’étude des langues. Dès son arrivée, il s’adonne à l’étude de l’anglais dont la connaissance était très utile, sinon indispensable, en Birmanie à cette époque. Cependant, dans les districts à la campagne, on ne parle pas habituellement l’anglais. En janvier 1933, le voilà donc dirigé sur Thonzé pour étudier le birman sous la direction compétente du P. Pavageau.

    Avant d’aller plus loin, il faut bien remarquer que la Birmanie n’est pas peuplée uniquement de Birmans. Il y a aussi d’autres races, notamment les Carians et les Chins, sans compter d’autres groupements humains plus ou moins nombreux. En principe, les Chins sont sur les montagnes à l’ouest et les Carians sur les montagnes à l’est, au voisinage plus ou moins éloigné de la Thaïlande. Mais on rencontre aussi dans la plaine de l’Irrawadi des Carians et des Chins plus ou moins « birmanisés », au moins en ce qui regarde la langue. C’est dans ce milieu à la fois carian et chin que va se dérouler l’apostolat du P. Ogent jusqu’en 1953.

    2. Après avoir étudié le birman pendant une année à Thonzé, il fut envoyé à Zaungdan, dans le district de Henzada, district où l’on trouve des villages carians et chins. C’est un vaste district gui en regroupe trois qui avaient chacun à leur tête un prêtre résident. Le P. Ogent est seul à se débattre sur ce vaste champ d’apostolat. Il s’y donne de tout cœur. Comme le signale le compte rendu de 1934, il a visité tous les villages, même les plus éloignés et cela la plupart du temps à pied à travers les rizières. Certains villages éloignés et plus ou moins abandonnés par manque de personnel ont sinon apostasié, du moins sont restés peu fidèles à leur foi. Le P. Ogent ne bouscule ni rien ni personne. Dans un des villages, à Sanywa, il ouvre une école qui fonctionne bien. Dix-sept enfants étudient le catéchisme ;  les anciens du village se disent prêts à revenir à leur foi et à abandonner leurs pratiques superstitieuses. Par contre d’autres villages (surtout chez les Chins), peu ou même pas visités par un prêtre depuis longtemps, sont restés fidèles et ont gardé une foi profonde. Le P. Ogent signale un fait édifiant : une femme chin gravement malade fait avertir le Père. Mais il faut au moins 24 heures de chemin pour se rendre chez elle. Cette femme se sentant mourir dicte sa confession à sa vieille mère. Quand arrive le P. Ogent cette bonne vieille femme remet cette confession au Père, mais la fille est décédée depuis quelques heures.

    · Notons aussi un fait divers : à Zaungdan, le terrain de la mission est assez grand ; il est destiné à recevoir des constructions quand la « caisse » sera suffisamment fournie. En attendant, le P. Ogent en a défriché une parcelle pour faire un potager. Mais comme il n’y a pas d’enclos, le dit potager est souvent « visité » par les cochons du village. Les avertissements du Père n’y font rien. Alors, un beau jour, il prend son fusil et pan ! il abat une truie ! Alors grand bruit ! L’animal appartient à un riche Birman qui menace le Père d’un procès. Une fois son « répertoire » épuisé, il s’en va en laissant l’animal sur le terrain. En attendant la suite des événements, le P. Ogent « utilise » au mieux son « gibier ».

    · En 1935, le zèle du P. Ogent est récompensé, car il a pu donner le baptême à 81 personnes dans les villages chins de son district.

    · En 1937, il est nommé vicaire forain et chargé de superviser tout le district de Henzada. Mais cette année-là, son état de santé ne lui a pas permis de faire tout ce qu’il avait envisagé. Il a eu de fréquents accès de fièvre qui ont sérieusement limité ses activités. En 1938, le compte rendu signale une certaine agitation chez les Carians de la plaine. Certains d’entre eux cherchent à discréditer les missionnaires en répandant des calomnies. Ses efforts chez les Carians n’ont pas beaucoup de succès. Par contre, il a pu donner le baptême à 24 personnes dans un village chin et à 12 autres dans le village voisin. À son avis, c’est peu et il espère de meilleurs résultats pour l’année suivante.

    · De fait en 1939, c’est une gerbe de 116 baptêmes chez les Chins qu’il présente. Tout cela ne s’est pas fait tout seul mais est le résultat de voyages continuels et dans quelles conditions ! Le P. Ogent est bien persuadé qu’en apostolat on ne fait rien sans le secours de la Vierge Marie. De plus, il sait bien aussi que pour ses chrétiens il faut du concret. C’est pourquoi, afin de développer la dévotion à la Sainte Vierge, il entreprend d’élever une grotte de Lourdes à Zaungdan. Les paroissiens y collaborent soit par leur travail soit par leurs aumônes et cette grotte est terminée en juin 1941.

    3. C’est alors que commence pour la Birmanie une période particulièrement éprouvante aussi bien pour le pays que pour les Missions. Ce fut d’abord l’envahissement du pays par l’armée japonaise qui ne baissa les armes que le 15 août 1945. Même avant la défaite japonaise commença le soulèvement des Carians contre le gouvernement central. Il n’est peut-être pas exclu que ces soulèvements furent plus ou moins fomentés par les Japonais. Pillages, incendies dans tous les coins. Les églises, les résidences et les œuvres sont détruites ou saccagées. Malgré l’insécurité, le P. Ogent fut envoyé à Myaungmya pour relever les ruines de ce poste situé dans le diocèse actuel de Bassein. Peu après, il reçut le renfort du P. Narbaitz qui passera toute sa vie missionnaire dans ce poste et y créera un centre remarquable avec une école de catéchistes renommée. Comme le P. Narbaitz était déjà de taille à tenir tout seul, le P. Ogent demanda et obtint un congé en France. Arrivé à la fin du mois de mai 1947, il prolongea son séjour jusqu’au mois de janvier l948.

    4. À son retour, il est nommé curé de Maryland, toujours dans le district de Henzada dont il est vicaire forain. Vers la fin de cette année 1948, il signale que le « secteur » est à peu près calme, ce qui lui permet, au mois de juillet 1949 d’aller voir le vieux P. Ballenghien qui est isolé dans son poste depuis plus d’un an. Ce bon Père a 80 ans passés et ne peut guère se déplacer. Mais il tient à rester à son poste et à « servir » jusqu’au bout. Le P. Ogent accomplit ce voyage sans encombre. Cela ne veut pas dire que tout soit calme dans la contrée, loin de là. En 1950, il se trouve encerclé par les rebelles à Maryland avec le P. Foulquier et 7 religieuses carianes. Le Bulletin de juillet signale qu’on est sans nouvelle de lui depuis un mois. Par contre en 1951, un certain calme est revenu et il peut faire ses tournées au moins pendant une partie de l’année. Il administre 47 baptêmes à Maryland et profite du calme relatif pour visiter des villages plus au nord, en dehors de sa paroisse, mais que ne peuvent visiter ses voisins à cause de l’insécurité des routes. Partout il constate avec joie une foi vive chez les chrétiens et une grande fidélité à la prière. En cette année-là, il se hasarde même à aller jusqu’à Rangoon pour acheter des médicaments et autres affaires utiles. Il confie les médicaments à un chrétien pour qu’il les emporte à Maryland. Quant à lui, il se charge du reste, mais en route il est pillé ! Heureusement les médicaments sont arrivés à bon port.

    L’armée nationale a décidé d’en finir avec cette révolte des Carians et elle met en œuvre  des moyens importants. Les Carians qui occupaient Maryland se sont enfuis à l’approche des troupes gouvernementales. La situation devient dangereuse et la localité risque d’être complètement détruite. Un obus est déjà tombé entre l’église et la maison du Père. Alors le P. Ogent s’arme d’un drapeau blanc et va à la rencontre des troupes ; le premier qu’il rencontre est un reporter photographe qui le mitraille… avec son objectif ! Il continue sa progression et finit par entrer en contact avec des officiers, les met au courant de la situation en leur déclarant que tous les révoltés ont fui le village. C’est ainsi que grâce à l’initiative et au courage du P. Ogent, Maryland fut épargné.

     

    Le supérieur régional

     

    La vie de brousse du P. Ogent allait bientôt prendre fin. En effet, le Bazin, Supérieur régional, fut choisi comme Vicaire apostolique de Rangoon en remplacement de Mgr Provost. Il fallait donc nommer un autre Supérieur régional. C’est le P. Ogent qui fut « choisi » par les confrères et nommé Supérieur régional pour la Birmanie en octobre 1953. Etant donné les circonstances et les événements qui suivirent, il assumera cette charge jusqu’à sa mort.

    Ce que l’on peut dire c’est qu’aussi longtemps qu’il le put, il fut très régulier à visiter les confrères, non seulement à l’occasion de rencontres communautaires, mais il se rendait dans les postes même les plus éloignés, sur les montagnes chins ou chez les Carians du P. Calmon. Il tenait à voir chacun chez soi et à se rendre compte des difficultés et aussi des espoirs d’un chacun. Peu à peu, la situation politique évoluant, il fut de plus en plus difficile de voyager et même tout déplacement devint quasi impossible. Il fallait remplir toutes sortes de formalités, subir des délais imprévisibles. De plus les moyens de transport devenaient de plus en plus  « déficients » et hasardeux ! Ajoutons encore que le P. Ogent prenait de l’âge et que les voyages dans ces conditions lui étaient de plus en plus pénibles.

    Cependant il n’était pas inoccupé. Il avait en effet pris la succession du P. Picot à la paroisse St John Cantonnent. Son dernier séjour en France date de 1963, à l’occasion du tricentenaire de la Société. Rentré en Birmanie, il ne lui fut plus possible d’en sortir sous peine de ne plus pouvoir y retourner. Il continua donc à assumer sa charge de Supérieur régional et à assurer le ministère dans sa paroisse, et cela jusqu’à son décès, au mois de mai 1982.

    Le P. Fernandez, un ami du P. Ogent, a eu la délicatesse d’envoyer à la famille et à la Société une belle lettre résumant la vie du P. Ogent. En voici de larges extraits : « Le P. Ogent était un homme de Dieu et un homme du peuple. Il était remarquablement régulier pour ses exercices spirituels et il prenait beaucoup de temps pour des lectures spirituelles et profanes. Il était aussi un confesseur très apprécié des prêtres et des fidèles. Il était très bon pour les pauvres et les aidait généreusement. Dans les districts on l’aimait beaucoup pour le dévouement dont il faisait preuve à l’égard du troupeau dispersé qui était confié à sa charge pastorale. Quel que fut le temps, il partait immédiatement quand on l’appelait auprès d’un malade. Avant de venir en Birmanie, il avait suivi quelques cours de médecine et cette connaissance lui rendit grand service pendant toutes les années qu’il passa dans les districts. Il faisait venir des médicaments de France et les distribuait aux gens, soit gratuitement, soit en échange d’une modeste offrande. Les gens lui étaient très reconnaissants, spécialement pendant la guerre, où il était presque impossible de se procurer des médicaments. Dans les villages de la brousse, les gens se souviennent encore de lui à cause de son grand dévouement et de son zèle. Avec le décès du P. Ogent, c’est 126 ans de l’histoire des Missions Etrangères dans l’archidiocèse de Rangoon qui s’achèvent. »

    Le P. Fernandez donne ensuite quelques détails sur les derniers jours du P. Ogent : « Le P. Ogent est décédé à 1 h 10 du matin, le mercredi 11 mai à la maison du Secrétariat de la Conférence épiscopale de Birmanie. Il avait 75 ans et allait commencer sa 50e année de vie sacerdotale et apostolique en Birmanie, car il était arrivé à Rangoon le 23 mai 1932.

    « Le P. Ogent avait l’habitude de célébrer la messe très tôt chaque matin, généralement vers 5 h. Il se couchait de nouveau après la messe et se levait vers 7 h pour prendre son petit déjeuner. Le mardi 4 mai, il n’est pas allé à l’église pour la messe et il n’est pas descendu non plus pour le petit déjeuner. Sa cuisinière, une catholique très fervente et tante d’un de nos prêtres, appela quelqu’un pour l’aider et entra dans la chambre du Père. Elle le trouva inconscient et allongé sur le plancher près de son lit. Il était sans doute tombé du lit. Un docteur fut appelé ; il lui fit une piqûre et le fit transporter immédiatement à l’hôpital général de Rangoon. Dès son arrivée à l’hôpital, il reçut le sacrement des malades. Il reprit connaissance un peu plus tard. Pendant quatre jours il eut une forte fièvre et le docteur recommanda qu’on le mette dans une chambre climatisée. Il fut alors transporté à la Maison de la Conférence épiscopale et installé dans la chambre climatisée réservée au Délégué apostolique. Etant encore à l’hôpital, il avait demandé à une infirmière catholique de le faire transporter à la cure de St-John, sa paroisse pour qu’il puisse mourir parmi ses enfants.

    « Le P. Ogent fut enterré dans le caveau réservé aux prêtres et religieux au cimetière de l’église St Francis, Tamwe, à Rangoon, après une messe solennelle présidée par Mgr Gabriel, archevêque de Rangoon, assisté de onze prêtres des diocèses de Rangoon, Mandalay et Bassein. Les fidèles étaient nombreux et de nombreux Frères et Religieuses étaient dans l’assistance ainsi que de nombreux fidèles de diverses paroisses de Rangoon. Etaient également présents l’ambassadeur de France ainsi que deux membres de l’ambassade. On remarquait aussi la présence de Mme Ma Cruz représentant son mari, ambassadeur des Philippines.

    « Exactement quatre jours avant qu’il ne soit transporté à l’hôpital, le P. Ogent me parlait de la mort. Il me dit qu’il avait lu quelque part que la mort c’était se jeter dans les bras de Dieu le Père. Je suis sûr que c’est cela qui s’est passé lorsqu’il a rendu le dernier soupir : il s’est retrouvé dans les bras du Père, au ciel. »

    Telle fut dans ses grandes lignes la vie du P. Ogent, une vie bien remplie jusqu’au bout. Il nous donne un exemple de fidélité, car il n’a pas voulu quitter la Birmanie alors qu’il aurait pu le faire. Mais c’eût été, à ses yeux, comme un « abandon de poste ». Qui aurait pu prévoir que Robert Ogent. un tantinet chahuteur quand il était au séminaire, réalise une vie aussi bien remplie ! Comme l’a fait remarquer le P. Fernandez, c’est certainement dans une prière assidue qu’il a trouvée la force de persévérer et de faire face aux diverses circonstances parfois périlleuses rencontrées pendant ses cinquante ans de mission en Birmanie.

    • Numéro : 3451
    • Pays : BIrmanie
    • Année : 1932