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Olivier de NOAILLES (1858-1912)

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    Olivier de Noailles naquit à Buzet (Lot-et-garonne) le 27 janvier 1858. Il était fils du Comte de Noailles et de la Comtesse, née Marie de Beaumont. Par son père, il était arrière-petit neveu du Cardinal de Noailles, archevêque de Paris, et, par sa mère, arrière-petit neveu de Christophe de Beaumont, également archevêque de Paris. Il fut élevé tout d’abord à Buzet, dans un antique château où vécut, durant quelques années saint Vincent de Paul, lorsqu’il était précepteur dans les familles de Grossoles-Flamarens.

    Olivier de Noailles fut élevé sévèrement, sans le confort dont jouissent les enfants de nos jours. A neuf ans, il se levait de bonne heure ; il habitait une chambre carrelée, sans cheminée, ce qui était rude en plein hiver, se lavait sans eau chaude ; en un mot, on l’élevait à la dure. Il entrait à dix ans en sixième au collège des Jésuites, à Vaugirard, à Pâques 1867 ; puis, après la guerre de 1870, son père le mit chez les Jésuites de Poitiers. Ce fut là que lui vint sa vocation. Il entra d’abord au séminaire de Blois, puis, le 8 septembre 1881, au Séminaire des Missions-Étrangères. Il était très bon, très généreux, toujours prêt à soulager la misère, et cela, dès son enfance, sans ostentation ; très énergique, pieux, mais d’une extrême gaîté, ayant toujours le mot pour rire.

    Ces qualités se développèrent encore au Séminaire. Il reçut la prêtrise, le 23 septembre 1883, et peu après sa destination pour le Japon Septentrional.

    De 1883 à 1891, M. de Noailles fit partie du personnel du Vicariat Apostolique du Japon Septentrional dont Mgr Osouf, de douce et sainte mémoire, fut l’unique titulaire (1877-1891).

    Le nouveau missionnaire fut placé auprès de M. Droüart de Lezey, qui avait alors pour champ d’apostolat les provinces sud-ouest du versant de la mer du Japon, avec résidence dans la ville de Niigata, — devenue en 1913 le centre, de la Préfecture Apostolique du même nom.

    Niigata était un des cinq ports ouverts aux étrangers, mais comme l’accès en était difficile, pendant les mois d’hiver principalement, on lui avait adjoint le mouillage de Ebisu, situé en face, dans l’île de Sado. M. Droüart y avait déjà déployé les efforts de son zèle, et, quand son jeune socius eut acquis une connaissance sommaire du japonais, il fut décidé qu’il irait y établir une résidence définitive, afin de laisser à son aîné plus de latitude pour évangéliser le reste de son immense territoire de la grande Ile.

    Avec l’activité de M. de Noailles et ses autres moyens d’action, une jolie église avec clocher, la maison d’habitation avec ses dépendances au grand complet apparurent bientôt comme le point saillant de la petite ville d’Ebisu, encadrée elle-même dans le magnifique paysage formé par la baie, le lac et la montagne. Le missionnaire gentilhomme pouvait, presque y avoir l’illusion d’un petit manoir se mirant sur les eaux du lac d’un côté, et orné de l’autre de parterres de fleurs soigneusement entretenus. Le jeune jardinier d’antan, baptisé à Ebisu, plante et récolté aujourd’hui sous le ciel fortuné des Iles Sandwich, entouré d’une famille patriarcale, gardant la foi reçue aux heureux jours du P. de Noailles. Mais à l’époque où il cultivait des fleurs destinées à l’autel — et au salon aussi car son maître aimait les fleurs — l’île de Sado n’offrait que de bien maigres moyens de subsistance : du riz cuit à l’eau, du poisson plus ou moins frais, des légumes saumurés, et pas grand chose de plus. Il fallait vivre. L’éducation première du missionnaire, son tempérament tout militaire, son habileté au tir ne tardèrent pas à compléter le menu de sa table. Ce ne fut pourtant jamais au détriment du zèle apostolique, car même dans ces moments de lutte, — ou de chasse — pour la vie, il restait avant tout « venator animarum ».

    C’est qu’il avait à un degré plus qu’ordinaire le doit de l’autorité. C’est en « Daï-myo » qu’il fut toujours considéré par les catéchumènes qu’il eut la consolation de baptiser à Sado. Quant au personnel qui vivait dans son entourage immédiat, il était comme de la famille. Témoin ce jeune échappé doue grande bonzerie de Toyama, qui vint un jour chercher un refuge dans l’île de Sado, et jusque chez le missionnaire. Entre les deux brilla aussitôt un éclair de confiance mutuelle, sanctifiée peu après par le baptême, exercée ensuite jusque dans l’ordre temporel sous forme de tutelle. Elle s’étendit au mariage, au bien-être du nouveau ménage, puis à l’avenir et à l’éducation des enfants. Quand le missionnaire de Sado sera nommé procureur à Hakodaté, l’ancien bonze l’y suivra avec tous les siens. Ce sera la même chose quand il ira s’établir définitivement à Yokohama. Dans cette grande cité cosmopolite, M. Olivier Takeoka — c’est le nom du bonze converti — deviendra avec le temps conseiller municipal, mais il ne cessera jamais d’être le factotum de son bienfaiteur. Chaque matin, il se rendra, d’assez loin, et par tous les temps, à l’oratoire de M. de Noailles pour lui servir la messe et pour y entendre ensuite l’ordre du jour. Celui du 1er septembre 1923, le suprême, était de faire un envoi d’argent à M. Hutt, et ce fut pour lui l’occasion d’échapper à la catastrophe.

    Et Sanzo, le brave et fidèle serviteur qui mourut avec sa femme et ses enfants de la même mort que son maître : Sanzo était le fils de l’ancien cuisinier de Sado. Ni le service militaire, ni les changements de pays ou autres influences ne lui firent perdre de vue que son devoir d’état, son retour « ad propria » était de servir le P. de Noailles. Avec quelle fidélité, quel dévouement, quel respect ne le fit-il pas ! Son attitude a frappé tous ceux qui ont passé par la procure de Yokohama. On voyait revivre en ce brave homme, et à un degré élevé par la foi, les sentiments du « samurai » envers son « tono sama ». C’est que Sanzo, comme le Conseiller municipal et autres membres de l’entourage se sentaient fascinés par le regard du maître, mais surtout religieusement aimés et efficacement protégés.

    Il est évident que le commun des missionnaires ne peut pas imiter jusque-là M. de Noailles. Il faut se borner à l’admirer, en reconnaissant que si l’argent est un mauvais maître, c’est un excellent serviteur.

    Et d’ailleurs, pour rester attaché à sa vocation de missionnaire et l’aimer jusqu’à la fin, M. de Noailles n’eut-il pas besoin, plus que la plupart des autres, d’un entourage spécial qui pût deviner le fond de son langage et se faire comprendre à lui ? car notre confrère, si bien doué pour la conversation française, n’arriva pas à greffer son talent sur la langue japonaise. Ne fut-ce pas également une des raisons pour lesquelles il regretta assez peu de n’avoir pas été destiné à un genre de ministère exigeant plus de pénétration en matière linguistique ? — Il sut pourtant suppléer, en se dévouant, et toujours avec plaisir, aux fonctions les plus faciles du saint Tribunal.

    Pour ce qui était de ses relations ordinaires avec les Japonais en général, il avait l’art de s’esquiver d’une phraséologie qui eut été incomprise, en la prévenant par de joyeux éclats de sa belle humeur, au moyen de quelques formules stéréotypées qu’il maniait avec aisance. De plus et d’autre les visages étaient épanouis ; on se sentait considéré et aimé réciproquement. C’est ainsi que, somme toute, dans ce milieu difficile où la parole joue un si grand rôle, M. de Noailles put faire butine figure en appliquant le principe « Ama et fac quod vis » pour prévenir et tic l’inconvénient des malentendus.

    Missionnaire en activité pendant cinq ans à Sado, aumônier de l’orphelinat des Sœurs de Hakodaté quand la Procure était dans cette ville, il fut installé définitivement à Yokohama, à la suite du décret qui transférait à Sendai le centre de la Mission. Pourquoi ne fut-il pas installé à Sendai ? — C’est que cette ville, tout en offrant des voies de communication assez faciles avec nos différents postes, n’avait ni port, ni banques permettant le fonctionnement régulier d’une procure. A cela il faut ajouter la demande présentée à Mgr Osouf par le Procureur de sa Mission, déclarant qu’un jour ou l’autre devait s’imposer nécessairement l’installation à Yokohama d’un procureur pour la Mission de Hakodaté. Puis, M. de Noailles résolut l’objection du chapitre des frais en les prenant à sa charge.

    À cause de ses proportions modestes, grâce aussi aux liens de fraternité qui la rattachent au passé, la Mission de Hakodaté a subi de cet éloignement de sa procure moins d’inconvénients qu’elle n’a retiré d’avantages de son installation dans le centre d’affaires et de communi-cations qu’a été Yokohama, jusqu’au jour de la catastrophe. Il faut avouer cependant que les circonstances changeant, cette situation, jus­qu’ici satisfaisante, eût pu devenir anormale. Aussi, était-il déjà décidé en principe qu’elle prendrait fin, dès qu’elle pourrait être rapportée sans déchirements, compliqués d’autres difficultés plus ou moins graves.

    Nous ne pensions pas, hélas ! que la question dût être tranchée par une catastrophe. « Sicut Deo placuit fuctum est: Sit nomen Domini benedictum.

    Cependant, quand les différentes Sociétés Religieuses établies au Japon ces dernières années écriront l’histoire de leur première arrivée, des mille détails du débarquement, de leurs voyages jusqu’à destination, des fournitures de leurs installations du commencement, etc... toutes rendront hommage à l’empressement, l’exactitude, la bonne humeur et la diligence que le cher P. de Noailles mettait à leur rendre service. C’était de sa part un vif sentiment de charitable complaisance qui avait besoin de s’affirmer, et il y donnait cours avec la même conviction que s’il se fût agi d’un strict devoir à remplir. Telle est bien la note dominante des sympathies qui nous sont venues de nos anciens auxiliaires et des communautés. Quant à MM. les Marianistes qui étaient les témoins ordinaires du bon Cœur de M. de Noailles et souvent aussi l’objet de son dévouement, ils ont voulu, à titre de reconnaissance, l’honorer publiquement d’un diplôme d’affiliation à leur illustre et très méritant Institut.

    Les circonstances de la mort de notre cher Confrère sont assez connues pour qu’il ne soit pas nécessaire de les consigner ici. Sa mémoire restera bénie par tous ceux qui ont apprécié ses nobles qualités. On redira à sa louange quel était son respect religieux à l’égard de tout ce qui touche au culte ou à la liturgie. C’était un fidèle disciple de M. Rousseille, faisant le chapitre des cérémonies et rappelant les prescriptions du rituel, avec l’à-propos et la compétence d’un spécialiste. On louera sa délicatesse de conscience, l’étendue — parfois bien extraordinaire –– de sa miséricordieuse condescendance pour ramener au bercail les brebis errantes ou perdues du désert de Yokohama. On restera édifié de sa dévotion à l’Ange Gardien, et surtout de sa piété filiale à la Très Sainte Vierge, précieux héritage de ses nobles ancêtres. Que de fois ne répéta-t-il pas telle réflexion du Comte Alfred de Noailles, son père, qui s’était constitué garde d’honneur de Notre-Dame de Lourdes.

    Son subit rappel à Dieu, au moment de l’Angelus de midi, a donné naissance à l’idée d’harmoniser son grand nom avec les notes pieuses qui invitent à la salutation angélique. Bientôt, nous l’espérons, il vibrera dans le clocher de la cathédrale de Hakodaté ; de Hakodaté qu’il aimait tant et qui restera un de ses titres de noblesse, le plus glorieux même, s’il faut en croire l’illustre auteur du « Çà et là ». (L. Veuillot. — Çà et là. L. XII, De la Noblesse.)

    Missionnaires, prêtres japonais, communautés, fidèles de tous les points de notre territoire et parmi eux bien spécialement les orphelines qu’il catéchisa, tous en un mol ont souscrit à cette idée avec un empressement qui met en relief l’élan de leur générosité, de même que la haute estime, la vive affection qu’ils portaient à notre très cher et très regretté Confrère.

    • Numéro : 1579
    • Pays : Japon
    • Année : 1883