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Louis NICOLAS (1917-2006)

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    Nicolas Louis François Joseph Gérard est fils de Nicolas Joseph Pierre et de Puau Marie Léontine Germaine. Il est né le 25 juillet 1917, paroisse Notre Dame de Cholet dans le Maine et Loire, diocèse d'Angers. Cholet se trouve dans les Mauges, donc fait partie de la Vendée militaire. D'ailleurs ses parents étaient vendéens qui se sont installés à Cholet après leur mariage à St Michel Mont Mercure, dans la Vendée, diocèse Luçon, tout à côté, lis étaient commerçants pas très loin de l'église Notre Dame. La soeur aînée fut religieuse de la Providence à Angers. Quant à la soeur cadette, Soeur Marie Chantal, était Soeur MEP et fut un temps au Japon, 15 ans avant de revenir en France et à Montbeton où elle a aidé son frère Louis pendant un temps. Famille de trois enfants tous consacrés à Dieu, donc aucune descendance par la suite. Louis Nicolas a fait ses études primaires à l'école paroissiale de Notre Dame et est entré au petit séminaire de Beaupréau, à une vingtaine de kilomètres de Cholet, comme séminariste de la paroisse, donc envoyé par le curé de la paroisse.

    En 1935, avec l'accord de son directeur spirituel à Beaupréau et de son oncle sulpicien au Canada, Louis fait sa demande pour entrer au grand séminaire des MEP. Le supérieur de Beaupréau, futur évêque d'Annecy, reconnaît que ses études ont été moyennes; cependant il avait eu facilement les notes suffisantes pour être admis au grand séminaire d'Angers. Le supérieur résume: « pas de brillant mais du sérieux et du solide ». Louis sera accepté aux MEP. Le 14 septembre 1935, rentrée au grand séminaire MEP. En décembre 1937, il est tonsuré, puis lecteur en juin 1938; service militaire accompli entre 1938 et 1940; acolyte en juin 1941 puis sous-diacre en juin 1942, diacre en décembre 1942 et prêtre le 20 mars 1943.

    C'est la guerre, donc il n'est pas question de partir en mission, Louis sera vicaire dans une paroisse à Angers même. Quelques personnes encore vivantes se souviennent très bien du dynamique vicaire Louis Nicolas. Lassé d'attendre, il s'engage et part comme aumônier militaire en Indochine le 20 janvier 1946. Arrivé au Vietnam en février 1946, il y restera jusqu'en avril 1947.

    De là il rejoint sa mission, le Siam ou Thaïlande. Il commence par l'étude de la langue et est envoyé à Chieng-Maï chez le Père Meunier d'avril 1947 à janvier 1948. De retour à Bangkok, il va chez le Père Tapie à Samsen pour continuer l'étude de la langue de janvier 1948 à juin 1949. C'est alors que l'évêque de Bangkok l'envoie comme curé de Non-Kèo à environ 300 kilomètres au Nord-est de Bangkok, sur le plateau de Khorat. C'est la partie de la mission de Bangkok qui va, par la suite, devenir le diocèse de Nakhon-Ratchasima où il restera pendant toute la partie active de sa vie missionnaire. Louis Nicolas se dévoue admirablement dans tout son district.

    Voici ce qu'il écrit lui-même en 1950: « Non-kèo est un ensemble d'humbles paillottes construites sur pilotis cachées dans un oasis de verdure. Une échelle rustique permet de pénétrer dans chacune des demeures composées d'une pièce unique où vit toute la famille laotienne. Ces laotiens sont des gens simples et doux, aimant les chants, vivant de peu, cultivant : riz, mûrier et coton, tissant de splendides soieries aux vives couleurs et tressant de fins ouvrages de vannerie. Le village compte aujourd'hui huit cents chrétiens très fervents, totalisant près de vingt mille communions annuelles. Quarante-trois adultes au cours de cette année ont reçu le baptême et deux cents cinquante-neuf confirmations ont été administrées. De nouveaux païens désirent s'y installer; la forêt cédant le pas aux rizières, on peut espérer que dans l'avenir il pourra nourrir jusqu'à deux mille personnes. Progrès rapide certes, et pourtant le démon s'est acharné sur ce nouveau poste. En 1940, le curé est mis en prison ; il meurt après quatre ans de détention, mais il a baptisé soixante-dix condamnés. En 1943, le vicaire est grièvement blessé d'un coup de feu destiné au nouveau curé. En 1944, dix païens attaquent le presbytère et brûlent entièrement la coquette église en bois. Cette année 1950, sept brigands attaquent le curé actuel, le pillent, le blessent, ce qui l'oblige à un séjour à l'hôpital de Bangkok. Et malgré tant de tribulations, grâce à elles sans doute, la foi des chrétiens de Non­Kèo ne fait que s'affermir ».

    «Le plus grave de tous les problèmes est celui de l'église : depuis six mois il n'y en a plus. À quoi bon en construire une à nouveau pour qu'elle soit la proie des flammes une fois encore, penseront certaines gens. C'est exact, mais celle‑ci, nous la feront en briques. Déjà les chrétiens se sont mis à la besogne : certains creusent la terre, la font piétiner par des buffles ; l'ayant découpée et mise en moule, ils la font sécher. Cette opération achevée, les blocs servent à construire des fours où la combustion du bois amené par d'autres chrétiens cuira et transformera ces blocs en briques résistantes. Ceux qui sont chargés de la provision de bois n'ont pas la moindre tâche, puisque les trois-cents charrettes qu'ils ont déjà stockées suffiront à peine. Là ne s'achève pas le travail des équipes, car une fois cuites, les briques doivent être transportées sur le chantier. Ce tranport donne lieu à un cortège qui ne manque pas de pittoresque : alors que les enfants ou les vieillards portent péniblement leur unique brique, des jeunes filles transportent leur douzaine à l'aide d'un balancier, dépassant les jeunes gens qui traînent péniblement des chariots lourdement chargés. D'autres équipes sont allées chercher avec leurs buffles des troncs d'arbres qui, par économie, seront débités à la main. Le transport de tous ces matériaux touche bientôt à sa fin puisque les deux cents charrettes de sable provenant de dix kilomètres plus loin se trouvent actuellement sur le chantier. Et malgré cela, l'église est toujours à l'état de projet. Se trouvera-t-il des âmes généreuses qui viendront au secours de notre misère pour nous permettre d'acheter le ciment et payer la main-d'oeuvre qualifiée pour que notre église puisse un jour enfin s'élever. Sans prétendre égaler la splendeur de certaines pagodes ou l'imposante majesté des églises de Bangkok, le Bon Dieu ne mérite t’il pas à Non-Kèo une église simple et solide, incombustible, digne de sa grandeur et de la foi des chrétiens ? »

    En 1950, pendant la construction de l'église, Louis Nicolas sera attaqué une fois. Alors qu'il rentrait au village à cheval, il fut cerné par sept bandits qui en voulaient à sa bourse. Jeté à bas du cheval, il fut roué de coups pour seulement quelques maigres biens : 40 bahts avec une montre et un stylo. Cette fois, il s'en sortit avec un mois de soins. Par la suite, on apprenait que c'était un chrétien du village qui était derrière ce coup monté pour récupérer son argent, car on croyait qu'il était allé chercher de l'argent en ville pour la construction de l'église.

    «Le 15 août 1952, les Pères Nicolas et René Brisson inauguraient la nouvelle église de Non-Kèo, dédiée à Ste Thérèse de l'Enfant Jésus. Le Père Maurice Brisson, de la mission de Tharé, présidait la cérémonie. C'était la troisième fois que dans les annales de cette jeune chrétienté, on procédait à l'inauguration d'une nouvelle église, les deux autres, avaient été incendiées par les païens. Celle-ci, construite en briques et ciment, n'aura pas, nous l'espérons bien, le sort des précédentes, faites de planches. Elle sera aussi pour les générations à venir le témoignage visible de la foi de cette sympathique chrétienté. Ce sont les chrétiens eux-mêmes qui, à la voix du P. Nicolas, ont moulé et cuit les briques, sont allés chercher le sable et les autres matériaux nécessaires à la construction de leur église » (Bulletin MEP 1952).

    Pour l'aider dans son travail d'évangélisation, il fonda la Légion de Marie en Thaïlande et dans la première paroisse à Non-Kèo. Les légionnaires avaient pour mission d'aller exhorter les chrétiens qui s'étaient éloignés de l'Église à rentrer dans le bercail et aussi d'aller porter la Bonne Nouvelle aux non-chrétiens de la région. Pendant la construction de l'église et la fondation de la Légion de Marie, Louis Nicolas sera aidé par son vicaire le Père René Brisson, MEP lui aussi. Louis Nicolas prendra son premier congé le 13 avril 1955: il s'embarque pour Phnom‑Penh puis Saigon, ensuite c'est Jérusalem avec la Terre Sainte et le Liban, puis la Grèce, Rome et Paris. Retour en Thaïlande le 9 mai 1956.

    Vers 1955 à Non-Kèo, il était question de trouver de nouvelles terres pour quelques familles ; on commençait à être à l'étroit dans le village et les rizières. Une dizaine de familles sont parties vivre du côté de Thaï-Charoen puis Khoh-Pè, et vers 1957 ils s'installent à Khok-Prasat actuellement. Ils rencontrent beaucoup de dangers de la part des voleurs, bandits, etc... Le Père Nicolas, revenu de France en 1956, a aidé à l'installation de ce village et à sa continuité. Le village se trouve à deux jours de marche de Non-kèo, vers la Cambodge. Une église fut construite et est devenue la maison des religieuses. La nouvelle église en 1959 se trouvait sous la maison du Père. L'école fut ouverte en 1960. C'est l'année où la région de Khorat et Non-Kèo est reprise en charge par la mission d'Ubon.

    Pakchonq (curé de 1959 à 1970) - Vers 1957, le Père Nicolas, curé de Non-Kèo et s'occupant de Khok-Prasat, s'est intéressé à Pakchong où il a entendu dire qu'il y avait des chrétiens. Pakchong se trouve sur le plateau de Khorat, juste à l'entrée et en plus il y a la route de l'amitié Bangkok-Nakhon-Ratchasima et le chemin de fer; donc gros bourg qui a de l'avenir en perspective.

    Le Père Nicolas, préparant l'avenir, a envoyé des jeunes étudier dans des écoles un peu partout en Thaïlande, et même en Malaisie et Singapore. Il préparait l'avenir de ces jeunes, de Pakchong et du diocèse. En 1959, le Père Nicolas achète un terrain pour construire une école primaire et secondaire, et l'église de Pakchong. Il prend un congé en France du 5 mai 1964 au 12 décembre 1965.

    Le Père Nicolas avait contacté des communautés de religieuses pour venir l'aider et former les jeunes filles, pour faire non pas des religieuses mais des laïques consacrées qui aideraient l'Église et le Père dans l'apostolat. Aucune communauté n'a répondu présente. En 1967, les Oblates Missionnaires de Marie Immaculée, venant du Canada mais déjà présentes au Laos, répondent favorablement et se sont établies à Pakchong : deux canadiennes et une juvéniste thaïe. La fondation d'une communauté de jeunes filles ne se réalisera pas, mais ces jeunes filles ont beaucoup aidé le diocèse. En 1965, le diocèse de Nakhon-Ratchasima est érigé. Le Père Nicolas est Vicaire général du diocèse jusqu'en 1970. À partir de 1966, il a la responsabilité de Klangdong, école et église aussi car il y a des chrétiens.

    Du 15 juillet 1970 jusqu'au 7septembre 1971, le Père Nicolas est en congé. Il part vers le Japon pour y voir sa soeur, religieuse MEP, et des confrères. Il passe aussi au Canada pour rendre visite à son oncle maternel qui est sulpicien et professeur au grand séminaire de Montréal. Enfin la France où il rejoint sa maman à Cholet et en profite pour faire un an de recyclage à l'Université Catholique de l'Ouest à Angers, en Écriture Sainte. Sa maman décédera au début de 1971.

    Avant de rentrer en Thaïlande, le Père Nicolas fait une retraite d'un mois chez les Jésuites à Manrèse: problèmes et avenir... Une épreuve morale a marqué Louis à cette époque où la mission de khorat traversait une crise sérieuse, qui entraîna le départ de la mission de plusieurs confrères. Louis se posa bien des questions, mais après cette retaite de trente jours, il décida de rester et de servir la mission de Khorat jusqu'au bout, étant assuré que le Seigneur lui donnerait la force dont il avait besoin pour continuer la tâche qui lui était confiée. Une réflexion de Louis: « Je travaille pour le Seigneur, les gens et l'Église de Khorat, et non pas pour l'évêque ! »

    Donc retour en Thaïlande le 7 septembre 1971 et nouveau départ dans le diocèse de Khorat. L'évêque l'envoie dans la région de Phutthaïsong. C'est un territoire à l'est de la Route de l'Amitié Khorat-Khonkaen, dans le Nord du diocèse. Les Rédemptoristes y ont travaillé et suivi des chrétiens, venant de Chine, installés à Phutthaisong. Depuis 1965, c'est le Père Paul Montochio qui est sur tout le secteur; il ne gardera que la région de Bua-Yaï.

    Le Père Nicolas s'installe à Phutthaïsong. Il loue une chambre au mois, mais est obligé de déménager tous les mois ; ce n'est pas pratique. Au bout de trois mois, il cherche un terrain dans les villages et c'est là qu'il trouve Nong-Phluang dans la sous-préfecture de Prathaï : une petite maison construite par le Père Paul dans le village. Louis achète un terrain d'un demi hectare à l'entrée du village avec l’argent du diocèse, puis il agrandit le terrain de moitié en achetant deux autres parcelles avec son argent personnel ; ce qui fait un beau terrain. Il achète des maisons dans les villages et construit une chapelle et sa maison avec un étage, mais le rez-de-chaussée n’est pas très haut. Puis il construit une maison pour la cuisinière, ancienne paroissienne de Non-Kèo. Au bout d'un an, l'église est trop petite et il la rallonge avec une autre maison. L'escalier en béton de quatre marches à l'entrée de la chapelle est tirée avec la Land-Rover et retrouve sa place pour monter dans la chapelle. Les gens qui se convertissent sont d'anciens protestants pour une part et d'anciens animists-bouddhistes pour une autre part. Il fait même 87 baptêmes le même jour et il est aidé par le Père Louis Leduc, économe régional à l'époque. Pour aider au développement matériel du village, il a trouvé des fonds pour creuser un réservoir d'eau potable près du village, ce qui fut fait et a rendu beaucoup de services aux gens. Le Père Nicolas va célébrer la messe à Phutthaïsong toutes les semaines. Des gens de deux autres villages près de Nong-Phluang viennent le voir et lui demandent d'aller prêcher l'Évangile chez eux (villages de Nong-Mai-Taï et Khok-Phet).

    De Nong-Phluang pour rejoindre la route goudronnée et la sous-préfecture de Prathaï il y a 4 kilomètres dans la forêt. Quelques années auparavant un tracé a été fait mais pas les travaux, l'argent a dû tomber dans les poches de certains fonctionnaires. Le Père Nicolas, après des recherches et quelques permissions, demande une aide à la CAFOD en Angleterre. Le but était de donner du travail et donc de l'argent aux gens pour acheter du riz. C'était la saison sèche et la famine, car il n'avait pas plu. Sur le bord du tracé de 4 kilomètres, on creuse par mètre cube mais sur 50 centimètres de profondeur, et on remet la terre sur la route, ce qui fait que la route est surélevée un peu et l'eau peut s'écouler sur les deux côtés. Hélàs, le Père Nicolas ne terminera pas les travaux. Il sera attaqué auparavant par deux bandits loués par le chef du village en décembre 1973. La route sera achevée par son successeur.

    L'action du Père Nicolas: creuser une réserve d'eau, soigner des malades efficacement, faire une route, ce qui donnait de l'argent aux gens pour survivre... Donc, son action et son influence étaient mal vues par un certain nombre de gens du village, et spécialement le chef du village qui sentait son autorité s'évanouir. De plus ce chef de village était le chef des bandits de la région. Il a essayé tous les moyens pour se débarrasser du Père Nicolas. Il a demandé à la police comment faire pour se débarrasser de ce blanc. N’ayant ni volé ni tué, rien ne pouvait être fait contre le Père Nicolas ; donc la police a donné carte blanche au chef de village. L'adjudant de la gendarmerie de la sous-préfecture de Prathal s'intéressait davantage à organiser les vols de buffles des pauvres gens et à les transporter à Bangkok pour les vendre ; ça lui rapportait davantage. Finalement, personne ne voulait être soudoyé pour supprimer le Père Nicolas, le chef du village a payé l'un de ses propres fils et un copain pour faire la besogne. Ca s'est passé à la tombée de la nuit, le Père Nicolas rentrait chez lui après le repas chez la cuisinière. Avec un coupe-coupe, il fut frappé à la tête, à l'arcade sourcilière, l'os cassa et l'oeil fut perdu. Hélàs c'était le seul oeil qui était bon, l'autre n'avait qu'une mauvaise vision. Il fut soigné à Khorat, puis à Bangkok pendant trois mois et rapatrié en France fin mars 1974. Désormais handicapé, Louis ne baissa pas les bras pour autant. Il se soigna en France et apprit le braille. Il revint en Thaïlande le 3 novembre 1974. Par la suite, il recevra quelques revues en braille ainsi que des cassettes qu'il pouvait écouter avec son magnétophone.

    Ne pouvant plus lire le bréviaire, il écoutait sur cassettes les Évangiles et des vies de saints. Il avait toujours le chapelet à la main ou le dizainier au doigt, ayant une grande dévotion à la Vierge Marie qui l'avait aidé bien des fois. Il priait pour ses confrères et tous les gens qu'il avait connus et rencontrés dans sa vie. Il avait une mémoire phénoménale.

    En novembre 1974, ii est de retour à Khorat. L'évêque le nomme curé de Khkok-Prasat, village qu'il avait fondé une quinzaine d'années auparavant. Le Père Nicolas s'assure que les arbres coupés depuis longtemps sont bien dans les familles du village et commence la construction de l'église en bois et de style thaï. Les gens feront le travail eux-mêmes en sciant les colonnes, le plancher... bref tous les bois pour la construction. Cette église sera bénite et inaugurée fin mars 1977. Les banques de riz et de buffles sont remises à jour et aident bien les gens du village. Avec de l'argent reçu d'Autriche par l'intermédiaire des Oblates de Pakchong, il fonde un centre pour former les jeunes filles à la couture dans le village de Khok-Prasat en 1975.

    La même année, il achète un petit terrain à Nang-Rong qu'il agrandit petit à petit en acquérant des terrains contigus. Il construit un bâtiment qui lui sert d'église et où il peut coucher quand il y vient. Il y a des chrétiens qui viennent à la messe le dimanche après-midi. En 1977, ii ouvre une garderie d'enfants avec permission officielle. Cette garderie se développera beaucoup par la suite. Le 4 juin 1977, il rentre en congé en France et revient le 11 octobre 1977. Il en a profité pour se faire contrôler les yeux, celui qui reste et voit peu ainsi que son oeil de verre. Étant toujours en forme, il retrouve Khok-Prasat. Septembre 1977, changement d'évêque.

    Voici un extrait d'une de ses lettres (décembre 1978) : « Que vous dire de ce pays ? Les problèmes intérieurs de nos voisins expliquent peut-être le calme relatif dont nous jouissons. Depuis des mois ou des années, on nous annonce coups d'État ou subversion générale qui tardent à se produire. Le gouvernement déploie de gros efforts pour se rapprocher des pays socialistes, essayer de devenir une « suisse asiatique » dans une stricte neutralité, mais les liens économiques et commerciaux avec le bloc occidental sont toujours prépondérants. Aux sécheresses habituelles des années précédentes ont succédé en octobre de grosses inondations causant d'importants dégâts aux routes et aux récoltes mais peu de victimes. L'activité des maquis n'est pas spectaculaire mais incessante. Ils s'attaquent surtout aux militaires et policiers très nombreux dans les zones menacées, la population y retrouve confiance et semble refuser sa collaboration aux maquisards. Mais à l'intérieur du pays les exactions habituelles de certains fonctionnaires poussent au maquis des mécontents. Pour résumer, disons: « Inconnue incertitude de l'avenir ».

    Le secteur où j'habite est un des points chauds souvent mentionné depuis longtemps, nous étions habitués au bruit lointain du canon ou des rafales de tir, mais en mai nous avons eu droit au « son et lumière ». Une école ayant été incendiée à 6 kms de notre village, avec canonnade qui envoya des obus jusqu'au village voisin à 2 kms. L'aviation est intervenue avec fusées, mitraillages et bombes. On ignore les dégâts mais ce fut la panique et un début d'exode avec gens et troupeaux sur les routes, je revivais mai 40 en France. Heureusement mes paroissiens furent dociles et restèrent presque tous au village, ce qui a d’ailleurs impressionné les autorités comme les villages voisins. Les maquisards expliquèrent alors qu'ils préféraient voir les gens rester sur place pour pouvoir se ravitailler et qu'ils s'abstiendraient de les attaquer pour le moment, promesse qu'ils ont tenue et les six derniers mois ont été calmes, bien que nombre de policiers aient été dévalisés de leurs armes. On s'attend à une trêve durant la moisson et une reprise de l'activité dans deux mois ».

    « De multiples déceptions et difficultés sous plusieurs rapports sont sans doute la rançon de joies profondes sur le plan de l'apostolat direct. J'ai en effet eu la joie de préparer au baptême quatre familles et plusietrs adultes isolés totalisant plus de vingt personnes. Leur cheminement vers la foi, sans aucun intérêt matériel est une expérience passionnante, surtout chez les illettrés d'une merveilleuse délicatesse d'âme et d'un grand zèle pour partager leur découverte avec leurs parents ou amis. Deux familles de Nong-Phluang où j'ai été blessé sont venues dans notre région et à trois reprises m'ont supplié de visiter le village où ils habitent maintenant. En contact avec le christianisme depuis dix ans, ils avaient d'abord été hostiles puis indifférents mais en constatant l'évolution, la transformation de leur village natal depuis les 87 baptêmes que j'y fis il y a cinq ans, ils veulent la même foi et la même formation pour leurs enfants. Actuellement l'assistance dominicale à Nong-Phluang dépasse les 200 personnes dont la moitié ne sont pas baptisés et parmi ces derniers certains font 6 kms à pied chaque dimanche pour venir à la messe. Alors comment douter de la vitalité de notre Église malgré des signes de lassitude en vieilles chrétientés? »

    Louis Nicolas prend un congé en France du 2 mai 1983 jusqu'au 6 octobre 1983, et il profite pour se soigner les yeux. À son retour, il reprend le collier à Khok-Prasat. Il ouvre une école primaire à Nang-Rong et les Soeurs d'Ubon prennent les rênes en mains. En 1984, sur sa demande, le Père Nicolas est déchargé de Nang-Rong; un autre Père prend le relais. Il reste donc Khok-Prasat et ses environs au Père Nicolas. Depuis son retour à Khok-Prasat en 1974, il a demandé au Père Maurice de venir l'aider à faire les comptes environ 4 fois par an. Souvent lors de la visite du Père Maurice, il profite de l'occasion pour faire baptiser les nouveaux nés ensemble et mettre à jour les registres de la paroisse, parce que le Père est gêné du fait de sa mauvaise vue. Louis Nicolas avait besoin aussi de se défouler, il entretenait donc le jardin de légumes de Khok-Prasat. Ça lui faisait du bien et de plus il gardait un bon appétit. Tout le monde était étonné de son bon coup de fourchette; il aimait les bonnes choses à manger et à boire, sans faire d'excès.

    À Khok-Prasat, il avait divisé le village en quartiers d'une dizaine de maisons et faisait des réunions de lecture et partage d'Évangile. Il avait, semble-t-il, toujours une idée d'avance sur tout le monde, et le handicap de sa mauvaise vue ne le gênait pas trop dans sa tâche apostolique.

    Il savait avoir de l'humour et de la répartie. Un jour, un homme qu'il connaissait bien vient lui demander l'aumône. Le Père se doute que cet argent risque de ne pas être employé à bon escient, et pourtant il dépose un billet de 20 bahts (entre 5-6 francs à l'époque, un demi euro actuel) dans la main tendue. La main reste tendue et l'homme dit au Père : « c'est tout? » Le Père reprend le billet de 20 bahts et répond : « si tu en veux davantage, va voir ailleurs. » Et le Père reprend son chemin comme si de rien ne s'était passé. Il y a beaucoup d'autres histoires, mais arrêtons là.

    Finalement, en 1988 louis Nicolas demande à être déchargé de Khok-Prasat et à se retirer à Khorat à la maison « Siméon », repos bien gagné. En effet à côté du couvent des « Filles de Marie », deux petites maisons ont été construites pour les prêtres âgés. Maison de plain-pied, toute simple mais bien, avec chambre à coucher et sanitaire, salle de réception et chambre d'hôte. C'est là que Louis va vivre ses neuf dernières années en Thaïlande. Grand dépensier d'énergie, il arpentera les allées du couvent et de l'école à côté, avec son chapelet toujours en main. Beaucoup de gens venaient le visiter dans sa retraite et lui apporter des cadeaux pour le remercier. En 1993 à l'occasion de ses 50 ans de sacerdoce, beaucoup de monde sont venus lui offrir quelques souvenirs et lui dire merci. « Tout le monde couvait le Père Nicolas », réflexion d'un évêque ce jour là. Les jeunes filles du couvent aimaient bien venir voir le Père le soir, car c'était leur moment libre après l'école et le dîner pour discuter et apprendre beaucoup de choses de sa bouche. Le Père Maurice venait coucher dans la chambre d'hôte et manger avec lui lorsqu'il venait à Khorat. C'était sur la demande du Père Nicolas et avec l'accord de l'évêque. Ça en faisait un de moins à occuper une chambre à l'évêché. De plus le Père Nicolas pouvait profiter de la voiture du Père Maurice pour aller et revenir aux réunions à l'évêché. Ça permettait aussi de discuter de beaucoup de choses et de rencontrer le presbytérium aux réunions à l'évêché.

    En 1997, Louis Nicolas demande à rentrer en France pour aller vivre dans la maison de Montbeton où il y a une place pour lui. Il passa plusieurs années à se promener dans le parc et, pour finir, il était dans une chaise roulante et attaché pour ne pas tomber. Louis décédera le 16 octobre 2006 dans sa 90è année. Il sera enterré à Montbeton le 19 octobre 2006. Les jeunes filles, formées par Louis dans leur jeunesse et que certains appelaient les « Nicolaïtes », lui sont restées très attachées et demandent à célébrer une messe à sa mémoire chaque année le jour anniversaire de sa mort. Elles sont pratiquement toutes présentes.

    Enfin, voici quelques mots du Père qui a présidé ses obsèques à Montbeton:

    « À l'interlocutrice, une religieuse, qui lui demandait quels conseils il donnerait à des religieuses, il répondait : confiance en Dieu, accomplissement de son devoir le mieux possible, ne pas être égoïste, collaborer avec les autres et ne pas trop se fier à soi-même... Je pense que lui-même était prêt à dire comme les serviteurs de l'Évangile lu tout à l'heure : « Je suis un serviteur quelconque, je n'ai fait que mon devoir ».

    Mais maintenant le Maître l'a certainement accueilli avec ces paroles : « Très bien, bon et fidèle serviteur... entre dans la joie de ton maître ». AMEN.

     

     

     

    • Numéro : 3683
    • Pays : Thailande
    • Année : 1946