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Gabriel NICOLAS (1876-1947)

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    P. NICOLAS (Gabriel-Marie-Jean-Baptiste) né le 10 septembre 1876 à Hoéville, diocèse de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 11 septembre 1896. Prêtre le 24 juin 1900. Parti pour la Cochinchine orientale le 25 juillet 1900. Mort à Nhatrang le 9 janvier 1947.

    C’est à Hoéville, au diocèse de Nancy, que naquit Gabriel Nicolas. Il était le troisième enfant d’un maître d’école de Lorraine qui sut donner à ses douze fils une éducation sévère, et leur inculquer un profond sentiment de dignité et de respect des convenances dans la pratique des relations sociales.

    Après quelques années passées à l’école paternelle, il fut admis au petit séminaire de son diocèse. Ses études achevées, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères de la rue du Bac. Prêtre le 24 juin 1900, il reçut sa destination pour la Cochinchine orientale et, le 25 juillet, il s’embarquait sur le Salazie en compagnie des PP. Memet, Guillot et Hutinet, qui tous furent envoyés successivement évangéliser les populations primitives des pays bahnars.

    Il fit d’abord un stage de quelques mois en Annam pour s’initier au ministère apostolique. Et, en 1902, il accompagnait une caravane allant à Kontum où un mouvement de conversions nécessitait l’envoi de plusieurs nouveaux et jeunes ouvriers apostoliques. Dès son arrivée, il fut chargé de la chrétienté de Rohai et commença tout de suite la construction de l’église de la paroisse. Avec énergie et persévérance, il conduisit le troupeau qui lui était confié, réformant les abus, ne tolérant pas l’abandon des bonnes coutumes qu’il voyait disparaître progressivement.

    Dès que son district fut solidement organisé, il demanda à travailler dans une région où l’Evangile n’avait point encore été prêché. Ses supérieurs saisirent la première occasion de satisfaire le désir de ce dévoué missionnaire. En 1905, en effet, une épidémie de variole décimait les villages de l’importante tribu jorai. Le P. Jannin, qui devint dans la suite le premier Vicaire apostolique de la Mission de Kontum, s’empressa d’aller secourir ces malheureux que leurs sorciers et leurs génies ne pouvaient préserver de la contagion. Quelques jours après son arrivée, le vaillant apôtre écrivait au supérieur : « Voici la porte grande ouverte de cette tribu jorai, la plus nombreuse, comme aussi la plus pillarde, la plus indocile de nos régions sauvages. Les précédents essais d’évangélisation dans cet immense pays ont échoué. Serons-nous plus heureux cette fois ? Tout en donne l’assurance, à la condition cependant qu’on donne sans retard à ce jeune troupeau un pasteur qui le nourrisse et le défende. L’envoi immédiat chez les Jorai d’un missionnaire expérimenté s’impose donc. Heureux apôtre, il sèmera d’abord dans les larmes, mais nul doute que, sous peu, il ne moissonne.

    Le P. Nicolas s’offrit pour cette tâche particulièrement difficile, très difficile, en effet, comme le disait le Supérieur de la Mission à ses confrères : « Si un kilogramme de patience suffit avec nos chrétiens banhars, un quintal ne sera pas trop avec les catéchumènes jorai. »

    De fait, les ennuis ne tardèrent pas. Après s’être dévoué à enseigner ces pauvres montagnards, un grand nombre de ceux qui avaient accepté de se convertir n’accomplirent pas leurs promesses, et ce n’est qu’avec quelques anciens esclaves qu’il put fonder une chrétienté. Il l’installa dans un coin de forêt, entouré d’un cirque de montagnes, et passa quelques mois au milieu de ces nouveaux néophytes, habitant une case sauvage, traçant des chemins, s’effor-çant de les initier à de nouvelles cultures et partageant avec eux leur rude existence.

    L’entreprise ébauchée, le P. Nicolas laissa à un jeune missionnaire, récemment arrivé en pays bahnar, le soin de la continuer et il s’en alla à soixante-dix kilomètres plus loin fonder un nouveau district à Plei-Ronyol, où des commerçants annamites, menacés par un brigand jorai, avaient conseillé aux habitants de cette région de se mettre sous la protection du missionnaire. Il avait, comme l’un de ses frères qui devait devenir général, l’esprit de décision. Aussitôt arrivé, il organise la défense du village, il l’entoure d’une palissade hérissée de lancettes et d’abattis infranchissables, construit un mirador s’occupe de la relève des sentinelles ; son arsenal se compose de deux fusils à mèche, d’une carabine et d’un vieux chassepot, armes aussi dangereuses pour les défenseurs que pour les assaillants… mais jamais l’ennemi n’osa attaquer une position si soigneusement fortifiée.

    Toujours plein de vaillance et d’ardeur, et le coin, devenu tranquille, pouvant être occupé par un autre missionnaire, le Père va s’établir à Plei-Mè, afin, déclarait-il, de pouvoir planter des jalons et pousser plus avant la pénétration évangélique en pays jorai.

    Cette vie nomade, en plein pays malsain, ne pouvait durer ; ses forces le trahirent et il dut à regret abandonner une tâche bien ingrate et difficile, mais bien commencée. Il alla se reposer quelques mois à Hongkong. Pendant son séjour au sanatorium, le pays sauvage, son district, ses catéchumènes le hantaient ; il n’attendit point d’être complètement rétabli pour reprendre sa pénible existence.

    La maladie, enrayée pour un moment, reparut, fit de nouveaux progrès et la vie de ce généreux apôtre se trouva en danger. Il consentit alors à s’éloigner de son champ d’apostolat. Ses catéchumènes, par superstition, craignant qu’il ne mourût en cours de route, refusèrent de le transporter au centre de la Mission. Il fallut avoir recours à des Annamites pour le conduire à l’hôpital de Quinhon, où le médecin estima urgent un retour en France.

    Quelques mois après, ce fut la déclaration de la grande guerre ; il se trouvait en Lorraine, au moment de la bataille du Grand Couronné et, bien qu’encore convalescent, il s’en allait vers les lieux du combat pour y secourir les blessés et administrer les derniers sacrements aux mourants. Ne pouvant fournir un service actif, il fut chargé, à Marseille, d’enseigner le français aux Annamites possédant déjà une certaine instruction ; beaucoup d’entre eux gardèrent un fidèle et reconnaissant souvenir du dévouement dont il les entoura.

    En 1919, il put revenir en son cher pays banhar. Chargé du district du Touër, il y fonda une école paroissiale ; mais il fut loin d’y trouver des élèves aussi studieux, aussi appliqués que ceux de Marseille : les parents estimaient que leurs enfants n’avaient point besoin de savoir lire et écrire pour piocher les champs, tendre une arbalète chasser les serpents et prendre au piège les rats ou les lézards qui devaient servir à leur nourriture.

    À cette époque, de grosses sociétés financières voulant mettre en valeur les ressources de cette haute région, firent appel aux Annamites de la côte. Beaucoup de chrétiens montèrent en pays sauvage pour s’embaucher dans ces exploitations agricoles. Pour s’occuper de ces travailleurs, les Supérieurs pensèrent au P. Nicolas ; tout était nouveau et à organiser. Le Père vit tout de suite l’utilité pour l’apostolat en pays moï de cette immigration de chrétiens venus d’Annam et du Tonkin. Il fonda des paroisses modèles qui devaient devenir des assises stables pour les districts jorai insuffisamment affermis. C’était une innovation dans la méthode d’apostolat en cette contrée ; l’avenir donna raison au missionnaire vraiment grand organisateur.

    Ayant dépassé la cinquantaine et ne pouvant plus continuer cette vie dure chez les Banhars, il voulut pourtant se dévouer encore au salut des âmes ; il demanda d’assurer le service religieux à la léproserie de Qui-Hoa, près de Quinhon. Il descendait des montagnes et se retirait au bord de la mer pour que les lépreux puissent jouir de son ministère. Il les enseignait lui-même, les visitait souvent ; on peut dire qu’il ouvrait les portes du ciel à tous les lépreux qui mouraient à la léproserie de Qui-Hoa.

    D’une très grande charité, très délicat dans sa manière d’agir, le P. Nicolas recevait avec une grande cordialité les confrères qui venaient lui rendre visite, surtout ceux qui avaient été ses compagnons ou ses auxiliaires aux jours regrettés de sa vie apostolique sur les Hauts-Plateaux.

    « C’est au cimetière de Kontum que je voudrais dormir mon dernier sommeil, disait-il ; c’est là que se portent incessamment ma pensée et mes souvenirs. » Ce souhait ne fut point réalisé ; le poids des infirmités et de la vieillesse l’obligèrent à quitter la léproserie pour se reposer à l’hôpital de Kim-Châu. Ensuite, il fit un peu de ministère dans une petite chrétienté, et, c’est de là, qu’il fut chassé par l’occupation japonaise et obligé de rejoindre les autres missionnaires dans le camp de concentration de Nhatrang.

    Les privations, l’absence de médicaments, le manque de liberté, toutes ces épreuves contribuèrent à accélérer le déclin de ses forces et de ses facultés intellectuelles, et c’est en cette ville de Nhatrang que, le 9 janvier 1947, muni des derniers sacrements, en présence de quelques confrères, ce vaillant et infatigable missionnaire quitta cette terre pour aller au ciel recevoir la récompense de son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

     

     

    • Numéro : 2502
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1900