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François NICOL (1865-1892)

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    « Le P. François Nicol, écrit Mgr Guichard, naquit le 22 juillet  1865, à Trémeret, commune d’Ambon, canton de Muzillac, au diocèse de Vannes.

    « Dès son arrivée au Kouy-tcheou, il fut envoyé dans le district le plus éloigné de la province, à Ou-tchoan, à 13 ou 14 journées de la capitale, pour apprendre la langue sous la direction du Père Cuq.

    « A la retraite annuelle de l’an dernier, je le destinai au district de Tin-fan, où il fit vaillamment ses premières armes en compagnie du Père Poux. Je me disposais à le charger d’un district, et déjà sa ré­sidence allait être complètement bâtie ; mais Dieu n’a pas voulu nous le laisser plus longtemps ; jeune encore, il était mûr pour le ciel. Tombé malade à Tin-fan, il vint chercher du repos à Kouy-yang-fou. Les soins intelligents et dévoués du Père Vray, l’affection délicate de son compagnon de route, le Père Poux, et l’espoir d’une prompte guéri­son lui abrégèrent les fatigantes longueurs du chemin. Il était loin de penser qu’il faisait sa dernière étape ici-bas. Son illusion faillit de­venir la nôtre, surtout quand nous le vîmes si peu préoccupé de son mal. Il ne se plaignait d’aucune souffrance locale, ne toussait point et manifestait souvent le désir de prendre de la nourriture. Mais les battements précipités du pouls, la fièvre qui résistait à tout remède, la respiration plus difficile que de coutume, étaient autant de symp­tômes qui auraient dû nous désabuser, dès le premier instant, si l’amitié pouvait jamais se résoudre à perdre tout espoir.

    « D’ailleurs notre confrère s’était laissé dire qu’il ressusciterait à Pâques pour tout de bon et chanterait lui-même un solennel Alleluia ; et cette espérance était profondément enracinée dans son cœur de missionnaire et sa tête de Breton.

    « Il était vraiment Breton ce jeune confrère qu’il nous a été donné de connaître un peu et d’aimer beaucoup. Sous un extérieur timide, il cachait un caractère d’une rare énergie. Ceux qui l’ont vu de près, spécialement à l’aurore de sa vie cléricale, racontent volontiers que, dès cette époque, pour le futur Père Nicol, prendre et tenir une résolution, c’était tout un.

    « Devenu missionnaire, il continua d’être reconnaissable aux mê­mes signes de race. Son temps était sagement distribué et son règle­ment apostolique exactement observé. Studieux, tout entier à son devoir, il était avant tout un homme d’ordre ; chez lui, au spirituel comme au matériel, il y avait une place pour chaque chose et chaque chose était à sa place.

    « Le Jeudi-Saint, il fallut lui apprendre que sa dernière heure allait bientôt sonner. Il reçut cette nouvelle sans témoigner aucune émotion, nous pria de nous éloigner de son lit, et se prépara avec un grand recueillement à recevoir les derniers sacrements. Après s’être confessé plusieurs fois, il appela le Père Lucas chargé de l’assister. La langue auparavant embarrassée recouvra momentanément sa liberté. « Ah Père, lui dit-il, Père, quelle bonne nouvelle vous « m’avez annoncée. C’est que vraiment je ne me croyais pas du tout en danger ! Je ne sais « comment vous remercier de ce grand service que vous m’avez rendu. Pendant ces nuits et « ces jours que vous avez passés auprès de moi, j’ai dû vous causer de la fatigue et des   « ennuis ; il faudra me pardonner tout cela, et puis, quand je vais être mort, penser en­core un « peu au petit Nicol, surtout en célébrant la sainte Messe. » Sa figure s’illumina d’un gai  « sourire : « Écoutez donc, Père, écoutez :  « C’est très curieux ce que j’ai à vous dire. Dans « mes autres maladies, j’avais coutume de demander ma guérison aux âmes du Purgatoire, à « charge pour moi, si j’étais exaucé, de faire à leur intention telle ou telle bonne œuvre « déterminée. Or, c’était infaillible, j’étais tou­jours exaucé séance tenante. Cette fois encore, « dès que je me suis senti atteint, je n’ai pas manqué de recourir à ma recette favo­rite. Chose « étonnante, elle ne m’a pas réussi ! J’avais pourtant fait un vœu qui peut compter : une messe « chaque mois pendant toute ma vie pour le soulagement des âmes du Purgatoire ! A cette « heure je comprends pourquoi elles n’ont pas voulu de mon vœu ; elles n’ignorent pas que je « n’en ai plus pour longtemps, et que par con­séquent je ne pourrai pas tenir ma promesse. « Voilà pourquoi elles ne s’emploient pas à ma guérison. »

    « Le vendredi saint, il s’informa de nouveau de la gravité de son état : « Je suis très « heureux, dit-il ensuite, d’être sûr qu’il n’y a plus d’espoir. Cette certitude m’est d’un grand « secours ; elle m’aide singulièrement à me bien préparer. » Vers trois heures de l’après-midi, il accueillit avec reconnaissance la proposition qui lui fut faite par le Père Lucas de réciter avec lui les prières du chemin de la croix ; il offrit généreusement ses souffrances, sa vie, sa mort, à son Dieu crucifié dont il pressait l’image dans ses mains défaillantes Le reste de ce jour, le dernier de sa vie, il le passa à écouter les exhortations de son évêque et de ses amis. Jouissant pleinement de l’usage de ses facultés, il savait trouver toujours quelque mot aimable pour un service rendu. Tout ce que ses confrères pouvaient imaginer pour le soulager, était accepté avec un gracieux sourire. « Merci, disait-il, souvent, merci ; jamais on ne m’a si bien « soigné. » Une tranche d’o­range qu’on lui donnait pour étancher sa soif, c’était d’après lui un festin dont il promettait de se souvenir. Aux approches de la nuit, notre cher malade éprouva plus de difficulté à s’exprimer. On le voyait s’assoupir et se réveiller brusquement. Vers deux heures du matin, il dit au Père Lucas accoudé à son chevet : « Père, c’est fini, je vais mourir, « veuillez appeler Monseigneur. » Je lui administrai alors l’Extrême-Onction et lui appliquai l’indulgence plénière in ar­ticulo mortis.

    « Agenouillés autour de son lit, les missionnaires présents récitè­rent les prières de l’agonie, auxquelles il répondait par signes. Peu de temps après, il recouvra subitement la parole et s’écria : « Père, je glisse, je glisse, à  moi. » La vie avait déjà abandonné les membres inférieurs. Pour le rassurer, deux de ses amis, les Pères Lucas et Marchand, le saisirent dans leurs bras. Il laissa tomber de ses lèvres ces paroles qui devaient être les dernières : « Mon « Dieu, mon Créateur, mon Rédempteur, mon Sauveur, ayez pitié de moi ! Jésus, ayez pitié de « votre indigne missionnaire ! Divin Cœur de Jésus, ayez pitié de moi ! Saint Joseph, sainte « Anne d’Auray, saint François mon patron, oh ! priez pour moi pauvre pécheur, maintenant, « car c’est l’heure de ma mort ! » Et un dernier souffle s’é­chappa de sa poitrine avec cette sainte prière.

    « C’était le samedi saint à Kouy-yang-fou, le 16 avril 1892, vers 6 heures du matin.

    « Pendant trois jours, nos deux mille cinq cents chrétiens de la capitale n’ont pas cessé de réciter près de son cercueil l’office des morts, et le cinquième après le décès, mercredi dans l’octave de Pâques, nous l’avons conduit au cimetière catholique, où il repose près de Mgr Faurie et de quatre missionnaires, MM. Mihière, Vielmon, Fourcy et Gilles. »

     

     

     

    • Numéro : 1853
    • Pays : Chine
    • Année : 1889