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Louis NIAUX (1846-1895)

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    M. Louis-Céleste-Léonard Niaux, missionnaire apostolique du Kouy-tchéou, est mort à Kouy-yang, le 15 novembre 1895.

    « C’est la deuxième fois, en moins de quatre mois, écrit M. Lucas, que la mort est venue éclaircir nos rangs. Après avoir été le compa­gnon le plus assidu de M. Largeteau pendant sa maladie, M. Niaux est allé rejoindre son ami dans la tombe. Ils reposent aujourd’hui côte à côte, dans le même cimetière, à quelques pas seulement du monument funèbre élevé par la piété des chrétiens à la mémoire de Mgr Faurie. De ce point culminant qui domine la ville, les fidèles aperçoivent et saluent avec respect la magnifique cathédrale de Kouy-yang-fou. C’est là, non loin des Œuvres qu’ils ont fondées, des travaux dont ils avaient jeté les premiers jalons, à l’ombre de la Croix qu’ils ont plantée, que nos chers défunts attendent le jour de la résurrection. Ils n’ont vraiment rien à envier au soldat qui tombe sur la  brèche et qu’on ensevelit dans les plis du drapeau pour l’honneur duquel il a combattu !

    « M. Niaux naquit à Alençon (Orne) le 7 février 1846. Il commença dans cette ville l’étude

    du latin, sous la direction d’un vicaire, de sa paroisse natale, M. l’abbé Clérice, dont il a toujours conservé le pieux souvenir. Admis au petit séminaire de Notre-Dame de Séez, il fit des progrès rapides dans la science et la piété. Fidèle à son antique programme, le personnel enseignant de cette maison, dont l’éloge n’est plus à faire, s’est toujours efforcé d’inspirer à ses élèves l’amour du beau et 1a pratique du bien. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil  sur la liste des ouvrages sortis de la plume si chrétienne et si savante de M. l’abbé Maunoury. Disons aussi que le petit séminaire de Séez possède une gracieuse chapelle, où la sainte Vierge se plaît à accorder de continuelles faveurs ; c’est sans doute parce que cette chapelle a été la première église du monde consacrée au culte de l’Immaculée Conception. Dans ce sanctuaire privilégié, aux pieds de sa « bonne Mère » comme il l’appelait, le jeune élève sentit croître et se développer les germes de sa vocation apostolique.

    Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères, le 17 sep­tembre 1866, il fut ordonné prêtre le 22 mai 1869 et s’embarqua à Marseille, le 6 juillet suivant, pour aller à Saïgon. D’une complexion peu en rapport avec le climat de la Cochinchine, M. Niaux se vit presque immédiatement obligé de quitter sa Mission et partit pour le Kouy-tcheou, où il arriva le 25  mars 1870. Ses supérieurs l’envoyèrent étudier le chinois à Tong-tsé, puis à Su-yang. Les secrets de cet idiome si compliqué ne furent qu’un jeu pour son heureuse mémoire. Toutefois il crut devoir laisser de côté l’étude des caractères et s’appliqua uniquement à pénétrer les finesses du langage parlé.

    Appelé à évangéliser les districts de Ou-tchouan et de Che-tsien, il fut accueilli dans ces parages, à la manière des brebis au pays des loups. Les loups que rencontra M. Niaux n’étaient autres que les lettrés chinois assemblés à Che-tsien pour subir les examens du  baccalauréat. Notre confrère eut le loisir de les entendre hurler à ses oreilles ; il dut même leur abandonner tous ses bagages. Il n’avait plus dès lors qu’à se conformer à la parole du Maître : « Quand ils vous chasseront d’un endroit, fuyez dans un autre. »  C’est ce qu’il fit. Le district de Tsen-y, qui venait d’être bouleversé par la persécution de 1869, lui fut provisoirement assigné. Il résida ensuite pendant une vingtaine d’années, à Tien-tchéou, ville située à une journée de Kouy-yang, sur  la route impériale du Yun-nan. La tranquillité de notre confrère dans cette station d’une administration facile, et composée en grande partie de vieilles familles chrétiennes venues du Yun-nan, ne fut jamais troublée qu’à la surface. Il eut néanmoins assez souvent maille à partir avec les mandarins locaux. Ces derniers jugeant sans doute  à propos de mettre l’astuce chinoise aux prises avec la bonhomie normande, cherchèrent querelle à M. Niaux et frappèrent les terrains dont il avait la charge de je ne sais plus au juste quel droit d’accroissement. M. Niaux n’était pas homme à reculer devant un ou même plusieurs procès, et on peut être sûr qu’il les eût tous gagnés, si le gain d’une cause dépendait du bon droit, de l’habileté et de la persévérance du plaideur, mais notre confrère avait affaire à des juges chinois : il le regretta plus d’une fois.

    Le poste de Long-ly-hien, fondé autrefois pas M. Faneau, ne revevait plus que de loin en loin la visite du missionnaire. Mgr Guichard y envoya M. Niaux. C’était en 1891. Notre confrère eut à peine le temps de prendre pied dans son nouveau district. Une seconde attaque d’apoplexie (la première s’était produite en 1880) le terrassa soudain. On accourut auprès de lui et on le trouva à moitié paralysé ; il ne pouvait prononcer que des mots inintelligibles. Dès qu’il fut un peu remis de cette terrible secousse, le malade s’achemina péniblement vers la capitale et retrouva petit à petit l’usage de ses membres. Cependant sa barbe et ses cheveux, blanchis avant l’âge, attestaient les ravages profonds causés par une maladie qui ne pardonne pas. L’heure du repos définitif avait donc sonné. Déchargé de toute administration, M. Niaux voulut néanmoins, aux principales fêtes, aider les confrères de la ville à entendre les confessions. Il eut la consolation de célébrer ses noces d’argent, au milieu de nous, l’année même où Dieu devait l’appeler à fêter au ciel ses noces éternelles. Un ami de France lui avait envoyé à cette occasion une caisse de vin qui augmenta encore la gaieté de notre réunion fraternelle. D’ailleurs le malade semblait reprendre des forces et retrouver sa belle humeur d’autrefois. A ceux qui lui parlaient de sa guérison et de ses noces d’or il répondait plaisamment : « Comme le bon Dieu voudra, je ne m’y oppose pas ; d’ailleurs je ne suis pas « pressé. » Hélas ! le dénoue­ment fatal était proche !

    Au commencement de novembre, pendant qu’il célébrait la sainte messe, il éprouva une défaillance. Le prêtre chinois qui se trouvait là  n’eut que le temps de le soutenir et de l’emporter à la sacristie. Notre confrère revenu à lui se prépara à recevoir les derniers sacre­ments et à paraître devant Dieu. Le 11 du même mois, il voulut monter encore une fois au saint autel. Le 12, survint une nouvelle crise suivie de beaucoup d’autres qui se succédèrent d’abord d’heure en heure, puis, vers la fin, de cinq minutes en cinq minutes. Dans un de ses rares moments de lucidité, le pauvre agonisant répondit à Monseigneur qui l’exhortait : « Mon Dieu ! fiat volontas tua ! » La para­lysie envahit bientôt tout le côté droit du corps, tandis que l’autre moitié, restée vivante, s’agitait convulsivement. Le vendredi 15 novembre vers une heure de l’après-midi, Dieu mit un terme aux souffrances de notre confrère. Six missionnaires et un prêtre chinois, rangés autour du lit du mourant recueillirent son dernier soupir, et ensemble, la main levée, l’accompagnèrent de leurs bénédictions jusqu’au seuil de l’éternité. Un Chinois, son ancien domestique, ne put s’empêcher, tout en pleurant, de faire cette consolante remarque :  « C’est demain samedi, jour consacré à la sainte Vierge que le Père a tant aimée. Elle ne le laissera pas longtemps dans le Purgatoire. » — Fiat !

     

    • Numéro : 1019
    • Pays : Vietnam Chine
    • Année : 1869