Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Louis NÉZEYS (1861-1906)

Add this

    « M. Louis-Alexandre-Ferdinand Nézeys naquit à Yssingeaux (Le Puy, Haute-Loire) le 11 janvier 1861. Il était le huitième de onze enfants qui vinrent, successivement, apporter la joie au foyer domestique. Ses parents n’étaient pas favorisés des dons de la fortune, mais ils savaient qu’une bonne éducation vaut mieux que tous les biens de la terre. Excellents chrétiens, ils élevèrent si bien, du fruit de leur travail, leur nombreuse famille, que quatre de ses membres se sont consacrés à Dieu : Louis, comme missionnaire, et trois de ses sœurs  comme reli­gieuses. Deux de ces dernières vivent encore et se dévouent, l’une, à l’assistance des pauvres vieillards dans l’hospice de Loches ; l’autre, à l’instruction des enfants, à Meudon.

    « Placé dans cette atmosphère de piété, Louis n’eut qu’à en respirer l’air pur et vivifiant. Encore tout petit, il fut bon et doux, « pieux comme un ange » ; c’est l’impression qu’il a laissée à tous ceux qui l’ont connu à cet âge. Il était d’une docilité à toute épreuve : « Comment voulez-vous, disait sa mère, que le bon Dieu n’aime pas et ne protège pas mon « petit Louis ? Il ne m’a jamais désobéi. » Sa sœur aînée, qui était sa marraine, l’entourait de soins, presque maternels. Elle savait, au besoin, ajouter aux leçons du bon exemple celles de la correction. « Je la craignais comme la grêle », disait-il. Il l’aimait encore davantage ; il en parlera toujours avec un profond sentiment de respect et de reconnaissance ; les lettres qu’il lui adressait respirent un abandon quasi filial, une déférence affectueuse. C’est elle qui a veillé sur son enfance ; c’est elle aussi qui devait recevoir son dernier soupir.

    « De bonne heure, le chant et les cérémonies de l’église le captivè­rent ; il n’avait pas de plus grande satisfaction que de servir le prêtre à l’autel, de l’accompagner quand il portait le saint viatique aux malades et de s’exercer même à dire la messe, assisté d’un de ses frères plus âgé que lui de six ans, qui acceptait de lui servir d’enfant de chœur.

    « De bonne heure aussi, une voix intérieure l’appelait à la vie apostolique. Le jour de sa première communion, cette voix devint plus forte, comme il le dit lui-même dans une lettre qu’il écrivait à sa sœur, en mai 1887, et, dès lors, cet appel fut « l’âme de sa vie, la cause secrète de ses études ».

     

    « La famille ne pouvait pas se charger des frais de l’éducation de Louis ; un bon prêtre, retiré du ministère, voulut bien lui enseigner les éléments du latin. Il fut placé ensuite à l’école apostolique d’Avignon. Contraint par la maladie d’interrompre ses études, il revint chez ses parents et fit, pendant trois ans, l’édification de toute la population yssingelaise, communiant régulièrement tous les huit jours. « Je considérais cet enfant, écrit une personne qui l’a connu, « comme une âme privilégiée, ayant la grâce de ne jamais offenser Dieu gravement. »

    « En 1879, il entra, en troisième, à la petite communauté des Clercs de Saint-Sulpice, à Issy. Louis réalisa le mot de l’Écriture : Dilectus Deo et hominibus. La confiance de ses maîtres l’honora des deux charges principales de la maison, celles de préfet de congrégation et de président d’étude. Comme il était doué, sinon de talents extraordinaires, du moins d’une assez grande facilité, il occupa toujours un bon rang parmi ses condisciples. Il resta surtout un littérateur d’un goût très sûr. Personne ne savait mieux que lui tourner une lettre ou polir une phrase ; la poésie même ne lui fut pas étrangère, et Yssingeaux se rappelle encore celle qu’il composa, à son retour en France, pour fêter le mariage de M. l’avocat Michel, fils de l’ancien député de l’arrondis­sement.

    « En 1882, nous le trouvons au grand séminaire de philosophie, à Issy. Depuis longtemps, il avait senti l’attrait des missions lointaines ; il n’y résista pas et, après un an de prière et d’étude à Saint-Sulpice, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères.

    « À la rue du Bac, M. Nézeys se montra ce qu’il avait toujours été, doux et pieux, et fut aimé de tout le monde.

     

    « On était alors en 1885. Les missions d’Annam étaient le théâtre de sanglantes hécatombes. La seule mission de Cochinchine orientale avait eu 1 évêché, 2 séminaires, 10 couvents, 225 églises et 17 orphelinats détruits ; 8 missionnaires et 7 prêtres indigènes, 20 catéchistes, 270 religieuses et 24.000 chrétiens massacrés. La plupart des survivants avaient cherché, avec Mgr Van Camelbeke, un refuge auprès des soldats de la France, au port de Quinhon ; quelques paroisses résistaient aux égorgeurs.

    « Les futurs apôtres connaissaient tous ces détails. Ils tressaillaient à la pensée qu’ils seraient peut-être appelés à succéder aux martyrs dans l’arène sanglante, et en attendant, se préparaient par l’étude, le recueillement et la prière à ces grands combats. M. Nézeys écrivait à sa marraine, le 28 juillet 1882 : « Je vais bientôt monter les marches du saint autel pour y « immoler l’Agneau sans tache. Je ne doute pas de la volonté de Dieu à mon égard, mais je ne « doute pas non plus de ma misère et de mon incapacité. Je me remets entre les mains du bon « Dieu ; n’a-t-il pas des grâces particulières pour ses prêtres ? » Ce fut dans ces saintes « dispositions que M. Nézeys reçut l’onction sacerdotale, des mains de Mgr Vey.

    « Le surlendemain de son ordination, il eut le bonheur de célébrer sa seconde messe devant sa famille, réunie à Tours, dans la chapelle des Sœurs de la Présentation, et de distribuer à son père, à sa mère, et à ses trois sœurs, religieuses, le pain qui rend capable de tous les sacrifices. Quelques jours avant son départ, son père lui adressait ces lignes : « Mon cher Louis, nous « aimerions mieux te voir mourir à nos pieds que de te voir manquer au serment de fidélité « que tu as juré à Notre-Seigneur ! »

    « Le 14 décembre, le nouveau missionnaire s’embarquait à Mar­seille pour la Cochinchine orientale.

     

    « Cependant, Mgr Van Camelbeke attendait avec impatience les renforts envoyés de Paris. Le calme venait de succéder à la tempête ; les chrétiens survivants étaient rentrés chez eux ; mais on ne voyait, de tous côtés, que des ruines amoncelées par la persécution. Il fallait les relever. Il fallait tout refaire. Honneur aux ouvriers de la première heure qui ont bâti, sur des décombres et sur un terrain encore humide de sang, cette belle floraison d’églises et de chapelles, qui attestent, au moins par leur nombre, la vitalité de l’œuvre de Dieu !

    « M. Nézeys fut un de ces heureux ouvriers. Après quelques jours de repos passés auprès du vicaire apostolique, il fut envoyé dans la province du Binh-thuan, pour y apprendre la langue et s’y former, sous la direction de M. Villaume, au ministère apostolique. Six mois plus tard, il était capable d’entendre les confessions et de faire la visite des paroisses.

    « Il resta deux ans près de M. Villaume. Curé et vicaire étaient unis par une étroite amitié. Rappelé à Lang-song, M. Nézeys travailla pendant quelques mois au procès apostolique du vénérable Cuénot, et reçut enfin sa nomination de curé de Dong-qua.

    « Depuis leur retour chez eux, vers le milieu de 1887, les chrétiens échappés aux massacres avaient à peine eu le temps de se bâtir quelques misérables huttes : beaucoup même n’en avaient point. Le premier soin de M. Nézeys fut de les grouper autour des églises, à Dong-qua-thuong, Dong-qua-ha, Ngai-dien et Dong-hau, en les ins­tallant sur les terrains occupés naguère par les victimes de la persé­cution. De la sorte ils se sentiraient revivre, reformeraient, même en petit nombre, un corps de paroisse ; l’église paraîtrait moins abandonnée et le missionnaire moins seul. A tous, notre confrère distribua des secours en argent ; aux plus  pauvres, et aux orphelins il fournit un abri.

    « M. Nézeys s’occupa ensuite de la reconstruction des églises. Il se mit à l’œuvre en 1891, et voici ce que nous lisons dans le compte rendu de cette même année : « A Dong-qua, M. « Nézeys construit une belle église, qui fait la joie des chrétiens et excite l’admiration des « païens. » C’était, en effet, pour l’époque, une belle église. Presque aussitôt après, sortit de terre un petit presbytère, solide et de bon goût. Après Dong-qua, chef-lieu du district, ce fut le tour de Ngai-dien et de Dong-hau ; partout furent bâties des chapelles et des résidences.

    « Bientôt, les chrétiens réapprirent à se compter : les prières du matin et du soir récitées en commun, la présence du missionnaire et son joyeux entrain, le rétablissement des anciennes positions ramenèrent la joie et la confiance.

    M. Durand, successeur immédiat de M. Nézeys à Dong-qua, écrivait, « en 1896, sous le « charme de l’émotion : « Lorsque M. Nézeys prit possession du district de Dong-qua, ce « district comptait 320 chrétiens. Les souvenirs sanglants de la veille, la mollesse de la « répression dans ces montagnes écartées, et les incertitudes du lendemain éloignaient les « païens de son petit troupeau. Le missionnaire, devant cette  indifférence, se tourna du côté « de nos martyrs. Leurs ossements gisaient blanchis, sur le sol ; aucune tombe ne les avait « recueillis, et la peur de la contagion avait fait le désert autour d’eux. Pieusement, M. Nézeys « les recueillit un à un, et fit vœu de leur élever une chapelle expiatoire, leur demandant en « retour la résurrection du district. Aussitôt, comme dans la vision d’Ézéchiel, ces os « tressaillirent, et dans le sang des martyrs germa toute une semence de chrétiens. Au lieu de « 320 chrétiens, M. Nézeys en eut bientôt 1.200. L’élan fut irrésistible. »  Aujourd’hui, Dong-qua compte plus de 4.000 néophytes baptisés.

    « Le curé de Dong-qua aimait ses chrétiens, et rien ne lui coûtait quand il s’agissait de leur faire du bien. Il les visitait assidûment, consolant les uns, encourageant les autres, s’ingéniant, se privant même pour soulager leur pauvreté, les écoutant avec patience, s’intéressant à leurs affaires, les instruisant soigneusement et avec zèle, se faisant de tous le médecin, l’avocat et le père.

    « Dans l’habitude de la vie, il était avec les gens de sa maison ses catéchistes surtout, d’une bonhomie et d’une affabilité qui lui attiraient tous les cœurs. Ses chrétiens l’aimaient sincèrement et, après quinze ans, son souvenir reste encore vivant à Dong-qua.

     

    Notre confrère rêvait de nouvelles conquêtes, quand un ordre du vicaire apostolique vint arrêter sa marche en avant : M. Nézeys était nommé procureur de la mission. Cette marque de confiance que lui donnait son évêque causa une véritable tristesse au missionnaire et à ses chrétiens : « Mes enfants, leur dit-il, si je vous quitte, mon cœur du moins ne vous oubliera point. » Et M. Nézeys n’oublia jamais Dong-qua

    Il se montra à la procure ce qu’il était réellement : bon et affable. On lui savait gré de son inaltérable douceur, et on lui pardonnait volontiers quelques oublis ou distractions, que n’évite jamais un procureur très affairé.

     

    Il resta procureur jusqu’en février 1898. A cette époque, tous les regards étaient tournés du côté de Phanrang. Le merveilleux développement de la mission entraînait des dépenses de plus en plus considérables. Il fallait se créer des ressources. M. Villaume, qui avait enrichi la province de Phanrang, proposait de mettre au service de tous son temps, son expérience, son activité et tout ce qu’il possédait. Il demandait, en retour, qu’on lui accordât M. Nézeys comme chef du district, dont il ne pourrait plus s’occuper directement. Là était l’avenir, là serait le salut. M. Nézeys partit pour Phanrang, plein d’espoir et de confiance.

    « Le district de Phanrang comptait près de 3.000 chrétiens répartis en 14 paroisses, dont 10 de fondation récente.

    « La situation, toutefois, était délicate. En droit, M. Villaume n’était plus curé de Phanrang, de fait, il l’était et devait l’être ; il restait l’ « ancien ». M. Nézeys s’effaça complètement devant son autorité, ses grandes qualités et son expérience, et rien ne vint troubler leur fidèle amitié.

    « À Phanrang, l’église principale fut achevée et devint la plus belle de la mission ; la résidence fut agrandie de moitié et les dépendances rebâties sur un plan plus vaste ; la paroisse centrale atteignit le chiffre de 900 chrétiens. Ailleurs, plusieurs centaines de catéchumènes furent baptisés, et des chapelles construites. En même temps, la vie spirituelle prenait partout un nouvel essor, sous l’impulsion d’un personnel plus jeune et plus nombreux.

    « Ce beau temps ne dura que deux ans et demi. Le 6 septembre 1900, M. Villaume disparaît emporté « par les eaux du fleuve qu’il avait voulu capter », abandonnant à son ami et successeur un fardeau que lui-même trouvait déjà très lourd. La grande épreuve commençait. M. Nézeys la supportera avec résignation jusqu’à sa mort. Je n’essayerai point de décrire les peines et les soucis de tout genre que lui causa la poursuite des travaux agricoles entrepris par M. Villaume.

    Il me suffira de dire que le curé de Phanrang ressentit bientôt les premières atteintes du diabète, qui devait l’emporter. Une fièvre rebelle à tous les traitements mit d’abord sa vie en danger. Le médecin conseilla le retour en France. Mais les circonstances n’étaient point favorables pour un départ immédiat, et M. Nézeys essaya d’un séjour à l’hôpital de Tourane, où des soins dévoués lui rendirent quelques forces. C’est alors que le vicaire apostolique accepta sa démission de chef de district et le nomma professeur au petit séminaire.

    « En dehors de sa classe, qu’il faisait assidûment, il s’occupa du chant, et fut chargé de la direction spirituelle d’un couvent de religieuses annamites. La maladie ne lui avait rien enlevé de sa douceur, qui restait inaltérable.

    Cependant le diabète continuait ses ravages et M. Nézeys était devenu d’une maigreur extrême. Vers le commencement de juin 1905, un voyage à Saïgon s’imposa ; il fallait à tout prix consulter un spécialiste, qui prescrivit le départ immédiat pour la France. Nous ne devions plus revoir le « bon M. Nézeys ».

    « Il nous arriva le 30 juillet 1905 bien fatigué, écrit M. Rêmes, supérieur du sanatorium de « Montbeton. Après quelques jours de repos, il partit pour Vichy, sur le conseil du docteur. « De là, il alla voir sa famille à Yssingeaux, où il resta jusqu’au 4 décembre. Le froid qui « l’avait saisi, et l’anémie qui augmentait, nous le ramenèrent dans un triste état. Le docteur « s’intéressait beaucoup à notre confrère, mais aucune amélioration notable ne se produisit. « Un voyage que fit à Lourdes le cher malade lui occasionna une fatigue de poitrine, dont il ne « se releva point. Il resta avec nous jusqu’au 7 mai, nous laissant de son caractère, de son « esprit pratique et de ses vertus, le plus édifiant souvenir. Sa résignation à la volonté de Dieu « était admirable. »

    « Le 7 mai, cédant aux instances de sa sœur, qui lui promettait les soins d’un docteur très habile, il partit pour Loches. Il devait s’y soigner quelque temps, puis se rendre à Paris, et de là à Vichy, où il devait faire une nouvelle saison. Les premiers jours qu’il passa à Loches furent agréables, et, grâce aux bons soins de sa sœur et marraine, le malade paraissait mieux. Le 18, il célébra encore la sainte messe, mais il semblait plus faible que d’habitude ; il se cramponnait pour ainsi dire à l’autel. Le soir, il éprouva une suffocation et dit à sa sœur : « Je sens bien que c’est fini, je mourrai demain. » Sa sœur, pour le tranquilliser, lui proposa de coucher dans une chambre contiguë à la sienne. « Le lendemain matin, à 4 heures, raconte « sa sœur, je m’entendis appeler d’une voix plaintive. Je volai au secours de mon pauvre frère, « qui était en proie à une crise d’oppression. Son premier mot fut de me dire : «  J’entre en « agonie, appelle-moi vite l’aumônier. » M. l’aumônier de l’asile arrive aussitôt, et, sur la demande réitérée du malade, lui administre les derniers sacrements qu’il reçoit avec de grands sentiments de foi et de piété. Le docteur, arrive presque en même temps, déclare que le cœur ne peut plus battre, et il ordonne des injections de caféine qui rétablissent un peu le mouvement. Vers midi, le malade dit à sa sœur : « Écoute... écoute, n’entends-tu pas ? on « chante le Te Deum pour moi. » Et il essayait de prier, pendant que son héroïque sœur, toujours là, soutenait de son bras son frère et filleul et lui suggérait des pensées pieuses.

    « Pendant la journée, le mourant reçut la visite de tous les prêtres de la ville, qui vinrent successivement lui faire leurs adieux et lui donnèrent leur bénédiction, qu’à la fin il demandait par signes en joignant les mains, n’ayant plus la force de parler. Il conserva jusqu’à la fin sa lucidité d’esprit, et s’éteignit sans agonie, sans convulsion, à 9 heures du soir.

    « Son corps resta exposé jusqu’au mardi matin : « Revêtu, écrit M. l’aumônier de « l’hospice, de sa soutane, du surplis et de l’étole, sa croix de missionnaire sur la poitrine, à « ses doigts effilés et de blanche transparence le rosaire, il semblait prier. Ses traits, convulsés « par la souffrance, s’étaient rassérénés ; on aurait dit qu’il souriait à la béatitude céleste. »  Sa sœur, religieuse à Meudon, arriva juste à temps pour ensevelir ce frère bien-aimé qu’elle n’avait pas revu depuis dix-neuf ans.

    « M. Grosjean, assistant du supérieur, venu de Paris, conduisit le deuil, au nom de la famille des Missions-Étrangères. Tout le clergé de Loches et un grand nombre d’habitants de la ville étaient présents aux obsèques.

    « Reposez en paix, cher ami, dans le cimetière de cette bonne ville de Loches, en attendant la résurrection glorieuse. Vous resterez toujours au milieu de nous par la prière et le souvenir. « Bienheureux sont les hommes doux, car ils posséderont la terre. Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram. »

     

     

    TARDIEU,

    Missionnaire apostolique.

    • Numéro : 1778
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1887