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Félix NEVEU (1846-1889)

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    « M.Félix-François Neveu naquit le 10 mars 1846, à Morannes, diocèse d’Angers. Vu l’état peu fortuné de ses parents, quoique se sentant appelé aux Missions-Étrangères, il hésita longtemps à quitter la France, pour ne pas laisser son père et sa mère sans ressources. Un de ses condisciples s’étant chargé de pourvoir à leurs besoins les plus urgents, il put enfin suivre sa vocation.

    « Dans toutes ses classes, nous écrit un de ses condisciples au collège de Combrée, il brilla par des talents hors ligne.Il fut, dans sa dernière année de philosophie, nommé président d’une société académique, composée de la fleur des élèves les plus distingués du Collège. Son caractère était jovial et sans prétention, malgré ses succès littéraires ; à la fin de ses études, il obtint une médaille d’or à un concours poétique.

    « Au Séminaire de Paris, où il entra étant encore laïque, il vécut sans se faire remarquer. Son observation de la règle fut toujours édifiante, surtout pour ses amis qui connaissaient sa vivacité et sa gaîté, poussées jadis jusqu’à  la turbulence. Il reçut la prêtrise le 11 juin 1870, et fut destiné à la mission du Mayssour, où il se rendit avec joie, ne désirant rien plus que de faire la sainte volonté de Celui qui daignait l’appeler à la glorieuse carrière de  l’apostolat, renonçant ainsi au bien-être, que ses talents devaient lui procurer, à lui et à ses parents s’il était demeuré en Europe.

    « Doué d’une belle intelligence, d’une excellente mémoire, d’une imagination vive, accompagnée d’un jugement sain, il sut faire fructifier ces talents, pendant les dix-huit années que Dieu lui accorda de travailler au salut des âmes. Son joyeux caractère, son abord facile, lui gagnaient bientôt ceux qui entraient en rapports avec lui. S’étant mis dès le principe, avec son ardeur habituelle, à l’étude des langues dont la connaissance est requise dans cette mission, au bout de très peu de temps, au mois d’avril 1871, il fut envoyé par son évêque dans le district de Shimoga, où il devait remplacer le regretté M.Daviau, son compatriote, qu’une fièvre maligne venait d’enlever, au commencement d’une carrière pleine d’espérances. Ce fut dans ce premier voyage qu’il fut pris de l’asthme, malaise qui ne devait pas le quitter pendant de longues années. Pendant quatre ans qu’il fit ses premières armes, il se dévoua tout entier à l’administration de ce vaste district, se montrant toujours d’une déférence admirable vis-à-vis de son confrère plus ancien. Il reconnaissait de lui- même  qu’il avait  besoin d’être contenu et dirigé, car parfois l’ardeur de son zèle l’entraînait dans des entreprises dépassant les mesures d’une juste prudence.

    « Ses aptitudes particulières et son travail continu firent qu’il fut appelé successivement à diriger la presse de la mission, où il s’adonna davantage encore à l’étude raisonnée des langues, y compris le sanscrit, puis au Collège de Saint-Joseph à Bangalore.

    « Mais le théâtre principal où il put donner un libre champ à l’ardeur de son zèle, fut la paroisse de Mysore. Par différentes acquisitions opportunes, il agrandit à peu de frais le terrain de l’église, y bâtit un vaste orphelinat pour les orphelins de la famine, y ouvrit de nouvelles écoles, où étaient reçus chrétiens et païens, et contribua de tout son pouvoir à la fondation du couvent du Bon-Pasteur dans la capitale du royaume. Pendant cette terrible famine de 1877-1878, il recueillit un grand nombre d’enfants abandonnés, et put, par lui-même et avec le secours de ses confrères, baptiser un nombre très considérable d’adultes et d’enfants de païens in articulo mortis.

    « Au milieu de tant de travaux extérieurs, il ne négligeait pas sa paroisse. Il ne contribua pas peu à la mettre dans l’état d’amélioration où elle se trouve présentement . Dans l’accomplissement du saint ministère, il n’oubliait pas le précepte de l’apôtre : argue, obsecra, increpa, in omni patientia et doctrina. Il s’appliquait surtout à former les enfants et les jeunes gens à la piété, sachant les attirer à lui, et les mener petit à petit à la communion plus fréquente. Dans ses rapports avec les autorités de la capitale, il était parvenu, plus qu’aucun autre, à se faire respecter et estimer, respect et estime qui ne pouvaient manquer de tourner au profit des chrétiens et des œuvres locales de la religion.

    « Son premier séjour dans le district de Shimoga et son long stage à Mysore, avaient eu une influence sur sa santé. Il échappa une première fois à la mort, par une rupture tout-à-fait inopinée d’un abcès au foie. Mais lorsque les besoins de l’administration et le manque de personnel, l’appelèrent de nouveau dans les forêts du Nagar, il ne put y tenir longtemps, et dut, sur l’avis des médecins, partir sans délai, d’abord pour Pondichéry, et ensuite pour l’Europe, afin d’y refaire sa santé profondément altérée. Ce ne fut qu’après un séjour de quatre années qu’il put rentrer dans sa chère mission, qu’il ne voulut jamais quitter, malgré les offres nombreuses d’un ministère plus facile dans sa patrie. Etant dans son pays, dès qu’il fut en état de travailler quelque peu, il répondit à des appels pressants de plusieurs de ses anciens condisciples, donnant chez eux des retraites ou des missions, et entendant beaucoup de confessions. Il profita également de ce temps de repos relatif, pour mettre la dernière main à quelques pièces de poésie et autres travaux littéraires qu’il avait  commencés dans l’Inde, dans ses temps de loisirs, ou pendant ses nombreux voyages. Avant de quitter de nouveau la France, il prononça à Marseille, devant un nombreux et sympathique auditoire, l’éloge funèbre des frères Germain, nos insignes bienfaifaiteurs.

    « Dès son retour dans le Mayssour, à la fin de l’année 1887, il fut de nouveau placé dans un des postes les plus difficiles, tant à cause du climat, qu’à raison de la dispersion des chrétiens, perdus à de grandes distances les uns des autres, dans les forêts et les plantations de café. Après avoir parcouru son district en tous sens, au bout de quelques mois seulement, il revint à Bangalore, proposer et soumettre à son évêque ses projets et ses plans, dont l’exécution devait amener les meilleurs résultats , et que personne mieux que lui n’était en état de mener à bonne fin.

    « Au moment où il se disposait à repartir, plein de joie et d’entrain, il fut pris soudainement d’une attaque de choléra, alors à l’état d’épidémie à Bangalore. Dans l’après- midi du 13 août, il commença à se plaindre d’un malaise qui lui parut assez sérieux, et se mit au lit . Le soir, vers huit heures, la terrible maladie atteignait tout-à-coup la période algide ; le docteur déclara le cas sans espoir. Le cher malade eut d’abord de la peine à se rendre bien compte de son état. Il ne semblait pas vouloir céder à cette pensée que la mort allait l’enlever, lorsqu’il se croyait plus que jamais plein de santé et de vie. Néanmoins, après avoir écouté quelques paroles d’exhortation, il demanda à être laissé quelques moments seul. Il fit de tout son cœur son sacrifice à Dieu, se soumettant à sa sainte volonté, et dans l’espace de quelques heures, qui ne furent qu’une suite de cruelles souffrances patiemment supportées, après avoir reçu les derniers sacrements, il rendit son âme à son Créateur, presque sans agonie, vers onze heures et demie du matin, le 14 août  1889.

    « Espérons que le divin Maître qui, souvent, veut bien se contenter des marques de notre bonne volonté, et devant lequel l’intention pure, l’ardeur du désir valent autant que l’œuvre accomplie, voudra bien lui en tenir compte, et en ajouter les mérites à sa couronne dans  le ciel !»

     

    • Numéro : 1072
    • Pays : Inde
    • Année : 1870