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Jean Baptiste NÉNOT (1899-1982)

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    Enfance et jeunesse

    Jean-Baptiste Nénot naquit le 7 juin 1899, à Sauret-Besserve, dans le Puy-de-Dôme, au diocèse de Clermont. Sa famille profondément chrétienne de génération en génération, avait une certaine fortune, du moins ses ancêtres, car ils avaient fait don à leur petite paroisse de la coquette église où fut baptisé Jean-Baptiste, le 11 juin 1899, et du terrain attenant pour en faire le cimetière paroissial. Il est bon de signaler qu’un des parents du P. Nénot, le P. Jean-Pierre Sauret, fut missionnaire à Pondichéry mais pendant très peu de temps, car, arrivé en 1893, il se noya accidentellement au cours d’une baignade, le 26 mars 1894.

    Jean-Baptiste Nénot fit ses études primaires à l’école de la paroisse, puis entra au petit séminaire de Courpière, alors deuxième petit séminaire du diocèse, l’autre étant la Maîtrise de la Cathédrale où étudia aussi le P. Madéore. En 1916, il se dirigea vers le grand séminaire de Clermont où il fit ses études ecclésiastiques jusqu’en 1923. C’est au cours de ses études cléricales qu’il accomplit son service militaire de 3 ans. Il fut ordonné sous-diacre le 29 juin 1923. Peu de temps auparavant, le 9 juin, il avait obtenu de l’évêque de Clermont, Mgr Marnas, l’autorisation de quitter le diocèse. Sans plus tarder, dès le 11 juin, il adressa sa demande d’admission à Mgr de Guébriant. Le supérieur du grand séminaire de Clermont donna un témoignage favorable et Jean-Baptiste Nénot fut admis le 18 juin. Entré à la rue du Bac le 15 septembre 1923, il fut ordonné prêtre le 28 juin 1924 et reçut sa destination pour la mission de Lanlong (Anlung) en plein cœur de la Chine. C’est le 22 septembre 1924 qu’il quitta la France pour gagner son lointain champ d’apostolat. Disons un mot de cette mission de Lanlong (Anlung). Erigée en Préfecture apostolique le 16 février 1922, puis en Vicariat apostolique en 1924, elle comprenait une partie du Kwei-Chow et une partie du Koang-Si. Elle était à cheval sur les deux provinces. Elle était essentiellement peuplée de Dioi apparentés à l’ethnie thay que l’on retrouve au Nord Viêt-Nam, au Laos et en Thaïlande. C’était une région accidentée et malsaine. Bien sûr, il y avait aussi des Chinois sur les plateaux et d’autres races encore. Les Dioi habitaient les vallées malsaines ; on leur avait même donné le surnom d’« habitants des villages », par opposition aux petites villes et aux gros marchés. Tel était, en bref, le pays où le P. Nénot allait « missionner » pendant 26 ans.

     

    En mission

    Naturellement sa première occupation fut de se mettre à l’étude du chinois avec « un maître de langue », à l’évêché même. Il poursuivit cette première initiation jusqu’au mois de septembre 1925. Il lui fallait nécessairement apprendre le chinois, car n’importe comment il aurait affaire à des Chinois, non seulement aux chrétiens, mais aussi aux autorités civiles, et aux commerçants.

    C’est au mois de septembre 1925 qu’il fut envoyé dans les postes de Ta-Yen et Tse-Hen. Il allait pratiquement rester dans cette région pendant 25 ans.

    Au mois de mai 1951, il fut transféré au poste de Ouang-Mu, tout juste pour 5 mois. En effet la situation politique se dégradait. Les communistes de Mao Tsé-toung gagnaient de plus en plus de terrain et une de leurs premières décisions fut d’expulser les missionnaires étrangers : ce qui se produisit pour le P. Nénot le 5 décembre 1951. Après un temps de repos à Hongkong, il gagna la France où il arriva le 20 février 1952.

    Au Laos

    Au bout de quelques mois de repos en Auvergne, le P. Nénot se sentit en forme et encore capable de travailler en mission, car il n’avait que 53 ans. Il fut donc affecté à la Mission de Thakhek au Laos. Une des raisons est sans doute que la langue dioi que parlait le P. Nénot avait quelques accointances avec le laotien. C’est le 30 décembre 1952 qu’il quitta la France pour sa nouvelle Mission. Il remplit d’abord les fonctions de procureur de la Mission de 1953 à la fin de l’année 1961. Il se dévoua ensuite dans le poste de Tha Ngam jusqu’en mai 1966, date à laquelle il prit un congé de quelques mois en France. Rentré au Laos en fin décembre 1966, il reprit son apostolat dans le poste de Tha-Ngam appelé aussi Ban-Hiêng. Pour lui, comme pour les autres missionnaires du Laos, la situation politique devenait de plus en plus inquiétante. Il y eut un accord entre Pathet-Lao (communistes) et le pouvoir gouvernemental. Tout était très bien sur le papier. En réalité, les communistes s’emparèrent du pouvoir et appliquèrent évidemment leur idéologie antichrétienne et l’expulsion des missionnaires s’ensuivit peu de temps après. Comme la situation s’aggravait, le P. Nénot fut ramené à Savannakhet. C’est alors que le Vicaire apostolique, vu l’âge du P. Nénot et les incertitudes de la situation, lui demanda de rentrer en France où il arriva le 21 juin 1975. Les autres n’allaient d’ailleurs pas tarder à être expulsés.

    En France


    Le P. Nénot avait 76 ans et une vie missionnaire bien remplie. Il n’était plus question pour lui de changer de champ d’apostolat pour une troisième fois. Il se rendit en Auvergne et apporta son concours aux curés des environs. A la fin de l’automne, il gagna Lauris. Mais chaque année il guettait les premiers rayons de soleil de printemps pour s’en aller passer toute la belle saison dans son pays natal où il était accueilli par le chanoine Farghen, son ami de toujours. Il gardait son enthousiasme et ne demandait qu’à rendre service dans les paroisses environnantes. Arrivé l’automne, le P. Nénot regagnait Lauris où le climat est plus doux. Au cours de l’année 1980, ses forces non seulement physiques, mais aussi ses facultés mentales commencèrent à diminuer. Aussi fut-on obligé de le transférer à Montbeton où il arriva bien diminué. Il s’en rendait compte lui-même. Il restait cependant très attaché à sa mission de Chine et à celle du Laos, mais il mélangeait facilement ses souvenirs. Le 28 octobre 1982 au matin, on le trouva dans le coma. Hospitalisé sans délai il se sentit beaucoup mieux, mais ce ne fut qu’un mieux passager. Le lendemain 29, la fièvre était remontée et, le 30 octobre au matin, il mourait paisiblement.

    Sa famille, notamment sa sœur, tint à ce qu’il fût inhumé dans sa paroisse natale. Les obsèques eurent lieu le 3 novembre à Sauret-Besserve. La messe concélébrée fut présidée par le P. Vignalet, ancien supérieur régional du Laos, entouré de 14 prêtres des environs. Les PP. Cozien, Vacher et Pangaud étaient aussi parmi les concélébrants. Une foule nombreuse remplissait l’église trop petite pour la circonstance. Le P. Nénot repose ainsi près des siens dans le petit cimetière qui entoure l’église de Sauret.

    Telles sont les grandes lignes de la vie sacerdotale et missionnaire du P. Nénot. Comment dégager sa personnalité d’homme et de prêtre missionnaire ? Relevons d’abord un fait concernant sa vocation et son entrée aux Missions Etrangères. Comme il le dit lui-même dans sa lettre de demande d’admission, c’est dès son entrée au petit séminaire, en 1910, qu’il sentit l’attrait pour les Missions. Son directeur lui conseilla d’entrer d’abord au grand séminaire de Clermont et d’attendre la fin de son service militaire avant de demander l’autorisation de l’évêque du diocèse et de présenter sa demande d’admission aux Missions Etrangères. Comme il craignait des hésitations de la part de l’évêque du diocèse, il confia sa vocation à un confrère de ses amis déjà aspirant aux Missions Etrangères. Léon Couhert qui, au retour de la guerre à Salonique, se mourait à l’hôpital Saint-Joseph à Paris. Celui-ci demanda au Seigneur, en échange de sa vie, trois séminaristes de Clermont pour les Missions Etrangères. Sa prière fut exaucée et les abbés Nénot, Madéore et Fraix se présentèrent et furent admis.

    Au séminaire, le P. Nénot faisait partie de ceux que l’on appelait les « chevaliers », ceux à qui les longues marches ne faisaient pas peur. Déjà au séminaire de Clermont, il était fidèle au pèlerinage à Notre-Dame d’Orcival qui avait lieu le premier jour des vacances, le 2 juillet : 25 km à pied et à jeun pour grimper à ce sanctuaire de Notre-Dame des Captifs. Il aura bien des occasions en Chine pour renouveler pareille performance. De fait il était infatigable, toujours par monts et par vaux pour porter secours aux malades. Ce dévouement lui avait acquis une grande renommée et une grande influence dans toute la région, aussi bien auprès des païens que des chrétiens. Le P. Nénot était un homme de « contact » comme on dit à l’heure actuelle. Comme il parlait couramment le chinois et le dioi — et comme il aimait parler — il entrait facilement en conversation avec les gens qu’il rencontrait au cours de ses multiples pérégrinations.

    Le P. Nénot était un homme simple, aussi bien en Chine qu’au Laos : simple dans son comportement, sachant se mettre à la portée des gens, se mêler aux gens, vivre comme eux, voyager comme eux, partageant à l’étape l’inconfort des auberges chinoises. Simple aussi dans son apostolat : sans s’occuper de grandes théories et de beau langage, il se mettait de son mieux à la portée des pauvres pour « exprimer » le message de l’Evangile : ce qui exigeait de lui beaucoup de patience et de persévérance. Jamais il n’a fait sentir aux autres une quelconque supériorité. Il n’était pas venu en mission pour s’imposer, mais pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour servir.

    Le P. Nénot fut un homme courageux : il suffit de parcourir les comptes rendus de la Mission de Lanlong pour s’en rendre compte. Combien de fois il a été menacé par les brigands de tout poil, par les soldats communistes. Naturellement il ne s’est pas exposé inutilement, mais il « a tenu bon ». Rien ne l’a découragé, ni les pillages, ni les incendies répétés de sa résidence principale et des succursales. Maintes fois, il a tout perdu. On lui a tout volé : cheval, ornements, médicaments, etc. La « tempête » passée, il se remettait à l’ouvrage. Quand il rencontrait des confrères, il racontait ses aventures dans des récits interminables, en en rajoutant même un peu, car il avait un tempérament quelque peu méridional. Courageux, il le fut aussi pour supporter la maladie : fièvres aux accès répétés, typhoïde, etc. Rien ne pouvait le décourager ni entamer sa joie et son entrain. Ecrire ces quelques lignes, c’est facile, mais vivre ces événements comme le P. Nénot, jour après jour, pendant 26 ans, c’est autre chose. Quand on essaie d’imaginer ce que fut sa vie, et celle des autres confrères aussi d’ailleurs, on est à la fois dans l’épouvante et l’admiration. Courageux, il le fut encore quand, à 53 ans, après quelques mois de congé, remplis d’ailleurs d’activités pastorales, il demanda à repartir en mission. C’était pourtant pour lui la perspective d’une nouvelle langue à apprendre et de l’adaptation à un peuple bien différent de celui qu’il avait évangélisé en Chine. Mais comme il avait donné sa vie au Seigneur, il voulait la donner jusqu’au bout. Et si les événements n’en avaient pas disposé autrement, on peut dire, à coup sûr, qu’il serait resté au Laos jusqu’à sa mort.

    Le secret de son courage, de son dévouement, de sa joie, il faut le chercher dans sa vie intérieure qui, elle aussi, était à la fois simple et profonde. Deux points pourraient la caractériser : sa vie eucharistique et sa vie mariale. Il célébra la messe aussi longtemps qu’il le put à Montbeton. Ensuite, il y assista pieusement chaque jour. Toute sa vie, il resta fidèle au chapelet et jamais il n’allait au lit sans l’avoir en main.

    Tel fut le P. Nénot. Nous avons ferme espoir qu’il a été bien accueilli par le Seigneur et la Vierge Marie et qu’il est entré dans cette joie sans nuage promise au bon et fidèle serviteur.

     

    • Numéro : 3264
    • Pays : Chine Laos
    • Année : 1924