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Louis NÉEZ (1680-1764)

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    NÉEZ, Louis, vicaire apostolique du Tonkin occidental. Dans les actes religieux et civils, son nom est écrit Nez, Néez, Nélz­ ; mais toutes ses lettres sont signées Néez. Il naquit le 11 février 1680 dans la paroisse Sainte-Madeleine, à Verneuil (Eure). Cette commune, alors, de même qu’aujourd’hui, appartenait au diocèse d’Evreux et non de Bayeux, comme le porte par erreur la première partie du Mémorial. Son père était échevin de Verneuil, et un de ses frères, abbé commendataire de l’abbaye royale de La Valette. Lui-même possédait le prieuré de Notre-Dame des Bois, à Secondigny, au diocèse de La Rochelle, aujourd’hui dans le département des Deux-Sèvres, prieuré pour la possession duquel ses ayants droit durent, 1725-1729, soutenir un procès.

    Il resta plusieurs années au Séminaire des M.-E., et il y eut des relations particulières avec l’évêque de Rosalie, de Lionne, qui lui légua par testament une pension de 400 livres. Il partit pour les missions en 1712, s’embarqua à La Rochelle le 1er décembre, et fit une assez longue escale à Cadix, d’où il ne continua son voyage qu’en juin 1713. Il devait aller au Se-tchoan, mais la persécution religieuse en Chine ne le lui permit pas­ : il se rendit au Tonkin occidental, et y arriva en septembre ou octobre 1715.

    Il fut d’abord placé en district­ ; en 1719, il devint professeur au séminaire de Ke-vinh et procureur de la mission. La persécution de 1720 et de 1721 l’obligea, à plusieurs reprises, à prendre la fuite. En 1721, il fut nommé provicaire, et chargé de la correspondance avec les religieux du Tonkin oriental, et de la rédaction du journal manuscrit de la mission. En qualité de provicaire, il devint supérieur de la mission le 17 novembre 1723, à la mort du vicaire apostolique Guisain.

    Différentes statistiques nous font connaître qu’à cette époque le nombre annuel des baptêmes d’adultes variait entre 600 et 800­ ; celui des enfants de païens en danger de mort de 2000 à 2500­ ; les confessions se chiffraient par 45 000 ou 50 000, et les communions par 38 000 à 42 000. Néez s’occupa activement du recrutement du clergé tonkinois qui comptait alors une vingtaine de prêtres­ ; il rédigea sur les premiers prêtres indigènes des notices biographiques, qui ont été publiées en 1883 avec quelques retouches, par M. Lesserteur, dans les Missions Catholiques, et ensuite dans une brochure sous le titre­ : Les premiers prêtres indigènes de l’Eglise du Tong-king.

    Dans une lettre de 1727, il exprima le désir que l’on insérât dans le Règlement général de la Société la prescription « de n’admettre aucun nouveau missionnaire, à moins qu’il n’ait passé quelque temps au Séminaire des Missions, et qu’il n’ait renoncé à la communauté dont il sortait. »

    En 1731, il eut à se défendre des opinions qu’on lui attribuait sur l’usure, les dispenses de disparité de culte, l’absolution des apostats, choses dans lesquelles les uns l’accusaient de sévérité, les autres de laxisme et d’inexactitude. Comme à plusieurs prêtres de la Société des M.-E., on lui fit, à ce moment, la réputation d’être janséniste, ce qui retarda sa nomination de vicaire apostolique, quoiqu’il eût accepté la bulle Unigenitus et fait de solennelles protestations d’obéissance au Saint-Siège.

    Il eut des difficultés avec les Jésuites, qui refusaient d’accepter la délimitation des districts et prétendaient se fixer où ils le croyaient bon. Le vicaire apostolique du Tonkin oriental, évêque de Coricée, Hilaire de Jésus, religieux augustinien, fut en 1738 chargé par la Propagande d’étudier et de trancher la question. Il vint au Tonkin occidental, loua les travaux de Néez et de ses compagnons, mais ne voulut pas obliger les Jésuites à accepter la délimitation.

    Tout en s’occupant des questions d’administration générale, Néez visitait de temps à autre la mission pour se rendre compte des travaux des ouvriers apostoliques. Il alla plusieurs fois dans le Thanh-hoa et dans le Nghe-an. En septembre 1738, il fut nommé évêque de Céomanie, vicaire apostolique du Tonkin occidental, et sacré le 22 novembre 1739 par l’évêque de Coricée, dans la résidence du vicaire provincial du Tonkin oriental.

    Les difficultés qui avaient marqué son provicariat ne cessèrent pas sous son épiscopat. L’affaire de la délimitation des districts reprit et continua de longues années­ ; elle parut devoir être tranchée par un décret du 14 mars 1758, déclarant que les vicaires apostoliques du Tonkin occidental n’assigneraient aux Jésuites que les lieux dans lesquels habitaient le plus grand nombre de chrétiens convertis par eux, et nul autre district. Mais le supérieur, le P. Paul de Campos, n’accepta pas le décret­ ; Néez ayant voulu l’appliquer, Campos porta contre lui une sentence de suspense. L’évêque répondit par l’excommunication, et, dans une lettre du 20 janvier 1759, en appela au Pape. C’est peut-être en réponse à cet exposé, que Clément XIII écrivit le 7 février 1761 le bref Incredibili dolore (Jus Pont. de Prop. Fid., iv, p. 61) donnant aux missionnaires l’ordre de cesser leurs discussions. Ce bref ne paraît pas avoir produit beaucoup de résultats. Nous ne pouvons entrer dans le détail des débats, en voici les conclusions­ : le 24 juillet 1762, à Ke-vinh, un accord intervint­ ; il fut signé par Néez et par Villiani qui prend le titre de député de la Société de Jésus pour la division. Par cet acte, le Tonkin méridional actuel, c’est-à-dire le Nghe-an, le Ha-tinh, le Bo-chinh, était réservé aux Jésuites, avec deux cantons que l’acte nomme Thanh-oai et Chuong-dui, habités par 3 038 chrétiens­ ; plus le droit d’établir à Than-phu, dans le Thanh-hoa, une maison de procure. Cet accord précéda de quelques mois l’arrivée au Tonkin occidental du décret du 8 mars 1762, qui enjoignait aux Jésuites de se conformer à la décision du 14 mars 1758.

    Une autre affaire surgit entre Néez et les Dominicains du Tonkin oriental. Ceux-ci réclamèrent l’île de Sao-bun qui renfermait trois chrétientés, et que l’évêque prétendait appartenir à son vicariat. Un acte, signé par Néez le 20 mai 1757, et le 23 du même mois par Adrien de Sainte-Thècle, de l’ordre des Augustins, provicaire général du Tonkin oriental, déclara que Sao-bun relevait du Tonkin occidental. L’affaire ne finit pas là­ ; en 1759, le P. Espinosa réclama de nouveau. Alors il fut entendu que Sao-bun appartiendrait au Tonkin occidental, mais que pour les chrétiens de cette île nés dans le Tonkin oriental, les missionnaires de ce vicariat en prendraient soin en demandant des pouvoirs au vicaire apostolique du Tonkin occidental qui les donnerait. La discussion recommença et dura pendant bien des années­ ; elle ne fut tranchée qu’au XIXe siècle.

    Ces difficultés n’empêchaient pas Néez de s’occuper activement de l’administration de sa mission. Nous donnerons seulement la statistique de 1751­ : 1 vicaire apostolique, 1 coadjuteur, 2 missionnaires, 21 prêtres indigènes­ ; 1 050 baptêmes d’adultes, 3 869 baptêmes d’enfants de païens en danger de mort­ ; 68 717 confessions, 55 991 communions­ ; 508 bénédictions de mariage, 1 321 confirmations, 1 692 extrême-onctions.

    En 1753, l’évêque tint un synode­ ; en 1754, il fit renouveler et signer à tous ses prêtres l’engagement de mettre en communauté ce qu’ils possédaient. En 1755, le 25 septembre, il adressa aux prêtres et aux chrétiens un mandement sur les rites funéraires­ ; il y prohibe certaines tablettes, l’éloge écrit du défunt à la manière des païens, les parfums, les cierges, certains catafalques, les prosternations. Notons aussi que, dans une de ses lettres de 1763, il signale aux missionnaires la voie du fleuve Rouge pour entrer en Chine.

    En 1746, il avait pris pour coadjuteur Deveaux­ ; celui-ci étant mort en 1756, il en eut un second, Bennetat, décédé avant d’arriver au Tonkin­ ; un troisième, Reydellet, fut sacré en 1765. Ces coadjuteurs remplaçaient en quelque sorte les provicaires, et c’est pourquoi, par le bref Ex sublimi (Jus Pont. de Prop. Fid., iii, p. 519), du 26 janvier 1753, Benoît XIV ne prescrivait qu’aux vicaires apostoliques dépourvus de coadjuteur de se choisir un provicaire. Après la mort de l’évêque de Coricée, Hilaire de Jésus, arrivée en 1757, Néez avait été provisoirement chargé de l’administration du Tonkin oriental.

    La marche générale de la Société des M.-E., en particulier son Règlement, ne lui demeura pas étrangère, comme c’était son droit et son devoir­ ; il avait donné, en 1747, sa procuration à de Martiliat, le vicaire apostolique du Yun-nan, qui retournait en France, pour s’occuper de cette question, et faire accepter par les directeurs du Séminaire le Règlement de 1700. En 1759, ayant envoyé à Rome un de ses missionnaires, Davoust, pour la délimitation des districts, il lui donna aussi des pouvoirs pour le même objet (Voir DAVOUST).

    Après avoir travaillé ainsi pendant plus d’un demi-siècle à étendre le règne de Dieu, à compléter ou à maintenir l’organisation de sa mission et de la Société­ ; après s’être montré en toutes choses sage et ferme, Néez mourut le 19 octobre 1764 à Trai-nhoi, province actuelle de Hanam, à l’âge de 84 ans­ ; il avait été 9 ans simple missionnaire, 2 ans provicaire, 15 ans supérieur, et 26 ans vicaire apostolique. Une plaque de marbre avec une inscription, placée en 1912 dans l’église de Sainte-Madeleine à Verneuil, rappelle le souvenir de l’évêque missionnaire.

    Armes. — De… à l’arbre terrassé de… accosté de 4 croisettes de…, 2 à dextre, 2 à sénestre.

    Notes bio-bibliographiques.

    — N. L. E., v, pp. 376, 392­ ; vi, pp. 80 et suiv., 138 et suiv. — A. P. F., ii, p. 160. — Sem. rel. Evreux, 1912, Plaque commémorative, p. 645. — Rec. des trav. de la Soc. bib. d’agr. de l’Eure, 6e sér., x, 1912, p. 63. — Sainte-Madeleine de Verneuil. Bull. par., 1912, n° 65, p. 3. — Alm. par. de Sainte-Madeleine de Verneuil, 1913, pp. 8, 49.

    Plaidoyer touchant le prieuré de Notre-Dame des Bois de Secondigny. — Imprimé chez Jacques Guérin, Paris, quay des Augustins, 1729.

    Hist. gén. des miss. cath., ii, 2e part., pp. 496, 507. — Hist. gén. Soc. M.-E., Tab. alph. — Journ. d’A. Ly, Tab. alph. — Lett. à l’év. de Langres, pp. 327 et suiv. — La Coch. et le Tonk., pp. 166 et suiv. — La Franc. pont., ii, p. 679.

    Collect., 5 sept. 1736­ : n° 1712­ ; 3 oct. 1736­ : nos 772, 778­ ; 12 nov. 1748­ : n° 1291­ ; 28 fév. 1760­ : n° 2007­ ; 12 juin 1764­ : nos 752, 1688.

    Biographie.

    — Un évêque missionnaire, Louis Néez, né à Verneuil au Perche (1680-1764) [avec portrait], par M. le chanoine Porée. — Imprimerie Pierre Amelot, Brionne (Eure), 1910, in-8, pp. 141.

    Portrait.

    — La brochure ci-dessus indiquée donne un portrait comme étant celui de Mgr Néez. Nous croyons que c’est une erreur­ ; en tous cas ce serait un portrait fait de mémoire, et le personnage est revêtu d’un costume que ne porta jamais l’évêque.

    • Numéro : 130
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1712