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Hervé NÉDÉLEC (1923-1955)

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    NEDELEC Hervé, né le 16 février 1923 à Guengat, diocèse de Quimper. Etudes primaires au pays natal, secondaires au petit séminaire de Pont-Croix. Grand séminaire de Quimper de 1941 à 1944. Entre aux M.-E. le 15 septembre 1944. Sous-diacre le 20 décembre 1947, diacre le 29 juin et prêtre le 18 décembre 1948. Parti pour la mission de Mandalay le 3 juin 1949. Décédé à Mandalay le 10 novembre 1955.

     

    Destiné à la mission de Mandalay, il devait d’abord passer quelques mois à Kuala Lumpur en Malaisie, s’y initier à l’anglais et enfin le 27 septembre 1949 il arrivait à Mandalay, tout heureux d’être là où le Bon Dieu l’appelait.

    Après quelques jours passés à l’évêché, il se mettait à l’étude du birman sous la direction du P. Merceur, son compatriote. Travailleur acharné et méthodique, en peu de temps il parvenait à parler et commençait d’entendre les confessions. En juin 1950 un accès de fièvre l’obligeait à quitter Zawgyi, le climat brûlant de Mandalay à cette saison ne lui convenant pas. Il montait à Maymyo où le docteur de l’hôpital, soupçonnant la tuberculose pulmonaire, conseillait un retour en France. Tous les arrangements pour le voyage furent pris, mais le P. Nédélec quittait sa mission avec tant de regret qu’à Rangoon il consultait un spécialiste ; ce dernier assurant qu’il n’y avait aucun signe de tuberculose, le P. Nédélec reprenait aussitôt l’avion pour Mandalay, et restait à la léproserie Saint-Jean, faisant fonction d’aumônier, et y continuant ses études de birman.

    En novembre 1951 il était envoyé sur les montagnes Chin, au sud, à Mindat, chez le P. Fournel, et là encore faisait de rapides progrès dans le dialecte du district ; il commençait bientôt catéchismes et classes de chant aux enfants de l’école, qui tous avaient pour lui une grande affection ; durant le congé en France du P. Fournel, il prenait charge complètement du poste, assurant la visite des villages éloignés, veillant à la bonne marche de l’école et du couvent. Au retour du P. Fournel, il lui fallut quitter Mindat, la mission étant trop pauvre en personnel pour deux prêtres à chaque poste, si désirable que soit la chose. Le P. Nédélec s’enfonçait en plein bled païen, à deux jours de marche de Mindat, avec pour seul catholique un maître d’école amené de cette ville.

    Il installait son centre à Hleikhyam, défrichait au-dessus du village un coin de jungle et y installait sa maison-chapelle-dispensaire. Tout était en bambou : plancher, murs, porte, ameublement ; une étagère de bambou tressé, à hauteur de table, courait le long des murs, servait pour le bureau et à l’heure des repas. Une plaque de verre corrigeait les inégalités de la surface et permettait au P. Nédélec d’écrire. Pour la messe, autel de bambou toujours, la fragilité des lieux ne permettait pas, au début au moins, de conserver le Saint-Sacrement. Souvent la nuit des ours, des loups venaient gratter cette étrange construction posée dans leur domaine. « Autrefois, au séminaire, je rêvais la grande brousse, j’ai été bien servi », devait dire un jour le P. Nédélec.

    Les débuts sont toujours pénibles : le P. Nédélec s’installait là au milieu de gens très superstitieux, jaloux à l’excès les uns des autres, population misérable, souffrant souvent de la faim. L’accueil fut sympathique, ils étaient heureux de voir le Père chez eux, ils en escomptaient surtout des secours matériels, sans contre-partie, et certainement jamais ils n’ont soupçonné l’amour et les sacrifices de leur missionnaire. Chaque matin, dans la solitude, le P. Nédélec unissait son offrande à celle du Christ, pour le troupeau à lui confié. Pour attirer ce troupeau, le Père disposait de quelques médecines pour les malades et blessés, mais surtout portait ses yeux vers les petits, les enfants qui venaient à son école, et commençait l’œuvre de l’évangélisation avec eux. « Il y en a deux que je pourrai sans doute baptiser un jour ». confiait-il à un ami.

    Pâques 1955. Le P. Jordan, curé de Lukshé, poste entre Mindat et Hleikhyam, est souffrant, et bien volontiers le P. Nédélec, qui n’a aucun chrétien chez lui, vient à son secours.

    C’est là après la fête, qu’il ressent le mal qui devait l’emporter. Le voilà jusqu’à Mindat est extrêmement pénible ; quand il arrive enfin le P. Nédélec est totalement épuisé ; respiration courte, fièvre et incapacité de garder aucune nourriture. Mindat, c’est le dispensaire des Sœurs  Franciscaines de Marie, celles-ci multiplient les piqûres, s’ingénient à procurer au Père quelque nourriture appétissante : la réaction se produit, la fièvre tombe et, enfin avril, après un fatigant voyage de 32 kilomètres en char à bœufs par ces routes de montagne, le P. Nédélec petit prendre l’avion et atteindre Mandalay.

    Radios, prise de sang à la clinique, et l’extraordinaire nouvelle : aucune lésion, aucun signe de tuberculose. Quatre mois de repos, un bon régime remettront le Père sur pied ; repos, régime : Maymyo une fois encore était l’endroit idéal, niais, là-haut, le mal continuait sa marche sournoise ; le Père s’affaiblissait toujours, perdait du poids chaque semaine. Un docteur à nouveau consulté confirmait trop tard les craintes de chacun : tuberculose avancée... Un retour en France en cette extrémité aurait-il sauvé le P. Nédélec ? C’est le secret de Dieu, mais il ne semble pas, et ce qui est sûr, c’est que parfaitement abandonné à la Providence, le missionnaire ne désirait pas retourner : « Dieu peut aussi bien me guérir ici qu’en France, et si je dois mourir, je préfère mourir en mission ».

    Durant ces longs mois, le P. Nédélec est resté joyeux, enjoué, taquinant volontiers ses visiteurs ; jamais une plainte, son sacrifice offert pour sa chère mission Chin a été offert dans l’intimité de son âme à Dieu. Au cours de ces semaines, son chapelet accroché à son bras, et son vieux « Manuale » du séminaire toujours à portée de la main quand il n’en faisait pas usage, ont été ses plus fidèles compagnons.

    Malgré les nouvelles médecines, les traitements suivis, sans doute trop tard, à Maymyo puis à Mandalay, ne donnant pas de résultat, le P. Nédélec revenait à la léproserie St-jean auprès du P. Fr. Couard en fin octobre... Le 10 novembre il réclamait lui-même les derniers sacrements, reçus en pleine connaissance comme il l’avait désiré, juste au moment de mourir : « Je suis heureux, l’âme en paix, Dieu m’à détaché de tout, de ma famille, de ma patrie, maintenant de ce village chin où j’ai tout laissé ; je n’ai plus aucun désir ; je ne veux pas prier pour ma guérison, seulement pour que la Volonté de Dieu se fasse ». Alertés par le P. Collard. Mgr Falière et le P. Mainier accouraient donner une dernière bénédiction, un dernier encouragement au malade, et prendre part aux dernières prières. Vers 10 heures du matin, le P. Nédélec expirait, pour aller jouir là-haut de la « beata pacis visio »… Beata pacis visio, ce furent ses dernières paroles.

    Perte sensible pour cette pauvre mission Chin, à cette heure où il est si difficile d’avoir des jeunes. Mais près de Dieu, qui se rit de notre orgueil, de notre culte du rendement et de l’efficacité, nul doute que le P. Nédélec riche de son sacrifice ne continue magnifiquement son apostolat commence ici-bas dans la peine et que la moisson ne blanchisse bientôt.

    • Numéro : 3855
    • Pays : BIrmanie
    • Année : 1949