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Alphonse NAUROY (1889-1966)

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    Alphonse NAUROY naquit le 17 février 1889, à Ancy-sur-Moselle, dans le diocèse de Metz. Il était le sixième d’une famille de sept enfants. Jusqu’à l’âge de 12 ans, il fréquenta l’école communale où il apprit l’allemand, car l’Alsace et la Lorraine étaient alors occupées par l’Allemagne. C’est probablement, pendant ces années-là, que le jeune Alphonse entendit l’appel du Seigneur, car en 1901, il entre au petit séminaire de Montigny-lès-Metz. Il dut y entendre un appel plus particulier pour le service des missions qui le conduit aux Missions Etrangères de Paris en 1908. Exempt du service militaire, il est ordonné prêtre à l’âge de 23 ans, le 26 septembre 1912, et reçoit sa destination pour le diocèse de Mysore. Il arrive dans son pays d’adoption le 21 décembre 1912, en la fête de Saint-Thomas, l’apôtre de l’Inde.

    Comme tout jeune missionnaire, il lui faut d’abord se mettre à l’étude de la langue, Il étudie le tamoul et le kanara, à Mysore, jusqu’en novembre 1913, puis met en pratique ses connaissances, comme vicaire à la paroisse Sainte-Marie de Bangalore ; cette paroisse date de 1702 et est le centre d’un pèlerinage. Le P. Nauroy n’y reste guère longtemps. En 1914, il est nommé curé de Chikmagalur, paroisse où les chrétiens sont éparpillés dans les plantations de café ; il lui faut se déplacer souvent pour les visiter, leur assurer la messe mensuelle et les sacrements.

    En 1915, un incident dû à la Grande Guerre l’éloigne jusqu’à Rettiarpaléom, près de Pondichéry. Le P. Nauroy est sujet allemand et les autorités anglaises, en ce temps de guerre, veulent l’interner ainsi que le P. Pointet, qui enseigne au Collège Saint-Joseph de Bangalore. Le P. Nauroy n’a jamais caché ses sentiments pro-français, mais le P. Pointet, imprudent, exhibe un grand portrait du Kaiser dans sa chambre. Cela suffit pour attirer la méfiance des autorités de l’Inde anglaise. Pour leur éviter un séjour dans un camp d’internement, Mgr Tessier envoie les deux missionnaires dans le territoire Français de Pondichéry. Pendant deux ans, le P. Nauroy dirige la paroisse de Rettiarpaléom, paroisse célèbre pour ses disputes entre gens de caste et parias, il fait de son mieux pour maintenir la paix jusqu’à ce qu’enfin il puisse retrouver sa chère paroisse de Chikmagalur en 1917. Pas pour longtemps, car en 1918, il est transféré plus au nord, à Tirtahalli, petite ville sur les rives de la rivière Tunga. En 1920, nouveau transfert qui le rapproche de la ville épiscopale mais le ramène en territoire tamoul, à Mattigiri, sur la route de Bangalore à Salem. Là, il a affaire à de pauvres paysans, illettrés. arriérés ; il se donne tout à tous, pendant cinq années, leur bâtit une petite église et, en 1925, il prend son premier congé au pays natal, redevenu Français, grâce au traité de Versailles.

    À son retour, en 1926, il est nommé curé de Mercara dans la région montagneuse du Coorg, à la limite du diocèse de Mangalore. Le Coorg est une région de plantations de café où travaillent des chrétiens malayalees ou tamouls, mais les chrétiens sont comme inexistants parmi la population locale, aisée, sympathique, mais plus encline aux plaisirs terrestres qu’à la folie de la Croix. Les Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes à Mercara et à Virajpet ont de nombreuses jeunes filles du Coorg parmi leurs élèves, mais très rares sont les conversions. Le P. Nauroy restera curé de Mercara jusqu’en 1931. Il réparera le clocher de l’église, qui s’était effondré et ses difficultés financières lui attireront quelques ennuis avec les autorités diocésaines, peu empressées à l’aider ! Rien de nouveau sous le soleil !

    À partir de 1931, commence une nouvelle période dans la vie du P. Nauroy : l’aumônerie des couvents, travail humble et obscur qui demande beaucoup de patience. Son premier poste est à Bangalore, au couvent des Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes, installé sur la colline Saint-Jean. Il y reste jusqu’en 1937, année où il prend son second congé en France. A son retour, il est envoyé à Settihally, vieille paroisse de chrétiens kanaras, dans le district d’Hassan, mais au bout d’un an, le voilà de nouveau à Bangalore. Il y restera de 1938 à 1943, comme curé de l’église de l’Immaculée-Conception, paroisse composée en grande partie d’Anglo-indiens, travaillant comme employés du chemin de fer. C’est son dernier poste de curé, car ensuite jusqu’à sa mort, il sera aumônier. De 1943 à 1948, il l’est à Mysore, chez les Sœurs du Bon Pasteur, près de la cathédrale, alors dédiée à Sainte-Philomène. En 1948, le P. Nauroy s’installe sur les montagnes des Nilgiris ; pour quelques mois, pendant que le P. Béchu est hospitalisé à Colombo, il le remplace à Coonoor, chez les Frères irlandais de Saint-Patrick ; chez les Frères de Saint-Gabriel, il passe aussi quelques mois et, en novembre, il est nommé aumônier du couvent des Franciscaines Missionnaires de Marie à Ketty. En juin 1949, dernière nomination qui durera 17 ans, au couvent de Nazareth, à Ootacamund.

    Nazareth est le premier couvent fondé par Mère Marie de La Passion ; de là, les Franciscaines Missionnaires de Marie, en 70 années, se sont multipliées et éparpillées à travers le monde. Nazareth qui garde les souvenirs de sa fondatrice, est une ruche bourdonnante d’activités : école secondaire anglaise, école normale pour institutrices, orphelinat et école primaire, ouvroir. Le P. Nauroy ne manque pas de travail ; en plus de la messe et de la bénédiction quotidiennes, il assure les confessions de cette communauté de près de 500 personnes, donne des leçons d’instruction religieuse aux élèves de l’école primaire et de l’école normale. Chaque semaine, il donne une conférence aux religieuses, conférence toujours soigneusement préparée par écrit. Il a le souci de former à une vie religieuse profonde et simple les élèves et leurs maîtresses, spécialement à l’occasion de la confession. Fidèle au devoir, il écoute patiemment les confessions pendant de longues heures : lors des vacances, quand beaucoup de religieuses d’autres couvents viennent se reposer à Nazareth Convent, le P. Nauroy passe toute la matinée au confessionnal. Il puise la sagesse et la patience nécessaires aux pieds du Saint Sacrement, devant qui chaque soir il passe une demi-heure en adoration. Sa réputation de confesseur, bon et compréhensif, amène beaucoup de pénitents à sa chambre : prêtres français et indiens, à la suite de leur évêque. Le P. Nauroy est toujours très accueillant pour ses confrères, prêt à leur consacrer de longues heures ; autour d’une tasse de café, tout en fumant le cigare de l’amitié, il écoute leurs difficultés, remonte leur courage, en rappelant les épreuves de sa vie missionnaire. Réconforté, chaque confrère repart tout joyeux vers son champ d’apostolat.

    Pourtant la santé du P. Nauroy le fait souffrir assez souvent, avec des poussées de furoncles. En 1961, le docteur Kuruvilla découvre que le Père souffre d’un cancer à la prostate ; résigné à la volonté du Seigneur, le Père écrit simplement dans ses notes, à la date du 1er septembre : « Je sais aujourd’hui que je souffre d’un cancer. Deo gratias ! ! ! » Comme auparavant, il continua son travail, avec le sourire, sans se plaindre. Il suivit avec docilité le traitement selon les avis du docteur et de la sœur infirmière. Le mal montra une certaine régression ; étant donné son âge et la nature de son mal, le P. Nauroy se portait relativement bien, et rien ne faisait prévoir une fin aussi rapide.

    Il avait, depuis un an peut-être, une tache à la joue gauche qui s’étendait peu à peu. Mais il ne s’en souciait pas, et ce n’est qu’au début de ce mois de mai 1966 qu’une religieuse, docteur en médecine, en vacances à Ootacamund, lui apprit qu’il avait un cancer de la peau et qu’il fallait l’opérer de toute urgence. Le chirurgien de l’hôpital protestant de Mysore estima le cancer mal placé près de l’oreille, trop avancé pour une opération, et suggéra un traitement au cobalt, à l’hôpital Victoria de Bangalore, où cela était possible.

    Le P. Nauroy décida d’aller à Sainte-Marthe de Bangalore afin de suivre le traitement nécessaire. Un examen détaillé par un docteur de Mysore l’avait rassuré : plus de trace de cancer à la prostate ; l’état général était bon et le moral excellent ; rien ne faisait redouter des complications. Le P. Fleury l’emmena donc à Bangalore, le 18 mai. Dès le lendemain il se présenta à l’hôpital Victoria, on lui renouvela son pansement, mais il revint très fatigué, s’alita : on lui administra des antibiotiques, la fièvre monta, si bien qu’on donna au malade un infirmier pour le garder de nuit. Dans la nuit du dimanche 22, ce garçon dût s’endormir, on ne s’aperçut de rien ; vers minuit, les infirmières de service passèrent pour voir le Père et le trouvèrent sans vie. Le Père a dû mourir dans son sommeil, sans doute d’une embolie, sans agonie.

    Les funérailles ont été célébrées le lendemain 24 mai 1966, en présence de Mgr D.S. Lourdusamy, archevêque coadjuteur de Bangalore, de Mgr Fernandes, évêque de Mysore, entourés de quelques confrères d’Ooty, de Mysore et de Bangalore. Les Franciscaines Missionnaires de Marie n’avaient pas oublié leur fidèle aumônier et étaient présentes en la personne de la Supérieure de Nazareth et de plusieurs religieuses, accourues malgré la longue distance d’Ootacamund à Bangalore.

    Le P. Nauroy a été inhumé au cimetière de la paroisse du Sacré-Cœur à Bangalore, où reposent les Pères des Missions Etrangères. Il laisse un grand vide parmi les confrères de sa mission, qu’il avait conquis par sa simplicité et sa charité. D’autre part. Mgr Paddyara, évêque d’Ootacamund a exprimé sa peine de la disparition de celui qui fut le conseiller spirituel de la plupart des prêtres du diocèse.

    « Bon et fidèle serviteur, fidèle en peu de choses, entre dans la joie de ton Seigneur ».

    • Numéro : 3142
    • Pays : Inde
    • Année : 1912