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Jean NAUDE-THEIL (1822-1900)

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    En la nuit du 15 au 16 août 1822, un charitable habitant de Peyrouse (Hautes-Pyrénées), Jean Naude, donnait l’hospitalité à un pauvre vieillard, de passage dans la commune située à deux ou trois lieues, à l’ouest de la ville de Lourdes. Avant l’aurore, le mendiant était réveillé par les vagissements d’un nouveau-né. Il dit alors à l’heureux père : «  Cet enfant que Dieu vous a donné, sera prêtre et vivra jusqu’à 80 ans. » Nous allons voir à quel point la prédiction du vieillard s’est accomplie.

    Baptisé dès le lendemain de sa naissance, l’enfant reçut les prénoms de Jean-Roch. Plus tard, en souvenir de sa mère, il ajouta qu nom de son père le surnom de Theil. Tout ce que nous savons de sa jeunesse, c’est qu’il fit, non sans succès, ses études au petit séminaire de Saint-Pé, et qu’à l’âge de 22 ans, il entra, encore laïque, au séminaire des Missions Etrangères.

    Ordonné prêtre en 1847, il reçut sa destination pour la mission de Malaisie ; quelques mois plus tard, il débarquait à Pinang où se trouvait alors la résidence du Vicaire paostolique. Bientôt il fut envoyé au district de Tenasserim ; il allait y prendre  la place d’un saint missionnaire ; le P. Chopard, mort à Mergui en 1845.

    Comme son prédécesseur, le jeune missionnaire voulut tenter l’évangélisation des îles Nicobar qu’il visité, et où il s’établit même pendant quelque temps. Malheureusement, ce second essai n’eut pas un meilleur résultat que le premier, et l’apôtre se vit, à son grand regret, forcé d’abandonner ces pauvres sauvages, pour venir au secours de la mission cariane que M. Plaisant et un autre confrère venaient d’ouvrir à Kadé. M. Plaisant be tarda pas à succomber aux fatigues d’un court, mais laborieux apostolat, et l’autre missionnaire était rappelé à Pinang. M.Naude restait donc seul, chargé de cette nouvelle chrétienté, où il passa plusieurs années, années précieuses dont il sut profiter, soit pour l’étude des langues, soit pour le ministère de la prédication . Il se rendit tellement populaire parmi lrs Carians, que, aujourd’hui encore, les anciens chrétiens de Kadé se rappellent la haute stature, la belle barbe, l’entrain merveilleux de leur ancien missionnaire. C’est d’eux qu’il reçut le nom de « prêtre à lunettes », le seul sous lequel les Carians de Tenasserim , de Bassein et de Henzada l’aient jamais connu.

    Il avait réussi à apprendre à fond, outre le birman, les deux dialectes carians, en usage dans la basse Birmanie, et les parlait avec la plus grande facilité. Bref, notre confrère était tout formé, quand, en 1856, Mgr Bigandet vint prendre possession de la Birmanie, nouveau champ d’action confié à la Société des Missions Etrangères, où nous allons voir se développer le zèle et les talents de M. Naude.

    Au cours d’une première visite à Bassein, le nouveau Supérieur se rendit compte de l’extension qu’il était possible de donner aux œuvres fondées par les Pères italiens, dans cette ville importante qu’environnent nombre de villages carians. Il lui fallait un homme d’expérience et de tact pour traiter amicalement avec Anglais et Birmans, c’est-à-dire avec vainqueurs et vaincus, et ne blesser en rien la susceptibilité des uns et des autres : il le trouva en la personne de M. Naude.

    Aumônier des troupes anglaises, stationnées alors à Bassein, le nouveau titulaire eut, de plus, à s’occuper des rares chrétiens carians dispersés dans plusieurs villages à proximité de la ville. Ses succès furent tels, que l’évêque de Ramatha pensa devoir utiliser la santé et les talents d’in si bon ouvrier pour la fondation de nouvelles chrétientés parmi les Carians.

    « En 1868, écrit Mgr Bigaudet, M. Naude dont le zèle et l’énergie s’étaient signalés chez les chrétiens carians de la côte de Tenasserim, fut envoyé à Bassein, afin d’examiner quel serait l’endroit le plus propice pour entreprendre l’évangélisation de nombreux Carians vivant au fond des forêts avoisinantes. »

    Le centre que notre regretté confrère eût voulu choisir pour la nouvelle mission était Pauk-sain-bé, localité qui ne fut évangélisé que trente ans plus tard, et qui est maintenant, le chef-lieu d’une chrétienté florissante. S’il faut en croire un vieillard qui se souvient de la tentative de M. Naude, cette partie du district de Bassein était alors trop infestée de voleurs et de brigands, pour permettre au missionnaire de s’y fixer ; mais laissons, de nouveau, parler l’hitorien de la mission :

    « Pendant plusieurs mois, M. Naude travailla avec le plus grand zèle à Bassein et fit le plus grand bien aux pauvres Carians détenus dans la prison de cette ville. (Allusuin au nombre considérable de conversions que le missionnaire eut le bonheur d’enregistrer parmi les malheureux condamnés à mort pour crime de rébellion contre les Anglais.) La Providence le mit en contact avec un prisonnier dont les parents vivaient dans le district de Henzada. Il semblait être un homme influent parmi ses compatriotes. Sur la demande du charitable aumônier, le chef du district réduisit la durée d’emprisonnement du condamné, qui promit d’accompagner M. Naude jusque dans son village, dès qu’il serait en liberté. Tout d’abord, cet homme se montra infidèle : il fut, cependant, dans les mains de la Providence, l’instrument qui servit à l’établissement d’une mission dans ces parages. »

    Parti de Bassein vers la mi-mai 1858, dans un petit bateau de louage, en compagnie de deux jeunes Carians, M. Naude ne mit pas moins de 6 jours pour remonter le Ngawon. Aucun des villages, sur l’une et l’autre rive, ne voulut le recevoir. Pour comble de malheur, arrivé au confluent de l’Irrawaddy, il fut assailli par une violente bourrasque. Le coup de vent passé, vite, il se remet en route, avec la volonté bien arrêtée de débarquer dans le premier village qu’il rencontrerait : c’était Chimbo. Un jeune homme , entendant un européen parler sa langue, s’approche, lui offre l’hospitalité, puis, apprenant qu’il est prêtre, s’engage, de concert avec ses parents, à lui élever aussitôt une résidence.

    Les habitants de Chimbo ne tardèrent pas à s’attacher au nouveau maître de religion ; mais renoncer à leurs superstitions  pour embrasser le christianisme était une autre affaire. M.Naude était quand même décidé à séjourner quelques mois parmi eux, lorsque la Providence vint une fois encore en aide à son missionnaire. Le prisonnier qui, tout d’abord, avait manqué de parole à son bienfaiteur, pris de remords et de honte aussi sans doute, à la nouvelle de l’arrivée du prêtre européen dans sa province, vint le chercher et l’emmena chez lui.

    C’est là ; à Thinganaing, qu’il plut à Dieu de placer le berceau de la mission cariane, dans le district de Henzada qui renferme aujourd’hui une population catholique de 10,000 âmes.

    Un jeune ménage se convertit et met généreusement sa maison à la disposition de l’étranger ; le prêtre, à son tour, la transforme en chapelle. Plusieurs autres familles ne tardent pas à suivre l’exemple de la première. L’année suivante, la récolte de riz n’est pas plus tôt achevée, que, de tous côtés, on s’empresse de venir voir le grand maître étranger, ce prêtre à lunettes, si terrible au premier abord., mais au fond, d’une bonté et d’une amabilité qui gagnent les cœurs. Dans les cantons de Kyon-piaw, Zalun et Dam-byu, c’est à qui aura l’honneur de recevoir sa visite. Le missionnaire est heureux de répondre aux désirs de ces pauvres âmes. Il les instruit et les baptise. Mgr Bigandet écrivait peu après les lignes suivantes :

    En dépit de grandes et effrayantes difficultés qui l’assaillirent de tous côtés, le serviteur du Christ, M. Naude, réussit à se fixer définitivement dans cette partie du vicariat. Il est maintenant  la tête d’une mission cariane qui compte plus d’un millier d’âmes, avec une église bien et solidement bâtie et une école de garçons. »

    L’élan était donné, le missionnaire le soutiendra. Dans ce but, comme aussi pour ne pas faillir à la tâche de plus en plus lourde qu’il voit devant lui , il demande et obtient du secours ; on lui adjoint d’abord, M.Tardivel, et, plus tard, M.Brigaud. Il fut pourtant obligé de prendre une année de repos à Moulmein, tout en administrant la paroisse de Saint-Patrick, devenue vacante par le départ de M .Guérin

    Rentré à Thinganaing, il se remit au travail avec plus d’ardeur que jamais, selon que nous raconte encore Mgr Bigandet :

    « M.Naude voyant le délabrement  dans lequel tombaient de jour en jour,les constructions qui lui avaient coûté tant de peine et de fatigue, décida de les remplacer par d’autres, faites de matériaux plus solides et , partant, plus durables. Les dépenses, il le savait, seraient considérables, mais il avait confiance en Dieu et en ses chrétiens. Le travail , commencé en mars 1869, ne dura pas moins de deux ans. La résidence du prêtre est attenante à l’église ; le tout en briques et de belle apparence. En 1871, l’infatigable ouvrier voulut couronner son œuvre par un clocher. Or, pour lui, vouloir et se mettre à l’œuvre ne faisait qu’un. Un vieux pont, jeté depuis des années, par un riche Birman, au travers d’un ruisseau voisin, lui fournit une quantité de matériaux qui servirent à la réalisation de son projet. Hommes et femmes, trop pauvres pour contribuer à l’œuvre en espèces sonnantes, le firent par leur travail. J’ai été étonné, en même temps qu’édifié, de voir le zèle et le dévouement, la joie et la bonne volonté de tous à avancer l’ouvrage, chacun selon ses forces et son savoir-faire ; on eût dit une fourmilière humaine. »

     

    • Numéro : 533
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1847