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Martin NARBAITZ (1912-1980)

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    Enfance et jeunesse

    Le P. Martin Narbaitz naquit à Ascarat au diocèse de Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques le 1er septembre 1912. Après ses études primaires dans sa paroisse, il entra au petit séminaire d’Ustaritz pour y faire ses études secondaires et de là, en 1931, se dirigea vers le grand séminaire de Bayonne. A la fin de ses études ecclésiastiques, il fut ordonné prêtre le 11 juillet 1937. Dès cette époque il désirait entrer aux Missions Etrangères. Mais l’évêque de Bayonne demandait aux jeunes prêtres qui désiraient quitter le diocèse de faire un an de ministère ou de professorat avant de leur accorder la permission. C’est pourquoi le P. Narbaitz fut vicaire à Saint-Palais pendant un an. Le 1er juillet 1938, après avoir obtenu la permission de l’évêque du diocèse, il adressa sa demande d’admission aux Missions Etrangères. Voici en quels termes il s’exprimait : « J’ai le cœur un peu gros d’abandonner le ministère parmi mes compatriotes, mais je le fais cependant parce que je me sens toujours porté vers cet idéal missionnaire, fait tout entier de sacrifices, de renoncements et d’abnégation. Je veux réaliser ma vocation car elle me semble être le moyen le plus sûr d’atteindre la sainteté. En restant par ici, je craindrais… d’être trop heureux ; or je ne veux pas l’être humainement sur terre. Je crois qu’en agissant ainsi, ma vie sera plus profitable au salut des âmes. Pour ma pauvre famille, le sacrifice sera dur, mais Dieu, dans sa providence, saura bien leur donner courage... » Tout le P. Narbaitz est dans ces lignes comme va nous le montrer la brève relation de sa vie.

    Admis le 10 juillet, il entra au séminaire de Paris le 4 octobre 1938. Après une année de probation dans cette maison, il fut désigné, le 29 juin 1939, pour la mission de Mysore en Inde. Il était prévu qu’il devait s’embarquer à Marseille le 15 septembre avec 17 autres jeunes missionnaires. Mais la 2e guerre mondiale éclata. Le P. Narbaitz fut mobilisé et fait prisonnier en 1940. C’est en 1942 qu’il fut libéré, mais comme pendant la guerre il n’y avait pas de bateaux pour l’Extrême-Orient, il demanda à faire du ministère dans le diocèse de Bayonne et fut nommé vicaire à Saint-Jean-Pied-de-Port, tout près de son village natal. Pendant son ministère à Saint-Jean-Pied-de-Port il fit preuve déjà de ses dons d’éducateur et de formateur qui devaient s’épanouir si heureusement plus tard en Birmanie. En 1946, les départs en mission reprirent. Mais comme il était très difficile d’obtenir des visas pour l’Inde, la destination première du P. Narbaitz fut changée et il fut affecté à Rangoon en Birmanie. Il s’embarqua à Glasgow le 4 octobre 1946 avec 4 autres jeunes missionnaires dont le jeune P. Maréchal qui serait assassiné en Birmanie en février 1949.

    En mission

    Dès son arrivée en Birmanie il fut envoyé à Myaungmya, poste qu’il ne quittera plus jusqu’à son retour en France en 1980. Il y resta donc 34 ans. Il lui fallut d’abord apprendre la langue du pays. Il s’y attela avec un courage et une ténacité qui furent remarqués à l’époque par ses confrères et les prêtres du pays. Quelques éléments d’histoire sur la Birmanie et le poste de Myaungmya en particulier éclaireront l’action apostolique du P. Narbaitz.

    Les Japonais, en entrant en Birmanie en 1941 provoquèrent un effet de déstabilisation qui transforma le pays en véritable champ de bataille pendant de longues années. Ils mirent en place un gouvernement birman. Mais les Carians, très attachés aux Anglais qui protégeaient les « minorités », déclenchèrent en 1942 une révolte contre le gouvernement birman acquis aux Japonais. Selon Mgr Provost, vicaire apostolique de Rangoon, les Birmans s’étaient livrés à des provocations inadmissibles à l’égard des Carians, soupçonnés par eux de fidélité aux Anglais. Les Carians se révoltèrent donc et c’est au cours des luttes entre Carians et Birmans que les postes de Myaungmya et de Kanozogon (postes carians) furent complètement incendiés : églises, couvents, écoles, tout fut détruit. A Myaungmya, de 400 à 500 personnes avaient été assassinées. Une fois le calme un peu revenu, le P. Ogent fut envoyé à Myaungmya pour relever les ruines. C’était en 1946. Il commença les réparations et construisit une église provisoire en bois de teck. Mais il partit en congé en avril 1947 et fut alors remplacé par le P. Narbaitz qui prit courageusement le relais pour la reconstruction.

    Après quelques années d’un calme relatif, les luttes reprirent aussitôt après la proclamation de l’indépendance en 1948. Un régiment carian marcha sur Rangoon ; il fut mis en déroute par l’armée birmane qui, en poursuivant les Carians, assassinèrent le P. Maréchal et son vicaire carian. Le pays fut alors divisé en plusieurs zones plus ou moins imbriquées les unes dans les autres : les zones loyalistes, les zones carianes et les zones communistes. Telle était la situation pour le P. Narbaitz. Mais il n’était pas de nature à se laisser paralyser par ces difficultés. En fait il put se livrer à ses occupations à peu près en paix. Tandis que 12 postes furent ravagés en 1948-1949, 3 missionnaires et 3 prêtres du pays massacrés, le district de Myaungmya ne fut pas troublé. Il comptait cependant plusieurs « zones ». Mais le P. Narbaitz et ses assistants purent passer d’une zone à l’autre sans graves problèmes. Voyons maintenant le P. Narbaitz à l’œuvre.

    Comme tout avait été détruit, il fallait tout reprendre à zéro ou à peu près. Peu à peu il mettra sur pied un complexe scolaire impressionnant : école primaire et secondaire pour garçons, une autre pour les filles, un pensionnat pour les élèves venant des lointains villages de brousse, un couvent pour les religieuses, une maison pour les Frères enseignants. Nombreux sont ceux qui lui doivent l’éducation et l’enseignement non seulement à Myaungmya, mais aussi et surtout dans les campagnes les plus reculées où il n’y avait aucune école. Son école pour les garçons fut reconnue comme High School en 1952. Le corps professoral était qualifié car il avait reçu dès 1950 deux Frères de la nouvelle Congrégation des Frères de Saint-François-Xavier fondée par Mgr Provost, en 1942.

    En 1955, le P. Gagelin lui fut adjoint comme vicaire. Ce n’était pas de trop, car cette année-là aussi, le P. Narbaitz entreprit la fondation de l’Ecole des Catéchistes. Pendant la première année, l’enseignement fut donné sous forme de session comportant deux leçons de deux heures, leçons données par divers conférenciers. Il assistait lui-même à toutes les conférences. Cette première année compta 65 participants qui furent enchantés. A cette occasion, Mgr Bazin de Rangoon créa pour ces catéchistes un bulletin intitulé : « Le trait d’union ». C’est en 1955 aussi que fut créé le diocèse de Bassein, détaché de Rangoon, et que fut établie la hiérarchie en Birmanie. Le poste du P. Narbaitz se trouve dans le nouveau diocèse de Bassein. Il aura donc désormais un évêque originaire du pays... et qui plus est son ancien vicaire. C’est dire l’identité de vues entre le P. Narbaitz et son évêque. C’est pourquoi il travaille à mettre au point cette question de l’école des catéchistes. Dès 1956 on régularise les statuts. « Les futurs élèves devront avoir terminé leurs études et pourront être mariés. Ils auront durant leurs 2 ou 3 années d’études un logement familial et recevront une paye suffisante pour eux et leur famille... » Chaque missionnaire a été invité à envoyer à cette école un « aspirant » qui sera bientôt son bras droit dans son district. Le P. Narbaitz doit donc préparer les logements pour ces futurs candidats de l’Ecole nationale des Catéchistes. Cette année 1956, 30 candidats se présentèrent, mariés ou célibataires.

    En même temps, le P. Narbaitz avec ses collaborateurs avait à faire face à d’autres devoirs pastoraux. C’était tout d’abord la direction de sa High School qui comptait un millier d’élèves. Il ne négligeait pas pour autant le soin des 5000 chrétiens de son district, répartis en 70 villages qu’il visitait régulièrement soit lui-même, soit par l’intermédiaire de ses collaborateurs. Il emmenait aussi avec lui des élèves catéchistes pour leur donner une formation pratique « sur le terrain ».

    Enfin il voulut donner à Myaungmya une église qui répondît aux besoins pastoraux de son vaste district. Cette construction lui valut bien des soucis et bien des tracas. Mais le courage du P. Narbaitz vint à bout de toutes ces difficultés. Et aujourd’hui Myaungmya a une belle église avec un clocher très élevé qui est un des points de repère de la région.

    Le résultat de toutes ces activités se concrétisait en 1976 par les chiffres suivants : les chrétiens du district étaient au nombre de 8.000 répartis en 85 villages. Naturellement, le P. Narbaitz avait des collaborateurs. Il était exigeant pour eux et commandait beaucoup. Mais comme il se donnait lui-même en payant largement de sa personne, il entraînait tout le monde dans son sillage. Zèle infatigable, capacité de diriger plusieurs œuvres à la fois, souci d’évangéliser, d’aller toujours de l’avant, dons pour la formation humaine et chrétienne des jeunes, soins constants pour les vocations, tout ceci n’est qu’une pâle évocation des 34 années de travail acharné du P. Narbaitz à Myaungmya. Tout au fil des années, le nombre des religieuses et des séminaristes originaires de son district augmenta.

    Si l’on se demande quelle était la source de cette incroyable activité, il faut dire que c’était son amour du Christ et par suite son amour pour tous ceux que le Christ lui avait confiés.

    Son amour pour le Christ : le P. Narbaitz était un homme de Dieu, un homme de prière. Et cela, il n’avait pas peur de le montrer. Tôt levé le matin, il se rendait à l’église pour prier, méditer, célébrer la messe et par son exemple il entraînait ses collaborateurs.

    Parce qu’il aimait le Christ et voulait le faire aimer, il aimait aussi ses frères. Tous les témoignages sont unanimes pour dire qu’il fut un homme, un prêtre totalement oublieux de lui-même et se dévouant sans compter. Aucun inconfort ne l’arrêtait : qu’il s’agisse de voyages en bateau dans des conditions qu’on a peine à imaginer en Europe, qu’il s’agisse de la boue à la saison des pluies et de la poussière en sai­son sèche. On peut dire que rien d’autre ne comptait que son travail apostolique. En homme d’action qu’il était, il a eu une intuition remarquable des besoins de son district. Il a tout fait pour élever humainement et spirituellement tous ceux qui lui étaient confiés, sans jamais d’ailleurs séparer le spirituel du matériel. Pour les jeunes, il organisait chaque année une retraite de 3 jours. En 1961, 600 jeunes y participèrent. Il en fut de même les années suivantes. On pourrait apporter de nombreux témoignages de ses anciens élèves. Citons seulement quelques lignes d’une longue lettre qui lui fut adressée le 28 août 1980, au moment de son départ de Birmanie, par un « ancien » qu’il a éduqué depuis l’âge de 11 ans et qui occupe maintenant un poste important dans l’administration du pays. Cette lettre débute ainsi : « Cher papa... » et l’auteur écrit : « Je suis heureux que vous alliez dans votre pays après 34 ans de vie missionnaire en Birmanie. Je suis sûr que vos parents seront heureux de vous revoir après tant d’années. Mais je sais aussi que si vous n’aviez pas été malade vous ne retourneriez pas dans votre pays. Vous avez travaillé 34 ans pour la mission de Myaungmya. Vous l’avez relevée de ses ruines et de ses cendres. Vous avez travaillé au développement à travers bien des difficultés.

    Il y a de vos fils et filles qui servent l’Eglise comme prêtres, religieux, religieuses. Vous les avez guidés et vous leur avez donné l’exemple pour servir Dieu dans l’humilité, la simplicité et une foi profonde. Il y a aussi de vos fils et de vos filles qui servent le pays dans toutes sortes de domaines. Vous avez bien travaillé pour l’Eglise et pour la Birmanie. Nous vous devons beaucoup. En tant que Birman, je vous dois affection et gratitude. »

    Il ne faut pas oublier non plus de souligner à quel point le P. Narbaitz avait su gagner le respect et l’estime des autorités civiles birmanes et de nombre de non-chrétiens qui le connaissaient.

    Finalement la grande leçon de cette vie, c’est de nous montrer les merveilles que le Seigneur peut accomplir par quelqu’un qui se donne sans réserve à son amour et à sa grâce.

    Le P. Narbaitz était arrivé de Birmanie, via Bangkok, le mardi 2 septembre, accompagné de son neveu qui était allé le chercher à Rangoon. Le Père souffrait du diabète et son état exigeait des soins spéciaux qu’il ne pouvait recevoir en Birmanie. Il avait obtenu un permis spécial de sortie : ce qui lui permettait de pouvoir rentrer en Birmanie selon son plus cher désir. Il ne serait d’ailleurs pas venu en France s’il n’avait pas eu l’assurance de pouvoir rentrer en Birmanie. A son arrivée à Paris le mardi matin, il était venu au Séminaire de la rue du Bac pour se reposer et prendre le repas de midi avec la communauté. L’après-midi, il était entré à l’hôpital Saint-Jacques pour commencer les examens et soins que nécessitait son état. La journée du mercredi se passa bien. Puis brutalement, le soir, pendant qu’il prenait son repas et parlait gaiement avec son frère et sa belle-sœur réunis autour de son lit, il eut un malaise cardiaque qui le terrassa. Malgré tous les soins de réanimation qui lui furent prodigués immédiatement, on ne put conjurer la crise. Le P. Itçaina qui se trouvait là avec la famille put lui donner l’absolution et le sacrement des malades. Dès avant 19 h on apprit la nouvelle à la rue du Bac et ce fut un vrai choc pour toute la communauté qui l’avait juste entrevu le mardi midi avant son hospitalisation. Ses obsèques eurent lieu dans la chapelle du séminaire, le samedi 6 septembre au début de l’après-midi, suivies de l’inhumation au cimetière Montparnasse.

    • Numéro : 3627
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1946