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Charles NAIN (1870-1916)

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    M. NAIN Charles-Bénédict, né à  Farges-lès-Mâcon (Autun, Saône-et-Loire), le 5 mai 1870. Entré laïque au séminaire des Missions-Etrangères le 14 septem­bre 1888. Prêtre le 22 septembre 1894. Parti pour Malacca le 21 novembre 1894. Mort à Vichy (Allier) le 28 juin 1916.

    Quinze jours à peine s’étaient écoulés depuis les funérailles de M. Saleilles qu’un télégramme de Paris nous annonçait un nouveau deuil. Notre cher confrère, M. Nain, mobilisé dès le début de la guerre, venait de nous être enlevé à l’âge de 46 ans.

    Né à Farges-lès-Mâcon, paroisse du diocèse d’Autun, M. Charles-Béné­dict Nain fut ordonné prêtre au séminaire des Missions-Etrangères le 22 septembre 1894, et arriva dans la mission de Malacca en décembre de la même année.

    Comme bon nombre de ses devanciers, il fut d’abord attaché à la paroisse chinoise de Saint-Pierre et Saint-Paul, dans le but d’y faire ses premières armes en la compagnie et sous la direction de M. Vignol.

    Deux ans plus tard, il était envoyé à Pinang et chargé de la paroisse chinoise de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Il y resta d’ailleurs assez peu de temps, car en 1898 Mgr Fée le fit revenir à Singapore comme vicaire de la cathédrale. Ainsi, après avoir eu l’occasion d’exercer le saint ministère parmi les Hoklo à Singapore, et parmi les Hakka à Pinang, il allait maintenant travailler dans une paroisse de langue anglaise. Il se mit de tout cœur à l’étude.

    Doué d’une belle intelligence et d’une heureuse mémoire, il parvint rapidement à parler l’anglais avec facilité. Mais cela ne lui suffisait pas. Il voulut en faire une étude approfondie, et arriva de la sorte à s’exprimer avec beaucoup de clarté et de distinction, dans des sermons qui étaient toujours très appréciés de ses auditeurs. Ce fut également pen­dant son temps de vicariat à la cathédrale qu’il commença à révéler son goût et son talent pour l’architecture. Successivement, les Frères et les Sœurs de Singapore eurent recours à lui, les premiers pour l’agrandissement et l’embellissement de leur école, et les secondes pour la construction de la chapelle. Celle-ci est un bel édifice de style gothique qui demanda une somme considérable de travail au missionnaire. Il en fit tous les plans et en dirigea la construction jusque dans les moindres détails. Mais M. Nain était très heureux de rendre ses services à ceux et à celles qui nous en rendent tant d’autres dans la grande œuvre de l’éducation de la jeunesse. D’autre part, sa santé, qui n’était pas très brillante à son arrivée en mission, s’était nota­blement améliorée et lui permettait de travailler beaucoup.

    Après être resté six ans vicaire de la cathédrale, il fut, en 1904, nommé curé de Seremban. Là il se trouvait dans un tout autre mi­lieu. La grande majorité de ses nouveaux paroissiens étaient chinois. Il lui fallut donc se mettre derechef à la pratique de cette langue. ­De plus, un grand nombre de ses chrétiens n’habitaient pas à Serem­ban même ; ils étaient dispersés un peu partout dans Negrisembilan, et formaient surtout deux groupes importants à Mantin et à Titi. Le soin de ces deux postes très éloignés de Seremban imposait de grandes fatigues au missionnaire. Tant que sa santé resta bonne, M. Nain ne reculait point devant ces fatigues. Malheureusement il ne sut pas prendre les précautions nécessaires et il fut atteint d’une entérite qui, mal soignée, devint chronique. Un retour en France s’imposait. Tou­tefois, comme il avait entrepris des travaux pour l’agrandissement de son école de garçons à Seremban, il voulut les terminer coûte que coûte. Il était à bout de forces lorsqu’il s’embarqua.

    Son absence devait durer deux ans. Mais tout en suivant un trai­tement approprié, il ne resta pas inactif pendant tout ce temps. On peut même dire que, sous un rapport, son voyage en Europe fut réelle­ment providentiel, car il lui permit d’aider efficacement les Dames de Saint-Maur dans une entreprise de très grande importance pour la mission de Malacca. A cause du développement considérable de leurs établissements dans nos principales villes, ces religieuses sentaient de plus en plus la nécessité d’augmenter le nombre de leurs recrues de langue anglaise, et, dans ce but, elles désiraient fonder un noviciat en Irlande. Cette fondation rencontrait bien des difficultés. M. Nain fut heureux, comme missionnaire de Malacca, de coopérer au succès de cette entreprise. Et, effectivement, son savoir-faire et sa connais­sance de l’anglais contribuèrent beaucoup à triompher des premiers obstacles.

    Lorsqu’en 1909, le missionnaire revint parmi nous, il fut nommé curé de la cathédrale. Ceux qui l’avaient tant apprécié autrefois, et qui avaient tant regretté son départ, furent enchantés de le posséder de nouveau. De fait, les nombreuses sympathies qu’il s’était acquises comme vicaire facilitèrent grandement sa tâche comme curé. Il en pro­fita pour réaliser certaines améliorations dont le besoin se faisait sentir. En 1910, il commença la construction d’un nouveau presby­tère dont la belle apparence est encore une preuve de son bon goût en architecture. En 1912, il réussit à se procurer les fonds nécessaires pour l’acquisition de nouvelles orgues.

    Enfin, en 1913, il installa dans la cathédrale la lumière électrique. Comme on le voit, il marchait avec le progrès.

    Hélas ! son ancienne maladie était revenue. Après avoir essayé main­tes fois d’enrayer le mal, il dut s’avouer vaincu, et, avant la fin de 1913, il reprenait le chemin de la France.

    Il s’y trouvait quand la guerre éclata. Au mois de décembre 1914, il écrivait : « Ma santé, sans être bien brillante encore, n’est pas mau­vaise, et la vie militaire jusqu’à présent ne m’est pas du tout défavora­ble, au contraire. » Il avait raison de dire « jusqu’à présent », car bientôt il eut de graves rechutes avec des alternatives de mieux qui lui permettaient de reprendre sa tâche d’infirmier militaire.. C’est à cette tâche qu’il devait succomber, comme l’écrivait à M. le supérieur du séminaire des Missions-Etrangères son frère, M. le curé de Rome­nay, dont voici la lettre : « Le 23 juin, mon pauvre frère partait de Dijon pour Vichy. A peine arrivé, il « m’écrivait quelques lignes : « J’ai fait le voyage couché... Jesuis dans une extrême « faiblesse ; il n’y a plus d’huile dans la lampe.. »

    « Le mercredi 28 juin, à 2 heures de l’après-midi, je recevais, à Romenay, de Vichy, cette « dépêche : « Frère très mal, venez. » Prêt à partir, on m’apporte une seconde dépêche : « Frère vient de mourir. » Je suis parti immédiatement pour Vichy. On m’attendait pour la « mise en bière. J’avais annoncé mon arrivée. Mon frère est mort, le 28 juin, à l’hôpital « militaire  53, entouré de 6 infirmiers militaires prêtres, et des Dames de la Croix-Rouge. « Tous les  soins les plus empressés lui ont été donnés avec un dévouement digne de tout « éloge. M. le curé de l’église Saint-Blaise de Vichy ne l’a pas quitté, et c’est lui qui m’a « donné les détails de ses derniers moments. Le mercredi à 10 heures avant midi, survint une « crise cardiaque. Les battements du cœur étaient violents. Mon frère voulut malgré tout se « lever ; il se traînait et marchait en délirant. La crise passée, il resta sur son lit et reprit toute « sa lucidité et sa connais­sance qu’il garda jusqu’au bout. Le vénérable curé de Vichy lui « donna l’Extrême-Onction. Mon frère était très calme ; il s’endormit pieusement et « saintement dans les bras du bon curé.

    « Arrivé à Vichy après sa mort, je le fis mettre dans un double cercueil. Le vendredi 30, à 8 « heures, arriva à l’hôpital un piquet d’in­fanterie pour rendre les honneurs militaires. Une « grand’messe solen­nelle de Requiem fut chantée. L’église était comble. Au premier rang, « près de moi, derrière le cercueil, une vingtaine d’officiers de toutes armes, plus de cent « mutilés, et la foule des fidèles. Deux belles cou­ronnes offertes par les soldats, officiers et « personnel de l’hôpital militaire, portaient les inscriptions suivantes : Les blessés à leur « cama­rade. Mort pour Dieu et pour la Patrie. Le surplis et l’étole recou­vraient le cercueil. « Avant l’absoute, M. le Curé prit la parole et commenta ces mots : Mort pour Dieu et pour la « Patrie. Ses dernières paroles furent : « Le P. Nain a rendu gloire à la France en lui donnant « sa vie ; il a rendu gloire à Dieu qu’il a bien servi. » Bien des larmes coulaient et « l’impression était profonde. Après l’absoute, le cercueil fut placé dans un caveau provisoire « au cimetière de Vichy. Rentré à Romenay samedi matin, je pris toutes mes dispositions. « Aujour­d’hui 5 juillet, le cercueil est mis en gare de Vichy à 9 heures ½  du matin pour la « gare de Tournus, et demain 6 juillet, à 2  heures, aura lieu la sépulture dans le cimetière de « Farges, son pays natal, près des parents qui y sont inhumés. »

     

     

     

    • Numéro : 2140
    • Pays : Malaisie Singapore
    • Année : 1894