Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Gilbert KONGS (1939-2007)

Add this

    Gilbert Kongs est né le 18 mars 1939 et a été baptisé le 18 juin suivant à Thiaucourt-Regniéville en Meurthe-et-Moselle, dans le diocèse de Nancy.  Ses  parents Joseph Kongs et Léontine Frantz ont eu neuf enfants, dont quatre devaient mourir prématurément.  Gilbert était le huitième par rang d’âge. Monsieur Kongs, qui était charpentier et tondeur de moutons, devait lui même tomber malade et mourir  en laissant sa famille dans une situation financière difficile, alors que Gilbert n’avait que quinze ans.   On sait par le témoignage du curé de sa paroisse à l’époque que  Gilbert ressentit dès l’enfance le désir de  devenir missionnaire, mais qu’il craignait de ne pouvoir être admis dans un institut missionnaire parce qu’il était pauvre. Sachant sa mère dans le besoin, alors qu’elle était souvent souffrante, Gilbert  tentait de lui venir en aide et c’est pour cette raison qu’il ne put commencer ses études secondaires qu’avec un peu de retard. Sa mère, connaissant le désir de Gilbert,  décida d’écrire elle-même au supérieur du petit séminaire de Ménil-Flin pour lui demander de le recevoir.  Et c’est là qu’il commença en septembre 1954 le cycle d’études secondaires, pour les poursuivre ensuite  au petit séminaire Théophane Vénard de Beaupréau de 1956 à 1959.

    En septembre 1959 il entre au séminaire de Bièvres où il passe deux années avant de rejoindre le séminaire de la rue du Bac en 1961. De 1963 à 1965 il fera son service militaire dans la marine, acceptant de rester à terre, à Brest, pour assurer une permanence  à l’aumônerie, alors qu’il aurait souhaité naviguer. Puis c’est le retour à Paris où il sera définitivement agrégé à la Société le 25 janvier 1967, et ordonné diacre le 24 juin de la même année. Entre temps il aura passé avec succès le baccalauréat de théologie à l’Institut catholique.  Il reçoit sa destination pour la mission du Cambodge le 24 juin et est enfin ordonné prêtre le 23 décembre 1967 au grand séminaire de Nancy.

    Les témoignages le concernant reçus jusque là, provenant aussi bien de ceux qui l’ont connu à l’extérieur du séminaire que des responsables de la formation, sont tous unanimement très élogieux et lui reconnaissent des qualités exemplaires de générosité et de zèle apostolique.

    Parti le 17 mai 1968 pour Phnom-Penh Gilbert Kongs arrive au Cambodge où il se met de suite à l’étude du khmer, qui ne lui pose pas de problème particulier. Il peut commencer son apostolat à Konpong-Speu dans de bonnes conditions. Il est vite reconnu comme ayant le contact facile et sympathise tout naturellement  avec les gens qu’il rencontre sur son chemin. Il est généreux et, connaissant lui-même par expérience ce qu’est la pauvreté, il souffre bientôt de ne pouvoir soulager toutes les détresses comme il le souhaiterait.  Trop généreux peut-être : il en vient à ne plus distinguer le peu dont il dispose de ce qui ne lui appartient pas. Prié par l’autorité de tenir des comptes en ordre, il  n’accepte pas facilement, semble-t-il, de reconnaître ses erreurs et les tensions que l’affaire a provoquées l’affecte beaucoup. Par ailleurs la région où il se trouve est agitée par  les troubles fomentés par les khmers rouges. Un jour il verra ces derniers brûler une église devant un groupe de chrétiens enchaînés. Que faire, et comment venir en aide aux victimes ? Et voilà qu’il a maintenant des ennuis de santé. C’est alors, en 1972, qu’il demande à rentrer en France pour se soigner. Après six mois de congé il se trouve en meilleure forme mais demande aux supérieurs de pouvoir prolonger son séjour au pays à cause, dit-il, de la situation de sa famille. Il prend alors un ministère dans le diocèse voisin de Saint-Dié. Monseigneur Vilnet le nomme curé des trois paroisses de Zaffévillers, Doncières et Ménarmont et il restera là pendant deux ans environ, jusqu’en juillet 1975.

    Commence alors une période de turbulences.  Exercer le ministère  après la vague de contestation qui a suivi un peu partout en France la révolte des étudiants de mai 68, tenter d’appliquer les réformes voulues par le  Concile alors qu’elles ne sont pas toujours bien comprises....la tâche n’est pas facile. Gilbert Kongs  semble avoir connu un moment de doute ou de découragement. Il est préoccupé par ailleurs par les difficultés que connaît sa famille. Il prend  alors la décision de cesser  son ministère pour vivre quelque temps  avec les siens à Thiaucourt. Il accompagne ses frères que leur métier oblige à se déplacer pour travailler sur les chantiers des environs.

    En juillet 1978, il part pour Nice  pour se mettre au service de sa soeur qui souffre d’un cancer et l’assister jusqu’à son décès en janvier 1979.  Il a besoin d’argent pour vivre.  En octobre 1978  il trouve un emploi de gardien de nuit dans un hôtel de Nice, où il restera plus de dix ans. Obligé de rester éveillé  pendant la nuit, il dort le jour dans un cagibi  insalubre et sans aucun confort au sous-sol de l’hôtel, où il finit par contracter une légionellose  qui faillit l’emporter en 1988. Une vie de pauvre, une vie désordonnée aussi à certains moments, mais qui  ne l’empêche pas d’aller aider pendant  les weekends à la paroisse sainte Rita, où il est très apprécié par le curé. Gilbert Kongs a montré tout au long de ses années de formation qu’il a le don  d’attirer les jeunes. À Nice aussi il se fait des amis parmi eux.  On se retrouve alors en bandes chez Gilbert. Une fois ou l’autre on fait la fête, bruyamment sans doute, on sable le champagne, peut-être avec excès. Le patron de l’hôtel en prend ombrage, si bien que le veilleur de nuit finira par perdre son emploi.

    Après,  il faudra vivre d’expédients plusieurs années encore, une existence dont ceux qui s’intéressent à lui et cherchent à lui venir en aide ne connaîtront pas tous les détours. Puis il  demande un jour à aller se reposer quelque temps à Montbeton et, remis sur pied, il fait savoir aux supérieurs qu’il est disponible pour reprendre du service. Cela tombe bien. Le diocèse de Beauvais vient justement de lancer un appel à l’aide. Le 11 juillet 1993 Gilbert Kongs est nommé curé in solidum du secteur paroissial de Crèvecoeur-le-Grand, un secteur rural de 35 villages, peuplé d’environ 12.000 habitants. La région connaît de sérieuses difficultés économiques, le taux de chômage est plus élevé qu’ailleurs. Le curé est bientôt très occupé. Les jeunes l’assaillent sans lui laisser de repos. Il ne sait pas refuser. Et malheureusement, assez vite le même scénario qu’on a connu au Cambodge se reproduit. En décembre de l’année suivante il doit de nouveau se soigner et partir se reposer. Il est accueilli par les Pères de Saint Jacques dans leur maison de Landivisiau.

    Rétabli, au début du Carême 1995 il se met à la disposition de Mgr Balland, évêque de Reims, qui a demandé un prêtre pour venir en aide au curé de la cathédrale de Sedan handicapé par de sérieux ennuis de santé.  Devenu auxiliaire du curé, Gilbert Kongs donne toute satisfaction, si bien que le 12 juillet suivant il est nommé vicaire à Vierzon pour seconder le Père Pierson. Il se dévoue généreusement  aux tâches du ministère paroissial auquel il est revenu sans rencontrer de difficulté particulière mais voilà qu’il  connaît  de nouvelles épreuves de santé. Au début de l’automne 1999,  il doit subir un pontage de l’artère fémorale et le 7 octobre suivant un double pontage coronarien. Le Père Morel, qui visite régulièrement les confrères de la diaspora, est impressionné par le courage et la sérénité du patient quand il va le voir à l’hôpital : il riait de lui-même et de ses infirmités passagères avec un humour désarmant.

    À la rentrée 2003 Gilbert Kongs est nommé vicaire à la basilique de Charleville-Mézières pour y seconder le curé, et aumônier du lycée Saint Rémi. Trois ans plus tard, le 10 septembre 2006, il se voit confier la charge pastorale  des deux paroisses de Saint-Méen de la Champagne aux Vergers et des Routes de saint Jacques, en résidence à Attigny.  Il donnera là toute sa mesure. On sait par de nombreux témoignages qu’il préparait avec soin les célébrations, cherchant à promouvoir une vraie participation des fidèles. Il préparait ses homélies en s’inspirant des catéchèses des Pères de l’Eglise qu’il s’était mis à fréquenter assidûment. Il avait connu à Vierzon mademoiselle Marie-Anne Vannier, docteur en théologie et  professeur au grand séminaire de Metz et Strasbourg, rédactrice en chef de la revue Connaissance des Pères de l’Église, qui lui avait donné le goût d’approfondir ses connaissances en ce domaine. Il était devenu lui-même assez compétent et reconnu comme tel dans le diocèse pour être invité à plusieurs reprises à donner des conférences. Il publie des articles dans des revues et prend part à colloques de spécialistes. Ainsi par exemple en 2005 il fait une conférence à Paris sur les grandes orientations de la prédication selon les Pères, devant un auditoire où se retrouvent plusieurs évêques de France et le Père Timothy Radcliffe, l’ancien maître de l’ordre des dominicains.

    Personnalité atypique,  Gilbert Kongs avait eu des moments de faiblesse et parfois des attitudes déconcertantes quand il avait dû faire face à des situations difficiles, mais ceux qui l’ont connu pendant ses années de ministère dans le diocèse de Reims ont été impressionnés par sa générosité, par son détachement et par son esprit de pauvreté que tous remarquaient. Il fut un temps où il dormait peu et où il compensait le manque de sommeil par des dérivatifs comme le café, le tabac et sans doute un peu d’alcool, mais il parvint à cesser de recourir à ces adjuvants en les remplaçant par la lecture et la prière. Il  s’est montré courageux quand il a subi l’épreuve de la maladie. Il a surpris même ceux qui connaissaient ses capacités intellectuelles par le sérieux avec lequel sur le tard il s‘est remis à l’étude en fréquentant les Pères de l’Église. Après un parcours sinueux et chaotique à certains moments il s’est révélé tel qu’il était vraiment, simple, humble, sensible et attentif aux détresses des autres.

    Le 5 juillet 2007 Gilbert Kongs était au volant de sa voiture pour aller célébrer la messe aux Alleux, village du secteur dont il avait la charge. Faute d’inattention ou léger malaise ? Il se retrouva dans le fossé. Découvert un peu plus tard par un gendarme en civil qui passait par là, il fut conduit à l’hôpital de Vouziers,  où il fit un arrêt cardiaque puis put être réanimé,  avant d’être transporté par hélicoptère au C.H.U. de Reims. Il devait y mourir le lendemain. La célébration de ses obsèques dans la belle église d’Attigny, présidée par l’évêque entouré d’une quarantaine de prêtres et d’une douzaine de diacres permanents, rassembla une très nombreuse assistance de fidèles venus de tout le secteur. Le vicaire général qui donna l’homélie pouvait dire en conclusion : Nous aimions le Père Kongs, oui. Le Seigneur Jésus aussi l’aimait, qui l’avait choisi pour témoigner de Lui, tel qu’il était et sachant ce qu’il deviendrait/ Personne ne peut témoigner de tout. Seul Jésus a pratiqué l’évangile intégralement. Gilbert a témoigné de Lui avec sa grâce, mettant à son service les dons qu’il avait reçus dans les ministères qui lui furent confiés. Ce soir, malgré notre peine, nous Lui rendons grâce de l’avoir appelé, de nous l’avoir donné et nous le confions à sa miséricorde.

     

    • Numéro : 4188
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1968