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Louis KLINGLER (1863-1928)

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    Nous n’avons pas de renseignements précis sur l’enfance et la jeunesse de M. Louis Klingler. Il fit ses études primaires et secondaires dans sa province natale, et entra au Séminaire des Missions-Etrangères de Paris au commencement de septembre 1883. Ses études théologiques terminées, il fut ordonné prêtre le 24 septembre 1887, et désigné pour la Mission de Vinh, alors appelée Mission du Tonkin Méridional. Son départ eut lieu le 30 novembre 1887.

    Arrivé au Tonkin au début de 1888, il y trouva son frère Adol­phe qui était alors dans tout l’éclat de sa renommée, nous pourrions dire de sa gloire, car son esprit de décision et d’initiative, son énergie, son intrépidité durant la guerre de 1885, notamment lors de la délivrance des chrétiens de Bao-Nham, l’avaient mis au premier rang des ouvriers apostoliques du Vicariat. Les deux frères s’aimaient tendrement, ils furent ravis de se retrouver et de travailler côte à côte dans le même pays. C’étaient deux riches natures, on pourrait dire deux natures d’élite, avec des différences bien marquées, même au physique. Adolphe était de taille plus petite, de complexion plus alerte et plus nerveuse, d’un tempé-rament plus ardent et plus vif, communicatif, enthousiaste ; Louis, grand et bel homme, à la démarche plutôt lente, était aussi plus calme, plus réservé, plus fin, plus cultivé. On a dit plus d’une fois que l’aîné avait fait tort au cadet, en l’éclipsant quelque peu, en gênant l’expansion de ses qualités propres ; il y a de l’exagération dans ce jugement ; ce qui est certain, c’est que Louis avait une sorte de culte pour son grand frère, aimait à s’effacer devant lui, le laissait volontiers parler et décider, se rangeant toujours à son avis.

    La carrière de M. Adolphe Klingler, plus longue de trois ans, fut aussi des plus honorables et des mieux remplies. Par suite des circonstances, ses quarante années d’apostolat se trouvent naturellement divisées en trois périodes bien tranchées, la première de dix ans, les deux autres de quinze années chacune. Pendant la première, que l’on peut appeler la période de formation, le jeune missionnaire apprend la langue, et occupe plusieurs postes secondaires, bien différents les uns des autres. Après six mois d’étude de la langue annamite, il est nommé professeur au Petit Séminaire où il reste deux ans et demi, puis pendant près de trois ans il est adjoint à son frère pour l’administration du district de Bao-Nham qui présentait alors un important mouvement de conversions ; puis il est envoyé dans la région laotienne comme second de M. Guignard alors chargé d’un district qui donnait aussi de l’espoir au point de vue des conversions.

    On peut dire que dans ces différents emplois, M. Klingler donna toute satisfaction à ses Supérieurs, soit comme professeur, soit comme vicaire de district ou de paroisse. Ses qualités bien personnelles, son calme, son égalité d’humeur, son dévouement aussi modeste que sincère, le firent grandement apprécier de tous, aussi bien des confrères que du clergé indigène et des fidèles. Aussi ne fut-on pas surpris d’apprendre au printemps de 1897 qu’il était nommé Supérieur du Petit Séminaire.

    Il prit possession de son nouveau poste le 1er avril 1897, il y resta quinze ans, jusqu’au 9 août 1912. C’est là un joli nombre d’années pour qui sait combien dure et difficile est la direction d’un Petit Séminaire en pays de Mission. Supérieur, économe, pré­fet de discipline, professeur, directeur de conscience M. Klingler fut tout cela tout le temps qu’il passa au Petit Séminaire : c’était beaucoup, c’était surtout beaucoup trop ; il tint bon cependant, car il avait tout ce qu’il fallait pour tenir. Une intelligence vive et claire, un jugement sûr, une grande possession de soi-même, telles étaient ses maîtresses qualités, et il eût été un Supérieur idéal s’il n’avait craint de n’être pas toujours compris dans les réformes qu’il sentait nécessaires, et qui en fait ne peuvent être réalisées que lentement, dans le calme et à l’abri des criti­ques et des impatiences. Comme beaucoup d’hommes bien doués, M. Klingler n’aimait pas à être bousculé. De tempérament traditionnel, il n’avait pourtant pas de préjugés ; il tenait aux « vetera », mais ne boudait pas aux « nova », et s’il parut parfois enclin à conserver des choses vieillies, ce fut moins par le fait de sa volonté que sous l’empire des circonstances.

    Connaissant bien les Annamites, il ne s’étonnait point que ses élèves ne fussent pas tous des saints. Il les prenait tels qu’ils étaient, afin de les rendre petit à petit tels qu’il voulait qu’ils fussent. Il ne grondait pas souvent, punissait encore moins, mais quand il lui arrivait de se fâcher et de se départir de son calme habituel, on se disait que ce n’était pas sans raison suffisante, et l’on rentrait dans l’ordre. Les Annamites du Vicariat de Vinh ont la réputation, certes non imméritée, d’avoir l’humeur difficile ; nos élèves du Petit Séminaire sont de leur pays, et ils l’ont montré à plusieurs reprises. Pendant son long supériorat, le plus long qu’ait enregistré notre Petit Séminaire, M. Klingler n’eut pas de gros ennuis avec ses élèves, il fut un Supérieur aimé. Il fut aussi un professeur goûté ; tous ceux qui l’ont eu pour maître se souviendront toujours de la clarté de son enseignement, comme aussi de la solidité des instructions et des sermons qu’ils ont eu le bonheur d’entendre si souvent. Il parlait l’annamite avec distinction, un peu trop lentement peut-être, et les grains d’humour dont il assaisonnait ses paroles plaisaient beaucoup aux auditeurs et faisaient sur eux une impression durable.

    M. Klingler passait ses vacances à Bao-Nham près de son frère ravi de le posséder chaque année pendant deux mois. Le vaillant aîné se sentait vieillir, et de graves infirmités lui faisaient entrevoir que bientôt il serait nécessaire de passer la main à un autre. C’est pourquoi il demanda en 1912 qu’on lui donnât son frère comme second ; il ne voyait personne qui fût plus à même de continuer son œuvre et d’assurer l’avenir de son district, où d’ailleurs Louis était avantageusement connu de tous. On fit droit à sa demande, et le nouveau vicaire, quittant le supériorat du Petit Séminaire, alla s’établir à Bao-Nham ; il devait y passer quinze ans.

    Missionnaire rempli de l’esprit apostolique, M. Klingler le fut toute sa vie, mais plus manifestement peut-être dans cette troi­sième période qui va de 1912 à 1928. Il pratiqua vraiment la pauvreté évangélique, se contentant de presque rien pour lui-même et ses besoins personnels. Ce n’est pas lui qui aurait voulu thésauriser le moindre liard : tout son avoir, toutes les ressources de son district passèrent en restauration ou en construction d’églises, en achat de terrains pour ses chrétientés, en secours aux malheureux, lesquels connaissaient son cœur charitable, et en abusaient quelquefois.

    Quand, à la mort de son frère survenue en janvier 1916, il dut prendre en mains propres la direction du district de Bao-Nham, le grand mouvement de conversions qui avait suivi les troubles de 1885-1886 était amorti depuis longtemps ; mais par sa bonté, son entente des affaires, les services qu’il était toujours prêt à rendre soit aux chrétiens soit aux païens qui avaient recours à ses bons offices, il sut attirer à la religion des groupes assez importants de 10, 20, 40, 60 personnes et même davantage ; on a trouvé dans ses registres qu’il avait eu en quinze ans 1.678 baptêmes d’adultes. D’autres ont cueilli de plus grosses gerbes assurément, mais peu ont apporté à la moisson un dévouement plus entier et plus constant au milieu des traces et des difficultés de toutes sortes.

    Doué d’une complexion robuste, notre cher confrère semblait taillé pour vivre jusqu’à quatre-vingt ans ; et les violents accès de fièvre qu’il avait eus durant son séjour dans la région laotienne ne tiraient pas à conséquence. Or dans les derniers jours d’avril 1928 il vint à Vinh pour affaires. Il était bien portant comme à l’ordinaire, mais à la suite d’un refroidissement, il fut pris de fièvre, avec une fatigue générale très prononcée. Le 30 avril il entra à l’hôpital, où le médecin constata une congestion pulmonaire. Energiquement traitée dès le début, la maladie évolua normalement, elle était presque passée lorsque dans la nuit du 6 au 7 mai survint une violente crise d’urémie qui emporta le malade en vingt-quatre heures. Prévenu dès le matin , M. Delalex, curé de la paroisse de Vinh, lui administra les derniers sacrements ; il   avait encore sa pleine connaissance, mais elle diminua bientôt peu à peu, et notre cher confrère s’éteignit doucement vers six heures et demie du soir.

    Dès qu’ils eurent appris la mort de leur vénéré pasteur, les chrétiens de Bao-Nham accoururent à Xa-Doai pour demander la permission de ramener chez eux sa dépouille mortelle. Monseigneur le Vicaire Apostolique la leur accorda volontiers, et le 9 mai, après un service funèbre célébré dans la cathédrale par Sa Grandeur entourée de onze missionnaires et de douze prêtres indigènes ainsi que des élèves de nos deux Séminaires, le corps fut transporté à Bao-Nham où l’inhumation eut lieu le 10 mai.

     

     

    • Numéro : 1769
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1887