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Nicolas KIRCHER (1866-1898)

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    M. Nicolas Kircher, qui appartenait au diocèse de Metz, arriva le 16 mars 1891 à Tchen-tou, auprès de son vicaire apostolique, Mgr Pinchon, évêque de Polémium. Après quelques jours de repos, Monseigneur l’envoya, selon l’antique usage de la Mission, dans une honnête famille chrétienne, étudier la langue chinoise et se former aux us et coutumes du pays, sous la direction d’un confrère plus ancien, curé de la station.

    Au mois de juillet suivant, il fut chargé du district de Tsin-tchouan, situé au nord du Vicariat et dépendant de la préfecture de Long-yan. Pays froid et sec, climat sain, gens pauvres et simples, ce poste convenait admirablement au zèle et au tempérament de M. Kircher. Aussi remerciait-il le bon Dieu d’avoir été si bien placé, et plus tard il aimait à dire qu’il avait passé là le temps le plus heureux de sa vie.

    Pendant les cinq années qu’il demeura à Tsin-tchouan, il ne manqua jamais de visiter deux fois par an toutes les stations de cet immense district. Grâce à sa prudence et à sa fermeté, ses chrétiens jouirent d’une paix relative durant la bagarre de 1895 ; son oratoire et sa maison furent respectés. Les païens influents de la localité n’étaient pas sans former de noirs desseins contre lui. Leur éloignement dans les montagnes les mettait à l’abri des autorités de Long-yan, et semblait leur garantir l’impunité ; mais M. Kircher parla haut et ferme, et fit si bonne contenance que l’orage n’éclata pas.

    Peu de temps après, en 1896, le grand district de Yun-hien étant devenu vacant, M. Kircher descendit de ses montagnes pour occuper ce poste important. Il se montra digne du choix et de la confiance de ses supérieurs. Parlant bien la langue et très au courant des roueries chinoises, du reste bon et généreux, il sut tout de suite se faire aimer de ses chrétiens, craindre et respecter des mandarins de l’endroit.

    Très actif, il mit de la vie et de l’entrain dans les nombreuses stations qui venaient de lui être confiées. Dans ce nouveau district comme dans celui qu’il venait de quitter, il se distingua surtout par son zèle et sa charité envers les malheureux. Les taudis et les paillottes ne lui faisaient pas peur ; non content d’en visiter les habitants, il s’y installait gaiement quand son ministère l’exigeait. C’est dans une de ces visites qu’il contracta le germe du mal qui devait l’emporter.

     

    La fièvre typhoïde faisait de grands ravages dans la province. On rencontrait sur les routes de vraies processions de cercueils portés au cimetière. Le district de M. Kircher ne fut pas épargné. Dans une de ses stations, de nombreux chrétiens furent atteints et quinze moururent. Notre confrère se multiplia pour les assister. Il eut la consolation de les visiter tous et de les disposer à bien mourir. Mais il fut atteint lui-même par le fléau.

    Rentré chez lui après une de ces visites aux malades, il ressentit une fatigue extraordinaire. Un prêtre indigène, son voisin et son ami, étant venu le voir, M. Kircher fut si content de cette visite qu’il oublia un instant son mal. Du reste, il n’en connaissait pas la gravité, et il ne voulut point tout d’abord appeler le médecin pour ce qu’il croyait être une indisposition passagère.

    Cependant, le 15 mai, il commença à soupçonner la nature du mal, sans croire encore à la gravité de son état. Sur sa prière néanmoins, le prêtre chinois, M. Kao, resta pour le soigner et voir la tournure que prendrait la maladie. Le 16 et le 17 mai, les médecins qui avaient été enfin appelés espéraient encore le guérir ; mais la veille de l’Ascension, tout espoir disparut.

    Averti à temps par M. Kao, le cher malade se confessa et reçut les derniers sacrements, répondant lui-même aux prières de la liturgie. A huit heures du soir, il rendait paisiblement son âme à Dieu, en invoquant les noms de Jésus et de Marie. M. Kao, son ami, l’assista seul à ses derniers moments. Le confrère voisin, M. Carton, ne put venir qu’à son enterrement ; M. Kircher, ne se croyant pas sérieusement malade, avait formellement défendu de déranger les missionnaires voisins.

     

    L’enterrement fut très convenable, et revêtit même une certaine pompe. Non seulement les chrétiens du district du cher défunt se firent un devoir d’y assister en grand nombre, mais encore ceux des postes voisins s’y rendirent avec empressement. Il en vint de six à  huit lieues à la ronde. Les païens de la localité eux-mêmes se montrèrent respectueux envers la dépouille mortelle de ce noble étranger qui avait passé, au milieu d’eux, en faisant le bien et en prêchant une doctrine estimable. Le mandarin de Yun-hien ne put venir aux funérailles, mais il se fit représenter par un des officiers de sa maison, et envoya une escouade de soldats autant pour faire honneur au défunt que pour maintenir le bon ordre.

    Maintenant M. Kircher repose sur la colline où se trouve le cimetière de la station, au pied de la croix pour laquelle il avait tout sacrifié, au milieu de ses chrétiens qu’il a aimés, on peut le dire, jusqu’à la mort. Nous avons perdu en lui un confrère charmant, respectueux et obéissant envers ses supérieurs, humble et rempli de bonne volonté et de savoir-faire. Il nous a quittés pour un monde meilleur la veille de l’Ascension. Nous avons la douce confiance qu’en ce beau jour de fête Notre-Seigneur lui aura ouvert les portes du paradis, et l’aura mis en possession de la gloire promise au bon et fidèle serviteur.

     

    † J. DURAND,

    Évêque, vic. apost. du Su-tchuen occidental.

     

    • Numéro : 1906
    • Pays : Chine
    • Année : 1890