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François KÉROUANTON (1905-1982)

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    Enfance et jeunesse

    François Kérouanton naquit à Saint-Pierre-Quilbignon, près de Brest, le 11 septembre 1905. Après ses études primaires à Saint-Sau­veur de Brest et à Saint-Pierre de Plougastel, il poursuit ses études primaires supérieures à Angoulême (1918-1919) et à Saint-Nazaire (1919-1920). Pendant deux ans, il exerça la profession d’employé de bureau. Les documents en notre possession ne permettent pas de déterminer dans quelles circonstances il pensa à se destiner au sacerdoce et à la vie missionnaire. Toujours est-il qu’il prit contact avec la Société des Missions Etrangères et fut admis comme postulant. Comme il n’avait pas étudié le latin au cours de ses études, il fut envoyé en 1924 à l’Institution de Notre-Dame de Lourdes, à Changis en Seine-et-Marne, pour y compléter ses études et se préparer à entrer au séminaire. De fait c’est le 12 avril 1926 qu’il présenta sa demande et sur les bonnes recommandations du Supérieur de Changis, il fut admis le 17 avril. Dans sa lettre, le Supérieur dit de François Kérouanton que « c’est un jeune homme pieux, travailleur, d’intelligence moyenne... C’est un bon sujet, susceptible de devenir un très bon sujet ». Il entra effectivement à Bièvres le 10 septembre 1926, fit son service militaire de 18 mois, de novembre 1926 à mai 1928. Après quoi il rentra au séminaire pour y poursuivre ses études tant à Bièvres qu’à Paris jusqu’à son ordination sacerdotale qu’il reçut le 2 juillet 1933. Le jour même, le Supérieur général lui donna sa destination pour la Mission de Nanning, province du Kwang-Si, voisine de Canton, dans la Chine du Sud. C’est le 18 septembre qu’il quitta la France pour rejoindre sa mission ; il passa par Canton pour gagner Nanning.

    En mission

    Une fois arrivé à Nanning, capitale de la province et centre de la Mission, il se mit à l’étude de la langue chinoise. Pour ce faire, il fut envoyé avec son maître de langue au petit séminaire, du mois de novembre 1933 au mois de mars 1934.

    Une fois ce stage d’étude de la langue terminée, le P. Kérouanton fut dirigé vers la région nord-est de la mission dont le centre était Liu-Chow. Son « bagage » en chinois n’était pas encore très lourd. Aussi continua-t-il l’étude de la langue tout en faisant un peu de ministère. En 1935, à cause du départ du P. Cuenot, il prend en charge le district de Kiang-Chow qui comprend 4 sous-préfectures avec 746 chrétiens disséminés sur ce vaste territoire : ce qui vaut au P. Kérouanton de multiples et fatigants voyages pour assurer le mieux possible le soin spirituel de ses ouailles. A cette époque, de nombreux catéchumènes se présentent dans la région et il faut les instruire. On en compte 500 en cours de préparation au baptême. En cette année 1935, il peut administrer 110 baptêmes d’adultes. Le travail est accablant ; heureusement il est aidé par le P. Peyrat, chef du district voisin. En 1937, il marque une « pause » en allant au Congrès Eucharistique de Manille avec Mgr Albouis et quelques prêtres chinois. Ce fut une diversion plutôt qu’un repos. A son retour il retrouve ses occupations et ses soucis. Il se donne à plein à sa tâche mais ses forces faiblissent et en 1938, il se voit contraint d’aller se reposer pendant quelque temps à Béthanie (Hongkong). Cependant, cette année 1938 ne fut pas sans résultat. Pour l’ensemble du district il peut administrer 17 baptêmes d’adultes. L’année 1939 est marquée par des résultats plus importants. Il signale dans son compte rendu 37 baptêmes d’adultes, plus 42 « in extremis » et 288 enfants à l’article de la mort. De plus, il ouvre une nouvelle chrétienté à Napang. Là les catéchumènes étudient la doctrine avec ardeur pour se préparer au baptême. Le jeudi saint (1939), il a la joie d’en baptiser 30 bien préparés. Il remarque aussi que, dans la région, la Mission est considérée avec confiance et sympathie par les autorités. Ces quelques détails montrent que le P. Kérouanton travaille avec ardeur malgré les difficultés.

    À partir de 1940-41, les difficultés ne font qu’augmenter avec la guerre sino-japonaise. Les armées japonaises envahissent le pays, surtout les villes. Les communications sont coupées avec Nanning et c’est le P. Madéore qui administre toute la région nord-est. Les bombardements intenses font des dégâts considérables dans les villes, par exemple à Liu-Chow : les écoles sont fermées, les bâtiments endommagés, l’église détruite, la population évacuée : en un mot, toutes les misères qu’entraîne la guerre. Et il va en être ainsi jusqu’à la défaite japonaise, au mois d’août 1945. Pendant ces années difficiles, le P. Kérouanton continue son travail dans son district dont le centre est Eul-P’ai, à 120 km à l’est de Liu-Chow. Son district compte 946 chrétiens, éparpillés en de nombreux villages. D’où la nécessité de voyages fatigants, car les moyens de transport font défaut ou sont très irréguliers.

    Au mois de septembre 1947, le P. Kérouanton est envoyé à Tchong-Tu et le P. Leblanc est son vicaire. C’est un poste « tout neuf » situé à 80 km au nord-est de Liu-Chow. Il faut dire cependant que cette région avait déjà été un peu évangélisée par le P. Dalle, il y avait une quarantaine d’années, mais par manque de personnel on avait été obligé d’abandonner. Il ne restait que deux chrétiens à Tchong-Tu. En fait le P. Kérouanton n’alla pas d’abord dans cette localité, chef-lieu de la sous-préfecture, mais au marché de Pinchan. Voici ce que dit Mgr Albouy dans son compte rendu de 1948. « Voici quelle fut l’origine d’une forte impulsion vers le christianisme qui s’est tellement amplifiée que toute la sous-préfecture est ouverte au catholicisme. Un néophyte peu instruit et d’une région toute différente s’était rendu au marché de Pinchan où sa sœur était mariée. Avant chaque repas, il observait la pratique chrétienne du signe de la croix, ce qui le fit remarquer et lui donna l’occasion de se déclarer chrétien. Les quelques livres chrétiens qu’il possédait firent vite le tour du marché comptant environ 100 familles. D’autre part l’usage personnel qu’il faisait de quelques médicaments reçus de la mission attira l’attention des habitants sur les avantages matériels de la religion. La Providence fit tant et si bien qu’une liste de chefs de familles de l’endroit fut établie et notre néophyte se mit à la recherche d’un missionnaire. Il vint trouver le P. Madéore à Liu-Chow. C’est pourquoi le P. Madéore demanda au P. Kérouanton d’aller fonder un poste à Pinchan. Celui-ci s’y rendit accompagné d’un catéchiste et quelle ne fut pas sa surprise en arrivant dans cette localité d’y rencontrer, en plus du néophyte, un catéchumène des temps anciens baptisé en danger de mort depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui ce marché compte 64 familles de catéchumènes. Deux religieuses chinoises y assurent l’instruction chrétienne.

    Voyons maintenant la situation à Tchong-Tu-ville. Les relations de Pinchan avec le chef-lieu de la sous-préfecture furent l’occasion de notre installation dans cette ville. La petite maison achetée autrefois par le P. Dalle existait toujours et le gardien avait été fidèle à la surveiller. Mais elle était en piteux état et bien trop petite, étant donné le nombre des catéchumènes. Le propriétaire d’un vaste immeuble contigu au nôtre nous proposa de prendre son domaine sur hypothèque. L’offre fut acceptée et, après des réparations sommaires, on eut un local suffisant pour loger le missionnaire et son personnel catéchiste. Une grande salle fut aménagée en chapelle et deux autres pour l’instruction des catéchumènes. Ces catéchumènes formés par le P. Leblanc persévérèrent et il y a maintenant (1948) 116 baptisés. Deux religieuses chinoises assurent l’instruction des femmes, soignent les malades au dispensaire, et une pharmacie chinoise, tenue par un médecin récemment converti, fournit des médicaments.

    Bien sûr, tout cela fut connu dans la région et le canton de Ngan-Ngan envoya une députation aux missionnaires pour les inviter à venir chez eux. Au bout d’un certain temps, le P. Kérouanton put s’y rendre et constater que les désirs de conversion étaient sérieux. En février 1948, il put s’y installer à demeure et organiser l’instruction de tous ces braves gens parmi lesquels se trouvaient quelques notables, l’un représentant de la population locale et médecin, l’autre directeur de l’école primaire supérieure du canton.

    Pinchan, Tchong-Tu et Nang-Ngan sont trois centres chrétiens qui se développent dans les villages avoisinants. Mais le problème le plus difficile à résoudre est de trouver un personnel enseignant suffisamment qualifié, en dehors des catéchumènes (dont le bagage religieux est quand même sommaire). C’est encore à eux cependant que nous avons fait appel temporairement. Ils furent tous réunis à Tchong-Tu et avec le concours d’un prêtre chinois, nous leur donnâmes une instruction plus approfondie sur le catéchisme et l’Évangile. Nous eûmes ainsi une vingtaine de catéchistes munis d’un bagage doctrinal, encore rudimentaire il est vrai, mais suffisant pour faire connaître les vérités principales de notre religion.

    Actuellement (début de juillet 1948) il y a 351 baptisés dans la sous-préfecture de Tchong-Tu alors qu’ils étaient trois à notre arrivée en septembre 1947. » Tels sont les faits relatés par Mgr Albouy, reprenant lui-même les termes du compte rendu du P. Kérouanton.

    Peu à peu, les trois centres principaux se structurèrent pour assurer une meilleure instruction des catéchumènes en vue du baptême, mais aussi pour continuer la formation des néophytes. Il ne suffit pas de donner une instruction sommaire ; il faut ensuite « former » ces nouveaux chrétiens. Il faut peu à peu tendre à changer leur mentalité païenne pour faire naître une mentalité chrétienne en accord avec la doctrine de l’Evangile. C’est là un travail qui n’est jamais fini ; c’est là aussi que l’on sent le besoin de missionnaires que ce soit des prêtres, des religieuses ou des catéchistes bien instruits et convaincus. Bien sûr, la grâce de Dieu agit et on en constate les effets, mais les « instruments » humains sont également indispensables.

    Toute cette région du nord-est s’ouvrait à I’Evangile et tous les espoirs semblaient permis pour cette mission de Nanning si ingrate dans son ensemble. Hélas ! l’arrivée des communistes de Mao Tsé-Toung allait tout arrêter, sinon tout détruire ! Le P. Kérouanton n’était d’ailleurs plus dans cette région.

    En 1950, il fut appelé à Nanning pour prendre charge de la procure de la mission en remplacement du P. Costenoble. Il occupa cette fonction jusqu’au 14 juillet 1953, date à laquelle il fut expulsé de Chine en direction de Hongkong. Il avait donc travaillé dans la mission de Nanning pendant vingt ans.

    En France

     

    Arrivé en France le 25 août 1953, il prit un temps de repos bien mérité puis fut chargé de l’information en Bretagne et en même temps représentant des Œuvres Pontificales Missionnaires dans ce secteur. Il exerça cette fonction jusqu’en fin 1962.

     

    À Saïgon

     

    À Cholon, près de Saïgon, le Centre catholique chinois, fondé par les PP. Richard et Dozance, se vit privé du concours du P. Guy Marchant obligé de rentrer en France pour raison de santé. Comme il manquait de personnel, le P. Richard fit appel à la Société pour avoir de l’aide. Les Supérieurs pensèrent au P. Kérouanton et lui proposèrent ce poste qu’il accepta bien volontiers. Il partit pour Saïgon le 20 décembre 1962. Il enseigna le français à l’école Sainte-Thérèse et remplit diverses autres activités, s’occupant du cours de religion par correspondance et restant en contact avec les abonnés. Plusieurs d’entre eux arrivèrent jusqu’au baptême. Une fois encore il fut expulsé du Viêt-Nam en avril 1975, car les communistes qui avaient conquis le Sud Viêt-Nam ne pouvaient tolérer la présence d’étrangers, surtout celle des missionnaires.

    En France

     

    Arrivé en France, le P. Kérouanton, malgré ses 70 ans, n’avait pas l’intention de prendre sa retraite. Dès le mois de septembre, il accepta le poste d’aumônier de la Maison de retraite des Frères de Saint-Gabriel à La Peyrouse, au diocèse de Périgueux. Il exerça son ministère dans cette maison jusqu’au début de juin 1982. L’âge et les ennuis de santé s’accumulant, il se résigna à demander à être relevé de cette charge. Il quitta donc La Peyrouse le 7 juin pour se rendre à Montbeton où il ne passa que quelques jours. Transféré à Lauris le 18 juin, il fut pris d’un malaise le 2 juillet ; le 3, son état empira et un com­mencement d’hémiplégie se dessinait. Hospitalisé d’urgence à Pertuis, on ne put enrayer le développement de la maladie et il s’éteignit dans l’après-midi du dimanche 4 juillet.

    La brève évocation de la vie du P. François Kérouanton nous montre combien était grande son activité pendant les 20 années qu’il passa dans la mission de Nanning. Il déploya la même activité sur un autre plan pendant les 9 années où il fut affecté au service de l’information en Bretagne. Sa collaboration fut également intense et appréciée au Centre catholique chinois à Cholon. Et quel fut son ministère pendant les sept dernières années de sa vie en France ? Le Frère Supérieur de la Maison de La Peyrouse a bien voulu apporter son témoignage. Nous allons en relever les passages les plus significatifs qui nous feront mieux pénétrer la personnalité du P. Kérouanton. Voici donc ce qu’écrit le Frère Supérieur : « Je voudrais souligner que le P. Kérouanton était un homme de Dieu, zélé dans l’exercice de son ministère. Il participait à nos prières communautaires, était toujours disponible pour administrer le sacrement de pénitence, pour visiter les Frères malades : il était très accueillant pour quiconque. Il était toujours à l’heure pour les Offices religieux et quand il devait s’absenter, il pourvoyait toujours à la célébration de la messe quotidienne pour la communauté. Chaque dimanche, son homélie était soigneusement préparée et bien adaptée à son auditoire. Chaque fête liturgique un peu marquante était toujours soulignée par une brève exhortation pour dégager le sens liturgique de la fête et en tirer un enseignement pratique.

    Bien qu’essentiellement affecté au service de la communauté, il acceptait volontiers d’apporter son aide aux prêtres des environs, spécialement à l’occasion des grandes fêtes. Ceux-ci savaient qu’ils pouvaient compter sur lui. D’autre part, ils ne manquaient pas non plus de l’inviter à leurs réunions de secteur, car tous reconnaissaient qu’ils pouvaient bénéficier de son expérience.

    Dans la communauté, il vivait comme l’un de nous, n’étant exigeant pour quoi que ce soit, partageant notre table, et égayant nos repas par de bonnes histoires.

    Nous l’aimions tous et je crois qu’il se plaisait parmi nous. Mais il sentait que ses forces déclinaient, que sa mémoire fléchissait, que le moment était venu de céder la place. Depuis plusieurs mois il pensait à prendre sa retraite. Quand tout fut arrangé, il nous quitta le 7 juin 1982 pour se retirer dans une Maison de la Société des Missions Etrangères. Tous nous garderons un souvenir reconnaissant au P. Kérouanton. »

    De son côté, le Vicaire général de Périgueux écrivait au Père Supérieur général pour exprimer ses condoléances après le décès du P. Kérouanton : « L’aumônier très apprécié de la Maison des Frères de Saint-Gabriel. » Et il ajoutait : « Le P. Kérouanton était également très estimé de tous nos confrères du secteur. Son départ, motivé par l’âge et son état de santé, a été très regretté. »

    Cette brève notice nous montre que sa vie d’homme et de prêtre fut bien remplie. Puisse sa prière au ciel susciter des vocations pour que s’étende, en Asie et dans le monde, le règne du Christ.

    • Numéro : 3486
    • Pays : Chine Vietnam
    • Année : 1933