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Georges KERN (1851-1905)

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    « Georges Kern naquit à Forstheim (Strasbourg, Bas-Rhin) le 5 mars 1851, il entra au grand séminaire de son diocèse à la fin de 1871. Dix-huit mois plus tard, il était admis au Séminaire des Missions-Étrangères, après avoir opté pour la nationalité française. Ordonné prêtre le 22 mai 1875, il partit le 14 juillet suivant pour la Birmanie méridionale..

    « Après avoir appris l’anglais, il fut envoyé à Myaung-mya comme vicaire du P. Domingo Farolli, oblat de Marie, ancien membre de la mission italienne. A l’école de ce vénérable septuagénaire brisé aux labeurs apostoliques par quarante années de mission, M. Kern se forma vite au saint ministère. L’étude du birman ne fut pour lui qu’un jeu, et il put, au bout de quelques mois, prendre une part active dans l’administration du district. Il était heureux d’aider son curé et de procurer quelque repos à celui qu’il aimait comme un père. Fallait-il visiter une station, voler au secours d’un mourant à 10, 15 milles de Myaung-mya, le vicaire réclamait pour lui la corvée. Une fête allait-elle se célébrer, le vicaire était là pour recevoir les chrétiens du dehors, entendre les confessions, préparer les chants et les cérémonies. Quelques années se passèrent dans les douceurs de cette vie de famille ; mais le temps faisait son œuvre ; le pasteur de Myaung-mya s’affaiblissait à vue d’œil, et force lui fut de remettre la houlette entre les mains de son ami. Le saint vieillard se retira à Bassein, où il termina sa laborieuse carrière en 1882.

    « M. Kern, en prenant la direction du district qu’il connaissait et dont il avait déjà étudié les besoins, se décida à fonder des écoles sans le moindre retard. Il en établit d’abord au chef-lieu. La difficulté était de réunir les enfants des divers postes du district. Le missionnaire visita toutes les stations annexes, fit comprendre aux familles la nécessité de donner à leurs enfants une éducation sérieuse, de leur apprendre à lire et à écrire, et surtout de les mieux instruire de la religion. Il était entendu que les enfants passeraient six mois chez eux pour aider à la culture des champs, et six mois à l’école pendant la morte saison, et que ceux qui fréquenteraient l’école seraient nourris et habillés gratuitement, pour enlever aux familles tout prétexte de les retenir à la maison.

    « Encouragé par les promesses d’un grand nombre de parents, M. Kern ouvrit deux écoles, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons.

    « Bientôt les classes se remplirent et, en quelques mois, le missionnaire compta une cinquantaine d’élèves dans chaque école, à l’étonne­ment de tous.

    « Il était dansla joie ; mais ses provisions s’épuisaient rapidement, et il devait songer à assurer des ressources à ses deux petites communautés. Voici comment il s’y prit. Il tendit la main à ses bons Carians, chaque année, au lendemain de la moisson, et recueillit, en moyenne, 1.000 paniers de riz, c’est-à-dire, tout ce dont il avait besoin pour la nourriture des enfants pendant un an. L’entretien de sa famille scolaire de Myaung-mya lui fut dès lors facile.

    « Plusieurs des élèves de M. kern reçurent une instruction primaire très sérieuse, entrèrent à l’École normale, obtinrent leur brevet et remplissent aujourd’hui les fonctions d’instituteurs ou de catéchistes.

    « En 1886 et 1887, un mouvement de conversions se déclara dans toute notre mission. M. Kern, sans négliger l’amélioration de ses chrétiens, se consacra plus que jamais à l’œuvre de l’évangélisation des païens. Il baptisa un grand nombre d’adultes. Mgr Bigandet, qui l’avait pris en affection, dès son arrivée en Birmanie, disait de lui, dans son rapport annuel : « M. « Kern, à Myaung-mya, a infusé une nouvelle vie dans l’âme des anciens chrétiens ; il fait « germer la semence de la bonne nouvelle chez les païens, et ceux-ci semblent tout disposés à « se faire instruire et à recevoir le baptême. » Après avoir mentionné ses deux écoles, le vicaire apostolique ajoutait : « Son église, construite en bois du pays, est vieille ; les planchers « sont dévorés par les fourmis et elle menace ruine. Le zélé missionnaire a résolu d’en « construire une nouvelle en briques, pour en assurer la durée et la solidité. Il met sa confiance « en Dieu, puis en lui-même, en son indomptable courage. Je suis moralement certain qu’il « viendra à bout de son entreprise. »

    « M. Kern parcourut son district pour recueillir les fonds nécessaires à la construction de sa nouvelle église. Cette quête produisit la belle somme de 8.000 roupies Les païens donnèrent même plus que les chrétiens, qui sont généralement pauvres. C’est que les païens tenaient M. Kern en grande estime. Ils admiraient sa bonté naturelle, qui le portait à s’intéresser aux besoins de tous sans distinction. Notre confrère s’étant aperçu, un jour, que les autorités locales, par suite d’une fausse interprétation de la loi, se livraient à l’arbitraire, et tyrannisaient les pauvres Carians, crut de son devoir de défendre les opprimés et en appela au gouverneur, qui lui donna gain de cause. A partir de ce moment, les Carians le considéraient comme leur « sauveur » ; c’est le nom qu’ils donnent à quiconque les tire d’un mauvais pas, ou les préserve d’une calamité.

    « Cependant M. Kern s’était mis courageusement à l’œuvre pour bâtir son église. En six mois, elle fut terminée, et bénite ensuite par Mgr Bigandet.

    « Ce monument, élevé à la gloire du Dieu de l’Eucharistie, et dont le missionnaire fut toujours fier, a le privilège de ne blesser aucune règle d’architecture, car il n’est d’aucun style. M. Kern ne fut jamais architecte, moins encore peintre. Les murs de son église sont solides et braveront longtemps les tremblements de terre ; solide aussi, l’autel massif, également en briques et peint à l’eau de chaux, dont la blancheur est relevée par quelques bandes jaunes et bleues, qui entourent le tombeau.

    « Après Mgr Bigandet, donnons au cher défunt ce certificat : « Il a fait une église solide et durable. »

    « M. Kern aimait le travail. Pendant la saison des pluies, il se livrait avec passion à l’étude des langues et des ouvrages littéraires. Les heures libres du jour ne lui suffisant pas, il restait en tête à tête avec ses livres et ses cahiers jusqu’à 11 heures et minuit. Il connaissait à fond la langue birmane, et travaillait, de concert avec le P. D’Cruz, à la tra­duction du Nouveau Testament.

    « La première partie terminée, il en surveilla l’impression et en corrigea les épreuves. Après avoir revu le livre des Prières, il en fit une nouvelle édition.

    « Malgré son ardeur au travail et le plaisir qu’il goûtait à feuilleter grammaires et dictionnaires, il était enchanté de recevoir les confrères qui venaient lui rendre visite. Sa généreuse hospitalité était connue de tous.

    « Les jeunes missionnaires qui ont été s’initier près de lui aux premiers éléments de la langue, ont gardé le meilleur souvenir de leur séjour à Myaung-mya.

    « Pendant l’hiver et la belle saison, M. Kern donnait libre carrière à son zèle, parcourait tous les postes de son district, catéchisait, prêchait, discutait avec une ardeur incroyable. Il avait plus de 3.500 chrétiens dans un rayon de 60 à 70 milles autour de sa résidence, et pour les visiter, il devait voyager en barque sur les cours d’eau qui sillonnent le pays en tous sens. Il passait parfois dix à quinze heures dans un canot birman, ramant souvent lui-même, sous les rayons brûlants du soleil, pour accélérer la marche, aider ses pauvres bateliers épuisés, ou lutter contre la marée.

    « Il était convaincu que ni la fatigue ni les privations ne causeraient jamais un sérieux préjudice à sa forte constitution. Quand il n’avait à manger que du riz avec de petits poissons pourris ou des herbes de la forêt, il trouvait ces mets délicieux, comme s’il eût été à table d’hôte. Il ne demandait aux cordons bleus du pays, que la quantité. Si, pour une cause ou pour une autre, l’heure du repas était retardée, il supportait gaîment la faim, en promettant à son estomac de le dédommager quand le moment serait venu. Il n’a jamais assez ménagé ses forces, on peut le dire. Il a fait des imprudences, sans se rendre compte à lui-même des conséquences qu’elles devaient avoir pour sa santé. Ce sont ses excès de travail et de zèle qui l’ont obligé à déposer les armes avant le temps.

    « Depuis quelques années, il éprouvait soit la fièvre, soit la diarrhée, soit le manque d’appétit, ou encore un malaise passager ; mais ces petits désordres physiques ne l’étonnaient point, et il eût rougi de se croire malade pour autant. Un changement de nourriture ou un peu de repos le remettait à flot.

    « En mai dernier, à l’époque des premières pluies, il fut saisi d’une forte diarrhée, qui, au bout d’un certain temps, dégénéra en dysenterie. Il eût dû comprendre alors, malgré sa vaillance, que la bataille était sérieusement engagée et que son cas était grave ; mais non, il ne pouvait croire à un danger réel.

    « Vers la mi-juillet, il vint à Rangoon pour interjeter appel d’une sentence portée contre plusieurs de ses chrétiens, et consulta un avocat catholique au sujet de cette affaire. La maladie dont il était atteint le faisait souffrir de jour en jour davantage, et il dit à un confrère : « Puisque je suis à Rangoon, je ferais bien de voir un docteur. » Mais il n’en vit aucun, et s’en retourna chez lui. Le 22 juillet, il se rencontra avec Mgr Cardot à Bassein. Sa Grandeur remarqua qu’il paraissait indisposé, mais ne soupçonna nullement qu’une catastrophe fût imminente. Le 29, il recevait à Myaung-mya la visite de M. Rœdel, ingénieur allemand, qui était son ami et résidait à Bassein. Ils passèrent ensemble la journée du dimanche 30 juillet. Le lendemain matin, on trouva M. Kern sur son lit, inerte et incapable de parler. M. Rœdel, jugeant avec raison que rien ne pouvait être tenté à Myaung-mya pour sauver son ami, résolut de le transporter immédiatement à Bassein, où les médecins lui prodigueraient leurs soins, s’il en était temps encore. A son arrivée à Bassein, notre confrère avait repris connaissance, et se rendait compte de la gravité de son état. M. Rœdel voulut qu’il fût soigné dans sa propre maison. Le docteur de l’hôpital, appelé en toute hâte, déclara que M. Kern, atteint d’une dysenterie aiguë d’un caractère infectieux, ne pourrait pas guérir.

    Cependant, M. Cartreau s’était rendu auprès du cher malade, et avait été bientôt rejoint par MM. Rieu, Provost et Billé. Le mourant se confessa à M. Provost, et reçut l’extrême-onction le 3 août. Quelques instants après, il rendait son âme à Dieu.

    « Ses funérailles eurent lieu le 4 août à 5 heures du soir, au milieu d’un grand concours de fidèles. À la tête du cortège se trouvaient M. et Mme Rœdel qui avaient soigné le cher défunt avec un dévouement admirable, dont les missionnaires de Birmanie leur seront éternellement reconnaissants. »

    • Numéro : 1258
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1875