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Robert KELLER (1885-1963)

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    Robert KELLER est né à Soultz, dans le diocèse de Strasbourg ; le 18 février 1885 ; de parents profondément chrétiens qui donnèrent trois de leurs fils à l’Église, dans la Société des Missions Étrangères de Paris.

    Après sept années d’études secondaires à Belfort, il fut admis au séminaire de la rue du Bac, le 13 septembre 1906. Sous-diacre le 18 décembre 1909, il fut ordonné prêtre le 24 septembre 1910 et reçut son affectation pour le vicariat apostolique de Saïgon. Le 11 décembre 1910 il s’embarqua à Marseille.

    Arrivé en Cochinchine il y retrouva ses deux frères. L’aîné, Charles, travaillait depuis quelques années déjà dans la mission du Cambodge. Le cadet, Adolphe, était depuis trois ans dans la mission même de Saïgon ; après de longues années passées dans la chrétienté de Cai Be, où il édifia la plus belle église de Cochinchine, il fut l’une des premières victimes missionnaires de la rébellion vietminh : il fut massacré le 24 décembre 1945, le matin même du jour où les troupes françaises devaient libérer sa paroisse.

    Dès son arrivée, le jeune Père Robert KELLER fut envoyé à Cai Mon, la plus belle des chrétientés de l’époque, comptant plus de cinq mille fidèles ; elle s’honore d’avoir donné à l’Eglise deux Bienheureux martyrs ; pendant plus d’un siècle elle servit de « moule » pour la formation des jeunes missionnaires.

    Après avoir occupé plusieurs postes, il tomba gravement malade en 1921. Il dut rentrer dans son Alsace natale en 1922 et y resta deux ans. A son retour en mission, en 1924, il fut nommé à Bung, belle paroisse de deux mille chrétiens, à 24 kilomètres de Saïgon. où il résida pendant près de quarante années, jusqu’à sa mort.

    Faible de santé, il eut toujours à souffrir de troubles gastriques. et d’insomnies rebelles ; son hypertension le soumettait à un régime sévère. Mais il tint hon, avec le sourire ; il était gai et aimable avec tous, si bien que son dernier vicaire, un jeune prêtre vietnamien ordonné en 1952, refusa à plusieurs reprises un poste de curé pour avoir le plaisir de rester avec lui jusqu’à sa mort.

    Chef de district, jouissant des revenus d’une plantation d’hévéas. le P. KELLER fut grand constructeur d’églises, avant et pendant la deuxième guerre mondiale. Malheureusement quatre de ces églises furent incendiées et partiellement détruites par les rebelles, avant même d’avoir été bénites.

    Pendant la période tragique qui suivit la capitulation japonaise, de 1945 à 1950, il fut le seul missionnaire à rester à son poste, malgré l’insécurité de sa région qui fut, de tout temps et surtout alors, une des plus troublées du Sud-Vietnam. Le quadrilatère Formé par son église, le presbytère, la maison des religieuses et les écoles, entouré de fils de fer barbelés, était défendu par quatre blokhaus où ses chrétiens armés veillaient nuit et jour. Pendant la journée, il pouvait vaquer à son ministère, à condition de ne pas trop s’éloigner du centre de la paroisse ; mais les nuits étaient bien souvent angoissantes. Son garage, qui abritait sa voiture, tout près du presbytère, fut incendié ; les murs de l’église et de la cure furent criblés par les balles viet-minh, qu’à plusieurs reprises il entendit siffler à ses oreilles, quand à la tombée du jour il voulait chercher un peu de fraîcheur dans son jardin. Gardé d’abord par les Japonais, ensuite par les Français, puis par ses chrétiens, protégé toujours par son Ange Gardien, il sut, au plus fort des assauts répétés et au milieu des nuits les plus agitées, faire preuve d’un courage calme et tranquille ; ce qui lui valut la Croix de guerre française, qu’il ne porta d’ailleurs jamais.

    Plus que l’admiration officielle il apprécia l’affection de ses chrétiens, et même de certains chefs rebelles, qui vinrent parfois lui demander des conseils, qu’ils se gardaient bien de suivre, malheureusement. Ses noces d’or sacerdotales, qu’il fêta en 1960 dans sa paroisse, furent un triomphe pour ce saint prêtre et ce charmant confrère : « Avec des missionnaires tels que lui, les Supérieurs n auraient pas beaucoup de soucis ».

    À partir de 1960, il commença à sentir sérieusement le poids des ans ; si son intelligence gardait toute sa clarté, sa mémoire devenait défaillante. Il restait dans sa cure, entouré de l’affection de ses paroissiens. En 1961, comme il se sentait plus fatigué, il alla demander quelques soins à l’infirmerie des missionnaires, au grand séminaire de Saïgon ; il n’y séjourna pas longtemps, car ses chrétiens, qui venaient souvent le voir, se rendant compte qu’il n’avait pas besoin de soins spéciaux, l’enlevèrent pour pouvoir le soigner chez eux.

    Dans la deuxième quinzaine de mai 1963, il est à bout de souffle. On l’amène à la clinique Saint-Paul de Saigon ; il se nourrit difficilement, et encore son estomac ne peut-il rien garder ; les analyses médicales décèlent une forte dose d’urée ; il n’y a plus d’espoir. Le dimanche 2 juin, le R. P. DOZANCE, supérieur régional, lui administre les derniers sacrements, qu’il reçoit en toute lucidité, en répondant aux prières. Le mercredi 12 juin, il est ramené dans sa paroisse ; et le 17 juin il s’éteint doucement Sans heurt ni souffrance.

    Le lendemain, S. Exc. Mgr NGUYEN VAN BINH, archevêque de Saïgon, les PP. DOZANCE, de MONJOUR, RENAUD, TROGER, de nombreux prêtres vietnamiens et toute la paroisse assistent à la mise en bière. Les obsèques ont lieu le jeudi 20 juin ; les cérémonies sont assurées par les prêtres originaires de la paroisse ; Mgr BINH donne l’absoute. Le P. Robert KELLER repose désormais devant son église, en face de la grotte de Lourdes qu’il avait édifiée : « Euge serve bone et fidelis ».

    • Numéro : 3095
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1910