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François JUMENTIER (1874-1909)

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    Francisque Jumentier naquit à Chartres (Eure-et-Loir), le 1er octo­bre 1874. Ses parents l’obtinrent de Dieu par leurs prières, lorsqu’ils étaient déjà avancés en âge. Nouveau Samuel, l’enfant avait été, dès avant sa naissance, voué par sa mère au service des autels. Tout jeune, Francisque fut placé à la maîtrise de la cathédrale. L’amour du temple, comme aussi le goût des choses saintes, firent naître en lui une vocation bien marquée pour le sacerdoce. Sa nature ardente goûta de bonne heure l’attrait des missions lointaines.

    Il prit lui-même le parti d’aller demander à son évêque la permis­sion de se rendre à la rue du Bac. Il a plusieurs fois raconté la scène dramatique de cette entrevue qui fut courte et se termina par un refus catégorique : « Jamais vous n’aurez cette permission, ne m’en reparlez plus », lui dit encore le prélat en le congédiant.

    S’il n’en reparla plus, on dut parler pour lui, car, peu de temps après il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. C’était le 12 septembre 1894. Il y fut ce qu’il avait été à Chartres : pieux séminariste, bon camarade, d’une gaîté franche et de bon aloi, ayant toujours un bon mot pour égayer la conversation et rendre sa compagnie agréable.

    Ordonné prêtre le 27 juin 1897, il reçut sa destination pour la mission de la Birmanie méridionale, partit le 25 août et arriva à Rangoon au mois de septembre de la même année. Il ne fit à la capitale qu’un stage assez court, suffisant toutefois pour vaincre les premières difficultés de la langue anglaise. Puis il fut envoyé à Nyaing-lebin alla d’y commencer l’étude du birman : « Je passais neuf heures par jour à l’étude de la langue », disait-il plus tard à un jeune missionnaire qui lui était confié. Semblable application, jointe à des talents peu ordinaires, le fit bientôt remarquer de ses supérieurs. Volontiers ils accédèrent à sa demande d’aller essayer la fondation d’un nouveau poste au nord-est du vicariat dans les montagnes qui séparent la Birmanie du Siam. Les pénibles débuts de son installation à Kyaü-ki avaient fait place à un espoir sérieux de conversions et le jeune apôtre allait voir ses rêves se réaliser, quand la malaria, si commune en Birmanie, surtout dans les montagnes, l’obligea à battre en retraite.

    Envoyé alors à Bassein, comme assistant du vénéré M. D. Cruz et, plus tard, de M. Ch. Lefebvre, il fait preuve d’un zèle éclairé et d’un grand esprit d’initiative, toujours marqué au coin d’un bon sens admirablement pratique. Aussi lorsque le poste voisin de Paüsembé devient vacant, on n’hésite pas à le lui confier. Cependant M. Lefebvre est malade : il faut un titulaire au poste important de Bassein. M. Jumentier est l’homme tout trouvé. Notre confrère sut triompher des difficultés inséparables d’une période de transition, voire de trans­formation comme celle que subirent les œuvres d’ordre général fondées à Bassein. Il ne resta que cinq ans à Bassein, assez cependant pour y laisser un souvenir ineffaçable. C’est à lui que l’on doit le nouveau presbytère et l’ingénieux aménagement du noviciat-école de nos Sœurs indigènes.

    Bien que toujours d’une santé délicate et souffrant de la poitrine, M. Jumentier ne voulait jamais entendre parler de repos ni de ména­gements. A qui le taxait d’imprudence il répondait que « sa vie devant être courte, il devait travailler double ». Un jour vint où le mal qui le consumait se compliqua encore d’une hernie qui lui enlevait toutes ses forces. Pour les recouvrer et se rendre utile quelque temps encore à sa mission, il consentit à un voyage en Europe. L’opération réussit et bientôt notre confrère rentra dans sa mission. C’était en 1904.

    À l’extrémité sud du vicariat, sur la côte de Ténassérim, il y avait eu des missionnaires, jusqu’au jour où Mgr Bigandet, de vénérée mémoire, venant de la presqu’île malaise pour établir son siège à Rangoon, les emmena avec lui. C’était en 1856. Depuis lors, seule la paroisse de Mergui avait un titulaire chargé de visiter, une fois par an, les chrétiens perdus dans cet immense territoire. Le poste étant devenu vacant, M. Jumentier, à son retour de France, s’offrit pour l’occuper.

    Il aurait pu se fixer à Mergui même, où il aurait joui de l’air pur de la mer et mener une vie paisible, en même temps qu’utile, dans une paroisse comptant 200 ou 300 âmes. Ce n’était pas suffisant pour sa nature ardente. Il veut en effet rendre son ancienne splendeur à la mission cariane de Ténassérim. Kadé est l’endroit indiqué pour en devenir le centre. La chapelle est encore debout, mais à peu près hors d’usage. Quelques pauvres maisons, voilà tout ce qui reste de l’ancien village chrétien. Tout autour, c’est la forêt. Notre confrère la fait défricher, désigne l’emplacement d’une nouvelle église qu’il bâtit dans l’espace d’un an, et, tout occupé aux plans d’installation définitive, il vit quatre années durant dans une petite cabane au sommet de la colline. Il est lui-même son propre cuisinier, lave son linge au torrent, mène une vie d’ermite, groupe les chrétiens en villages, forme les enfants aux chants de l’église, et a la joie, avant de mourir, de pouvoir leur ouvrir des écoles. Aujourd’hui la mission de Ténassérim est reconstruite. Kadé en est le centre, comme aussi la résidence fixe d’un missionnaire et d’un prêtre indigène.

    Tous ces travaux avaient de nouveau épuisé la santé délicate de notre confrère. Il voulut essayer d’un séjour dans l’Inde et, le 11 sep­tembre 1908, il partait pour le Sanatorium Saint-Théodore. C’est là qu’il a rendu son âme à Dieu le 6 avril 1909.

    Nous laissons ici la parole à M. Bonnétraine, supérieur du sanato­rium : « Le samedi soir, 4 « avril, M. Jumentier descendait encore avec nous au réfectoire, mais il sembla n’avoir pas « grand appétit. La nuit suivante fut mauvaise. Dès le matin il appella M. Chanal afin de « l’aider à s’asseoir sur son lit. Voyant que le malade souffrait beaucoup, je lui parlai de la « gravité de son état et l’engageai à se confesser. Il le fit après quelques minutes de « préparation. Il me dit ensuite : « N’attendez pas beaucoup pour me donner l’Extrême-« Onction. » Je lui répondis que j’y songeais, mais que, le médecin devant venir d’un moment « à l’autre, il valait mieux attendre un peu pour connaître son avis. « Bien, me dit-il, donnez-« moi du papier et un crayon. ll traça alors d’une main assez ferme les lignes sui­vantes : « Télégraphiez à Mgr Cardot : demande votre bénédiction en mourant et pardon à tous les « confrères. » Il voulut également envoyer un court adieu à sa mère bien-aimée. Puis il me « dit : « Père Bonnétraine, je suis content de mourir. » Je l’engageai à offrir sa vie pour sa « chère mission : ce qu’il fit avec une grande ferveur.

    « Le médecin, un bon catholique, arriva quelques instants après. Dès qu’i1 vit le malade, je « pus lire sur sa physionomie qu’il n’y avait plus d’espoir. M. Jumentier, d’une voix « impérative, lui dit : « Docteur, combien de temps pensez-vous que je vive encore ? répon­« dez-moi. » M. Chanal voulait intervenir pour tirer le médecin d’embarras. « Taisez-vous, lui « dit M. Jumentier. Docteur, répondez-moi. » Ce dernier, après un moment de réflexion, lui « dit : « Vous en avez pour deux jours. » En sortant, il ajouta qu’il fallait donner les derniers « sacrements, car il pouvait mourir d’un moment à l’autre. Aussitôt j’apportai le saint viatique « à notre cher confrère, et lui administrai l’Extrême-Onction.

    « La nuit suivante fut assez bonne. Mais le mardi soir, la voix devint plus faible et, vers 4 « heures, voyant le froid le gagner et la sueur dégoutter de son front, je l’avertis une dernière « fois de sa fin et lui donnai une nouvelle absolution. Il avait encore toute sa connaissance, « mais ne pouvait articuler une parole. Peu après, le front appuyé sur le bras de M. Chanal, il « mourait sans agonie, et si doucement que nous eûmes peine à le remarquer. C’était le 6 avril.

    « Plusieurs fois, pendant sa maladie, je lui posais la question : « Souffrez-vous beaucoup ? « — Oui », disait-il, et c’était tout. Pas une plainte, pas un mot d’impatience. Nous avons été « tous édifiés par sa vie et par ses derniers moments.

    « M. Jumentier parlait peu aux hommes, mais beaucoup à Dieu. A moins d’impossibilité « absolue, il disait tous les jours sa messe avec grande dévotion. Il allait réciter son bréviaire à « la chapelle et souvent, même dans les derniers jours de sa vie, je l’y ai surpris faisant le « chemin de la croix. Il aimait sa mission : son grand regret était d’en être éloigné. Il se « consolait en priant et en souf­frant pour la conversion de la Birmanie. »

     

     

    • Numéro : 2317
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1897