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Robert JUIGNER (1917-2013)

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    Robert Marie Joseph Juigner naquit à Angers le 23 décembre 1917 et fut baptisé le 26 décembre  en l’église Sainte-Madeleine du Sacré-Cœur à Angers. Ses parents, Marcel Juigner et Madeleine Lebreton, eurent 8 enfants, 2 fils et 6 filles. Monsieur Juigner, qui exerçait la profession d’horticulteur-paysagiste, décéda en 1926. Les deux fils Juigner devinrent prêtres, Robert en 1943, et Michel en 1957, dans l’ordre des Capucins.

    Après des études secondaires au Petit séminaire de Mongazon, à Angers, de 1926 à 1935, le jeune Robert entre au Grand séminaire d’Angers en octobre 1935. Il y étudie la philosophie  pendant deux années universitaires, reçoit la tonsure et les 2 premiers ordres mineurs. Avec l’autorisation de l’évêque d’Angers, Mgr Joseph Rumeau, qui l’excardinera formellement le 14 mai 1938, le jeune clerc demande à entrer aux Missions Etrangères. Il est admis comme aspirant le 7 juillet 1937 et il entre le 17 septembre 1937 au Séminaire des Missions Etrangères. Après qu’il sera devenu possible pour les membres des Missions Etrangères d’être incardinés dans leur diocèse d’origine, le Père Juigner obtiendra d’être réincardiné à Angers.

    Le supérieur d’Angers le décrit en juillet 1937 comme « Un sujet très recommandable. Il est pieux, intelligent, travailleur, a bonne santé. Sa mère, veuve, excellente chrétienne, élève parfaitement ses enfants. La physionomie de l’abbé paraît un peu sombre, sa tenue un peu négligée : ce sont les seuls défauts notables que je lui connaisse. Il a convenu avec moi qu’ils n’empêchent pas de faire un bon missionnaire. »

    Robert Juigner part au service militaire en octobre 1938 et la guerre éclate alors qu’il est encore sous les drapeaux à Tours, où il séjourne de novembre 1938 à octobre 1939. Prisonnier de l’armée allemande de mai 1940 à décembre 1941, il revient au séminaire le 22 février 1942, âgé de 25 ans, et il reprend sa formation au sacerdoce.

    Le 5 novembre 1942, Robert Juigner écrit dans sa lettre de demande du sous-diaconat : « Je sais que la vie où je m’engage est semée de croix et d’épreuves mais je compte sur la grâce de Dieu pour les porter vaillamment et j’espère que Dieu les fera servir au bien des âmes qui mes seront confiées. C’est uniquement pour le service de Dieu, pour procurer sa gloire et pour sauver des âmes que je veux me faire prêtre et missionnaire »

    Il est ordonné prêtre le 29 juin 1943 en l’église Saint-Joseph des Carmes à Paris par Mgr Alphonse Gaudron, évêque d’Evreux, et il est destiné à la mission de Kweiyang (Guiyang), en Chine. Il quitte le Séminaire en février 1944 et il est agrégé à la Société le 15 avril 1944, mais il est durablement empêché de se rendre dans sa mission par la guerre et puis par la rareté des moyens de transport vers l’Asie. Enfin, le 19 mars 1946, le Père Juigner part pour la Chine. Il a 29 ans.

    Arrivé à Kweiyang (Guiyang), capitale de la province du Guizhou, en juillet 1946, le P. Juigner y apprend le chinois. Le vicaire apostolique, Mgr Jean Larrart (1884-1966), mep, l’envoie comme vicaire à Anshun en octobre 1947. Il y travaille jusqu’à ce que les autorités communistes l’empêchent d’exercer son ministère, avant de l’expulser du pays. Il est d’abord emprisonné à Anshun, et ensuite à Chongqing. Sa résistance à l’endoctrinement communiste décourage ses geôliers. Après 10 mois de prison, il est conduit manu militari jusqu’à Hongkong, où il arrive le 18 mars 1952. Les 6 années à peine que Robert Juigner passa en Chine le marquèrent profondément, il restera attaché toute sa vie aux chrétiens et aux prêtres qu’il avait connus à Anshun.

    Après quelques mois de repos à Hongkong, le P. Juigner se rend au Japon, où les supérieurs de la Société ont décidé de l’envoyer, au service du diocèse de Tokyo. Il a alors 35 ans et il arrive à Tokyo le 10 juin 1952. Après un semestre d’étude de la langue japonaise à Kiyose, il est nommé vicaire à Tokuden, fin décembre 1952. Il en devient le curé en 1956 et y reste 10 ans, jusqu’en septembre 1962. L’archevêque de Tokyo le nomme alors curé d’Akitsu, où il reste également 10 ans.

    En 1972, le Père Juigner, âgé de 55 ans, est envoyé à Hakodate (diocèse de Sapporo), situé tout au nord du Japon, plus pauvre en clergé que Tokyo, par décision du conseil régional MEP avec l’accord de l’archevêque de Tokyo et de l’évêque de Sapporo, qui le nomme curé de Yakumo, petite ville au bord du Pacifique, en juillet 1972. Il restera 22 ans au service de cette paroisse fondée en 1957.

    En juin 1994, l’archevêque de Tokyo, Mgr Shirayanagi, invite le Père Juigner, qui approche de son 77ème anniversaire, à revenir dans son diocèse pour y prendre une retraite bien méritée. En fait, il n’y restera que quelques mois, à Fussa, auprès du Père Yamané, un jeune prêtre qu’il avait guidé vers le sacerdoce. En effet, il accepte de reprendre du service comme aumônier de la léproserie appelée « Fukusei », ce qui signifie « vie nouvelle », à Kôyama, dans la commune de Gotemba. Le Père Juigner se trouve ainsi dans le diocèse voisin de Yokohama, où un groupe de MEP travaillait encore à cette époque.

    Il s’installe donc à Kôyama dans un ensemble comprenant un hôpital récemment construit et une léproserie, fondée autrefois par le Père Germain Testevuide (1849-1891), mep, où vivaient une trentaine de résidents, mais qui en avait accueilli autrefois plus de cent. Le tout était dirigé et animé par une douzaine de religieuses japonaises de la Congrégation du Christ Roi. Elles tenaient à ce qu’un MEP fût leur aumônier, pour s’occuper des lépreux.

    Le père Juigner était un dessinateur infatigable célèbre pour ses « découpages  animés » et ses illustrations bibliques. Avec ce matériel il organisait des tournées de spectacles destinés à la catéchèse enfantine mais en même temps des adultes qu’il rencontrait notamment grâce aux jardins d’enfants paroissiaux. Il était aussi en relation avec des centaines de personnes auxquelles il envoyait les cartes, calendriers et textes illustrés par ses soins. Il avait une dévotion particulière pour le mystère de Noël.

    Une des joies de la vieillesse du Père Juigner fut de pouvoir renouer des contacts avec la chrétienté du diocèse de Guizhou et de pouvoir se rendre à Anshun au début des années 1990. Il tint à se rendre à Rome en 2000 pour assister à la canonisation des martyrs de Chine le 1er octobre.

    Début 2003, le Père Juigner doit être opéré à une jambe et il perd une grande partie de sa vue en raison d’une dégénérescence maculaire. Il revient en congé en France en mai et il célèbre ses 60 années de sacerdoce. Un traitement approprié stabilise sa capacité visuelle. Il retourne au Japon et il pourra se remettre à lire sur un écran géant grâce à un dispositif informatique mis au point spécialement pour lui. Avec l’aide d’un de ses neveux, le Père Juigner crée en 2007 un site internet destiné à diffuser en France ses œuvres graphiques. Un groupe de catholiques japonais l’assiste fidèlement dans sa volumineuse correspondance. Malgré les nombreux maux dont il souffre, il reste optimiste et joyeux.

    Le 29 octobre 2007, âgé de 90 ans, le Père Juigner quitte le Japon, où il a vécu 55 ans, pour se retirer définitivement en France, dans son Anjou natal afin d’être auprès de sa famille. Après avoir séjourné dans la maison pour prêtres âgés Saint Michel à Beaupréau, il entre en avril 2009 à la maison de retraite de Sainte Marie la Forêt, à Angers. Puis il souhaite retrouver des confrères des Missions Etrangères et demande à entrer dans la maison Saint Raphaël de Montbeton. Il s’y installe en novembre 2012. Au printemps de 2013, sa santé se dégrade fortement et il décède le 13 mai, dans sa 96ème année, peu avant son 70ème anniversaire de sacerdoce.

    • Numéro : 3699
    • Pays : Japon
    • Année : 1946