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Joseph JUERY (1877-1932)

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    M. Joseph-Marius Juéry, né le 29 juillet à Réquista, diocèse de Rodez, appartenait à une famille nombreuse, aisée, adonnée à la culture d’un vaste domaine, où les traditions de foi et d’autorité étaient en honneur.

     

    Tout jeune il fut envoyé au petit Séminaire Saint-Pierre, où il fit toutes ses études classiques. Grand cœur, ouvert aux généreux enthousiasmes, il rêva un moment, pendant ses humanités, d’embrasser la carrière des armes. Mais c’est dans sa milice que Dieu l’appelait, et il entra au grand Séminaire de Rodez.

     

    En 1900, la solennelle béatification de nos martyrs suscita un certain nombre de vocations à l’apostolat en pays infidèle : M. Juéry fut du nombre de ceux qui entendirent l’appel divin. Devant l’opposition tenace de son père, le jeune clerc fit semblant d’abandonner son projet : puis, à la rentrée des cours, au lieu de revenir ­au grand Séminaire de Rodez, il fila sur Paris et se présenta à la rue du Bac, sa lettre d’admission en main. Grande fut la colère du papa, qui s’en fut parlementer avec M. le Supérieur : d’abord il parla haut, puis le ton se radoucit et finalement il accepta avec résignation le fait accompli.

     

    Les deux années que M. Juéry passa à Paris furent deux années de sérieuse préparation au sacerdoce et à l’apostolat : ses notes de retraite en font foi. Le 22 juin 1902, il était ordonné prêtre et, le 23 juillet suivant, quittait Paris à destination de la Birmanie Septentrionale.

     

    Arrivé à Mandalay dans les premiers jours de septembre, il y resta jusqu’à la retraite en novembre, juste assez de temps pour prendre un petit vernis de langue anglaise. A la retraite de 1902, Mgr Cardot, alors administrateur de la Mission, l’envoyait à Bhamo avec M. Delort ; lui était destiné aux Katchins et M. Delort aux Shans. C’est dans ce district de Bhamo que M. Juéry devait se dépenser jusqu’à l’épuisement complet de ses forces en 1927.

     

    Sa venue fut saluée avec joie par un missionnaire au grand cœur, M. Accarion, qui était alors à la tête de ce district et réclamait du renfort à con et à cri. Plein de force et d’entrain, M. Juéry se mit aussitôt à l’œuvre ; très vite il s’assimila la langue katchine, qu’il devait parler plus tard avec beaucoup d’aisance et de maîtrise. Peu de temps après son arrivée, des katchins du sud-est de Bhamo vinrent chez M. Accarion pour le prier d’aller s’établir chez eux : très occupé il y envoya M. Juéry, se promettant de le rejoindre bientôt. Le jeune missionnaire partit, s’installa à Mansi, en pleine forêt, sous un arbre, se mit à faire des plans de construction, et, comme son curé tardait à venir, il résolut de bâtir lui-même une maison-chapelle. Quand M. Accarion y arriva tout était fini.

     

    Malheureusement, l’endroit était fort malsain. M. Juéry  éprouva de fréquents accès de fièvre, et en 1904, il fut à deux doigts de la mort : il s’en tira par miracle. L’expérience ayant démontré qu’il était préférable d’amplifier le mouvement de conversions sur les montagnes, M. Juéry quitta à regret ses katchins de la plaine, et alla près de son compatriote et ami, M. Gilhodes, premier apôtre des Katchins montagnards. Il s’installa à Mahtang où il succéda au zélé M. Faucheux. Il y trouva les mêmes difficultés que dans la plaine ; les païens se tenaient à l’écart, et les néophytes demeuraient encore trop influencés par la crainte des esprits. Il fallut bien reconnaître que le Katchin n’avait pas l’âme si simple et si droite qu’on l’avait cru tout d’abord. De toute évidence, il était nécessaire d’user de patience avec les vieux, et de s’efforcer de les attirer peu à peu en les visitant fréquemment, en leur rendant de petits services, en leur distribuant des médecines etc... Mais auprès des jeunes, il était indispensable d’établir des bases plus solides, et le seul moyen pour parvenir était de fonder des écoles. Dès 1908, M. Gilhodes, d’accord avec M. Juéry, commençait à en ouvrir.

     

    En 1910, des affaires de famille rappelèrent M. Juéry en France pour quelques mois. Quand il revint au début de 1911, il trouva le poste de Mahtang occupé par un de ses compatriotes, M. Louis Lafon. Il l’y laissa et s’en fit planter sa tente à quelques milles plus loin, à Lamaibang. Vers 1909, il avait d’ailleurs jeté ses regards de ce côté : cet endroit lui paraissait plus central, plus proche des grosses agglomérations et, en outre, il y voyait beaucoup de besogne à faire. Lamaibang devint donc son centre de rayonnement, et il y passera 17 années de sa vie de missionnaire.

     

    Voyez-le à l’œuvre. Il arrive et cherche un terrain propice pour y installer sa résidence. N’en trouvant point de son goût, il entame résolument le flanc de la montagne, y fait une large encoche et y adosse ses constructions, ouvrant sur le devant une magnifique esplanade qui fait l’admiration des visiteurs. J’ai dit « ses constructions » je devrais plutôt parler au singulier ; car il n’éleva en somme qu’un long bâtiment où tout se trouve réuni : chapelle, habitation, salles de classe, réfectoires et dortoirs. Oh ! il n’y a rien de luxueux, le Père ayant horreur du luxe. Mais tout y est bien agencé, bien combiné. Le missionnaire est logé au milieu, à l’étage : il ouvre une porte à droite et le voici à la chapelle ; il ouvre une porte à gauche et le voilà au dortoir des enfants. En bas, ce sont les salles de classe et les réfectoires. Aussi n’était-il pas étonnant que M. Juéry aimât tant son Lamaibang ! Ce n’est pas certes qu’il y fit des séjours prolongés ; en dehors de la saison des pluies, il était toujours en route, à visiter les 7 ou 8 postes qu’il avait fondés. Lamaibang porte bien le cachet des qualités du P. Juéry. Tout y est propre, bien ordonné, tout y respire la régularité ; on y sent l’homme pour qui chaque exercice spirituel, chaque fonction du ministère, chaque occupation matérielle a son temps marqué et bien déterminé.

     

    Ennemi du superflu, il se contentait pour lui-même du strict nécessaire, mais qu’un visiteur arrivât, il sortait aussitôt quelques petites douceurs, envoyées par sa famille et gardées en réserve pour recevoir ses hôtes. D’une délicatesse extrême, il était toujours at­tentif à faire plaisir à ceux qui l’approchaient, mais aussi d’une nature excessivement sensible, il eut parfois bien à souffrir des contrariétés inévitables, ou des déceptions inhérentes à la vie apostolique.

     

    En 1927, M. Juéry célébrait ses noces d’argent sacerdotales. A cette occasion il reçut des témoignages de sympathie vraiment touchants de la part de ses enfants bien-aimés. Mais hélas ! c’était comme le chant du départ. Quelques mois après, le diabète et l’albuminurie faisaient de tels ravages dans son organisme qu’il dut partir pour la France. Il y resta de 1927 1930 ; et bien que non guéri, rentrait à Mandalay en décembre 1930, en compagnie de Mgr Falière. Il désirait tant revenir que Son Excellence avait fortement appuyé sa demande, dans la pensée, qu’à la léproserie Saint-Jean, il pourrait en se soignant rendre encore quelques services à la Mission. Mais il devint bientôt évident que tout travail lui serait désormais impossible. Fatigué, abattu et persuadé qu’il pourrait encore se guérir en France, il demanda en mars 1932 à repartir. Après deux mois passés à l’hôpital Saint-Joseph à Marseille, se rendant enfin compte qu’il n’y avait plus rien à faire, il se dirigea sur Montbeton pour s’y préparer à la mort.

     

    Je laisse ici la parole à M. Roucoules qui, le 18 décembre 1932, écrivait ces lignes à Mgr Falière : « Le 1er décembre dernier, l’un de vos missionnaires, M. Juéry, rendait sa belle âme à « Dieu dans notre Sanatorium Saint-Raphaël. La joie de célébrer la sainte Messe lui fut « accordée jusqu’au 3 novembre, avant-veille du jour où il reçut l’Extrême-Onction avec une « grande piété et une résignation entière à la volonté de Dieu. Le mois de novembre fut pour « lui un mois de souffrances physiques très pénibles ; mais ces souffrances, il les accepta de « bon cœur et les sanctifia par des actes d’offrande ou des oraisons jaculatoires réitérées. « O « mon Dieu, que Votre Volonté soit faite, et non la mienne... Fiat ! Fiat ! Tout pour vous, ô « mon Dieu, rien pour moi, je ne mérite rien »... telles étaient les paroles qui revenaient le plus « souvent sur ses lèvres.. Ses confrères, sa Mission, surtout la Mission katchine revenaient « souvent à sa pensée et il en parlait avec plaisir. Un jour il me dit : « Une des plus grandes « consolations de ma dernière maladie, c’est de songer que j’ai persévéré pendant 15 ans dans « l’évangélisation des Katchins sans succès apparent ; je remercie de tout cœur les personnes « qui m’ont aidé et encouragé dans ce rude travail. »

     

    « Le 1er décembre, à 1 h. 45 le cher Père expira tout doucement, entouré de ses confrères « du Sanatorium et de quelques membres de sa famille. En attendant la résurrection glorieuse, « sa dépouille mortelle repose dans notre petit cimetière de Montbeton. Resquiescat in pace! »

     

    • Numéro : 2641
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1902