Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Claude JOURNOUD (1857-1905)

Add this

    « C’est le 8 juin 1905que M. Journoud a rendu sa belle âme à Dieu. Il avait exactement vingt ans de mission et quarante-huit ans d’âge. De ses jeunes années nous ne pouvons presque rien dire. Tout ce que nous savons, c’est qu’il naquit à Saint-Chamond (Loire) le 14 avril 1857 ; qu’il fit ses premières études chez les Frères Maristes de cette ville, et ses humanités au petit séminaire de Montbrison.

    « Entré sous-diacre à la rue du Bac le 7 septembre 1883, il fut ordonné prêtre le 28 février 1885. Destiné à Pondichéry, il fit d’abord un stage en qualité de professeur au petit séminaire. Comme tant d’autres jeunes missionnaires, avant et après lui, il brûlait d’envie d’être envoyé en district pour baptiser, prêcher et convertir ; mais il sut se résigner à la volonté de ses supérieurs, qui le maintinrent, pendant plusieurs années, dans ce poste, où son dévouement, son bon caractère non moins que ses aptitudes diverses, furent fort appréciés. D’ailleurs, il profita de son séjour au séminaire, pour se préparer à l’exercice du saint ministère. Le peu de temps libre que lui laissaient ses occupations de professeur, il l’employa à l’étude du tamoul. Sa mémoire était un peu ingrate, et il dut se donner des peines infinies pour triompher des difficultés qu’offre cette langue aux commençants.

    « Nous ne suivrons pas M. Journoud dans les différents postes qu’il occupa successivement. Ils furent relativement nombreux et des plus variés. Dans aucun, il ne resta assez de temps pour que son zèle ait pu y laisser des empreintes bien vives ou y créer des œuvres nouvelles. Qu’il nous suffise de dire que, dans les différents endroits où il fut envoyé, M. Journoud déploya constamment beaucoup de zèle et se montra d’une régularité exemplaire. Il s’acquittait de ses exercices de piété à des heures fixes, et nous l’avons vu, au milieu de grandes occupations ou des fatigues d’un long voyage, se faire scrupule de manquer au plus petit point du règlement de vie qu’il s’était tracé.

    « Dans un district, où il ne fit pourtant que passer, les pauvres parias de l’endroit se souviennent encore de sa piété et du soin qu’il mettait à les instruire. Ils se rappellent l’avoir vu réciter le chapelet jusqu’à une heure avancée de la nuit, en se promenant, au clair de la lune, autour de son presbytère. Toute sa vie, il resta studieux comme un séminariste, ainsi qu’en témoignent les nombreux cahiers qu’il a laissés, écrits de sa main, remplis de sermons, de notes sur l’Écriture sainte et la théologie.

    « Sous un extérieur un peu froid, M. Journoud cachait un cœur d’or. Il était hospitalier et généreux pour ses confrères, avec lesquels il partageait volontiers ses petites économies ou les dons qu’il recevait de sa famille. Nature droite et franche, passionnée pour l’ordre, visant à l’idéal, il avait une conception très austère du devoir ; ce qui était cause qu’il s’indignait trop facilement quand il rencontrait chez les autres les défauts contraires ; et que, dans ses rapports avec les Indiens, il manquait parfois d’affabilité. Tout le monde l’estimait et le respectait, mais on l’aurait voulu plus indulgent dans la réprimande.

    « M. Journoud était chargé, il y a six ans, du district de Vallore, et il s’y plaisait beaucoup, lorsque ses supérieurs, à la recherche d’un homme de grande bonne volonté, jetèrent les yeux sur lui pour lui confier un poste exceptionnel. Ils le chargèrent de diriger l’exploitation d’une plantation de café, que possède la mission de Pondichéry sur les montagnes de Phervarays. « L’obéissant, dit l’Écriture sainte, chante toujours victoire ; » et M. Journoud accomplit un grand acte d’obéissance en acceptant de bonne grâce ce poste qui demande des aptitudes tout à fait spéciales. Dieu récompensa son obéissance, car notre confrère eut vite fait de s’initier à la culture des caféiers. Malheureusement, il ne se ménagea pas assez, et, au bout d’un an de cette rude vie de planteur, il ressentit les premières attaques de la maladie qui devait lui être fatale. Quand il se décida à descendre dans la plaine pour changer de climat et se mettre entre les mains des médecins, il était trop tard ; le mal était déjà enraciné ; une diarrhée chronique, longtemps négligée, avait miné sa santé, jusque-là florissante. Il dut donc retourner en France et y faire un séjour assez prolongé. Aussitôt qu’il se crut guéri, il se hâta de revenir dans sa chère mission. On lui confia le district de Salem, puis, au bout de quelque temps, celui de Yériour, un des centres les plus importants de l’archidiocèse de Pondichéry.

    « Son prédécesseur à Yériour avait laissé la paroisse et le district sur un bon pied. M. Journoud n’eut point d’innovations notables à faire ; il s’appliqua à continuer les œuvres qu’il trouva établies, et il le fit avec tout le zèle qu’on attendait de lui. Hélas ! la maladie, que le voyage en France n’avait fait qu’enrayer, ne tarda pas à reparaître. Yériour est un pays sec et salubre, mais la seule eau potable qu’on y trouve, chargée à l’excès de sels calcaires, ne pouvait être que fort nuisible à son estomac et à ses intestins déjà irrités. A la fin d’avril, voyant ses forces diminuer de plus en plus, il profita de ce que l’on célébrait à Viriour, dans le district le plus voisin, une fête à laquelle il était invité, pour s’y rendre et se donner quelques jours de repos. Ce petit changement d’air, et surtout les soins intelligents et dévoués de son confrère de Viriour, firent que la maladie lui laissa quelque répit ; mais c’était pour le reprendre avec plus de violence aussitôt qu’il fut rentré chez lui. Son vicaire, désolé de le voir dans cet état, finit par lui persuader d’aller se faire soigner à Bangalore, où il aurait les avantages d’un climat fort agréable, les consultations des médecins et les soins si dévoués des Sœurs attachées à l’hôpital de Sainte-Marthe.

    « Le 18 mai, il partit pour Bangalore. Il était déjà si faible qu’il pouvait à peine se tenir debout. Il arriva dans un état lamentable. Dès sa première visite, le docteur de l’hôpital déclara qu’il n’y avait aucun espoir. Cependant, les premiers jours, un mieux sembla se déclarer ; la diarrhée était arrêtée, l’appétit revenait, le malade disait qu’il se sentait beaucoup mieux, il parlait de sa mission et de ses chrétiens qu’il espérait revoir bientôt. Ce mieux, hélas ! n’était que factice ; les forces, loin de revenir, diminuaient chaque jour. Aussi bien, fut-il un peu surpris, quand, le vendredi 3 juin, on l’avertit qu’il ferait bien de se préparer à recevoir les derniers sacrements. Il était à table et prenait son déjeuner. Sans trahir la moindre émotion, il répondit : « C’est bien, je vais me préparer ; » et il remercia de tout cœur de ce qu’on l’avait averti. Il se confessa dans l’après-midi, et, vers 5 heures, cinq ou six confrères de Bangalore étant allés le voir à l’hôpital, ils le trouvèrent très calme et bien résigné. Il les pria d’être ses interprètes, auprès de Mgr l’archevêque et de ses confrères de Pondichéry, pour leur demander pardon des peines qu’involontairement il aurait pu leur causer. Il ajouta : « Je « n’oublierai pas ma mission ; que Monseigneur et mes confrères prient pour moi. » Puis, il reçut le saint viatique et l’extrême-onction avec de grands sentiments de piété, répondant lui-même aux prières du rituel. Quand tout fut terminé, il remercia de nouveau tous ceux qui l’entouraient. Depuis lors, sa patience et sa résignation furent parfaites. Le lendemain, il dit avec gaieté : « Mes bottes sont cirées, et je puis partir quand le bon Dieu voudra. »

    « Il eut le bonheur de faire encore deux fois la sainte communion, le dimanche et le mardi. Et, coïncidence qui vaut la peine d’être notée, ce mardi, 6 juin, jour où il fit sa dernière communion, était la fête de saint Claude, son bienheureux patron, un saint si aimé et si populaire dans tout le Lyonnais !

    « Depuis ce jour, il eut à ses côtés un confrère pour l’assister, sans compter les Sœurs de l’hôpital, qui, avec un dévouement et une charité sans bornes, se succédèrent jour et nuit auprès du malade. Dans la nuit du 7 au 8 juin, il perdit la parole, mais il conserva sa parfaite connaissance jusqu’aux derniers instants ; et aux aspirations pieuses qu’on lui suggérait, il répondait en remuant les yeux et les lèvres. Le 8 juin, à 1 heure de l’après-midi, il s’éteignit sans secousse et sans douleur.

    « Les funérailles eurent lieu le lendemain matin à la cathédrale. Tous les confrères de Bangalore se firent un devoir d’y assister et de prier pour le cher défunt. M. le procureur de Bangalore, à qui nous avons emprunté la plupart des détails de cette mort édifiante, terminait sa lettre par ces mots si consolants, que ratifieront pleinement tous ceux qui ont intimement connu M. Journoud: « C’est un saint qui a quitté cette terre de misères ; par une sainte vie, il « avait mérité une sainte mort. »

     

     

    • Numéro : 1638
    • Pays : Inde
    • Année : 1885