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René JOSSET (1909-2001)

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    René, Emile JOSSET, fils de Marie-Maurice, et de Louise, Angélina Lescot, né le 22 février 1909, à Lion-devant-Dun, département de la Meuse, fut ondoyé fin février 1909, et reçut le supplément des cérémonies du baptême, le 2 mai suivant en l'église paroissiale de Lion-devant-Dun, diocèse de Verdun. Le 23 mai 1921, il fut confirmé par Mgr.Chauvin, en l'église Saint Taurin d'Evreux. Son père qui appartenait au monde militaire, éleva une famille nombreuse. En effet, René-Emile était l'ainé de onze enfants –6 garçons et 5 filles- (plus deux jumeaux décédés à la naissance) .

     

    Après ses études primaires à Guingamp, puis à Evreux, René-Emile parcourut, d'octobre 1918 à juillet 1925, le cycle des programmes de l'enseignement secondaire, au petit séminaire d'Orgeville, dans le diocèse d'Evreux auquel il se rattacha.

     

    Le 24 juillet 1925, la classe de Rhétorique achevée, il adressa au Supérieur Général des Missions Etrangères sa demande d'admission au séminaire ; il écrivait : .."Depuis mon plus jeune âge, j'ai toujours pensé aux missions. Ma vocation s'est affirmée de plus en plus forte à mesure que j'avançais en âge.

    Originaire du diocèse de Verdun, j'ai fait la plus grande partie de mes études au petit séminaire d'Orgeville dans le diocèse d'Evreux. Mon directeur préfère ne pas se prononcer sur ma vocation spéciale ; cependant, je vous sollicite de m'admettre le plus tôt possible, au séminaire des Missions Etrangères, mes parents ayant déjà fait très généreusement le sacrifice que Dieu leur demande.."

     

    Le Supérieur Général des Missions Etrangères désirant obtenir à son sujet, quelques informations supplémentaires de la part du Supérieur du petit séminaire d'Orgeville, ce dernier lui adressait, le 3 août 1925, la lettre suivante :       " Cet enfant appartient à une excellente famille très chrétienne. Lui-même fut un de nos bons élèves pendant les quatre années que je l'ai connu, intelligent, sérieux et pieux.

    Sa santé, seule, a gravement laissé à désirer, et depuis deux ans et demi ce jeune homme n'a pu faire des études suivies : une fatigue cérébrale persistante et un état général d'anémie l'ont en effet pendant tout ce temps durement éprouvé.

    Il est encore très jeune, et il ne pourra, je crois, suivre qu'avec beaucoup de ménagement la vie d'un séminaire de missions."

     

    Admis comme "aspirant", M. René-Emile Josset entra, laïque, le 11 septembre 1925, au séminaire des Missions Etrangères. Il fit ses études supérieures de philosophie et de sciences -astronomie, astrophysique et microscopie- à Bièvres, et celles de théologie, à Paris. Il remplit ses obligations militaires en 1930-31. Le 27 octobre 1931, il demanda "humblement mais avec insistance à recevoir la Tonsure et les Ordres Mineurs…", lors de la cérémonie d'ordination du 18 décembre 1931. Sous-diacre le 12 mars 1932, diacre le 21 mai 1932, ordonné prêtre par Mgr. De Guébriant le 29 juin 1932, il reçut, le soir de ce même jour, sa destination pour le service du Vicariat Apostolique de Chengtu. Le dimanche 18 septembre 1932, se déroula la traditionnelle cérémonie de départ des nouveaux missionnaires envoyés en Chine et au Japon, et dont faisaient partie MM. René-Emile Josset, et Marcel Ghaye destinés tous deux à la Chine, mais l'un pour la mission de Chengtu et l'autre pour celle de Chungking. Ils s'embarquèrent à Marseille à bord du paquebot "Général Metzinger", le 23 septembre 1932.

     

    Le 23 novembre 1932, tous les deux arrivaient enfin à Chungking, à bord du vapeur Fookyuen, portant pavillon français. Mais voici le récit du chroniqueur de la mission de Chungking :" La dernière étape leur procura quelques instants de dangereuses émotions. Le bâteau était à hauteur de la ville de Tch'ang-cheou, à 40 milles en aval de Chungking, lorsqu'une barque militaire s'avança, enjoignant de stopper. Les commandants sont trop habitués à ces mesures arbitraires de réquisition pour y obtempérer. Les machines répondirent…à toute vapeur. Une fusillade bien nourrie, partie des deux rives, se mit alors à cribler le bâteau, à laquelle riposta promptement et vaillamment, de ses fusils mitrailleurs, la garde de nos marins. La cabine de nos Pères fut traversée de plusieurs balles ; l'une d'elles vint s'aplatir contre la ferrure d'une malle que le P. Ghaye était précisément en train de mettre en ordre. Le Père fut atteint au cou d'un éclat de fer, qui eût occasionné une grave blessure, si la barbe, heureusement bien fournie, n'avait amorti le coup…"

     

    Ces émotions de voyage sur le Fleuve Bleu étant oubliées, tous deux commencèrent leur étude de langue chinoise au séminaire de Chungking, en attendant le jour où, pour M.René-Emile Josset, la route serait libre pour atteindre Chengtu. En effet, depuis une decennie, guerre civile et communisme engendraient insécurité et accumulaient ruines et malheurs en Chine. Enfin, la situation étant devenue plus calme, M.René-Emile Josset arrivait en bonne santé, dans sa mission, le 14 février 1933 ; il continua l'étude de la langue chinoise auprès de son évêque, Mgr. Rouchouse; sous sa direction, il fit sa formation missionnaire, tout en assurant  le service du grand orgue à la cathédrale.

     

    Du 14 au 18 janvier 1934, les missionnaires de Chengtu firent leur retraite annuelle préchée par le P. Rodriguez, rédemptoriste. Celle-ci terminée, M. Cavelière, directeur des Postes chinoises à Chengtu, mit sa belle limousine à la disposition de M.René-Emile Josset, un "as" du volant; pendant quelques jours, celui-ci promena ses confrères dans la ville et ses environs. Quelques mois après, en juin 1934, il était nommé Directeur de l'hôpital et aumônier de la communauté des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie qui dirigeaient à Pin-Yan-Kiao (Chengtu), la Maison "Notre-Dame des Martyrs". Cet établissement important comprenait le Pensionnat "Etoile du Matin" ainsi que l'orphelinat avec environ 700 enfants. Il exerça ces charges jusqu'au 15 décembre 1937.

     

    Le 31 octobre 1936, arrivaient à Chengtu, et dans un piteux état en raison du naufrage du vapeur Fou-iang, sur le Fleuve Bleu, les Bulles Pontificales nommant Mgr. Fabien Iû vicaire apostolique de Yachow. Celui-ci quitta Chengtu le 2 novembre 1936. Mgr. Rouchouse mit son auto à sa disposition. M.René-Emile Josset qui était au volant, réussit, malgré de longs arrêts pour la vérification des papiers, à faire en un jour, la route Chengtu-Chungking qui autrefois exigeait onze étapes en filanzane. A Chungking, il attendit l'arrivée des deux nouveaux missionnaires destinés à Chengtu : MM Barthod et Querry. Au volant de son auto, il quitta Chungking, le 17 novembre 1936 au matin, et à 19 h., l'ancien et les deux nouveaux débarquaient à l'évêché de Chengtu. Chauffeur de la voiture épiscopale, le 29 avril 1937, il parcourut dans la même journée et malgré le mauvais état des routes, quelques 400 kms pour amener à Chengtu Mgr. Deswazière, Délégué du Supérieur Général de la Société pour la visite des missions confiées à la Société en Chine.

     

    En décembre 1937, M. René-Emile Josset fut rappelé pour être professeur ; il arriva en France, en janvier 1938, et enseigna au petit séminaire Théophane Vénard à Beaupréau , puis à l'Ecole Missionnaire Augustin Schoeffler, à Ménil-Flin, au diocèse de Nancy. Bien qu'en cours d'aménagement, la maison avait ouvert ses portes, au début de janvier 1938, sous la direction de M. Henri Prouvost. Le jeudi 23 juin 1938, Mgr. L'Evêque de Nancy benissait cet établissement.

     

    Mobilisé avec le grade de capitaine au début du mois de septembre 1939, M. René-Emile Josset fut fait prisonnier lors de la débâcle militaire de 1940 ; pendant quelques temps, il resta en France occupée, puis, emmené en Allemagne, il y fut retenu jusqu'en 1945. A son retour de captivité, il reçut la charge d'aumônier des prisonniers de guerre allemands dans la région parisienne. Ensuite il prit du ministère pastoral en l'église Notre-Dame des Victoires à Paris jusqu'en 1953.

     

    C'est alors que la Mère Supérieure du Carmel de Gravigny, proche de la ville d'Evreux, vint le chercher lui demandant d'accepter d'être l'aumônier de la Communauté. A cette charge qu'il exercera pendant 42 ans, -jusqu'au 1 septembre 1995- il ajouta celle du ministère pastoral en se tenant à la disposition des prêtres du voisinage mais aussi des scientifiques qui le sollicitaient en raison de son savoir sur les questions d'astronomie.

     

    En effet, l'étude du ciel, des astres, des planètes et des étoiles fut l'une des passions de M. René-Emile Josset, un domaine dans lequel, de spécialiste amateur fort compétent il devint une sommité en la matière. Les photographies qu'il en fit, très recherchées par les scientifiques parisiens, restent toujours présentes dans les manuels d'astronomie. Des milliers de clichés, accumulés par ses soins, au fur et à mesure de ses observations et découvertes et pieusement rangés dans des cartons, continuent toujours à susciter l'admiration des astronomes amateurs tout comme celle des spécialistes.

     

    En juin 1967, M. Mévolhon, habitant à Manosque entretint M. René-Emile Josset de l'existence d'un observatoire privé abritant une lunette astronomique qu'un milliardaire anglais, M. Marient, avait fait construire et installer en cette ville de Provence, bien loin des brumes du comté de Notthingam. Suite à cette heureuse rencontre et à cette conversation, des travaux d'aménagement commencèrent six mois plus tard, dans le jardin du Carmel de Gravigny : une terrasse fut édifiée à trois mètres au dessus du sol pour y déposer la "lunette du Père Josset" dont voici la "carte d'identité" : " Nom : Lunette du Père Josset . Date de naissance : 1900 . Lieu de naissance : Provence . Fabrication : COOKE/TROUGHTON . Taille du réfracteur : 23 cm . Hauteur : 4 m . Poids : 1 tonne. Signe particulier : exilée pendant des années au Carmel d'Evreux, puis ressuscitée"…. grâce aux soins de M. Jean Baptiste Crétaux, en septembre 1985.

     

    Avec un tel outil de travail et ses accessoires, M. René-Emile Josset devient l'astronome amateur le mieux équipé de son pays. Sur cette plateforme dans le jardin du Carmel de Gravigny, il fait découvrir la surface tourmentée du soleil à des centaines (des milliers…) d'amateurs. Ainsi, l'humble aumônier du Carmel, entre "dans les sphères supérieures de l'astronomie d'amateur. Il va donner à cet engin et à l'astronomie solaire leurs lettres de noblesse. Il va faire rêver les amateurs. Simplement, sans vague, sans prétention, il mitraille le soleil …"

    En 1985, ne voyant plus très clair, et souffrant de la maladie de Parkinson. M. René-Emile Josset accepta de céder à M. Jean-Baptiste Crétaux sa lunette pointée vers le ciel, sur laquelle la rouille avait fait son œuvre. "    Le Père Josset nous guide et décrit la lunette comme s'il la voyait. Lui est resté en bas; cela fait des années qu'il n'a plus touché le grand réfracteur. La maladie qui bouleverse sa vie lui interdit d'accéder à la plateforme."

     

    Ce jeune passionné d'astronomie travaillera, pendant 14 ans, à restaurer et à remettre en état de fonctionnement cet instrument extraordinaire et majestueux. Dans ce but, il ouvrit une souscription et créa l'association appelée : "Objectif 230". "La lunette du Père Josset" était sauvée. Et au dire d'un journaliste :"Ce beau bébé d'une tonne retient toute la ferveur et l'amour de Jean-Baptiste et de Soisic, son épouse, et espère bien pouvoir écouler sa seconde vie dans le Dévoluy puisque c'est toute la communauté de communes qui souhaite l'accueillir sous le ciel dévoluard, pour être la vedette du futur club d'astronomie.."

    Le 1er septembre 1995, M.René-Emile Josset résilia sa charge d'aumônier du Carmel. Tant que sa santé le lui permit, il resta dans son appartement à Gravigny. Chaque matin, il célébrait sa messe au Carmel avant l'Eucharistie de Communauté, et portait la communion à des Religieuses malades. Etant plus libre de son temps, il en profita, en ce même mois, pour faire une visite de plusieurs jours au séminaire des Missions Etrangères, à la rue du Bac, à Paris, où il trouva bien des changements.

     

    Vers mars 1998, il quitta définitivement Gravigny et se retira au manoir Saint Joseph de Bernay dans l'Eure. C'est là qu'il décéda le 4 avril 2001. Ses funérailles, célébrées en l'église Sainte Croix de Bernay, le samedi 7 avril 2001, furent présidées par Mgr. Jacques David, évêque d'Evreux, entouré d'une douzaine de prêtres dont le chancelier de l'évêché, le Supérieur Général des Missions Etrangères qui proclama l'Evangile, pris dans le discours après la Cène, et donna l'homélie , le père des Pommare et le délégué pour les confrères de la "diaspora".

     

    Cette belle célébration se déroula dans une atmosphère de prière et de recueillement dans une église d'une beauté merveilleuse.

     

    M. René-Emile Josset repose avec les prêtres du diocèse d'Evreux, dans le cimetière de Bernay.

     

     

     

     

    • Numéro : 3472
    • Pays : Chine
    • Année : 1932