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Jean-Baptiste JOSSE (1851-1886)

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    Nous empruntons à la notice publiée dans le Petit Messager de Nantes, par M. l'abbé Prin, professeur à Notre-Dame-des-Couëts, les détails qui suivent sur les premières années de notre confrère.

    « M. Jean-Baptiste Josse, fils d'un honnête charpentier du village de Boiseau (paroisse de Saint-Jean-de-Boiseau), naquit le 19 oct. 1851 et fut baptisé le même jour. Son enfance fut ce qu'elle devait être dans une famille chrétienne. Deux. demi-sœurs, ses aînées, rivalisèrent pour lui de tendresse et de dévouement avec leur propre mère. L'enfant n'avait pas trop de tous leurs soins. D'un tempérament délicat, d'une santé frêle, il était loin de faire présagerun mission­naire de Corée. Cependant il né, tarda pas à faire paraître les pre­miers germes des vertus qui devaient faire un apôtre. Dès son bas âge, il manifesta une tendre piété, un grand zèle pour les choses de Dieu et une charité compatissante pour ceux qui souffrent. Un jour qu'il portait la croix du catéchisme, il fut vivement félicité par une personne amie qui lui fit cadeau de quelques pièces de monnaie. L'enfant les donna à un pauvre. Toujours il conserva cette commi­sération pour les indigents. Quand plus tard il eut le malheur de perdre son père, il voulut que les pauvres héritassent de ses vêtements.

    « Les goûts de notre pauvre petit Jean-Baptiste le portaient vers le sacerdoce. Bien loin de céder à des sentiments égoïstes et de chercher à mettre obstacle à cette vocation, ses parents se firent un devoir de la seconder. Il fit ses études, à la Psallette, puis au Petit-Séminaire de Nantes. Là, comme plus tard au Grand-Séminaire, il se fit remarquer par son bon esprit et son amabilité. Fidèle à ses devoirs, appliqué à l'étude, d'une piété exemplaire, il se préparait sans bruit, sans éclat, aux vues de Dieu sur lui. Docile et bon, il sut mériter l'affection de ses maîtres et de ses condisciples. Toujours on le trouvait le sourire sur les lèvres, et il possédait à un haut degré la vertu de patience. Vainement des malins, étonnés de son égalité d'humeur, voulurent, dit-on, la mettre à l'épreuve; malgré leurs efforts, ils ne purent l'amener à le faire se fâcher et durent s'avouer vaincus.

    « M. Josse fut ordonné prêtre en 1875 et placé comme maître d'étude au Petit-Séminaire de Notre-Dame-des-Couëts. C'est avec bonheur qu'il entra dans cette maison illustrée par les vertus et la sainte mort de la bienheureuse duchesse Françoise d'Amboise. La belle devise « Faictes sur toutes choses que Dieu soyt le mieux aymé » devint son programme. Il fut surveillant consciencieux, sachant faire respecter la règle sans cesser d'être aimable, et toujours prêt à tous les dévouements.

    « L'année suivante, il fut nommé vicaire au Clion. Pendant quatre ans, il se dévoua dans cette paroisse àtoutes les fonctions du saint ministère. Plein de déférence pour son curé, il se mit entièrement à sa disposition et lui témoigna aussitôt une soumission dont il ne se départit jamais. Pensant avec raison que le travail de l'étude devait avoir une large place dans ses occupations, il s'y livra sérieusement, s'attachant à développer de plus en plus ses connaissances et à soigner ses instructions. Son enseignement était simple ; mais on y sentait une âme d'apôtre.

    « Il aimait surtout à exercer son zèle envers les enfants dont il  était chargé. Bon et patient, il savait se donner tout à tous et avait recours à tous les moyens pour faire pénétrer la connaissance des vérités de la religion dans les intelligences les moins favorisées.

    « Industrieux autant que zélé, il travaillait avec bonheur à décorer le lieu saint et à procurer la beauté des cérémonies. Toujours il était prêt, quelque temps qu'il fÐt, pour la visite des malades. Son abord facile, sa charité, son aménité de caractère, lui conquirent facilement l'estime de tous; mais son entrain charmait surtout les jeunes gens, qu'il aimait et dont il savait se faire aimer. Aussi, grande fut l'émotion de la paroisse quand, après une année d'absence, il revint pour faire ses adieux. Ce jour-là, bien des larmes coulèrent : larmes causées par la douleur de la séparation, mais aussi larmes d'admiration. »

    M. Josse avait entendu la voix qui l'appelait au ministère aposto­lique. Rien ne lui coûta pour répondre à cet appel.

    Après un an passé au séminaire des Missions-Étrangères, il partait le 26 octobre 1881 pour la Corée. A Chang-Hay, le P. Josse eut la joie d'être accueilli par Mgr Ridel, son évêque et son compatriote. Il reçut du vénérable Prélat les premières leçons de langue coréenne. Bientôt, il fallut se séparer: Mgr Ridel, atteint d'une paralysie qui devait deux ans plus tard le ravir à l'affection de ses missionnaires, partit pour le sanatorium de Hong-Kong, le P. Josse prit la route de Nagasaki. Il y trouva d'autres confrères, comme lui destinés à la Corée, et tous ensemble ils attendirent, en s'occupant à l'étude de la langue et à des travaux d'imprimerie, le moment d'entrer dans leur mission. Le P. Josse dut attendre 18 mois.

    À l'automne de 1882, la fièvre typhoïde le mena à deux doigts de la tombe. Un confrère du Japon attaqué en même temps du même mal y succomba. Pour lui, Dieu le tira des portes de la mort, voulant dans sa miséricorde lui donner la consolation de fouler la terre de Corée, cette belle part de son héritage. Au mois d'avril de l'année suivante, une occasion se présenta d'y faire entrer deux mission­naires. Mais ce ne devait pas être encore le tour du P. Josse; on eût craint en l'y envoyant pour, sa santé encore mal raffermie. Ce retard lui fut sensible. Mais, comme pour l'en consoler, la Provi­dence lui ménagea la joie de voir arriver à Nagasaki Mgr Blanc qui, nommé coadjuteur de Corée, venait y recevoir la consécration épiscopale des mains de Mgr Petitjean.

    À son retour dans sa mission, Mgr d'Antigone, jugeant la santé de son missionnaire suffisamment rétablie, lui permit de l'accom­pagner. Grâce à quelques précautions, et sous la conduite de son évêque, le P. Josse fit son entrée à Séoul dans les premiers jours d'octobre 1883. Dès son arrivée, il se plia aux plus petits et souvent très pénibles usages de sa nouvelle patrie; il y mettait une bonne volonté et un entrain admirables.

    Envoyé d'abord à la petite chrétienté de Pou-Eung-Eol, puis plus tard à celle de Syoung-Syen, il consacra cette première année de son séjour en Corée à l'étude de la langue. Au mois de septembre 1884, le Vicaire apostolique convoqua à Séoul tous ses missionnaires pour la retraite annuelle et le synode qui devait la suivre. C'était la première fois qu'une pareille assemblée se tenait en Corée. Evêque et missionnaires se trouvèrent tous réunis en pleine capitale, à la barbe de la police qui ne se doutait point de cette audace. Quelle fête, quelle joie ! le P. Josse en eut sa part et un peu plus, puisque ce fut à l'issue de ce synode qu'il reçut un district à administrer.

    La retraite finie, il descendit à Syoung-Syen et dit adieu aux chré­tiens qui avaient été ses hôtes, pour aller dans la province de Tjyen­La, prendre en main la direction du district qui lui était confié. Dieu bénit ses premières armes ; pendant les cinq mois que dura son administration, il put visiter 48 villages, entendre 1644 contessions, conférer le baptême à 27 adultes et enregistrer 128 catéchu­mènes.

    Pendant l'été de 1885, sa foi vive fut récompensée par deux guéri­sons extraordinaires opérées par l'eau de Notre-Dame de Lourdes, pour qui il avait une grande dévotion. Il se remit dès le mois d'octobre à la visite de ses chrétiens; il pensait, comme l'année précédente, con­sacrer 5 mois à ce travail. Mais Dieu, se contentant de sa bonne volonté, l'appela à la récompense dès le début même de ses travaux.

    Il semble avoir eu le pressentiment de sa fin prochaine. Dans une lettre qu'il écrit le 3 janvier 1886, après une réflexion mélancolique sur la brièveté de la vie « La mienne, dit-il, est peut-être passée, en grande partie ! » Il n'avait plus en effet que 25 jours à vivre.

    Cette année encore, le succès répondait à son zèle, il avait déjà 29 baptêmes d'adultes et espérait arriver à doubler ce chiffre. Il passa les fêtes du premier de l'an en compagnie du P. Robert et put se confesser. Vers cette époque, M. Josse se trouva indisposé, on lui conseillait de se reposer, mais lui, ne croyant pas à la gravité de son mal, voulut continuer son administration. Il était arrivé à la petite chrétienté de Tong-Tji-Moi, au district de Ryong-An, quand le mal fit de rapides progrès. On reconnut bientôt les symptômes de la fièvre typhoïde. Le P. Liouville, qui se trouvait à 130 lys de là, fut aussitôt prévenu. Il partit sur l'heure et arriva dans la matinée du 25 janvier. Il put encore, ce jour-là, s'entretenir facilement avec le cher malade.

    « Dans la soirée, écrit ce confrère, le trouvant plus faible, je l'engageai à se confesser et à penser à sa dernière heure qui ne me paraissait pas très éloignée. Après avoir entendu sa confession, je lui demandai à mon tour s'il se sentait la force de me rendre le même service. Sur sa réponse affirmative, je me préparai; mais quand il s'agit de réciter la formule d'absolution, la mémoire lui fit défaut; je luiprésentai un rituel, et il put lire suffisamment, bien qu'avec beaucoup de peine. Presque aussitôt après, le délire com­mençait; le lendemain, je lui donnai la sainte Communion en viatique et, après la messe, l'Extrême-Onction avec l'indulgence plénière in articulo mortis. Cette journée du 26 a été très mauvaise, délire continuel, mais paroles intelligibles ; le 27 aussi, délire, mais paroles faibles et inarticulées; le malade ne reconnaissait plus per­sonne. Depuis le soir de ce jour jusqu'au moment de la mort, il est resté sans connaissance. Le 28, son agonie a été très longue; après avoir récité les prières des agonisants, je lui donnai une dernière absolution et, quelques instants après, il expirait. »

    À cause de la rigueur de la saison, l'enterrement n'eut lieu que bien plus tard. C'est le P. Doucet qui a eu la consolation de rendre au défunt ce dernier devoir. Il y a tais toute la solennité que comporte l'état actuel des chrétiens et de la mission. Avec quelques precautions, il a pu, à la faveur des ténèbres, présider lui-même ces funé­railles.

    Après avoir rendu hommage à la charité, la condescendance et la piété de notre confrère, Mgr Blanc, son vicaire apostolique, ajoute :

    « Malgré sa robuste constitution, M. Josse avait un estomac assez délicat, et cette circonstance a été pour lui l'occasion de mortifica­tions quotidiennes, dont Dieu seul connaît toute la rigueur et tout le mérite. Pendant les 28 mois que notre confrère est resté en Corée, il s'est toujours montré plein d'ardeur pour le travail et d'une obéis­sance exemplaire, acceptant et faisant avec joie et gaieté tout ce qu'on lui demandait. Sa mort nous prive donc d'un ouvrier pieux, zélé, plein de politesse et d'affabilité.

    « Comme il est tombé au champ d'honneur, au moment où il se dépensait tout entier pour Dieu et les âmes, j'ai la confiance que le divin Maitre, lui tenant compte, de ses travaux et de sa bonne volonté, l'admettra promptement dans la phalange- des saints Confesseurs. »

     

    • Numéro : 1501
    • Pays : Corée
    • Année : 1881