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Eugène JOLY (1871-1966)

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    Eugène Joly naquit à Masnières (Nord), diocèse de Cambrai, le 28 janvier 1871. De santé délicate, qui exigea des soins particuliers dans son enfance et sa jeunesse, il ne contracta pas cependant de maladie grave. Après ses études au petit séminaire de Cambrai, il entra au séminaire des Missions Etrangères, où il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1895. Destiné au diocèse de Nagasaki qui comprenait alors tout le Kyûshû, il s’embarqua à Marseille le 18 décembre 1895 et arriva à Nagasaki le 26 janvier de l’année suivante.

     

    Comme il n’y avait pas d’école de langue, les jeunes missionnaires apprenaient les éléments du japonais sous l’égide d’un ancien, en l’occurrence le P. Raguet qui résidait à Kagoshima. C’est là que le P. Joly étudia le japonais jusqu’en novembre 1896.

     

    En octobre 1897, après un bref séjour à Sendai (40 km à l’ouest de Kagoshima), le jeune missionnaire fut chargé de l’évangélisation du Hyûga, avec Miyasaki comme centre d’apostolat. De là, soit à pied, soit en diligence, il visitait les familles de chrétiens dispersés du nord au sud, de Nobéoka jusqu’à Miyakonojo.

     

    Le poste de Miyasaki avait été fondé en 1891 par le P. Raguet qui avait loué une maison près de la rivière Oyodogawa. A la saison des pluies et lors des typhons (la plupart de ces dépressions violentes débarquent dans le sud du Kyûshû), le terrain de la mission était envahi par les eaux. Avec l’appui financier du P. Raguet, le P. Joly parvint à acquérir un terrain éloigné de la rivière et y bâtit une grande maison à étage. Le rez-de-chaussée servit de salle de réunion et l’étage fut occupé par les jeunes missionnaires dont le P. Joly était devenu, à son tour, le mentor. En 1915 eut lieu la bénédiction de l’église pour laquelle il n’avait cessé d’économiser et de solliciter des fonds et le Père n’était pas peu fier de compter parmi ses bienfaiteurs Mme la duchesse de Guise.

     

    En 1921, le Père dut se rendre à la capitale consulter des experts pour sa vue toujours déficiente. Mgr Chambon, archevêque de Tôkyô le retint dans son diocèse et lui confia en 1932 la direction du poste de Kamakura. De plus, le Père accepta de donner une fois par semaine un cours d’histoire ecclésiastique au grand séminaire de Tôkyô nouvellement créé.

     

    Le Vatican, ayant reconnu le Mandchoukuo, y avait nommé un représentant en la personne de Mgr Gaspais, évêque de Tsi-King. Ce prélat demanda à l’archevêque de Tôkyô de lui envoyer un missionnaire afin de l’aider dans ses négociations avec les Japonais. Le P. Joly fut désigné pour sa connaissance de la langue et son savoir-faire. Il partit pour la Mandchourie vers la fin de 1937. Son rôle de médiateur lui valut une position quasi diplomatique. Il sut résoudre de nombreux cas en litige à l’avantage de l’Eglise. Beaucoup de Japonais eux-mêmes, après la défaite, durent à la charité du Père, non seulement d’avoir la vie sauve, mais encore de pouvoir rapatrier une partie de leurs biens au Japon.

     

    Au début de 1946, sur les instances du consul général des Etats-Unis, le P. Joly accepta de se réfugier à Shangaï et il logea quelque temps à la procure des Missions Etrangères. En 1947, il eut la joie de retourner au Japon. Le P. Flaujac. fondateur de l’œuvre de Béthanie lui proposa le poste d’aumônier des Sœurs Bernadettes qui tenaient un dispensaire sur les coteaux de Nasu à quelques 200 km au nord-ouest de Tokyo. Ce n’était plus « La Joliette », sa belle villa du Mandchoukuo, mais une pauvre cabane où, en vrai missionnaire, il sut, pendant quatre ans, endurer les intempéries.

     

    Mais ses quatre-vingts ans commençaient à lui peser. Il dut se retirer à Bethléhem, nom donné par le P. Flaujac à un ensemble d’œuvres de bienfaisance dans la banlieue ouest de Tôkyô. Le P. Joly s’y bâtit un presbytère où il résida jusqu’à la fin de sa vie, collaborant à la direction spirituelle des fidèles attachés à l’œuvre et recevant avec son affabilité accoutumée, les nombreuses personnes qui venaient le visiter.

     

    En 1955, le Père, entouré de nombreux missionnaires, célébra ses soixante années de sacerdoce. Ses forces physiques déclinaient peu à peu ; en 1962, il reçut la permission de célébrer la messe dans une chambre du presbytère, puis à partir de septembre 1965, il dut se contenter de recevoir la communion tous les jours.

     

    Ses soixante-dix ans d’apostolat ne passèrent pas inaperçus. S. Exc. le cardinal Dol tint à assurer ce vieux missionnaire de sa grande estime et obtint pour lui une bénédiction spéciale du Saint Père, signée de sa main. Le 16 janvier 1966. le P. Roncin, supérieur régional des Missions Etrangères, célébra une messe dans la chambre de notre doyen, entouré de ses confrères. Il écouta avec émotion le Chant du départ des missionnaires et celui des Martyrs et unit sa voix à celle d’un de ses compa­triotes. le P. Bombled, qui lui chanta « Le p’tit Quinquin ».

     

    Ce fut sa dernière joie. Vers le milieu de février. le P. Joly, atteint de pneumonie, fut transporté à l’hôpital de Béthanie, au centre de l’œuvre dirigée maintenant par le P. Milcent. Malgré les soins empressés des religieuses Bernadettes, le malade ne put recouvrer ses forces et expira dans l’après-midi du 6 mars. Il était âgé de quatre-vingt quinze ans.

     

    Ses obsèques solennelles furent célébrées le 8 au matin dans l’église paroissiale de Béthanie. Il repose dans le cimetière catholique de Chôfu, près de ses confrères et des prêtres du diocèse, en compagnie des Japonais qu’il avait tant aimés.

     

    À l’éloge de notre confrère, il faut souligner son obéissance exemplaire et son grand esprit de pauvreté. A soixante-six ans, il accepta de partir pour une nouvelle destination dans un pays inconnu. Sa mission terminée, il rentra au Japon sans avoir pu rien remporter des nombreux livres et bibelots Qu’il avait amassés avec art.

     

    Du P. Eugène Joly nous restera l’exemple du missionnaire qui accepta de servir avec joie et simplicité partout où il fut « envoyé ».

    • Numéro : 2205
    • Pays : Japon
    • Année : 1895