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Louis JOLLY (1836-1878)

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    M.Louis Jolly naquit à Lencroître, au diocèse de Poitiers, le 5 décembre 1836, de parents qui n’avaient d’autre fortune en ce monde que le trésor de leur foi chrétienne. Sa vocation pour le sacerdoce se manifesta dès la première enfance et le conduisit de bonne heure au petit Séminaire de Montmorillou où il se fit remarquer par la maturité de son jugement, l’énergie de son caractère et la ferveur de sa piété. Dès la fin de sa philosophie, il quitta tout pour répondre à l’appel de Dieu et fit ses trois années d’études théologiques au Séminaire des Missions-Étrangères . Ordonné prêtre le 2 juin 1860, le 25 juillet suivant, M. Jolly partit pour la Mission de Canton. Après avoir étudié quelque temps la langue cantonnaise, il fut envoyé dans un district de l’intérieur. Son ministère y obtint d’assez heureux résultats : mais ces succès lui attirèrent plus d’une épreuve, celle-ci, entre autres, où la main du démon ne fut certainement pas étrangère. Une dizaine d’assassins allèrent de nuit envahir sa résidence, avec l’intention bien arrêtée de le massacrer, pour se venger de la conversion d’un de leurs parents, que ce Confrère avait baptisé et qui lui-même , depuis deux mois, avait été assassiné à cause de sa foi. M.Jolly surpris dans son sommeil ne put ni s’échapper , ni se défendre. Il reçut plusieurs coups de sabre sur la tête et sur le reste du corps, quantité de coups de lances et de piques, à tel point qu’il fut laissé pour mort par les assassins. Heureusement ses blessures, quoique fort sérieuses, ne furent pas mortelles. Au bout de quelques mois , grâce aux bons soins qui lui furent prodigués, M. Jolly se trouva complètement rétabli.

    Nous le retrouvons, en 1866, chargé par Mgr Guillemin de la difficile et délicate mission d’évangéliser les pauvres A-kas de Yen-pin qui, au nombre de cinquante ou soixante mille, avaient demandé des Missionnaires pour les instruire. Ce mouvement vers la religion donna dans les commencements quelques bons résultats , grâce au zèle et au dévouement de notre Confrère ; mais il fut bien vite entravé par le mauvais vouloir des autorités chinoises qui en vinrent à traiter de rebelles ces gens simples et si bien disposés et finirent par les disperser, anéantissant ainsi les magnifiques espérances que l’on avait conçues d’abord. Tant de travaux et de souffrances avaient ébranlé fortement la santé de M. Jolly, mais sans abattre son courage.

    Deux ans après , en décembre 1868, il fut envoyé par Mgr Guillemin à l’extrémité sud de la Mission, dans le district du Loueï-tchéou  qui était le théâtre de vexations très-sérieuses de la part des païens . Dans la nuit du 24 décembre , notre Confrère, en compagnie de M. Delavay, Missionnaire chargé de ce district, et de tous les chrétiens de sa résidence ordinaire, dut soutenir un siège en règle. Il s’en tira pour sa part assez heureusement avec quelques blessures légères, tandis que M. Delavay était traîné par la populace et atteint à la tête de plusieurs blessures assez graves. Dans cette affaire on compta malheureusement une centaine de chrétiens plus ou moins grièvement blessés et 7 ou 8 morts.

    Malgré toutes ces épreuves qui n’étaient pas faites assurément pour rétablir sa santé, M. Jolly put se remettre suffisamment et accepter de son supérieur les fonctions de pro-préfet qu’il exerça depuis lors avec une prudence remarquable et une autorité toute paternelle, durant l’absence que fit Mgr Guillemin, à l’occasion du Concile du Vatican.

    Quelques années plus tard, quand, par un bref en date du 6 août 1875, la province du Kouang-Si fut séparée de celle du Kouang-tong, et érigée en préfecture apostolique, la charge de préfet fut en même temps confiée à M. Jolly. Mais lorsque la nouvelle en parvint en Chine, ce cher Confrère n’était déjà plus en état de la remplir. Les mauvais traitements et les coups qu’il avait reçus en diverses circonstances avaient profondément ébranlé sa santé. Ses blessures avaient été très-probablement la cause déterminante d’un mal terrible, qui lui donna un trait de ressemblance de plus avec le divin Sauveur que le prophète avait vu d’avance, dans sa passion, « couvert de plaies et semblable à un lépreux. »

    M. Jolly, suivant l’avis formel des médecins, revint en France pour essayer de se rétablir, et devant les efforts impuissants de la science humaine, il fit un long séjour à Lourdes, demandant à Marie sa guérison, avec un abandon tout filial à la volonté divine. Recueilli, dans cette ville bénie, par une famille pieuse et hospitalière , il y trouva pendant de longs mois tous les soins que peut inspirer la charité la plus attentive, la plus prévenante et, nous pouvons le dire sans hésiter , la plus héroïque. Mais sa bonne Mère du ciel, comme il se plaisait à l’appeler, préféra lui obtenir la grâce de garder la patience au milieu des peines et des infirmités.

    Presque entièrement aveugle , condamné à ne plus quitter sa chambre et presque son fauteuil, il avait toujours cependant le sourire sur les lèvres, et puisait dans le fidèle accomplissement de ses devoirs de piété cette paix et ce calme ineffables qui édifiaient tous ceux qui avaient le bonheur de le voir.

    Vers le mois de novembre 1877, il dut s’arracher au sanctuaire et à la grotte des miracles, et fut ramené à Paris, dans un pavillon spécial de l’hôpital Saint-Louis où , mieux que nulle part ailleurs, il pouvait recevoir les soins spéciaux que demandait sa maladie.

    Pendant quelques semaines, les soins et les remèdes qui lui furent prodigués produisirent une amélioration notable, qui lui permit même de venir plusieurs fois au Séminaire célébrer le saint Sacrifice de la messe. C’était avec une vive satisfaction que nous constations ces heureux résultats dans les visites fréquentes que nous lui rendions au pavillon Gabriel de l’hôpital Saint-Louis. Mais, au mois de mars, son état s’aggrava subitement. Il demanda lui-même et reçut les derniers sacrements en pleine connaissance et avec une résignation vraiment admirable. Quelques jours après , le samedi soir 16 mars, à l’heure de l’Ave Maria, ce serviteur dévoué à la très-sainte Vierge rendit paisiblement son âme à Dieu. M. Delpech et M. Guerrin, prévenu dans l’après-midi, avaient pu arriver auprès de lui, avant son agonie qui fut courte et fort douce.

    Depuis ce moment jusqu’à celui des funérailles, nos séminaristes le gardèrent deux à deux ; les Sœurs de l’hôpital Saint-Louis allèrent souvent aussi prier auprès de sa dépouille mortelle, et il est difficile de dire de quelle vénération ces bonnes Sœurs et jusqu’aux malades du pavillon Gabriel entourèrent notre Confrère.

    Le 18 mars, après une messe célébrée à la chapelle de l’hôpital, le corps fut porté au Séminaire , où se firent les funérailles solennelles du cher défunt . Mgr Pie, évêque de Poitiers, et Mgr Bourdon, Vicaire Apostolique de la Birmanie septentrionale, voulurent bien rendre les derniers devoirs à notre Confrère et rehausser de leur présence la cérémonie funèbre.

     

     

     

    • Numéro : 773
    • Pays : Chine
    • Année : 1860