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François JÉGO (1905-1984)

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    Enfance et jeunesse

     

    François Jégo naquit le 11 janvier 1905 à Étel (Morbihan), diocèse de Vannes. Après ses études primaires dans sa paroisse, il entra au Collège Saint-François-Xavier, à Vannes (1917-1920), puis au petit séminaire de Vannes (1920-1922). C’est vers la fin de l’année scolaire 1922, le 10 mai, qu’il fit sa demande d’entrée aux Missions Étrangères. Le Supérieur du petit séminaire de Vannes donna des renseignements favorables. Aussi François Jégo fut-il admis le 18 mai 1922.

     

    Entré à Bièvres, le 12 septembre, il parcourut le cycle des études ecclésiastiques très sérieusement, travaillant avec assiduité et se formant à sa future vie missionnaire par une piété simple et profonde. Ordonné prêtre le 29 juin 1928, il reçut, le soir même, sa destination pour la Mission de Pakhoi, en Chine du Sud, dans la province du Kwang Tông. La Société des Missions Étrangères avait alors en charge trois Missions dans cette province : Canton-Swatow-Pakhoi. Parti le 16 septembre, il arriva dans sa mission environ un mois plus tard.

     

     

    En mission

     

    Après quelques semaines passées à l’évêché, le P. Jégo fut envoyé dans la presqu’île de Lieou Tchéou, à la paroisse de la Sainte-Trinité. Comme tous les jeunes missionnaires, le P. Jégo commença par apprendre la langue, c’est-à-dire le dialecte lui parlé dans cette région. C’est dans cette presqu’île que va se passer toute la vie missionnaire du P. Jégo, dans la Mission de Pakhoi.

     

    Une fois suffisamment maître de la langue, le P. Jégo commença son apostolat sous la direction du P. Poulhazan. La paroisse comportait au centre un gros village fortifié, avec 3.000 chrétiens, et plusieurs dessertes disséminées dans la campagne. Le P. Jégo se plaisait très bien dans cette paroisse. En 1929 il écrit : « Je suis dans la joie. Je ne crois pas pouvoir être plus heureux que je le suis maintenant. » On peut noter dès maintenant que la joie, la bonne humeur furent les caractéristiques de son tempérament.

     

    Les circonstances commandent souvent les changements de poste. C’est ainsi que le P. Jégo fut nommé curé intérimaire à Fort-Bayard, en 1930. Fort-Bayard était une enclave sous protectorat français Le P. Jégo eut donc à s’occuper des Chinois et des Français. Pendant son séjour à Fort-Bayard, il put instruire quelques catéchumènes chinois et les baptiser. Il eut aussi à catéchiser des enfants français et, le 21 novembre 1931, se déroula la cérémonie de la Première Communion pour sept de ces enfants. Au retour de congé du P. Cellard, titulaire du poste, le P. Jégo reçut une nouvelle affectation. La paroisse de la Sainte-Trinité fut divisée et la partie sud avec résidence à Topi fut confiée au P. Jégo. C’était en février 1932. Il devait y rester jusqu’en octobre 1934. Ce fut pour lui une période d’intense activité pastorale : nombreux catéchumènes à instruire et à préparer au baptême. Dans le compte rendu, il signale que les demandes de conversion continuent à affluer, même dans la sous-préfecture de Tchamoun située plus au sud. En octobre 1934, le P. Jégo quitte Topi pour retourner à la Sainte-Trinité et il est remplacé à Topi par le P. Thouvenin qui construit l’église de Notre-Dame du Lac. Cette église fut bénie par le P. Jégo, délégué de l’évêque, le 19 avril 1936. L’intention du Vicaire apostolique était de diviser encore la paroisse de Topi. Le terrain était

    acheté, les constructions allaient commencer quand, en 1937, éclata un mouvement antichrétien. Par prudence, on arrêta le projet. Malgré cela, le mouvement antichrétien continua encore en 1938.

     

    Parti en congé en 1939, le P. Jégo, à son retour, reprit son poste à la Sainte-Trinité, en 1940, aidé par un vicaire chinois. Tous deux étaient surchargés de travail et ne pouvaient faire face à toutes les demandes de conversion. Cependant, au cours des années 1940-1948, le calme était loin de régner dans la région. Des bandes de soldats plus ou moins déserteurs et des groupes de communistes bien armés y circulaient, de ci de là, et pillaient les villages. En novembre 1948, le village de la Sainte-Trinité fut pris et en partie incendié. Le P. Jégo fut  sérieusement malmené et traîné de village en village pendant quelques mois. Cependant, comme son mauvais état de santé faisait pitié, on lui laissa la vie sauve, à la condition qu’il quitte la région. Le 28 novembre, il réussit à s’embarquer pour regagner Pakhoi.

     

    Il prit alors un congé en France, spécialement pour soigner son asthme qui le gênait beaucoup. A son retour, en 1949, il fut de nouveau affecté au poste de Topi, avec, en fait, la charge de tout le Sud de la péninsule dont le centre administratif était la sous-préfecture de  Tchamoun. On savait depuis longtemps qu’il se trouvait dans la région un ou plusieurs groupes de vieux chrétiens baptisés par les jésuites au XVIe ou XVIIe siècle. En 1950, le P. Jégo partit à la recherche de ces vieux chrétiens. Il en découvrit un groupe dans la forêt, fut bien reçu par eux et leur laissa quelques livres de doctrine. Son intention était de poursuivre cette recherche et de reprendre contact avec ces vieux chrétiens. Mais les événements ne lui permirent pas de poursuivre son travail auprès d’eux.

     

    Les communistes avaient pris le pouvoir et presque tous les missionnaires avaient été expulsés. Le P. Jégo restait seul dans son coin et poursuivait vaille que vaille son ministère. Sa présence gênait les communistes, car le P. Jégo, très connu dans la région, avait une grande influence auprès de la population, notamment par son dispensaire et les soins donnés aux malades qui venaient à lui. Les commu­nistes ne savaient comment se débarrasser de ce  « Docteur » bien encombrant. Cependant, ils le firent partir sans le malmener. Il quitta donc Topi le 5 décembre 1954 et arriva à Hongkong le 15. Après quelques semaines de repos, il partit pour la France.

     

     

    En Malaisie

     

    Les soins qu’il reçut en France améliorèrent sensiblement son état de santé et c’est pourquoi il demanda à repartir en mission. On lui donna une nouvelle destination, au mois de mai 1955. Il fut affecté à l’archidiocèse de Malacca-Singapore où il arrive en juin 1955. Les limites viennent d’être changées par suite de la création des diocèses de Penang et de Kuala Lumpur. Le voici trois ans vicaire à la paroisse de l’Immaculée-Conception, de Johore-Baru, la ville la plus au sud de la Malaisie de l’Ouest, séparée de Singapour par une digue de 1 km 500. Tout en utilisant les divers dialectes chinois parlés dans son ancienne mission de Pakhoi, il se met à l’étude de l’anglais à l’âge de 50 ans et, peu à peu, s’adapte à son nouveau pays. Il est l’homme des contacts et des communications non verbales : peu importe son manque de maîtrise de la langue, son message passe, son amitié est accueillie, son zèle est apprécié. Très vite, il se fait des amis, des plus humbles aux plus hautes autorités de l’État. En Chine, il voyageait à pied ou en barque. À Johore, il faut apprendre à conduire et il échoue à l’examen de conduite. Rien n’est perdu. Le P. Jégo est connu au palais du sultan et avoir son permis de conduire n’est plus qu’une simple formalité.

     

    C’est avec simplicité et fierté en même temps qu’il montrait la pipe de taille spéciale et la blague à tabac aux armes du sultan qui lui avaient été offertes en signe d’amitié.

     

    En 1958, c’est le district de Kulai, ville marché à 40 km au nord de Johore qui devient son champ d’action, et c’est là que la voiture est utile, car il y a plusieurs postes à desservir, certains distants de 60 à 80 km. En 1970, le district de Kulai sera divisé et le P. Jégo deviendra pour dix ans curé de Pontian, une petite ville sur la côte, au nord-ouest de Johore.

     

    C’est donc dans un district rural que pendant vingt ans il exerce son ministère, prenant grand soin de ses chrétiens, avec la manière simple qui avait été la sienne en Chine. Il est très présent à la vie quotidienne. Des dames catéchistes l’aident dans son travail et tiennent sa maison, faisant de son presbytère un endroit où les confrères sont toujours les bienvenus, car le P. Jégo aime et sait recevoir. Le lundi est le jour où il attend ses visiteurs. Certains viennent le voir régulièrement, même de Singapour : à l’avance, on connaît le menu et l’on sait la joie que l’on va faire au Père. Notre confrère, fidèle aux traditions chinoises, ne parle de lui qu’à la troisième personne !

     

    En l’écoutant, on le suit dans son ministère : il nous parle des fermiers qui cultivent le poivre dans le village de Bukit Batu — c’est là que l’archevêque, après la confirmation, reçoit en cadeau un kilo de poivre de qualité supérieure —, des travailleurs indiens employés dans les raffineries d’huile de coco à Kelapa Sawit, de cette unique famille catholique chinoise d’Ulu Choh qui ne compte pas moins de 35 membres, des maraîchers de Pekan Nanas qui cultivent l’ananas dans des champs minutieusement préparés. C’est dans ce village qu’il construira une chapelle, en 1969. Il parle aussi des éleveurs de poulets de Kukup, petit village à l’extrême pointe de la péninsule où, à l’occasion de ses visites, il apprécie les fruits de mer qui lui rappellent sa Bretagne et la côte d’Etel.

     

    Il vit très près de ses gens, dans des presbytères en bois simplement aménagés. Son apostolat est traditionnel et il insiste sur la pratique dominicale. Il multiplie les messes pour permettre à ses chrétiens dispersés et pris par leurs travaux de se rassembler. Il a le contact facile avec les non-chrétiens qui l’acceptent comme un ami. Sans en avoir l’air, mais très réellement, il prépare des voies du Seigneur et sert avec joie dans des communautés qui ne donnent pas toujours de grandes consolations spirituelles.

     

    Il vit très près de ses confrères prêtres et c’est avec joie qu’il accueillera son tout nouvel évêque, Mgr James Chan, lors de la création du nouveau diocèse de Malacca-Johore. Comme de bien entendu, la réception de l’évêque, à Pontian, sera originale et très familiale.

     

    Dans la journée, il a du temps et il passe des heures dans son église avec son bréviaire et son chapelet. Avec son air bon enfant, le P. Jégo sait contempler et, dans sa prière, il trouve le courage pour continuer son ministère, malgré des accrocs de santé qui deviennent de plus en plus sérieux. Sa tension artérielle lui joue des tours : déjà en Chine, il avait reçu le sacrement des malades. À Kulai et en France, à la fin d’un congé, il avait donné de graves inquiétudes. Mgr Olçomendi disait : « Il nous revient bien mal en point. » Le P. Jégo survivra allègrement à l’archevêque !

     

    L’âge se faisant sentir davantage, tous les jubilés ayant été bravement célébrés, le P. Jégo venu à Singapour pour des séjours de plus en plus fréquents à l’hôpital, accepte de prendre sa retraite chez les Petites Sœurs des Pauvres. De 1980 à 1984, il mène une vie paisible et priante ; on le trouve souvent à la chapelle et il a beaucoup d’amis parmi les vieillards chinois dont les multiples dialectes n’ont pas de secret pour lui. Il est très entouré par de nombreux amis qui se trouvent à l’aise avec lui. Tant qu’il peut se déplacer, il est fidèle aux célébrations des confrères des Missions Étrangères et on lui fait fête. Il lui est plus difficile de suivre le régime conseillé par le docteur et observé fidèlement par les religieuses. Mais des confrères et amis lui passent, en fraude, quelques friandises. Toutefois sa santé décline. Afin de le surveiller de nuit, on le transporte dans les bâtiments même des vieillards. Bientôt on découvre un cancer généralisé. Sa vitalité résiste un moment, puis il baisse peu à peu et c’est en pleine connaissance qu’il s’en va vers le Seigneur. La veille de son décès, il avait reçu la visite de huit confrères, alors que personne ne s’attendait à une mort si rapide. Son évêque venait le voir régulièrement et c’est lui qui présida aux obsèques auxquelles prirent part un bon nombre de chrétiens de ses anciennes paroisses.

     

    Avec le P. Jégo, c’est un témoin du travail missionnaire dans la Chine du Sud qui nous a quittés. Nous remercions le Seigneur pour l’amitié, la bonne humeur et la simplicité qu’il a toujours partagées avec son peuple et ses confrères.

     

    Le jour de la mort du P. Jégo, l’aumônier de la Maison des Petites Sœurs des Pauvres écrivait à sa famille : « Le P. François s’est éteint sans douleur, sans convulsion, sans spasme comme quelqu’un qui s’installe dans un sommeil profond. Maintenant il est en paix et heureux pour toujours. Comme vous, je regrette son départ, mais je suis heureux. J’ai vu un prêtre mourir en beauté. »

     

     

    • Numéro : 3371
    • Pays : Chine Malaisie
    • Année : 1928