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Marius JEAN (1874-1963)

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    Le 11 septembre 1874, à Aspères, département du Gard, diocèse de Nîmes, un garçon naissait dans la famille profondément chrétienne de M. Jules JEAN. Sa maman se nommait, de son nom de jeune fille, Marie JEANJEAN. Au baptême on donna à ce garçon le prénom de Marius. Les cigales de cette fin d’été célébrèrent par leur chant strident cette heureuse naissance au pays du soleil.

     

    La famille quitta Aspères et vint s’installer à Montpellier, dans l’Hérault, sur le Lez. C’est dans cette ville universitaire, près de l’évêché, que Marius passa son enfance et son adolescence. Les écoles ne manquaient pas. Après l’école maternelle, les Frères des écoles chrétiennes se chargèrent de son instruction primaire. À la maîtrise, il fut initié aux belles cérémonies liturgiques et à la musique sacrée. Au petit séminaire de Montpellier, il entendit l’appel pour les missions. Des revues missionnaires relataient alors les souffrances des chrétiens d’Extrême-Orient, spécialement du pays d’Annam où, en 1885, la persécution des lettrés déclencha le massacre de milliers de fidèles ; en plusieurs endroits, les chrétiens et leur pasteur furent brûlés vifs dans leur église.

     

    En 1892, le jeune rhétoricien fait sa demande d’admission au séminaire des Missions Étrangères, et, en septembre de la même année, il devient aspirant missionnaire. C’est à n’en pas douter dans une ambiance de ferveur et de générosité qu’il franchit les étapes menant au sacerdoce. Le 13 mars 1897, à l’âge de vingt-deux ans et demi, il est ordonné prêtre et reçoit sa destination pour la mission de la Cochinchine orientale. Le 7 juin suivant, le missionnaire arrive à Quinhon, où il est reçu par Mgr Van Camelbecke, témoin de la persécution de 1885. Désormais le calme est revenu dans le pays, mais les ouvriers manquent pour la moisson qui s’annonce magnifique ; aussi est-ce avec une grande joie qu’il est accueilli par son évêque et les missionnaires.

     

    Sans tarder il est installé à l’orphelinat de Gothi, à une vingtaine de kilomètres de Quinhon, pour l’étude de la langue. Un Européen est vite dérouté par les tons qui changent complètement le sens des ternies monosyllabiques vietnamiens ; mais le P. JEAN a de l’oreille, et sa langue provençale, également chantante, l’aide à distinguer toutes ces nuances. Aussi, en plein milieu vietnamien, il fait de rapides progrès. Au bout de huit mois, il devient vicaire du P. MATHEY dans le district de Xon-Nam. Un an après, il est nommé curé de Hoa-Vong, dans la province de Phu-Yên, où il reste jusqu’en 1910. Pendant ces onze ans de ministère, il apprend à diriger et à instruire. Il aimera plus tard à rappeler ces belles années de jeunesse, les longues randonnées à cheval, les joyeuses rencontres avec les confrères.

     

    Après un ministère d’un an comme curé de Kieu-Dong, au Binh-Dinh, il devient professeur au petit séminaire de Lang-song, près de Quinhon, pendant quatre ans. Ensuite il est nommé procureur de la mission. De mai 1919 à décembre 1926, il est curé de Mang-Lang, la plus importante paroisse de la province de Phu-Yen ; c’est là qu’en 1924 il a sa belle église démolie par un violent typhon ; avec patience et persévérance il la reconstruit. Ensuite c’est un deuxième séjour de quatre ans à la procure ; puis il reprend du ministère actif comme curé de Cu-Và, dans la province de Quang-Ngai. pour deux ans. Après quoi, en mars 1932, après 35 années de mission, il décide d’aller revoir ses garrigues du Midi. À son retour, il est nommé curé de Phu-Hoa, à une quinzaine de kilomètres de Cu-Và. Enfin en juillet 1937, il reprend pour la troisième fois le poste de procureur qu’il garde jusqu’à sa retraite en mars 1953. Entre temps, Mgr PIQUET, devenu évêque en 1943, nomme le Père provicaire de la mission, charge qu’il conserve jusqu’au début de l’année 1948.

     

    Pendant les dix dernières années de se vie, le P. JEAN, retiré à la villa Cuénot, sur le bord de la mer, nous donne l’exemple de la patience, de la charité, de la prière et de la bonne humeur ; il ne cesse de s’intéresser à toutes les activités de la mission. Malgré son âge, il a conservé une santé satisfaisante. Il est heureux de recevoir des visites, et aime à raconter les vieilles histoires de sa longue vie missionnaire. En 1947, à la suite d’une chute malencontreuse, il s’est cassé le col du fémur ; étant donné son âge, la soudure des os s’est mai faite ; et depuis il marche difficilement. Lui qui est resté si longtemps alerte et bon marcheur souffre beaucoup de cette infirmité, mais il ne se plaint jamais. Une seule chose l’effraie un peu : sa vue baisse d’une façon inquiétante. « Je ne demande qu’une chose au Bon Dieu, c’est de pouvoir me diriger seul. Mais ce sera comme il voudra ». En mai 1963, il doit cesser la récitation du bréviaire, puis la célébration de la sainte messe. Il voit encore suffisamment pour aller et venir et lire les gros titres des journaux. Au mois d’octobre, une série de piqûres n’arrive pas à arrêter une paralysie du bras gauche.

     

    Le vendredi 8 novembre, le Père se trouve soudain plus ruai et perd l’usage de la parole. Le P. VALOUR, procureur, lui administre l’Extrême-Onction et le saint Viatique. Par signes de tête, il manifeste qu’il a encore sa connaissance, et pendant trois jours il paraît comprendre ce qu’on lui dit. Mais on ne peut plus l’alimenter que de quelques cuillerées de lait. Dès le mardi 12, il entre dans le coma ; le 15, la respiration devient plus difficile et à 20 heures il s’éteint comme une lampe qui n’a plus d’huile. Sa belle âme missionnaire s’en va recevoir la récompense du bon et fidèle serviteur. Le Père JEAN était âgé de 89 ans 2 mois et 3 jours.

     

    Le lendemain dimanche, à 15 heures, la messe d’enterrement est célébrée par le supérieur local dans la petite chapelle de la maison de retraite. Une vingtaine de prêtres français et vietnamiens sont présents, ainsi que de nombreuses religieuses et quelques chrétiens. L’absoute est donnée par le P. GAUTHIER, vicaire général. L’inhumation a lieu au cimetière paroissial de Binh-Cang, à 6 kilomètres de la ville, où une foule nombreuse de fidèles s’est rassemblée.

     

    Esquisser un portrait de notre bon P. JEAN n’est pas chose facile ; il y aurait tant à dire ! D’un naturel gai, il a gardé de son pays natal le parler énergique, tout imagé, plein de saillies amusantes accompagnées d’un bon rire en cascades. Doué d’une étonnante mémoire, enrichie par de nombreuses lectures, il pouvait vous entretenir pendant des heures sans lasser. Pourtant ce méridional n’était pas un sentimental ; du moins il s’en défendait. En fait, dans ses fonctions de procureur en particulier, il a pu paraître parfois d’une rigidité qui déconcertait les non prévenus. Mais son égalité d’humeur, son sens de l’équité corrigeaient ce qu’un premier abord pouvait avoir de réfrigérant.

     

    D’une grande simplicité, uniquement préoccupé de sa charge, très ponctuel, il ne cherchait pas à paraître. Ne recherchant aucun confort, ennemi de toutes complications, il était devenu le patriarche immuable qu’on aimait retrouver au milieu d’un monde changeant. Sa fermeté de caractère, sa sérénité sans ombre venaient d’une foi profonde. Il n’y avait pas d’ostentation dans sa dévotion, mais on devinait que depuis toujours sa vie était toute donnée au Seigneur.

     

    Le P. JEAN reste, parmi nos devanciers, une belle figure de missionnaire.

     

     

    • Numéro : 2275
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1897