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Joseph JAUGEY (1884-1955)

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    Le P. Joseph-Marie-Alexandre Jaugey naquit à Peigney, canton et diocèse de Langres, le 30 décembre 1884, fit de solides études à son petit séminaire, entra au séminaire des M.-E. le 9 septembre 1902, partit minoré de Paris pour Penang le 7 décembre 1906. Ordonné prêtre le 7 juillet 1907, il fut destiné à la mission de Corée en même temps que Mgr Larribeau et le P. Polly, massacré par les Rouges en septembre 1950. Il fut accueilli à l’évêché de Séoul par deux compatriotes, Mgr Mutel et le P. Villemot, lui aussi victime des Rouges à l’âge de 81 ans.

     

    Quelques mois après son arrivée, on lui confia le district de Yangphyeng, à 50 km à l’est de Séoul. Comme tous les missionnaires de cette époque, il avait de nombreuses chrétientés qu’il visitait chaque année de la Toussaint à Noël ; mais les chrétiens du centre n’étaient pas très nombreux, il avait des loisirs. Il les mit à profit pour étudier à fond la langue.

     

    Rentré en France pour la première guerre, il revint en Corée dès 1919 et fut envoyé à Wonjou, à une centaine de km au sud-est de Séoul, dans la province du Kangouento, là-même où devait s’illustrer pour la première fois le bataillon français en arrêtant net l’offensive chinoise de janvier 1951. Le P. Jaugey y construisit une église en briques assez solide puisque les murs résistèrent à la mitraille et à l’incendie. Elle est actuellement relevée de ses ruines par les Pères irlandais de S. Colomban. Il réussissait à Wonjou, y enregistra de nombreux baptêmes et fut aimé des chrétiens. Mais en 1922 il était appelé à la procure de Séoul. C’est comme procureur qu’il devait donner toute sa mesure, et il devait rester dans cette charge jusqu’à sa mort. Sa chambre était le rendez-vous de tous les confrères, missionnaires et Pères de passage, et Dieu sait s’il y en eut ! À entendre toutes les langues qui s’y parlaient : français, latin, coréen, anglais, allemand on se serait cru à la tour de Babel ; mais après chaque dispersion, chacun était heureux d’y revenir, car c’était comme la maison du bon Dieu, tellement on se sentait chez soi ; le P. Jaugey prenait part à la gaieté commune, plaçait son mot dans les conversations.., avec une bonhomie malicieuse : il connaissait toutes les histoires et le caractère de chacun. Sans avoir l’air d’y toucher, il accomplissait son travail avec exactitude. Un exemple en est resté célèbre. Un jour arrive Mgr Larribeau, alors coadjuteur ; il commande un objet au P. Jaugey, qui répond « oui » et n’a plus l’air d’y songer dans ses allées et venues. Au bout d’un moment, avant de se retirer, Mgr Larribeau renouvelle sa commande avec quelque impatience. Le P. Jaugey ne répond rien, fait un pas vers la chambre voisine, et rapporte l’objet désiré en disant : « Voilà, Monseigneur ! » Sans que personne s’en fût douté, il avait immédiatement donné ses ordres à Laurent, le commissionnaire, et l’objet désiré avait été acheté en ville et rapporté à la procure juste au moment où Monseigneur allait la quitter !

     

    C’est ainsi qu’agissait le P. Jaugey. Il fut un modèle de procureur, ainsi qu’un homme de grand bon sens et de bon conseil. Quel que fût le nombre des Pères de passage et l’heure d’arrivée, tout était prêt ; toute commande était expédiée dans les vingt-quatre heures, toute lettre recevait sa réponse par retour du courrier. Il tenait aussi les comptes de l’imprimerie, de la revue catholique, des commandes en France d’autres missions. Les comptes étaient clairs, sans erreur et envoyés aux époques déterminées.

     

    La vie de procureur est une vie d’humble dévouement, de fidélité quotidienne au devoir, sans bruit extérieur. Le P. Jaugey eut cependant son jour de gloire, à l’occasion de la béatification des Martyrs de Corée en 1925. Pendant qu’à Rome, dans la basilique St-Pierre, Mgr Mutel, par privilège spécial, chantait au salut pour la première fois l’oraison par lui composée : Deus, qui in Coreanam regionem fidem catholicam mirabiliter invexisti... notre procureur avait l’honneur de la faire retentir de sa voix musicale et bien timbrée, sous les voûtes gothiques de la cathédrale de Séoul, au salut du Saint Sacrement. C’est que le P. Jaugey était aussi bon musicien ; il avait appartenu dans sa jeunesse à la manécanterie du séminaire de Langres, et il édita à Séoul un recueil de cantiques coréens. Avec les années cependant, il devint dur d’oreille et, sur la fin de sa vie, presque sourd, ce qui lui interdit le ministère de la confession. À Taitjen, il assurait une ou deux messes de paroisse ; c’est dans ce ministère de dévouement qu’il contracta la pneumonie qui devait l’emporter si soudainement. Il est mort dans l’exercice de ses fonctions, sans bruit, sans déranger personne, imitant son patron Saint Joseph jusqu’au bout.

     

    Nul doute que le Procureur de la Sainte Famille n’ait fait bon accueil à l’ancien procureur des missions de Séoul et de Taitjen :      Euge ! serve boue et fidelis ; infra in gaudium Domini tui !

     

     

    • Numéro : 2941
    • Pays : Corée
    • Année : 1907