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Jean JARRE (1865-1940)

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    Né aux Chapelles (Savoie), au diocèse de Tarentaise, le 27 mars 1865, Jean-Maurice Jarre appartenait à une famille aisée de propriétaires terriens, croyants convaincus. Son enfance dut se passer paisiblement dans une atmosphère familiale, tout embaumée de foi et de piété où il prit déjà des -habitudes de régularité, de travail et de tendre dévotion dont il fit preuve durant sa longue vie de missionnaire. Après avoir suivi quelque temps les leçons de l’instituteur du village et terminé ses études primaires, Jean fut mis au collège de Moutiers pour y commencer ses études secondaires. Ce fut sans doute dans cet établissement qu’il entendit l’appel de Dieu, car à la fin de sa rhétorique, en 1884, il entra au grand séminaire de Moutiers, où il reçut la tonsure et les ordres mineurs. C’est là qu’il étudia la théologie de Bonal qu’il emporta en mission et que, quelque temps avant sa mort, il revoyait et annotait encore avec toute l’ardeur d’un jeune séminariste. Il y passa près de deux années. Doué d’une belle intelligence et d’une excellente mémoire, Jean fit de bonnes études de philosophie et de théologie si nous en croyons les notes qui le placèrent dans les premiers rangs de sa classe.

     

    Est-ce pendant ces deux années que la voix de Dieu l’appela à l’apostolat dans les pays lointains ? Nous pouvons le conjecturer, puisqu’en 1886, nous le voyons quitter le grand séminaire de Moutiers et, avec la permission de son évêque, demander son admission au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. A la rue du Bac il fut aspirant pieux, régulier et travailleur. Le 25 février 1888 il était ordonné prêtre et recevait sa destination pour la Birmanie septentrionale. Ce fut le 4 avril qu’eut lieu le départ en Mission. Mgr Bourdon ayant démissionné l’année précédente, son successeur, Mgr Simon, n’était pas encore consacré. Le sacre n’eut lieu que le 24 juin 1888, ce qui permit aux deux nouveaux missionnaires, MM. Jarre et Legendre, d’y assister et de rencontrer tous les confrères de la Mission. Après un séjour de quelques mois à Man­dalay pour se familiariser avec la langue anglaise, M. Jarre fut envoyé à Amyen, grand village sur les rives de Chindwin, où il y avait un petit noyau de chrétiens. Il y resta jusqu’en 1891 et y apprit le birman qu’il ne parla jamais très correctement, car il n’avait pas l’oreille musicale.

     

    En 1891, Mgr Simon décida de tenter l’évangélisation des Chins et pour cela fit appel à M. Jarre et à M. Laurent qui allèrent s’établir à Gangaw, en bordure des montagnes chins où viendra bientôt les rejoindre M. Accarion. Quelque temps après, M. Jarre essaya de prendre pied sur ces montagnes, mais le Gouvernement britannique, craignant pour la vie des Européens dans un pays pas encore entièrement pacifié, leur enjoignit de descendre immédiatement. Sur ces entrefaites, MM. Jarre et Accarion, atteints de la fièvre, durent rentrer à Mandalay, laissant seul M. Laurent. Lorsqu’il fut suffisamment rétabli, M. Jarre revint retrouver son confrère demeuré au poste. Nos deux confrères décidèrent de quitter Gangaw et vinrent s’établir plus au sud, toujours dans la plaine où ils séjournèrent près d’une année. M. Jarre, toujours en proie à la fièvre, et M. Laurent ne pouvant rester seul, il fut conclu qu’on abandonnerait les Chins et qu’on rentrerait à Mandalay. C’était en 1893 ; la première tentative d’évangélisation des Chins avait échoué.

     

    En 1894, M. Jarre fut envoyé à Meiktila, petite station militaire sur les bords d’un lac. Il y avait là une chapelle, bâtie par le Gouvernement pour les soldats catholiques, mais sans habitation pour le prêtre. Il se mit en devoir d’en bâtir une et, afin d’attirer les soldats, il fit construire dans l’enclos de l’église une salle pour les petites séances récréatives. Mais la fièvre ne le quittait pas et, en 1897, il se vit obligé de revenir en France pour se rétablir. A son retour, il regagna Meiktila où il devait rester jusqu’en 1900, sauf une interruption de six mois en 1899, pendant lesquels il demeura à l’évêché de Mandalay en qualité d’aumônier du couvent St-Joseph.

     

    En 1900, M. Jarre vint à Maymyo qui n’était pas alors l’agréable station d’altitude qu’elle est aujourd’hui. Le Gouvernement anglais avait déjà jeté son dévolu sur ce gracieux plateau d’une altitude de 3.500 pieds, où il se proposait de transporter ses bureaux en vue de la saison chaude. La ligne de chemin de fer reliant Mandalay à Maymyo alors en construction, ne devait être ouverte qu’en 1901. Les casernes pour les soldats européens furent achevées en 1895, date à laquelle les troupes anglaises en vinrent prendre possession. Il n’y avait à Maymyo que quelques chrétiens que venait visiter de temps en temps M. Moisan. Une humble hutte y avait été installée sur une concession de 25 hectares et obtenue du Gouvernement des Indes par Mgr Usse en prévision de l’avenir. Tout était à fonder, sur une concession de 25 hectares obtenue du Gouvernement des Indes par Mgr Usse en prévision de l’avenir. Tout était à fonder, M. Jarre passa là ses 40 dernières années à bâtir et, deux années avant sa mort, il bâtissait encore. Tous les établissements catholiques de la ville lui doivent leur existence. Il commença la construction d’un presbytère où les confrères fatigués peuvent venir se reposer. Une chambre servait de chapelle, mais la population catholique augmentant, il fallut élever, une petite église qu’il dut agrandir plus tard, en la dotant d’un transept et ensuite d’un élégant clocher. En 1906-1907, il entreprit de bâtir le pensionnat des Sœurs de St Joseph de l’Apparition pour les jeunes filles de familles aisées, en quête d’un climat moins torride que celui de la plaine. Cet établissement, inauguré en février 1908, compte actuelle-ment 380 élèves.

     

    Depuis 1907, M. Jarre avait comme assistant M. Moindrot, qui desservait une petite chapelle au cœur de la ville. Mais Maymyo prenant de jour en jour plus d’importance, et les chrétiens devenant plus nombreux, d’autre part l’église de la concession, obtenue par Mgr Usse, se trouvant un peu en dehors de la ville, il fut décidé de s’enquérir d’un emplacement plus central pour y bâtir une église et un presbytère où irait s’installer M. Moindrot. Après bien des difficultés, un terrain très bien situé fut acquis en 1912. M. Jarre reprit la truelle et construisit l’église de l’Immaculée-Conception et le presbytère dont M. Moindrot prit possession en avril 1913.

     

    En 1914, Mgr Foulquier ayant résolu de transporter le petit séminaire de Nabek à Maymyo, confia à M. Jarre le soin de pourvoir à un local pour recevoir les petits séminaristes. Le bâtiment sortit bientôt de terre et fut plus tard doublé d’un autre, parallèle au premier, les deux reliés par une passerelle. M. Jarre construisit encore une salle d’œuvres et une école pour enfants tamouls. Cette école fut comme le mémorial de ses noces d’or qui furent célébrées le 5 janvier 1938. Ce jour-là, tous les confrères de la Mission se trouvaient à Maymyo pour fêter le jubilaire. Prêtre, il le fut dans toute l’étendue du mot, ne rêvant que la gloire de Dieu et le salut des âmes, s’intéressant grandement aux missionnaires qui travaillaient chez les païens et les aidant de ses deniers. Très régulier pour tous ses exercices de piété, il passait peu de jours sans se livrer à l’étude de la théologie, de la philosophie et des questions scientifiques.

     

    Sa mort fut rapide. Le jeudi 30 mai, il avait célébré la messe, mais se plaignait de fortes douleurs à la poitrine. Un médecin militaire diagnostiqua une congestion pulmonaire. Le soir, le mal augmentant, le médecin civil, appelé en toute hâte, déclara que c’était une crise cardiaque. M. Jarre reçut alors les derniers sacrements et, le, matin, il put encore recevoir la Saint-Viatique. Soudain, vers neuf heures, une seconde crise cardiaque l’emporta. C’était le 31 mai, jour de la fête du Sacré-Cœur. L’enterrement eût lieu le lendemain en présence d’une nombreuse assistance. La messe fut chantée par Mgr Falière, assiste de MM. Cassan et Mainier. La dépouille mortelle fut transportée au petit cimetière dont M. Jarre avait su prévoir l’emplacement près de l’église, pour les missionnaires et les Sœurs. Le défunt avait 75 ans et deux mois.

    • Numéro : 1786
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1888