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Edmond JANTET (1872-1935)

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    M. Edmond Jantet naquit le 23 octobre 1872, à Bief-du-Fourg, dans le Jura. Issu d’une famille profondément chrétienne, il entra plus tard au petit séminaire de Nozeroy où il fit de bonnes études secondaires. En 1891, il fut admis au Séminaire des Missions-Étrangères. Son ardeur à l’étude et sa piété le placèrent au rang des meilleurs aspirants et son caractère toujours égal lui gagna l’affection de tous. Prêtre en 1895, il fut désigné pour la Mission de Siam où il arriva le 4 septembre 1895.

     

    Son premier ministère s’exerça au Collège de l’Assomption : avoir rêvé de belles chevauchées dans la brousse et échouer dans une chaire de professeur fut pour lui bien pénible, mais, homme de foi et de devoir, il se donna tout entier aux fonctions assignées par ses supérieurs. Il y resta peu de temps et put enfin réaliser son premier désir au Laos où il fut envoyé en 1896 sous la sage direction de M. Couasnon. M. Jantet se mit vite au travail, se perfectionna dans la connaissance de la langue et put bientôt instruire: enfants, catéchumènes et néophytes ; mais là encore, il ne fit que passer.

     

    Nous le trouvons à la fin de 1896, à Oubone, gros centre du Laos siamois et première chrétienté fondée au Laos. Depuis 1882, Oubone avait étendu son influence aux alentours, si bien que plusieurs chrétientés s’étaient formées assez loin du centre. M. Jantet allait d’un poste à l’autre restant dans chacun plusieurs semaines pour y travailler à une sérieuse formation des convertis. Ses catéchismes étaient bien préparés et il savait intéresser ses auditeurs. Son zèle ne se bornait pas seulement aux catéchumènes ou aux néophytes ; si au cours de ses voyages à cheval, le hasard lui faisait rencontrer des païens venus à lui par curiosité, il ne manquait pas de leur enseigner les premiers éléments de la doctrine chrétienne. La chrétienté de Banuet fut fondée par lui et il réussit à y convertir de nombreuses familles ainsi que dans les villages environnants. Voulant toujours aller de l’avant, il fit en 1898, un grand voyage d’exploration sur la rive droite du Mékong ; il y trouva quelques points où il espérait créer de nouveaux centres chrétiens, mais ses projets ne devaient se réaliser que plus tard.

     

    En 1899, le Laos, détaché de la Mission de Siam, était érigé en Vicariat Apostolique. Le premier évêque, Mgr Cuaz, sacré à Bangkok le 3 septembre, arrivait à Oubone en octobre de cette même année. La venue de nouveaux missionnaires au Laos fut l’occasion de quelques changements et M. Jantet fut envoyé à l’extrémité nord de la Mission, à Muang-Khouk, petite chrétienté à 20 kilomètres au sud-est de Vientiane. Le champ ouvert à son zèle était vaste ; il s’y donna tout entier, malgré de nombreuses difficultés. Cet intrépide missionnaire était toujours en tournées ; il allait partout et parlait de Dieu à qui voulait l’entendre. S’il n’a pas recueilli toutes les conversions convoitées, c’est parce que son champ d’action était trop vaste ; il lui eût fallu des catéchistes pour rester avec les païens et les instruire des vérités religieuses.

     

    À la fin de 1919, M. Jantet fut envoyé à Paksé, chef-lieu d’une importante province. S’installer de suite dans un centre n’était pas sans difficultés, mais M. Jantet sut se tirer d’affaire ; le Résident, chef de la Province, eut l’obligeance de mettre provisoirement à sa disposition un bâtiment de l’Administration. Peu après, il fit l’acquisition d’un terrain et il construisit d’abord sa chapelle laotienne sur pilotis, puis son presbytère du même style ; ensuite une cuisine et la maison pour son personnel ; une autre encore pour héberger les chrétiens de passage ; une dernière enfin pour y loger les confrères. Ce groupe de paillotes mal alignées et misérables ne contribua guère à l’embellissement de la ville, mais M. Jantet s’en souciait fort peu. Les européens du poste l’aidèrent à construire une chapelle en briques, petite, mais gracieuse, à côté de sa résidence et le contraste entre la coquette église et le presbytère, style laotien, était à lui seul une prédication.

     

    Ses labeurs apostoliques ne furent pas toujours couronnés de succès ; sans se décourager, il essaya un nouveau champ d’action où il espérait mieux réussir. Il commença son Registre des baptêmes avec le nº I, le laissa au nº 789 ; 50 catéchumènes qui purent être baptisés immédiatement par son successeur. Son plus beau coup de filet fut la conversion d’un païen influent et d’une partie du village ; en tout plus de 100 catéchumènes. Les villages « Khas » étaient ses villages de prédilection. Dans ces montagnes sauvages, l’ancien chef du groupe des grands marcheurs de la rue du Bac pouvait s’en donner à son aise ; il battait la forêt dans tous les sens, logeant dans de minuscules oratoires en bambou et se nourrissant comme les indigènes. Toutes ces fatigues et ces privations devaient peu à peu ébranler sa robuste constitution ; mais la joie de constater le bien qu’il procurait à ces âmes simples lui faisait vite oublier le poids de ses peines. Il n’était pas, non plus, insensible à l’attachement que lui témoignaient ces populations de la forêt ; encouragé et soutenu par son évêque, il eut le plaisir de fonder huit villages « Khas » entièrement chrétiens. Il put lui-même baptiser plus de 200 catéchumènes. Mais il fallait continuer de les instruire ; pour cela il choisit et forma de bons catéchistes.

     

    En 1930, M. Jantet fut pris d’une grave dysenterie qu’il alla soigner à Hongkong. La guérison se faisant trop longtemps attendre, il revint à son poste, bien décidé à continuer son travail tant que ses forces le lui permettraient. A la retraite de novembre 1933, ses confrères le virent en assez bonne santé. Tout laissait espérer qu’il fournirait encore une longue carrière, lorsque dans les premiers mois de 1935, une plaie s’ouvrit au fond de la gorge ; il n’y apporta pas grande attention ; mais, quand il s’adressa au docteur, l’infection avait fait des progrès alarmants et le diabète compliquait encore son état. Il lui fut conseillé de se rendre à Saïgon. Il accepta, mais bien à regret, pressentant qu’il ne reviendrait pas. Le voyage ne fut pas trop pénible, cependant, notre Confrère s’affaiblissait de plus en plus. Le 5 mars, il arriva à Saïgon, fut reçu par M. Louison qui le conduisit directement à la clinique Angier. L’évolution du mal fut si rapide qu’on jugea bon de le mettre au courant de la gravité de son état. Il demanda aussitôt à M. Asseray de lui donner les derniers sacrements. Le samedi 9 mars, dans la matinée, M. Jantet s’éteignit doucement, pendant que MM. Asseray et Louison récitaient les prières des agonisants.

     

    Le corps de notre cher Confrère fut transporté au séminaire et déposé au parloir transformé en chapelle ardente. Le dimanche, la messe fut chantée par M. Delagnes sous la présidence de Mgr Dumortier. Plusieurs missionnaires et prêtres indigènes ainsi que tous les séminaristes y assistaient. Le soir, après le chant des vêpres des morts, il fut conduit au cimetière des Missionnaires près du tombeau de Mgr d’Adran. Le Gouverneur de la Cochinchine, M. Pagès, s’était fait représenter par son Chef de Cabinet.

     

    M. Jantet restera une belle figure parmi les missionnaires du Laos et continuera à être parmi eux le modèle de l’apôtre zélé, désintéressé, bon, supportant toutes sortes de privations et mettant toute sa confiance en Celui qui a les paroles de la vie éternelle.

    • Numéro : 2162
    • Pays : Thaïlande Laos
    • Année : 1895