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Gabriel JANIÈRE (1884-1931)

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    Nous devons au Bulletin Paroissial de Beaufou les détails qui suivent sur l’enfance et la jeunesse de notre regretté confrère Gabriel Janière : « Né au Poiré-sur-Vie le 6 mai 1884, des parents très chrétiens qui jouissaient dans le pays du respect et de la sympathie universels, le petit Gabriel n’eut pas le bonheur de conserver longtemps sa bonne mère ; il avait six ans  quand elle fut rappelée à Dieu. Il fut donc privé, ainsi que sa sœur plus jeune, des attentions et des douceurs maternelles. Son père le confia alors aux soins du Frère Ephrem directeur de l’école du Poiré-sur-Vie, et, après sa première communion, il entra au pensionnat  Saint-Gabriel à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Il y resta deux années et revint au Poiré où l’un des vicaires lui donna quelques leçons de latin. Il entra au bout de quelques mois au Petit Séminaire de Chavagnes-en-Paillers : il y fut un élève timide, mais pieux, travailleur, docile et bon pour tous.

    « Vers la fin de ses études classiques, la timidité fit place à une volonté énergique, qui se révéla bientôt par le vif désir d’une grande vocation, celle d’aller à la conquête des âmes en pays lointains. Il fut reçu au Séminaire des Missions-Etrangères, et après ses études théolo-giques, ordonné prêtre le 26 septembre 1909 ; il n’aspire plus alors qu’au jour du départ pour sa Mission. Désigné pour Kumbakonam, il fit courageusement ses adieux à sa famille et à sa patrie, et en novembre1909, partit pour le poste qui lui était assigné. »

    Arrivé à Kumbakonam vers la fin de la même année, M. Janière fit ses premières armes à Kokkaveri, sous la direction de M. Bricaud, mort en 1929, laissant le souvenir d’un véritable apôtre. Notre jeune confrère était donc à bonne école pour se former à la vie apostolique. Il serait exagéré de dire que maître et disciple avaient les mêmes goûts, les mêmes idées sur tous les points ; pareille harmonie n’est pas d’ici-bas : infirmité humaine, qui n’empêcha pas M. Janière de concevoir une haute estime, une réelle vénération pour les vertus de l’ancien qu’on lui avait donné pour guide et pour modèle ; il sut si bien profiter de ses exem­plaires et de ses leçons qu’en 1911 Mgr Bottero le mit à la tête de l’important district de Mikelpatti, qui comptait près de 5.000 chrétiens.

    M. Janière trouvait dans son poste une vieille église délabrée, menaçant ruine ; il entreprit de la reconstruire, et dans ce but s’employa activement à réunir les matériaux et l’argent nécessaires ; il ne lui fut pas donné d’achever son œuvre : c’est son successeur qui devait la mener à bonne fin. Deux ans après, il était chargé du district de Mandai ; en 1915, il passait à Manabur district voisin de Mandai. Dans ces différents postes il se fit remarquer par l’ardeur de son gèle, par une fidélité exemplaire à tous ses devoirs. Dévoué corps et âme à ses chrétiens, il ne ménageait ni son temps ni sa peine ; en particulier il se montrait à l’égard de ses serviteurs d’une rare générosité. Cependant, soit à cause de son tempérament parfois un peu vif, soit par suite d’un certain manque de souplesse, il ne fut pas toujours compris de ses chrétiens : de là quelques malentendus, dont il eut beaucoup à souffrir, sans que les difficultés aient réussi à abattre son courage ou refroidir son zèle.

    Malheureusement ses forces laissaient à désirer et le climat de l’Inde, si dur pour certains ternpéraments, ne devait pas l’épargner.Dans les premiers mois de 1916, de violentes crises nerveuses, qui lui causaient de vives souffrances physiques et morales, vinrent brusquement l’arrêter dans son ministère et le réduire à la condition d’invalide. Le corps agité de mouvements convulsifs qui ne lui laissaient aucun répit, notre pauvre confrère faisait peine à voir. Rien ne fut négligé pour enrayer le mal et lui rendre la santé : séjour à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore, long repos au sanatorium Saint-Théodore à Wellington, voyage à Pinang et à Singapore, tout fut tenté ; le mal, implacable, résista à tous les traitements. Dès lors il n’y avait plus qu’une chance de salut, le retour en France. Il quitta donc Kumbakonam au lendemain même de l’armistice, bien résolu à revenir dans sa chère Mission sitôt guéri. Cet espoir ne devait pas se réaliser.

    Grâce à l’air natal, grâce aux soins presques maternels de sa bonne sœur, l’état de M. Janière améliora, mais de là à la guérison, il y avait loin ; peu à peu il comprit que sa carrière apostolique était finie, que le bon Dieu l’appelait à un autre apostolat, celui de la souffrance, et que désormais il ne serait plus missionnaire que par le cœur. Le sacrifice fut dur, il en souffrit toute sa vie ; on peut en juger par la réponse qu’au cours de sa dernière maladie il fit à sa sœur alors qu’elle lui faisait espérer que la Sainte Vierge et Sainte Thérèse de l’Enfant- Jésus pouvaient encore le guérir : « Oh oui, dit-il, elles sont assez puissantes pour cela, mais je ne les importune pas, je ne leur demande rien. Et puis, si elles ne doivent me guérir que de ma maladie actuelle, si je dois rester inutile, je n’ai pas le courage de rien demander. » Eloigné de sa Mission, toujours il lui gardera un souvenir fidèle que les années ne purent effacer, et c’est  à ses confrères de Salem ­qu’allèrent ses dernières pensées et ses dernières volontés.

    Mais, s’il ne lui était plus possible de repartir pour les Missions, il  ne voulut pourtant pas rester inactif, et le Bulletin paroissial de Beaufou nous dit qu’il fut pour le clergé de sa paroisse un aimable auxiliaire, heureux de se rendre utile. C’était pour lui un moyen de rester missionnaire, en faisant connaître et aimer autour de lui la cause de l’apostolat lointain et parmi les jeunes âmes qui auront bénéficié de son ministère, peut-être s’en trouvera-t-il qui, ayant entendu l’appel aux Missions, lui seront après Dieu redevables de leur vocation.

    Au sujet de la dernière maladie et de la mort de notre cher confrère, voici les détails donnés par sa sœur, qui ne cessa de l’entourer des soins les plus empressés et les plus maternels : « Dans la nuit du 8 au 9 octobre, mon frère ressentit de violentes douleurs d’entrailles suivies bientôt d’un tremblement terrible, qui ne se calma qu’assez longtemps après qu’il se fut mis au lit. Je crus d’abord à une crise nerveuse, car il avait été très agité  toute la journée. Mais le thermomètre accusait une fièvre violente, si bien que je fis venir le docteur de suite. Celui-ci pensa aussitôt à l’appendicite, mais, malgré la plus sérieuse auscultation, impossible de se rendre compte exactement ; ce n’est que le vendredi que le toucher indiqua l’appendicite ; le dimanche, une péritonite se déclara, et le docteur nous demanda de faire venir un chirurgien. Le chirurgien ne trouva pas l’état du malade assez désespéré pour risquer le tout pour le tout.

    « Le mercredi suivant, aucune amélioration n’étant survenue, M. le curé demanda à mon frère s’il voulait recevoir l’Extrême-Onction, il accepta bien volontiers. On fut plus perplexe au sujet du saint Viatique à cause des vomissements qui étaient continuels ; on fit confiance au bon Dieu, qui accorda au cher malade une demi-heure de répit, alors que les vomisssements se succédaient à intervalles de quelques minutes, dix au plus. L’énervement du premier jour calmé, notre malade fut d’une patience et d’une douceur admirables : aucune plainte malgré les soins douloureux qu’il fallait bien lui donner. Lui disait-on que telle personne priait pour lui : « Dites-lui, répondait-il, de demander pour moi la patience ; je crains tant d’en manquer et de ne pas vous édifier jusqu’à la fin !... Comme je suis bien, disait-il au cours de la journée où il lui fut donné de recevoir les derniers sacrements, merci, mon Dieu ! » Le lendemain de ce jour, les souffrances reparurent dans   toute leur intensité aggra-vées d’un hoquet terrible qui dura, en particulier une fois, vingt quatre heures sans arrêt : « Hier, dit-il c’était le jour du bon Dieu, il n’est pas obligé de faire tous les jours des miracles en ma faveur, ni de me faire mourir sans souffrances. Seigneur, que votre volonté soit faite et non la mienne ! » Et plus tard : « Si je gagne la victoire sur le mal présent, ajoutait-il, peut-être en aurai-je gagné une aussi sur mes nerfs et pourrai-je commencer une nouvelle vie. »

    Cette nouvelle vie qu’il aurait désirée, Dieu ne la lui accorda pas ; il la compensa, devons-nous croire, par de bien grandes souffrances et par une terrible agonie qui dura quatre grandes heures : notre confrère rendait son âme à Dieu le 19 octobre à deux heures du matin.

    Les funérailles eurent lieu le jeudi 22 octobre à Beaufou au milieu d’une foule considérable que l’église ne put contenir. Près de quarante prêtres entouraient le cercueil ; M. le Doyen de Poiré-sur-Vie fit la levée du corps et présida la cérémonie funèbre : M. le curé de Beaufou chanta la messe et donna l’absoute. MM. Léauté et Auguin représentaient la Société des Missions-Etrangères.

    « Durant sa maladie si pénible, dit le Bulletin paroissial de Beaufou, le cher Père a donné à tous ceux qui l’entouraient l’exemple de l’abnégation, de la patience, du sacrifice. Si parfois la souffrance l’accablait : « Ah ! mon Dieu, disait-il, faites que je suive toujours la voie droite ! »

    Gabriel Janière a couronné une belle vie par une sainte mort. Pour Dieu et les âmes il avait tout quitté ici-bas, il avait travaillé, il avait souffert surtout. Quelle meilleure recommandation pour se présenter devant le souverain Juge ? « Vendredi le Calvaire, Dimanche l’Alleluia, » s’était-il écrié quelques jours avant sa mort ; son Calvaire avait duré quinze ans : nous avons la douce confiance qu’il a déjà reçu sa récompense et que maintenant il chante son Alleluia dans le Ciel.

    • Numéro : 3031
    • Pays : Inde
    • Année : 1909