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François JAMET (1886-1975)

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    François Jean-Pierre JAMET naquit à Poulpry, près de Pont-Coblanc en Gouézec (Finistère) le 5 mai 1886, fils de Jean-Yves et de Marie-Anne Rannou. François était l’aîné des garçons d’une famille de 11 enfants, famille paysanne profondément chrétienne où il était dur de gagner le pain quotidien. Aussi les parents hésitèrent-ils à se priver de l’aide précieuse de François lorsqu’il fut question d’une entrée au séminaire. Mais le recteur de la paroisse avait remarqué le sérieux et l’intelligence du jeune garçon et il emporta la décision.

     

    François entra en 6ème au petit séminaire de Pont-Croix en octobre 1899. Il y fit de solides études secondaires. Ses notes de fin d’année en font foi : rarement premier, il se classait dans la plupart des disciplines au troisième ou quatrième rang. Il dira plus tard : « Je me suis trouvé avec des condisciples venant un peu de partout et j’ai pu constater que les études de Pont-Croix valaient amplement celles faites ailleurs bien que non sanctionnées par des parchemins ».

     

     

    Aux Missions Etrangères

     

    Probablement attiré par ses devanciers bretons, François demanda son admission dans la Société des Missions Etrangères en septembre 1905. Mais il accomplit d’abord, par devancement d’appel, son année de service militaire au 118ème R.I. à Quimper. C’est effectivement en septembre 1906 qu’il entra pour entreprendre ses cinq années de formation et d’études, d’abord à Bel-Air (Bièvres), puis à Paris. Ordonné prêtre le 24 septembre 1910, il reçut sa destination pour la mission de Quinhon (Cochinchine Orientale suivant la dénomination d’alors) où il débarqua le 21 janvier 1911. C’est dans un petit poste de campagne qu’il s’adonna pendant un an à l’étude de la langue Vietnamienne. Pendant toute sa vie missionnaire il chercha à se perfectionner et il devint un fin connaisseur de la langue. Si son parler n’avait pas toute la clarté désirée, la presse écrite n’avait pas de secret pour lui.

     

     

    Sur les Hauts Plateaux

     

    Au bout d’un an, Monseigneur Grangeon, voyant ce robuste gaillard, patient et obstiné, décida de l’affecter à l’apostolat sur les Hauts-Plateaux du Kontum, la mission des « Sauvages Banhars », A cette époque, en effet, ce territoire dépendait de la mission de Quinhon. Le Père y arriva en mars 1912 ; il dut naturellement se mettre à l’étude du dialecte local avant de prendre charge des postes de Hamong, puis de Kontrang. Tout allait pour le mieux quand la guerre éclata.

     

     

    Période de guerre (1915-1918)

     

    La mobilisation l’appela à l’hôpital de Saigon en mai 1915, puis ce fut le départ pour la France en septembre. Le Père servit d’abord dans le Service de Santé en première ligne et ensuite dans l’infanterie. Le 29 septembre 1918, il fut grièvement blessé : un projectile l’atteignit en plein front et le port du casque lui sauva la vie. Des lors il conserva une marque profonde de l’os frontal brisé, et cette blessure, disait-il, lui rendait le travail intellectuel plus pénible.

     

     

    Retour en mission

     

    On aurait pu croire que c’en était fini de sa vie missionnaire. Le Père Jamet, rétabli, remplit quelques tâches dans son diocèse d’origine ; en particulier il fut professeur au collège St-Charles de Quimper. En fin 1922, Monseigneur de Guébriant lui permit de regagner sa mission. D’abord curé de Thac-Da au nord de Binh-dinh, deux ans après il était nommé professeur de philosophie au grand séminaire, qui se trouvait encore à Dai-An, endroit retiré où le cheval était, sinon le seul moyen, du moins le plus commode pour se déplacer. Les anciens comme le Père Rohmer et Lassalmonie ont gardé un excellent souvenir de cette époque et de cette solitude en compagnie du P. Jamet.

     

    Après trois ans de professorat, le P. Jamet fut appelé, en 1928, à succéder au Père Le Darré, un autre Breton, à la tête de l’important district de Gia-Huu où il allait demeurer jusqu’en 1945. On peut dire que ces années passées à Gia-Huu furent le point culminant de sa vie missionnaire. C’était une chrétienté renommée par son ancienneté, par ses martyrs de 1885, les nombreuses conversions du début du siècle, les vocations sacerdotales et religieuses, sa belle église, le couvent des Amantes dé la Croix, son orphelinat, belle chrétienté située au cœur de la plaine du Bong-Son célèbre par ses plantations de cocotiers. Le Père Jamet y faisait figure de patriarche. Secondé par un vicaire vietnamien, (il en vit passer une bonne dizaine) il fut un curé exemplaire par le soin et la régularité qu’il apportait à toutes choses tant au plan spirituel que matériel. On peut dire qu’il était toujours et tout entier à la tâche. A peine une fois par mois il se permettait un voyage de 100 km jusqu’à Quinhon où il rencontrait son grand ami le Père Jean qui de son côté lui rendait parfois visite. D’ailleurs c’était un régal d’aller à Gia-Huu où l’accueil était très cordial, la table abondante et le personnel stylé. Le P. Jamet était un homme réservé, peu expansif du moins au premier contact, mais il aimait prendre du temps pour de longues conversations sur des sujets variés. Car pendant toute sa vie, à part la marche ou la bicyclette, il ne prenait pas d’autres loisirs que l’étude et la lecture. Mais le ministère était souvent pénible en raison des longues stations au confessionnal, du nombre des enfants à catéchiser, de l’administration des chrétientés secondaires et de tous les différends à régler au milieu d’une population pas toujours facile à concilier. En 1936 le Père prit un congé en France et retrouva au retour son cher Gia-Huu. Il écrivait en 1939 : « Ce qui me devient pénible en été, ce sont les visites des malades en pleine chaleur ; revenant d’une course de quinze ou vingt kilomètres à bicyclette, je suis rendu ».

     

    Les catéchumènes sans être jamais très nombreux augmentaient chaque année de quelques dizaines le nombre des chrétiens ; mais par ailleurs une migration continue des catholiques vers le sud maintenait constante la population du district malgré un excédent des naissances sur les décès.

     

    Ce long et fructueux ministère fut interrompu brutalement en avril 1945. Les Japonais, maîtres du terrain depuis un mois, enlevèrent le Père Jamet et le séquestrèrent trois semaines à Quinhon avant de le renvoyer à l’évêché. Puis ce furent les longs mois d’inaction à Quinhon et à Hué avant de pouvoir gagner Nhatrang en août 1946, après la défaite japonaise. Le P. Jamet fut très affecté par tous ces événements ; pendant longtemps il garda la nostalgie de son district de Gia-Huu ; il espérait pouvoir y reprendre sa place un jour : ce qui s’avéra impossible puisqu’il fallut attendre 9 ans avant de pouvoir pénétrer dans cette région. Le Père accepta de s’installer à Hô-Diem, chez le P. Gauthier, pour le seconder dans le ministère des confessions et des catéchismes.

     

     

    Retour en France

     

    En fin 1948, une fièvre typhoïde lui impose un repos complet et en avril 1949 il quitte le Viêt-Nam pour la France. Pendant plusieurs années il conservera l’espoir de retourner en mission. Il était alors aumônier de l’hospice tenu par les Filles de la Charité à Rugles près d’Evreux. Puis de 1953 à 1956 il fut chargé de l’aumônerie d’un pensionnat tenu par les Sœurs de Nevers à Persan-Beaumont. Enfin dès juin 1956, il devint aumônier du carmel de Pontoise où il allait demeurer pendant dix années. Il y aurait beaucoup à dire sur ce long séjour car les bonnes carmélites nous ont laissé sur leur aumônier un savoureux témoignage. Je me permets d’en citer quelques extraits : « Sous un aspect un peu bourru, son accueil se fait courtois, respectueux de la personne, aimable et déférent quand il reçoit chez nous les Pères ou qu’il rencontre nos familles. Le Père Jamet, scrupuleusement disponible au service de la Communauté, organise sa vie en vrai religieux... Il veut donner le moins de mal possible. Il tient à entretenir son feu, à monter lui-même le charbon de la cave... Il est vite sollicité par M. le curé pour assurer une des messes paroissiales. Il va même parfois dans des églises voisines... Certes les années du Concile lui sont un peu lourdes... Voici que maintenant « tout change », il est déconcerté. Il n’y a pas encore d’autel face au peuple, mais ce missel en français, ce déplacement du pupitre à l’autel, c’est bien déroutant ! Cependant il se prête docilement et généreusement au renouveau liturgique. Nous gardons de lui un souvenir d’austérité simple et discrète, d’exactitude rigoureuse, d’humour calme et souriant, chassant la mélancolie trop proche parfois ; il arrive en effet que le visage devienne sombre... ; la calotte alors s’avance dangereusement sur le front obstiné... mais quand le moral remonte, la calotte ou le large béret se relève joyeusement en arrière ».

     

    Après avoir fêté ses quatre-vingts ans au Carmel, il s’en va, en été 1966, vers sa chère Bretagne natale avec la perspective assez redoutée d’une retraite à Lauris. Mais il put profiter encore de l’hospitalité de sa sœur et devint même vicaire coopérateur à Gouézec, sa paroisse natale, en 1968.

     

    Enfin, en 1971, il gagna la maison de retraite de Lauris. Il s’y est vite ennuyé ; il ne s’habitue pas au climat et puis, dit-il « il n’y a que des vieux ! ... et ces routes qui ne mènent nulle part ! ». Il cherche à faire des remplacements de vacances. L’un de ces séjours le conduit chez les Sœurs de la Sagesse à Brunoy dans l’Essonne dans le courant de 1973. Elles le garderont comme chapelain pendant dix-huit mois. En janvier 1975, le Père Jamet se sent fatigué et il est hospitalisé à l’hôpital Pasteur à Paris soi-disant pour une mauvaise bronchite qui est en réalité un cancer au poumon. Après quelques semaines de séjour à Pasteur, on le transporte à la clinique des Oblates de l’Eucharistie à Rueil. Il se rend bien compte de son état. A tout prix, il veut mourir en Bretagne. Aussi, au mois de juillet, il est transporté à l’hôpital de Quimper où il peut recevoir de nombreuses visites de sa famille. C’est là qu’il rendit son âme à Dieu le 20 août 1975.

     

    Le grand marcheur qu’était le Père Jamet avait terminé sa course. Il avait mené le bon combat jusqu’au bout avec une énergie admirable.

     

    Son enterrement eut lieu à Gouézec le 21 août. Son neveu, le Père Jean Lavanant présida les obsèques, assisté d’une douzaine de prêtres. Une assistance nombreuse lui rendit un dernier hommage.

     

    Père Jeanningros

    • Numéro : 3093
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1910