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Paul JAMBEAU (1878-1946)

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    Le 28 juin 1901, le P. Fleury annonçait à Mgr Bardou un nouveau missionnaire pour le diocèse de Coïmbatour, le P. Jambeau, bon lorrain, organiste du séminaire. Il allait remplacer le P. L. Boulanger qui venait d’être rappelé à Paris.

     

    Le P. Jambeau était une bonne recrue. Bien doué, grand, bien portant, bon caractère et, par surcroît, habile musicien, c’était un aimable et distingué confrère. C’est au collège Saint-Michel de Coïmbatour que Mgr Bardou destinait son nouveau missionnaire, mais il lui fallait tout d’abord s’initier aux langues et à la vie pratique du ministère apostolique. Comme il avait déjà quelques notions d’anglais, il n’eut qu’à se perfectionner en cette langue avec M. Randell, le professeur habituel des nouveaux missionnaires. Il fut ensuite envoyé à Coonoor, aux Nilgiris, pour apprendre le tamoul et en même temps se former au ministère sous la direction du P. Vieillard. Il fit de rapides progrès, et dès qu’il put voler de ses propres ailes, il alla faire un stage dans la brousse à Erichambady, spirituellement aride et solitaire, qu’il appelait le rocher de Sainte-Hélène. Il y resta deux ans, et Mgr Roy, successeur de Mgr Bardou, le nomma professeur au collège Saint-Michel. Cet établissement, qui datait de 1892, était un lourd fardeau pour la Mission d’autant plus que les exigences du Gouvernement deve-naient de plus en plus exorbitantes ; il était question de le réduire au rang d’école, ce qui fut fait deux ans plus tard. Le P. Gabriel Boulanger, était le supérieur estimé de cette Institution ; le P. Jambeau fut son collaborateur dévoué et compétent et enseignait l’anglais. Doué d’aptitudes pédagogiques remarquables, il préparait soigneusement ses classes, aussi son enseignement était-il très apprécié des élèves.

     

    Comme la plupart des jeunes missionnaires, il n’avait pas rêvé d’exercer un ministère dans un collège ; mais dans un esprit surnaturel, il se rendait compte que dans ce poste, il pouvait contribuer efficacement à la fondation de l’Eglise en pays de mission par la formation morale des élèves chrétiens et la préparation évangélique des païens. Il s’adapta facilement à cette vie calme et régulière. Pendant ce temps, ses talents de musicien ne restaient point enfouis ; il les mettait volontiers au service de la cathédrale. C’était un plaisir d’entendre, de temps en temps, les jours de fêtes, les airs connus des Missions-Étrangères... le chant des Martyrs et autres, qui ranimaient dans nos cœurs l’enthousiasme et la joie des anciens jours. Le P. Jambeau, calme et souriant, exprimait agréablement sur le clavier les sentiments de son cœur et son talent. La vie de collège a besoin de détente. Le Père profitait de ses vacances pour faire des excursions sur les montagnes des Anamalais. Il rapporta un jour d’une expédition une forte fièvre qui le guérit pour toujours de ce genre de sport. L’art plus paisible de la photographie eut alors ses préférences.

     

    En 1921, quand le P. G. Boulanger, fatigué, alla prendre un peu de repos en France, le P. Jambeau lui succéda à la direction de l’école Saint-Michel. Il maintint à un haut degré le niveau des études et la bonne réputation de l’Institution. L’Inspecteur des écoles, dans son rapport annuel de 1922, lui décerna de grands éloges ; il écrivait : « Les résultats obtenus par l’école Saint-Michel aux examens publics ont été, cette année encore, excellents. J’en félicite le manager et son personnel enseignant ; cette école est digne du bon renom dont elle jouit à Coïmbatour. »

     

    Malheureusement le P. Jambeau avait contracté pendant la guerre de 1914-1918, des rhumatismes articulaires qui le firent beaucoup souffrir le reste de sa vie et le condamnèrent prématurément à l’inactivité. En 1928, il retourna en France espérant, sinon guérir, du moins enrayer le progrès de la maladie ; mais les divers traitements qu’il suivit ne produisirent qu’une amélioration passagère. Après quatre ans d’absence, il revint en mission. Mgr Tour-nier le nomma professeur au grand séminaire régional de Bangalore où ses qualités personnelles et pédagogiques, ainsi que ses directions spirituelles furent très appréciées par les séminaristes. Mais bientôt des crises aiguës et fréquentes de rhumatismes vinrent de nouveau l’obliger à interrompre ses fonctions. En septembre 1939, il allait s’embarquer de nouveau pour la France, lorsque l’agent des Messageries maritimes l’avisa qu’il ne pouvait partir à la date fixée et, que, à cause de la guerre, il valait mieux remettre son voyage à des jours meilleurs. Il aurait voulu rentrer au séminaire et se rendre encore utile aux heures d’accalmie, mais il dut y renoncer. Il se retira alors au sanatorium de Saint-Théodore des Nilgiris où il fit l’édification de son entourage par sa patience, sa piété et son grand esprit de foi ; son calvaire, parfois très douloureux, dura encore six ans. En juin 1946, il fut transporté d’urgence à l’hôpital de Ootacamund ; quelques jours plus tard, il reçut pieusement les derniers sacrements et, le 28 juin, il expira dans le calme et la résignation.

    • Numéro : 2572
    • Pays : Inde
    • Année : 1901