Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Claude JACQUET (1856-1927)

Add this

    Claude-Marie Jacquet naquit le 20 août 1856, à Claveisolles, hameau de la Neyret (Rhône). Il fut baptisé le même jour dans l’humble paroisse de ce nom, humble mais brillant d’un vif éclat par son illustre école cléricale, d’où sont sortis tant de sujets d’élite disséminés dans toutes les parties du monde, archevêques au Japon et aux Etats-Unis, évêques dans l’Océanie et certes, l’excellent confrère dont nous pleurons la perte ne sera pas sa moindre gloire.

    Admis dès son enfance dans cette sainte maison, Claude Jacquet s’y fit remarquer, nous dit Mgr Rey son condisciple, par son sérieux, sa bonne tenue, sa sagesse précoce, et par le germe des précieuses qualités qui devaient s’épanouir en lui le long de la vie de Claveisolles à Sendai.

    Il termina ses études littéraires à Saint-Jodard, et reçut des mains du cardinal Caverot la tonsure cléricale dans l’église d’Alix, le 2 juin 1878, qui fut aussi l’année de son entrée au Séminaire des Missions-Etrangères. Parmi les souvenirs qu’il garda de Saint-Jodard, nous avons trouvé un certificat d’administration à la congrégation des Enfants de Marie, dévotion que lui avait inculquée sa mère dès son jeune âge. Se mettait-il en route, Mère Simone posait toujours la double question : « Claudius, as-tu ton couteau ? As-tu ton chapelet ? » Ce certificat de Saint-Jodard qui porte la date du 8 décembre 1875, le suivit partout.

    Au séminaire de Paris, il mit en pratique les principes puisés à la Manécanterie. Promu au sacerdoce le samedi des Quatre-Temps de septembre 1881, par Mgr Gasnier de Singapore, M. Jacquet fut destiné à la Mission du Japon Septentrional, gouvernée alors par Mgr Osouf, de sainte mémoire. Jusqu’en 1891, il travailla à Sendai, à Tokyo et à Morioka. Il était dans cette dernière ville lorsque eut lieu la création de la Mission de Hakadaté.

    Malgré les maigres résultats à attendre des écoles privées restant autorisées par la loi, mais strictement soumises aux règlements scolaires. M. Jacquet y tourna toute son activité et son savoir-faire pour tâcher de greffer, ne fût-ce que sur quelques branches de l’enseignement officiel, des principes devant amener à la vérité religieuse même indirectement. Pour cela il eut à son avoir deux écoles des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Il pensa que des cœurs animés par la charité, par un dévouement sincère et par une vie d’abnégation, parviendraient à diminuer chez les élèves et même à annuler chez quelques-unes, les funestes effets de calomnie en matière d’histoire, et du matérialisme en matière de philosophie.

    Un autre ardent désir de notre confrère fut d’établir un collège pour les jeunes gens. Que de démarches n’avons-nous pas faites en Europe et en Amérique pour nous consoler de l’impossibilité tant de fois formulée par MM. les Marianistes !

     

    À l’occasion du troisième centenaire du martyre des XXVI SS. Japonais, M. Jacquet résolut de bâtir une grande et belle église à Sendai, où il n’y avait qu’une petite chapelle provisoire. Sa prudence bien connue avait tout prévu ; son savoir-faire réduisit les dépenses au minimum ; il était allé chercher jusqu’à la forêt les colonnes de son monument. Il faut ajouter qu’il avait été très généreusement aidé par le grand et noble cœur de l’évêque actuel de Clermont qui, depuis longtemps, favorise le Japon de son providentiel patronage. La bénédiction du mémorial du Martyre eut lieu le 29 juin 1897, sous la présidence du vénéré Mgr Osouf, qui se retrouvait, six ans après la division, au milieu de ses enfants du Japon Nord. Et c’est le bon Père Jacquet surtout qui nous avait procuré à tous cette douce joie, devenant un trait d’union de plus entre Tokyo et Hakodaté.

     

    « Jacquet toujours parfait. » C’est un mot qui a passé et qui restera dans le langage des confrères. Au milieu des circonstances les plus variées, M. Jacquet resta toujours lui-même. Dans sa seule attitude, comme dans toutes ses démarches, on voyait percer le besoin de se dévouer, de se faire le serviteur de tous. A tous il inspirait confiance ; il exerçait une espèce d’attrait irrésistible. Vis-à-vis de nous ses intimes, il se montrait parfois sous un dehors peu agréable, paraissant mécontent lorsqu’on n’était pas de son avis ; mais personne ne s’y trompait, et, sous cette mine qu’une certaine difficulté à s’expliquer rendait un peu maussade, il y avait un cœur d’er, une charité inébranlable.

    Vis-à-vis des gens du monde et du public en général, aucun nuage ne voilait son expression : il savait mettre tout le monde à l’aise ; il avait l’art de sonder les cœurs et d’en deviner les aspirations, nouveau titre à la sympathie. Ce n’est pas pourtant qu’il s’en prévalût pour entamer la question religieuse ; il s’appliquait au contraire à garder les distances et à modérer les élans d’un zèle inconsidéré. D’aucuns ont pu lui reprocher d’avoir poussé trop loin la réserve et un semblant de complaisance exagérée. Mais M. Jacquet était de ceux qui aiment à prendre leur vent de loin. Est-ce à cause de cette respectueuse attitude de réserve que les personnages avec lesquels il avait été en contact gardaient tous de lui une affectueuse considération ? S. A. I le Prince Higashi Kuni no miya, à qui il donna des répétitions de français pendant les mois passés à Sendai, lui témoignait une bienveillante amitié, amenant de lui-même la conversation sur des sujets religieux, et cela sans doute pour faire plaisir à son professeur. Avant de quitter Sendai, le prince lui offrit son portrait avec autographe.

    Il en fut de même dans ses relations avec les autorités locales. Le Maire de Sendai n’hésita pas à faire trêve à ses nombreuses affaires pour honorer les funérailles de M. Jacquet, et il se rendit jusqu’au cimetière. Les Directeurs des hautes études  Université, lycée supérieur, Faculté de médecine  se disputèrent la faveur d’avoir M. Jacquet au nombre des professeurs de leur personnel.

    Et dans ce bon peuple de Sendai, qui ne connaissait pas « Jacquet San » ? Voyait-on passer une soutane, on entendait de la bouche des enfants : « Voilà Jacquet San. »  « Non, disaient d’autres, c’est seulement quelqu’un de chez lui. »

     

    Pourquoi cette bonne odeur du Christ répandue à profusion par notre excellent confrère, n’a-t-elle pas provoqué des conversions en masse, ou même simplement plus nombreuses ? Il est consolant de penser et de croire fermement que son action aura été très efficace en préparant les voies à Celui qui a daigné nous révéler un miséricordieux secret de sa Providence : In hoc enim est verbum verum : quia alius est qui seminat et alius qui metit. (JOAN..IV, 37.) Quand nos successeurs viendront moissonner dans la joie, qu’ils n’oublient pas ceux qui ont été à la peine, comme notre brave et fidèle M. Jacquet.

    Par deux fois, de 1905 à 1907 et de 1922 à 1923, pendant les absences que dut faire Mgr Berlioz pour les besoins de la Mission, M. Jacquet en devint le Supérieur intérimaire. Son évêque savait qu’il pouvait compter sur sa vigilance et son dévouement au bien général. Cependant, au regret des confrères, l’action administrative du Vicaire général au dehors de sa chère paroisse se trouva forcément limitée par les multiples obligations qu’il s’était créées à Sendai.

    Pendant les longues années qu’il avait passées dans cette ville importante, il s’était appliqué à y compléter les établissements de la Mission : le poste finit par réunir les conditions requises pour une résidence centrale ; aussi, après l’ouverture du pays fut-il question d’en profiter à cause de la plus grande facilité de nos communications avec la plupart de nos chrétientés.

    À cette époque, le diocèse comprenait tout le territoire situé entre le 37e et le 50e degré de latitude. Le transfert de la résidence épiscopale eut lieu le 11 novembre 1902. tout avait été préparé par le diligent M. Jacquet et quel ne fut pas son dévouement  pour faire face à toutes les conséquences de ce grand changement !

     

    Dans le courant de 1924, la santé de M. Jacquet commençait à décliner. En août 1926, les médecins déclarèrent qu’il lui fallait un repos absolu. Notre cher malade ne put s’y résigner ; il porta son mal debout, continua son travail habituel, ne reculant pas même devant les fatigues d’un voyage mensuel de dix heures de chemin de fer aller et retour, pour se rendre au Bureau international des longitudes où sa coopération était très désirée.

    Cependant le mal empirait toujours. Jusqu’à la semaine qui précéda sa mort, il alla chaque matin dire la messe chez les Sœurs. Pour faire plier sa volonté devant les supplications de MM. Deffrennes et Montagu et les reproches maternels de la Sœur supérieure, il fallut que des vomissements inquiétants, accompagnés d’une faiblesse croissante, l’obligeassent à se mettre au lit les quatre derniers jours de sa vie.

    Peu à peu la parole devint difficile, puis impossible ; un feu intérieur desséchait la gorge et la bouche du pauvre malade. Le coma se déclarait ; notre confrère gardait pourtant sa connaissance, et il en donna des preuves lorsque M. Deffrennes lui administra les dernières consolations. Le vendredi matin 29 avril, il vivait encore lorsque arriva de Tokyo Mgr Rey, son ami d’enfance ; mais c’était déjà trop tard ; le malade ne le reconnut pas. Vers neuf heures du matin il s’éteignit doucement dans la paix du Seigneur, sous l’étreinte d’une contraction du cœur, nous dit le médecin.

    Mgr Berlioz ne put arriver à Sendai que quatorze heures après le décès, et ce fut Mgr l’Archevêque accompagné de quelques confrères qui lui apporta à la gare l’annonce de la douloureuse nouvelle.

    Depuis plusieurs jours, tous les journaux de la ville faisaient connaître au public les progrès de la maladie ; après la mort, ils encadrèrent le portrait du défunt dans des articles sympathiques exaltant ses vertus et ses qualités.

    Le lundi, 2 mai, Mgr Rey célébra la messe des obsèques, au milieu des confrères, des Sœurs de Saint-Paul, des chrétiens de la ville et de bien d’autres venus de loin. Mgr Berlioz donna l’absoute et après l’adieu de la Sainte Eglise : In paradisum deducant te angelli, le cercueil fut porté devant la façade de l’église, où avaient été dressées des tentes spacieuses. C’est là que furent lus, par les membres de la haute société et les amis du défunt, des discours reflétant les regrets et l’admiration de tous.

    Puis un long, très long cortège se mit en marche jusqu’au cimetière, par un radieux soleil de mai, sous les regards du peuple de Sendai, au salut de qui le bon Père Jacquet s’était dévoué dans une si large et si bienfaisante mesure. Puisse-t-il maintenant parler à son cœur et intercéder pour lui du haut du ciel ! Pretosia in conspectu Domini mors sanctorum ejus.

    • Numéro : 1507
    • Pays : Japon
    • Année : 1881